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A^^ÉE

Collège de France, ses élèves, en attendant son arrivée, s'étant, en manière de passe-temps, livrés à une parodie peu respectueuse du discours de la couronne, le ministre de l'instruction publique, M. de Salvandy, avait saisi ce prétexte pour suspendre également son cours.

Delà, grande irritation chez les étudiants. On les vit, dans la journée du 3 février, se rendre, au nombre de près de trois mille, à la Chambre des députés pour remettre entre les mains de M. Crémieux une pétition tendant à la réouverture des cours de MM. Mickiewicz, Edgar Quinet et Michelet. Puis ils allèrent processionnellement aux bureaux du National, de la Démocratie pacifique et de la Réforme, dont les rédacteurs républicains les félicitèrent de leur ardeur à défendre la liberté. Au nom de la démocratie, M. Flocon leur donna rendez-vous, pour les prochaines luttes, au premier rang des enfants du peuple. Déjà la révolution apparaissait à l'horizon.

Tout concourait à surexciter les esprits. Le préfet de police avait fait savoir à la conmiission du banquet du douzième arrondissement, primitivement fixé au 19 janvier, qu'en vertu d'une loi de 1790, le gouvernement s'opposait absolument à ce banquet. La commission, composée de MM. Marie, Crémieux, Garnier-Pagès , Pagnerre et Poupinel, lieutenant-colonel de la douzième légion, avait ajourné la manifestation en déclarant qu'elle considérait la sommation du préfet de police comme un acte de pur arbitraire et de nul effet, et qu'elle ferait connaître ultérieurement l'heure et le lieu du banquet.

Les choses en étaient là quand, le 7 février, s'ouvrit, à la Chambre des députés, la discussion du paragraphe de l'adresse relatif aux banquets, et où figuraient les expressions malheureuses du discours de la couronne. La commission les avait seulement atténuées dans le

Févkier 1848.

Manifestatiou

des

étudiants.

Le banquet du 12<= arrondissement interdit.

Discussion

relative

aux banquets.

712 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 18i8.

Févrieh 1848'. projet d'adresse, en substituant aux mots de passio7is aveugles ou ennemies^ ceux de passions ennemies et d^entraînements aveugles; mais c'était une atténuation quelque peu puérile. Plusieurs députés progressistes, inquiets des conséquences de la lutte qui allait s'engager, étaient allés, la veille, proposer à MM. Guizot et Duchâtel une sorte de transaction. Ils leur avaient demandé s'ils accepteraient un amendement qui, sous une forme bienveillante, mettrait le gouvernement en demeure de consentir à la réforme électorale et parlementaire. Mais les deux ministres^ enflés de leurs précédentes victoires, n'avaient voulu entendre à aucune transaction.

Les esprits étaient singulièrement échauffés. M. Duvergier de Hauranne parut le premier à la tribune ; il prit, avec passion, la défense des banquets, dont il avait été l'un des plus ardents promoteurs. Ce doctrinaire de la première heure, cet ancien ami de M. Guizot, répondant à l'accusation lancée contre ses amis et lui d'être mus par des passions aveugles ou ennemies, accusa les ministres de fonder sur des passions cupides et basses l'espoir de leur domination, et de corrompre le pays pour l'asservir. La loi, affirmait M. Duvergier de Hauranne, ne donnait pas le droit au gouvernement de s'opposer à des manifestations comme celles des banquets, et il déclara qu'il était tout prêt à s'associer à ceux qui, par un acte éclatant de résistance légale, voudraient éprouver jusqu'à quel point, cinquante-huit ans après la Révolution, les droits des citoyens pouvaient être confisqués par un arrêté de police. Jamais membre de l'extrême gauche n'avait fait entendre un langage plus révolutionnaire.

Un membre de la majorité, M. Quénault, attaqua les banquets comme contraires à la loi, nuisibles à l'ordre, et dangereux pour la tranquillité du pays. A quoi

M. Marie, prenant chaleureusement en main la cause du I'^évrier isis radicalisme, répondit que s'il existait une fermentation dangereuse dans certaines couches de la société, la faute en était au gouvernement qui, en s'opposant systématiquement à toutes les réformes, avait hrisé l'alliance formée en 1830 entre la monarchie et le peuple.

