‹ Histoire de quatre ans, 1870-1873 (volume 4)Chapitre 1 sur 22 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La République.

L'entrevue de Ferriéres.

Le parti républicain, maître des villes et prêt pour raction, était seul capable, le 4 septembrCj de sesub^ stituer à l'empire et d'improviser un gouvernement. Les républicains, par la nature de leurs idées et par suite des persécutions qu'ils avaient subies, étaient les ennemis irréconciliables de Tempire; aussi, depuis plusieurs années, travaillaient-ils ouvertement à sa chute. Le parti républicain dans son ensemble comprenait des éléments très-distincts. C'étaient les nuances les plus modérées qui avaient pris la direction du parti, lorsqu'il s'était reconstitué après le coup d'Etat du 2 décettibre et avait recommencé la lutte politique au grand jour, les fractions violentes, à opinions extrêmes, s'étaient soumises à la discipline des modérés ou s'étaient dissimulées. On avait donc vu se constituer au Corps législatif un noyau de députés qui, désigné d'abord par le chiffre de ceux qui le comtl. i

posaient, les Cinq, avait peu à peu grossi et avait fini par former un groupe d'hommes plies à l'action parlementaire. Cependant, à mesure que Tempire s'affaiblissait et que l'opposition contre lui grandissait dans le pays, le parti républicain tout entier accentuait son hostilité et, dans cette poussée en avant, les éléments révolutionnaires et le fond violent s'étaient soustraits à tout contrôle. Depuis longtemps dans la presse, dans les réunions publiques, les nuances purement politiques étaient décriées et combattues par les fractions jacobines et socialistes du parti et aux élections de 1869, des candidatures de nuance extrême s'étaient produites à Paris et à Lyon. MM. Raspail et Rochôfort entrés au Corps législatif s'y étaient tenus à l'écart du groupe parlementaire que les plus anciens députés de la gauche formaient entre eux.

Dans la journée du 4 septembre, il n'y avait eu que quelques députés républicains qui, par respect pour le Corps législatif élu et par horreur de la situation qui attendait le nouveau gouvernement, eussent persévéré jusqu'au bout à préférer un pouvoir anonyme constitué par le Corps législatif à une prise de possession immédiate du pouvoir, avec la proclamation formelle de la république. Autrement à mesure que la journée s'avançait sans que la déchéance fût prononcée, les républicains avaient tous fini par se jeter dans le mouvement de la rue. Ce sont eux qui, après avoir donné l'heure du rendez-vous et s'être trouvés les premiers sur la place delà Concorde, avaient forcé le passage du pont et envahi le Corps législatif en tête

de la multitude. Lorsque M. Jules Favre est sorti du Corps législatif entraînant sur ses pas les envahisseurs de la salle des séances, dans la foule qui se porte versTHôtel de ville, sont compris des républicains de toute nuance ; et maintenant qu'il s'agit de constituer un gouvernement, la question se pose de suite des hommes à choisir et du partage à faire entre les groupes différents du parti.

Les députés de la gauche occupent aux yeux du pays une situation tellement prépondérante et la manière dont ils ont combattu la déclaration de guerre leur assiu'e une telle popularité, que personne ne leur conteste la prise de possession du pouvoir. Mais du milieu de la foule dans laquelle ils sont encore confondus, des efforts sont tentés pour leur adjoindre les chefs et les représentants des fractions extrêmes. Les députés ont pour résister à Tadjonction qu'on veut leur faire subir l'avantage d'être déjà rendus et groupés à l'Hôtel de ville, alors que les hommes qu'on propose après eux sont absents. MM. Victor Hugo, Louis Blanc, Edgar Quinet,qui commençaient déjà à représenter une nuance politique* autre que celle des députés et qui jouissaient d'une immense popularité, sont en exil. A leur défaut, on ne peut mettre en avant que des candidats soutenus seulement par des groupes restreints et divisés entre eux, Blanqui, Félix Pyat, Delescluze, mais, sauf ce dernier, ils ne sont pas non plus présents et, à mesure que leurs amis les proposent aux députés comme collègues, ceux-ci les ont repousser. Pour couper court aux compéti-

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lions et préserver le pouvoir des atteintes des hommes extrêmes, l'idée vint de composer le nouveau gouvernement des seuls députés de Paris. On établissait ainsi une catégorie puisant sa force dans le choix antérieur du suffrage universel et jar laquellejgjiésignatiou se faisait d'elle-même. Cette idée aussitôt communiquée, se trouve acceptée.

Les députés de Paris, pour constituer le nouveau gouvernement, cherchent à se sortir du tumulte au milieu duquel tout s'est jusqu'à ce moment passé. Ils 86 mettent à part dans un réduit, entre la grande salle de réception et le cabinet du préfet de la Seine, servant de bureau télégraphique. Ils étaient là depuis quelques instante lorsque le G** Trochu leur est amené par MM. Glais-Bizoin et Steeuackers. Le général, depuis sa nomination par l'Empereur au poste de gouyerneu r diû Paris, avait eu à traverser les péripéties les plus diverses. La capitulation de Sedan le privait définitivement de toute armée de secours et, par surcroit, la révolution le livrait sans gouvernement à l'inconnu ; dans cette extrémité, il vient se rallier à l'embryon de gouvernement qu'il voit sortir du vide. Il demande d'abord aux députés de Paris : « Voulez-vous sauvegarder ces trois princin pes. Dieu , la famille et la propriété? » dès qu'il a obtenu la réponse affirmative qu'il souhaitait, il leur promet son concours, puis il les quitte pour aller informer de sa détermination le G** de Palikao, son chef dans le précédent gouvernement.

Le G*^ Trochu venait de sorti i* lorsque des acclama-

lions formidables retentissent sur la place de l'Hôtel de ville. C'est M. Rochefort que ses amis, aidés des habitants du quartier, ont tiré de la prison de Sainte- Pélagie (1); il est applaudi, d'une fenêtre'de THôtel de ville où il s'est mis, par la foule, que sa vue et ses gestes portent au dernier degré de l'enthousiasme. Les députés de Paris avaient négligé M. Rochefort, ila avaient omis son nom sur la liste des membres du nouveau gouvernement communiquée au G*^ Trochu et sur les copies de liste jetées au peuple par les fenêtres (2) ; mais il était maintenant arrivé et on pouvait craindre que les éléments épars des partis extrêmes qui avaient en vain essayé de faire parvenir leurs chefs au pouvoir, ne se groupassent autour de lui. Cependant M. Rochefort et ses amis apprennent que les députés de Paris sont désigoés pour former le nouveau gouvernement. M. Rochefort à titre de^ député vient se joindre à ses collègues. Ceux-ci l'acceptent alors d'emblée, heureux d'être délivrés par sa présence, des appréhensions que sa réception enthousiaste avait fait naître.

Après le départ de M. Jules Favre, le vide s'était !

îait dans l'enceinte du Corps législatif. Les députés avaient pu se retrouver et la pensée leur était | venue de tenir une séance. Ils ' se rendent dans la j salle à manger de la présidence à côté du palais, au |

(1) Rochefort, The révolution of seplemLer, p. 222. Forinightly reuiew. August 1874.

(2) Rochefort, The révolution ofseplember^ ihid.y ibicL G'^ Trochu, Enquête par lem.j tome I, p. 288. y^Tl^?"^