La querelle s'envenimait. La lutte continua le lende- mm. Léon main, acharnée, entre MM. Léon de Maleville et Odilon '^'^ et dÎT-'"'' Barrot, d'une part, et le ministre de l'intérieur, M. Du- châtel aux châtel, de l'autre. Le chef de la gauche dynastique invo- pr'ses. qua la Charte, les droits électoraux. Rien, suivant lui, dans cette loi de 1790, derrière laquelle s'ahritait le ministère, ne justiliait l'interdiction des banquets. Il revendiqua le droit de réunion comme un droit essentiel à l'usage de toutes les libertés, droit que la Restauration elle-même, disait-il, n'avait pas osé attaquer. M. de Maleville, de son côté, établit une distinction entre la réunion publique et celle qui ne l'était pas. Or, il était impossible d'assimiler à une réunion publique celle oïi l'on n'était admis qu'en payant, comme un banquet. Le ministre lui rappela alors qu'en 1840, époque où il était, lui, M. de Maleville, sous-secrétaire d'État au département de l'intérieur, certains banquets politiques avaient été formellement interdits. Puis il laissa tomber ces paroles menaçantes : « Si l'on croit que le gouvernement, accomplissant son devoir, cédera devant des manifestations quelles qu'elles soient, on se trompe; non, il ne cédera pas. » Paroles imprudentes qui allaient déchaîner les tempêtes.

Dans la séance du 9, le garde des sceaux, M. Hébert, lutervendéveloppa cette thèse étrange, à savoir que tout ce qui J^'^l" ^f n'est pas expressément permis est défendu, et qu'il n'y RoUin. a d'autres droits que ceux qui sont formellement reconnus par la Charte. Alors, avec une grande modération de langage, mais aussi avec une indomptable fermeté.

Février 1848.

Une provocation du garde des sceaux.

714 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, anxée 1848.

M. Ledru-Rollin prit, à son tour, en main la cause du droit de réunion « naturel et imprescriptible » à ses yeux. Jamais son éloquence ne s'était élevée à une pareille hauteur. L'émotion gagna toutes les parties de la Chambre. Elle était au comble, lorsque, s adressant à toutes les fractions de la Chambre, et montrant l'effusion du sang français comme la conséquence possible de l'obstination ministérielle, l'orateur s'écria : « Le gouvernement s'attaque à la plus vitale de nos libertés. Attachons-nous à elle par d'unanimes étreintes ; environnons-la de nos bras comme un dernier autel quïl faut maintenir debout. Tous, nous irons jusqu'au bout, et si nous sommes brisés dans la lutte, que le pays alors, conme en 1829, forme une vaste association pour le refus de l'impôt. »

Un mot conciliant du ministère eût peut-être suffi pour trancher la difficulté; mais le garde des sceaux semblait avoir juré d'exaspérer les esprits. Il répondit par des menaces, et souleva un effroyable tumulte : « Jamais, lui cria M. Odilon Barrot, en le menaçant du geste, MM. de Polignac et de Peyronnet n'ont parlé ainsi!... » Toute l'Assemblée frémissante était debout, et bientôt le président fut obligé de lever la séance au milieu d'une indescriptible agitation.

Comment cette agitation ne se serait-elle pas communiquée au dehors? Paris, le soir, avait un aspect révolutionnaire, comme si l'on eût été à la veille de quelque grande journée. M. Duchàtel avait bien le sentiment de la situation. « Hébert a été trop absolu à la fin... Il faut calmer la Chambre, écrivit-il, le soir même, à M. Guizot. Nous allons droit à une émeute... » C'était l'opinion publique surtout, dont il fallait apaiser l'irritation. La chose était encore facile ; une simple concession y aurait suffi ; mais, moins que jamais, le cabinet du 29 octobre était disposé à entrer dans les voies de la conciliation.

Le droit de M. Thiers.

ANNÉE 18iS.