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nombre d'environ deux cents (1). M.Alfred Leroux, un des vice-présidents de la Chambre est désigné pour présider. M. Martel donne lecture du rapport de la commission chargée d'examiner les diflérents projets de nomination d'une commission de gouvernement par le Corps législatif, et conclut à l'adoption du projet primitif de M. Thiers avec le préambule : « Vu « la vacance du pouvoir. » Cette conclusion est adoptée à la presque unanimité. La réunion décide ensuite, sur la proposition de M. Garnier-Pagès, appuyé par M. Dréolle (2), qu'elle enverra une députation à l'Hôtel de ville, pour voir s'il y aurait moyen d'établir une action de concert avec les députés de Paris. M. Grévy et un certain nombre d'autres membres sont choisis ppur cette mission. A l'Hôtel de ville, M. Jules Favre répondit à la députation que sa démarche ne saurait aboutir, qu'un gouvernement existait déjà et que, par conséquent, il n'était plus question de pouvoir à constituer. Au surplus, comme il ne pouvait formuler de i;ésolution en l'absence d'une partie de ses collègues , il promit de faire tenir une réponse définitive aux députés, qui étaient convenus de se réunir une fois encore le soir même.

Dans l'intervalle, M. Glais-Bizoin avait apposé les scellés sur les portes de la salle des séances du Corps législatif, en plaçant des gardes nationaux pour veiller

(1) Garnier-Pagôs, Séance du 4 septembre dans la salle à manger, p. 7.

(2) Garnier-Pagès, Séance du 4 sepie\Abre, etc., p. II.

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à leur conservation. La nouvelle réunion des députés se tint à la présidence, le soir à huit heures, elle se trouva peu nombreuse, et, en Tabsence du président et des vice-présidents, M. Thiers fut appelé à présider. MM. Jules Favre et Jules Simon, envoyés de l'Hôtel de ville par les députés de Paris, furent introduits. M. Jules Favre, après avoir remercié les assistants de la démarche entreprise par leurs délégués à THôtel de ville, leur dit qu'il y avait un fait accompli auquel on ne pouvait rien changer, que si le Corps législatif voulait y donner son approbation, ils lui en seraient reconnaissants, mais que, dans le cas contraire, ils ne se sentiraient en rien gênés dans leur liberté d'action. M. Thiers lui répondit: «Mes colf^ lègues ici présents ne m'ont pas donné mission de « vous dire slls accordent ou s'ils refusent leur rati- « fication, aux événements de la journée. Vous vous « êtes chargés d'une immense responsabilité. Notre « devoir est de faire des yœux ardents pour, que vos « efTorts réussissent dans la défense de Paris, parce « que votre succès serait celui du pays. » MM. Favre et Simon s'étant retirés, M. Thiers reprit : « Je n'ai pas « adressé de question à nos collègues sur le sort du « Corps législatif, parce que si je l'eusse fait, c'était ^f reconnaître le gouvernement qui vient de naître « des circonstances. Avant de le reconnaître, il nous « faudrait résoudre des questions de fait et de prin- « cipes, qu'il ne nous convient pas de traiter actuelle- « ment. Les combattre aujourd'hui serait une œuvre « an ti- patriotique, ces hommes doivent avoir le con-

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« cours de tous les citoyens contre Tennemi. Nous « faisons des vœux pour euxi Ne nous jugeons pas les « uns les autres. Le présent est rempli de trop amères « douleurs. — M. Bufîet : Ne devons-nous pas ré- « diger une protestation ? — M. Thiers : De grâce n'ena trons pas dans cette voie : nous sommes devant l'en- « nemi, et, en raison de cela, nous devons tous faire a un sacrifice aux dangers que court la France ; ils « sont immenses. Il faut nous taire, faire des vœux et « laisser à Thistoire le soin de juger. — M. Pinard (du « Nord) : Nous ne pouvons pas garder le silence dece vant la violation faite à la Chambre; il faut le constater. — M. Thiers : Ne sentez- vous donc pas que si « vous opposez ce souvenir comme protestation, il « rappellera aussitôt la violation d'une autre assem- (( blée ? — M, Daru : Les scellés ont été mis sur la porte de la Chambre. —M. Thiers : Y a-t-il quelque chose j « de plus grave que les scellés sur les personnes î ' « N'ai-je pas été à Mazas?. Vous ne m'entendez pas /y(( m'en plaindre. » MM^^Gréyy et Alfred Leroux ayant '-'^^ ' déclaré que l'entrevue qu'ils avaient eue à THôtel de ville avec le G*^ Trochu et les députés de Paris', les avait convaincus que leur démarche se produisait trop tard, que le nouveau gouvernement déjà organisé prétendait exercer sans partage la pleine souveraineté, on leva la séance et les députés présents se séparèrent sans prendre de détermination. Ceux des meinbres de la réunion qui persévéraient dans la pensée de faire une protestation, se réunirent le lendemain au domicile de Tun d'eux, M. Johnston, au

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nombre d'environ cent vingt (1). N'ayant pu tomber d'accord sur une formule de protestation, ils nommèrent une commission de quatre membres pour rédiger un projet et s'ajournèrent encore au lendemain. Le 6 septembre, un détachement de francs-tireurs envoyé par le nouveau préfet de police , vint mett/e obstacle à la réunion projetée qui n'eut pas lieu et ne fut suivie d'aucune autre. Un petit groupe avec MM. Buffet et Daru fit, seul, insérer une protestation dans le Français. Ce fut le dernier acte collectif dû à des membres du Corps législatif.

Le 4 septembre, le Sénat, lui, avait été oublié. Des flots de peuple en marche vers le Corps législatif, avaient passé devant le Luxembourg, le bataillon même de garde nationale chargé de protéger le palais, abandonnant son poste, s'en était allé avec le peuple (2), sans que personne eût la pensée d'entrer au Sénat pour l'envahir. Les sénateurs restés pendant la journée en séanqe avaient continué à crier : Vive l'Empereur. Le Sénat fut aboli par décret du nouveau gouvernement.

Le G*^ Trochu après avoir été faire connaître sa nouvelle situation à son ancien ministre, était revenu à l'Hôtel de ville. Lorsqu'il avait au premier moment promis son concours aux députés de Paris, il avait simplement parlé de leur assurer l'adhésion de larmée et eux-mêmes n'avaient pensé à lui que pour occuper le ministère de la guerre. Il leur déclara en

(1) Johnstoii, Enquête parlem., tome IF, p. 289.

(2) Lemairé^ Enquête parlem., lonie II, p. 189.

iO LA DÉPENSÉ NATIONALE.

revenant que, pour exercer sur la défense de la ville qui était la question dominante, une autorité efficace, il avait besoin de posséder une position prépondérante. M. Jules Favre avait déjà été appelé à la présidence du gouvernement ; mais, aussitôt que le G*^ Trochu eût fait connaître ses vues, il se démit en sa faveur. La République avait été dès la première heure proclamée par acclamation à THôtel de ville. Le nouveau gouvernement républicain définitivement constitué dans la soirée du 4 septembre, prit la désignation de gouvernement de la Défense nationale.

En faisaient partie :

G*^ Trochu, président.

Jules Favre, vice-président.

Pelletan.

Garnier-Pagès.

rochefort.

Crémieux.

Glais-Bizoin.

Emmanuel Arago.

Jules Ferry.

Gambetta.

Jules Simon.

Picard.

Ces trois derniers représentaient des départements pour lesquels ils avaient opté, ayant été aux dernières élections, simultanément élus à Paris et au dehors.

LA RÉPUBLIQUE. il

MM. Dréo, Durier, Héroid et Lavertujoa furent uommés secrétaires du gouvernement.

Le ministère se trouva ainsi composé :

Jules Favre, affaires étrangères.

Gambetta, intérieur.

G'* Le Flo, guerre.

Amiral Fourichon, marine.

Crémieux^ justice.

Picard, finances.

Jules Simon, instruction publique et cultes.

DoRiAN, travaux publics.

Magnin, agriculture et commerce.

M. Etienne Arago devint maire de Paris, MM. Brisson, Clamageran, Floquet et Hérisson, adjoints ; M . de Kératry, préfet de police.