La journée du lendemain se perdit en récriminations févrieu 1848 stériles. Un amendement de M. Darblay, tendant à atténuer les expressions qui, dans le discours de la couronne, avaient si fort offusqué les membres de l'opposition, est combattu comme insuffisant par M. Odilon Barrot et par M. Thiers. Avec une animation singulière, l'ancien ministre du l*"" mars revendique les droits méconnus de la nation. C'est alors qu'il lance à tous les échos du pays ces paroles retentissantes que nous avons déjà reproduites : « Mon droit est écrit dans la Charte ; il m'appartient ; il est aussi sacré que celui de la royauté ! » — « Vous feriez comme nous, si vous étiez sur ces bancs, » lui dit M. Guizot. — « Jamais, » riposte M. Odilon Barrot. Mais M. Thiers ne répliqua rien. Ce que le président du conseil aurait pu lui répondre, c'est que, en 1840, étant à la tête du cabinet, il avait fait exactement la même chose en interdisant le banquet de Saint- Mandé. Mais alors M. Thiers était au pouvoir, et maintenant il était dans l'opposition.

Cependant les conservateurs clairvoyants ne se dissimulaient pas les périls de la situation. M. Desmousseaux de Givré proposa, le lendemain, d'effacer du texte de l'adresse les paroles irritantes empruntées au discours de la couronne, croyant mettre par là un terme à la surexcitation des esprits. Etait-ce là une concession suffisante et fallait-il passer sous silence la question du droit de réunion et celle de la réforme? M. de Lamartine ne le crut pas. Si, par suite de circonstances indépendantes de sa volonté, il n'avait pas pris part à toute la campagne des banquets réformistes, il n'en approuvait pas moins, dit-il, l'agitation honnête et salutaire de cette campagne. Et aujourd'hui le gouvernement voulait mettre la main de la police sur la bouche du pays! Un immense applaudissement interrompit un moment l'orateur

L'amendement Desmoiisseaux de Givré.

Février 1848.

L'amendement de M. Sallandrouze.

716 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1848.

« Supposez, continua M. de Lamartine, qu'une partie de vos collègues... persistent glorieusement à défendre leurs droits. » — « Nous persisterons, » s'écrie-t-on à gauche. — « Sou venez- vous du jeu de paume. » Et comme les murmures du centre accueillaient cette évocation : — « Le jeu de paume, Messieurs, reprit lentement M. de Lamartine, en accentuant chacun de ses mots, c'est un lieu de réunion fermé par le pouvoir et rouvert par la nation. « Grande était l'anxiété dans la Chambre. Les ministres eurent un moment d'appréhension; mais c'était une crainte vaine ; par 228 voix contre 185, la Chambre repoussa la proposition de M. Desmousseaux de Givré, et maintint les paroles fatales.

Un autre conservateur progressiste, M. Sallandrouze, industriel important, ancien ami du duc d'Orléans, et tout dévoué à la dynastie, agité de sombres pressentiments, tenta un dernier effort pour vaincre l'obstination ministérielle. Résistant aux instances du roi, il proposa, dans la séance du 12 février, un amendement ainsi conçu au projet d'adresse : « Au milieu de ces manifestations diverses, votre gouvernement saura reconnaître les vœux réels et légitimes du pays. Il prendra, nous l'espérons, l'initiative des réformes sages et modérées que réclame l'opinion publique, et parmi lesquelles il faut placer d'abord la réforme parlementaire. Dans une monarchie constitutionnelle, l'union des grands pouvoirs de l'Etat permet de suivre sans danger une politique de progrès et de satisfaire tous les intérêts moraux et matériels du pays. » Il n'était pas possible d'apporter plus de modération dans une demande si légitime. Mais vainement deux autres conservateurs, MM. Clapier et Blanqui, unirent leurs efforts à ceux de M. Sallandrouze pour faire voter cet amendement, dont l'adoption eût sans doute mis un terme à toutes les difficultés de l'heure présente, le ministère le combattit

avec acharnement. M. Giiizot se montra particulière- février isis. ment intraitable.