Le soir même du 4 septembre paraissait la proclamation suivante :

« Français,

« Le peuple a devancé la Chambre qui hésitait. « Pour sauver la patrie en danger, il a demandé la « République. Il a mis ses représentants non au pou- « voir, mais au péril. La République a sauvé de Tinva- <f sien de 1792, la République est proclamée. La ré- « volution est faite au nom du salut public. Citoyens, « veillez sur la cité qui vous est confiée ; demain vous « serez les vengeurs de la patrie ! »

Le gouvernement s'empressa de faire occuper par des républicains les postes de l'administration, les

mairies des arrondissements de Paris, les préfectures et les sous-préfectures, les sièges du parquet. Les choix de titulaires oscillèrent entre les amis de M. Gambetta et ceux de M. Picard qui représentaient les limites de deux tendances opposées, Tune à gauche d'alliance avec les radicaux, l'autre à droite d'entente avec les conservateurs. Le soulèvement contre l'empire qui s'était produit à Paris répondait à un sentiment commun à toute la France ; la république s'était trouvée spontanément proclamée, avant la nouvelle des événements de Paris, dans plusieurs villes des départements, à Lyon, Marseille, Versailles, Rochefort. Aussi le gouvernement de la Défense nationale, dès que son existence fut connue, reçut-il une adhésion unanime.

Les Prussiens, le 4 septembre, avaient été oubliés, la population de Paris s'était tout entière abandonnée à la joie d'être délivrée de l'empire; mais, dès le lendemain, toute l'attention se reportait vers eux. A ce premier moment d'une situation tellement horrible que la vue s'effraie de s'arrêter sur elle, un besoin Irrésistible se manifeste, faire acte de résistance. H n'est personne qui n'ait le rouge au front de la situation ridicule et honteuse faite à la France par ses désastres. Depuis vingt ans la France victorieuse sur les champs de bataille, s'enorgueillissait d'une supériorité militaire qu'on ne pensait même plus à lui contester. Aux approches d'une complication l'Europe était aux aguets pour voir de quel côté l'armée française allait se précipiter, et un mois après avoir

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soi-même déclaré la guerre, on avait tout perdu, l'Empereur, les maréchaux, les vieilles troupes, Tarmée entière ! Comment arrêter sa pensée sur la position que la France va désormais occuper aux yeux du monde ! On ne parle plus dans tout l'univers que de la légèreté et de la forfanterie française. Que faire donc? Sans même qu'il y ait question posée, on a déjà crié : se battre, résister. Avant d'avoir pris les armes, on n'ose se regarder les uns les autres.

L'administration impériale n'avait distribué d'armes aux habitants de Paris qu'avec une extrême réserve. La plupart des citoyens qui s'étaient inscrits aux mairies, pour faire partie de la' garde nationale, avaient ensuite inutilement attendu qu'on les appelât. L'armement immédiat qu'on exige maintenant de tous lès hommes valides d'une ville comme Pa* ris, dépassait par son immensité la puissance dWe administration centrale; chaque mairie se charge de diviser en bataillons les hommes de son arrondissement, de présider à l'élection des officiers, de distribuer les armes, rhabillement, les secours* La banlieue qui va être la zone de combat et d'occupation de l'ennemi, est abandonnée par les habitants îui se réfugient dans Paris avec leurs meubles et leurs récoltes. Un grand nombre de Parisiens inutiles à la défense par leur âge ou leur faiblesse, des femmes, des enfants, quittent au contraire la ville pou> les départements ou l'étranger. Il y avait lieu en efiet de se hâter ; les armées allemandes n'avaient à redouter aucun obstacle entre elles et Paris, et

leur arrivée pouvait être calculée par les étapes à parcourir.

Les armées victorieuses à Sedan s'étaient mises en marche dès le 3 septembre. L*armée de la Meuse se tenait au nord de la Marne et se dirigeait directement sur Saint-Denis, la III" armée prenait au contraire les routes au sud de la Marne, pour venir passer la Seine à Villeneuve-Saint-Georges, contourner Paris et marcher sur Versailles. A mesure que la III® armée s'avance, elle intercepte les voies d'eau, les routes, les chemins de fer et Paris se sent graduellement séparé du monde.

Au moment où se livrait la bataille de Sedan, le 13* corps, de dernière formation, venait d'être envoyé sous les ordres du G'* Vinoy, partie à Reims, partie à Mézières. La destruction de Tarmée de Ghâlons rendait la situation du G** Vinoy à Mézières des plus critiques. Une prompte retraite était la seule chance de salut. Le G" Vinoy quitte Mézières dans la nuit du 1®' au 2 septembre (1) et, par une marche rapide, échappe à l'attention des forces ennemies réunies autour de Sedan. Arrivé daus la journée à Saulce-aux- Bois, il apprend que Réthel sur lequel il se dirige, est déjà occupé par les Prussiens ; il change de direction, oblique à droite sur Novion-Porcien, Château-Po^ cien, Seraincourt et Montcornet. Quoique rejoint, il se soustrait par des marches forcées à la poursuite et gagne Laon, d'où ses troupes sont transportées à Paris par chemin de fer; cette partie du 13® corps envoyée à

(1) G»* Vinoy, Opérations du 13* cor/)y, p. 72 et Sttiv. Charles Yriarte, La retraite de Mézih^es^ p. 48.

Reims était en même temps ramenée à Paris. Au 13' corps ainsi sauvé, on ajoutait à Paris le 14* dont rorganisation commencée avant le 4 septembre, se trouvait quelques jours après terminée; le G** Ducrot fait prisonnier à Sedan, mais qui s'était échappé des mains de l'ennemi, en recevait le commandement.

Le 14' corps avait été placé au campement en avant du front sud de Paris à Meudon, Châtillon, Bagneux. Lorsque le G** Ducrot vit passer devant lui, par une marche de flanc, les colonnes ennemies qui avaient traversé la Seine et se dirigeaient sur Versailles, il se résolut à les assaillir. Le 19 septembre au matin, il se porte à la rencontre de Tennemi avec deux divisions d'infanterie, une division de cavalerie et 68 pièces de canon. Mais à peine a-t-on dépassé la redoute de Châtillon que quelques obus suffisent pour mettre dans la plus complète déroute un régiment de zouaves presqu'exclusivement formé de recrues. Les hommes, malgré les efforts des officiers, s'enfuient jusque dans Paris semant partout l'alarme (1). Les troupes de ligne de la division Caussade plient ellesmêmes de toute part et commencent à se débander (2). 11 Mut revenir à la hâte sur les positions d'où Ton était parti. Le G** Caussade reculant encore d'avantage, prit sur lui de quitter absolument le champ de bataille pour rentrer dans Paris avec sa division (3). Le G**

(1) G" Ducrot, La défense de Paris, tome I, p. 30. A. BaUue, Lw zouaves à Paris , p. 3 1 .

(2) Ambroise Rendu, Souvenirs de In mobile^ p. 25.

(3) G'* Ducrot, La défense de Paris , tome I, p. 42.

Ducrot resté dans la redoute de Ctâtillon, y soutint uu violeut combat d'artillerie. Ainsi isolé, il courait \e risque d'être coupé : la redoute n'était point terminée et on ne pouvait s'y maintenir ; le G"^ Ducrot se vit donc contraint de rentrer lui-même dans Paris avec le reste de son corps d'armée. A l'issue du combat de Ghâtillon, toutes les positions extérieures qu'on avait occupées en avant des forts du Sud, se trouvèrent perdues. Le même jour, la dernière communication restée avec la France, le télégraphe sur le chemin de fer de l'Ouest, était coupée et Paris complètement investi, cessait de communiquer avec le dehors.