Sourd aux pressantes prières de quelques-uns de ses La déclara- ;

partisans les plus dévoués, qui le sollicitaient de prendre ^i.^Guizot. j

un engagement quelconque de réformes futures, il \

monta à la tribune pour déclarer, de son ton le plus 1

cassant, que le gouvernement n'entendait proposer aucune réforme pour cette année, ni prendre d'engagements pour l'avenir. La réforme immédiate, dit-il, en j manière de jnenace, entraînerait nécessairement la dis- | solution de la Chambre, acte souverainement imprudent, j selon lui, dans les circonstances graves où l'on se trou- ] vait. Le ministère se réservait d'examiner ultérieure- i ment ce qu'il y avait à faire pour maintenir intacte | l'unité du parti conservateur. Que s'il n'y réussissait pas, il laisserait à d'autres le soin de présider à sa désorga- j nisation et à la ruine de sa politique. I

Cette déclaration désespéra les amis clairvoyants du Rejet j

cabinet. Ils conjurèrent le président du conseil de pro- dément. '

mettre satisfaction au pays. On ne lui demandait qu'un \

simple engagement. A ce prix, M. Sallandrouze retirerait son amendement. Supplications impuissantes. M. Guizot demeura inflexible, et l'on vota. L'amendement fut repoussé par 222 voix contre 189. La majorité perdait ;

une dizaine de voix depuis la veille ; mais ce n'en était j

pas moins un triomphe pour le ministère, triomphe " j

funeste dans lequel, à peu de jours de là, allait sombrer ]

la monarchie de Juillet.

Le vote sur l'ensemble de l'adresse n'était plus qu'une formalité. Toute la gauche prit la résolution de s'abstenir, sauf quelques membres qui se décidèrent à voter, à l'instigation de M. Thiers, l'abstention ayant paru d'un j

exemple dangereux à l'ancien ministre du l''" mars. L'adresse réunit 244 suffrages; il n'en fallut pas davan- j

tage pour endormir la cour dans une trompeuse sécurité. 'i

Février 1848.

Résolutions

prises au café

Duraud.

Démission de

M. Emile de Girardin.

718 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE. année 188.

La situation était pourtant extrêmement grave, car tous les députés de la gauche paraissaient résolus à aller jusq.u'au bout dans leur lutte contre le ministère. Dès le lendemain du vote de l'adresse, ils se réunirent à midi, au nombre de plus de cent, dans un des salons du café Durand, place de la Madeleine. Déjà, dans la matinée, avait eu lieu chez M. Marie une première réunion préparatoire, où le rédacteur en chef du National, M. Armand Marrast, avait conseillé aux députés de l'opposition de donner en masse leur démission. C'était, à l'en croire, une protestation légale et le meilleur moyen d'avoir raison du cabinet. Reproduite au café Durand, cette proposition y fut vivement combattue par MM. de Lamartine, Duvergîer de Ilauranne, Garnier-Pagès et Odilon Barrot, et finalement repoussée. On décida que l'opposition resterait à son poste pour combattre la politique contre-révolutionnaire; qu'elle maintiendrait par tous les moyens légaux et constitutionnels le droit de réunion que le ministère prétendait subordonner à son bon plaisir, enfin qu'aucun de ses membres ne participerait à la présentation de l'adresse. Et, séance tenante, une commission fut nommée pour s'entendre avec le comité des électeurs de Paris et régler, de concert, le concours des députés au banquet qui se préparait. Ces résolutions, portées le lendemain à la connaissance du public par tous les journaux de l'opposition, parurent comme un défi hautain jeté au gouvernement.

Ce jour-là, c'était le 14 février, M. Emile de Girardin, qui avait soutenu l'avis de M. Marrast, adressa à la Chambre sa démission de député, ne comprenant pas, dit-il, « le pouvoir sans l'initiative et le progrès; l'opposition sans la vigueur et la logique... » La démission en masse eût-elle amené le triomphe pacifique du droit et le dénouement légal de la crise? Il est bien difficile de se prononcer après coup à cet égard. Il aurait fallu

pour cela que le gouvernement entrât dans la voie sage des concessions, et, plus que jamais, comme on va le voir, il était déterminé à ne pas céder.

Le soir avait lieu, aux Tuileries, la présentation de l'adresse. Le roi se montra enchanté de la victoire de ses ministres ; il y voyait pour la France une garantie de repos et d'avenir. Aucune inquiétude ne se mêlait à sa satisfaction. A M. de Morny, manifestant la crainte d'une collision dans Paris, le jour du banquet, si les difficultés présentes n'étaient pas aplanies, le duc de Montpensier répondit que l'on était sûr de l'armée, que les princes d'Orléans ne feraient pas comme la branche aînée, et qu'ils lutteraient jusqu'à la mort plutôt que d'abandonner la partie. C'étaient là, comme on le verra bientôt, de pures illusions.