On avait eu le temps de prendre quelques mesures indispensables pour l'administration des départements. La défense de Paris paraissant le nœud de toute la question militaire et la difficulté de gouverner la population pendant- un siège, faisant juger nécessaire la présence des principaux membres du gouvernement, on s'était décidé à n'envoyer en province qu'une simple délégation. O^i avait désigne pour la composer MM. Crémieux, Glais-Bizoin et l'amiral Fourichon, qui étaient allés s'établir à Tours.

Le gouvernement s'était en outre préoccupé des rapports à établir avec les puissances étrangères. M. Jules Favre, en prenant possession du ministère des affaires étrangères, avait été mis par son prédécesseur, M. de La Tour d'Auvergne au courant de la situation. Il résultait des explications fournies que l'empire n'avait point d'alliance et ne laissait a la France aucune promesse d'aide ou de secours.

Le 6, M. Jules Favre adressait une circulaire aux agents diplomatiques français à l'étranger pour expliquer le sens et la portée de la révolution qui venait de s'opérer. Il se déclarait en même temps prêt à traiter de la paix avec la Prusse, mais seulement dans certaines conditions qull précisait : a Le roi de Prusse « a déclaré qu'il faisait la guerre, non à la France, « mais à la dynastie impériale. La dynastie est à « terre, la France libre se lève. Le roi de Prusse veut- « il continuer une guerre impie qui lui sera au (( moins aussi fatale qu'à nous? Libre à lui, qu'il « assume cette responsabilité devant le monde et défi vaut l'histoire. Si c'est un défi nous l'aceptons.

« Nous ne céderons ni un pouce de notre territoire, « ni ime pierre de nos forteresses.

« Une paix honteuse serait une guerre d'extermina- « tion à courte échéance.

« Nous ne traiterons que pour une paix durable. »

Lorsque M. Jules Favre avait lu sa circulaire à ses collègues, M. Picard avait proposé de supprimer « ni « une pierre de nos forteresses » , les autres membres du gouvernement n'avaient pas été de cet avis et la phrase avait été maintenue (1). Mise en regard de l'abaissement où était tombée la France après Sedan, la double déclaration de M. Jules Favre dépassait les bornes ; mais dans l'état d'exaltation d'âme qui se produisait, elle ne faisait cependant que traduire des sentiments que tous les Français éprouvaient eu commun.

(I) G"* Trochu, Pour la vérité et pour la justice, p. 161. Jules F Gouvernement de la Défense nationale^ tome I, p. 1^2.

M. Jules Favre avaitreçu, dès le premier jour, la visite officieuse des ministres d'Angleterre, de Russie, d'Autriche et d'Italie. Sous des formes diverses, leurs déclarations à tous avaient été pleines de bienveillance. Les Etats-Unis, l'Italie, la Suisse, l'Espagne, le Portugal, avaient pour leur part reconnu officiellement le gouvernement de la Défense nationale. M. Jules Favre eut voulu obtenir des grandes puissances une médiation armée, mais ses premières conversations lui avaient révélé que pareil secours n'était pas à attendre. Il y avait cependant, en ouvrant des négociations, à rechercher quelle serait éventuellement Taide à recevoir de l'Europe. L'Italie et TAutriche qui étaient naturellement les mieux disposées en faveur de la France, déclaraient que, sans l'Angleterre et la Russie, il n'y avait rien à essayer pour elles et que Tétendue de leur concours serait déterminée par l'attitude de ces deux puissances. Il fallait donc faire en sorte d'obtenir l'intervention de l'Angleterre et de la Russie. M. Jules Favre demanda à M. Thiers de se charger de ce soin. M. Thiers désigné comme député de Paris pour faire partie du nouveau gouvernement n'avait point accepté, et il avait résisté aux sollicilations de ses collègues qui le priaient de siéger avec eux. M. Jules Favre réclamait maintenant son concours en vue d'une mission pour laquelle son expérience et ses relations le désignaient tellement, qu'après avoir pris un jour de réflexion, il accepta. Le 12 au soir il partait pour Londres.

Cependant la Prusse ne laissait rien transpirer de

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