Au reste, les organisateurs du banquet, il faut le reconnaître, firent tous leurs efforts pour maintenir à la manifestation projetée un caractère pacifique et légal. Une commission définitive, composée de MM. Boissel, Ferdinand de Lasteyrie et Gariion, députés de Paris, Recurt, Pagnerre, Labélonye, membres du comité central, Gobert, Delestre, Bocquet, membres du comité du douzième arrondissement, et d'Alton -Shée, pair de France, fut chargée de prendre les dernières dispositions pour assurer la réussite du banquet. Le choix d'un local ne fut pas sans difficulté. M. de Morny, député conserteur, qui s'employait beaucoup pour donner à l'affaire une solution pacifique, offrit, dans le quartier Baujon, un terrain dont il était l'un des propriétaires ; mais il fallut y renoncer par suite du refus de consentement de son co-propriétaire. Le 18 février, la commission, sans avoir encore de local, annonça que le banquet aurait lieu le mardi 22 février, à midi. Quatre-vingt-sept députés de la gauche avaient pris l'engagement d'y assister. Enfin l'on se mit d'accord, le 20, avec M. Nitot, proprié-

Février 1848.

La commission définitive du banquet.

Le banquet

est fixé

au 22 février.

720 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1848.

FÉvRiEn 1848. taire d'un vaste terrain situé dans le haut des Champs- Elysées, le long- de la rue du Chemin-de-Versailles, qui après la révolution de Février, s'est appelée durant plusieurs années rue du Banquet.

L'agitation avait gagné dans Paris toutes les couches sociales. Gardes nationaux, ouvriers, étudiants, se disposaient à prendre part à la manifestation annoncée. Aussi l'anxiété était-elle grande parmi les gens paisibles. Les affaires étaient comme paralysées. De son côté, le gouvernement faisait des préparatifs, comme s'il était à la veille de livrer dans les rues une immense bataille. De part et d'autre il y avait une véritable surexcitation. Le Journal des Débats ayant publié un article de conciliation, où il était dit que la grande question de la réforme était résolue en principe, et qu'il n'y avait plus de prétexte aux violences dont on avait sous les yeux le triste spectacle, reçut une sorte de désaveu. Moins que jamais le roi était disposé à des concessions. La réforme, c'était pour lui le commencement de la fin. La gravité des circonstances lui échappait complètement. Il s'imaginait qu'on aurait raison des manifestants en déployant quelques forces, et que les convives du banquet se disperseraient à la vue des baïonnettes.

De leur côté, les organisateurs du banqviet, un peu optimistes, se croyaient maîtres d'arrêter à leur gré l'élan populaire. Céder devant les menaces du gouvernement leur eût paru une lâcheté. Ils puisaient leur force dans la pureté de leurs intentions. Qu'allait-on demander à la France de faire dans la journée du 22 février? Etait-ce une révolution? Non, s'écriait M. de Lamartine, dans la réunion du 19, en insistant pour l'accomplissement de la manifestation. C'était « un acte de foi et de volonté nationale dans la toute puissance légale d'un grand pays ». Mais qui pouvait répondre de calmer les tempêtes déchaînées?

ANNÉE I8i8. CHAPITRE DIX-HUITIÈME. 7:21

Un conflit était imminent. Nombre de conservateurs et d'opposants le redoutaient également. De grands efl'orts furent faits pour le prévenir. Malgré l'opposition du roi, la majorité du conseil finit par se résoudre à une transaction. Deux des partisans les plus dévoués du ministère, MM. Yitet et de Morny, entrèrent en pourparlers à ce sujet avec trois membres importants de l'opposition, MM. de Maleville, Berger et Duvergier de Hauranne, et ils se mirent d'accord sur les bases suivantes : Les convives pénétreraient librement dans la salle du banquet. A peine y seraient-ils installés qu'un commissaire de police verbaliserait contre eux et leur ferait sommation de se retirer. M. Odilon Barrot protesterait alors pour la forme, et, après avoir déclaré qu'il ne cédait qu'à la force, il engagerait tous les convives à se retirer. Les députés, en sortant, annonceraient à la foule que la réunion avait atteint son but, et ils l'exhorteraient à s'éloigner silencieuse et calme. Puis l'affaire serait ultérieurement soumise aux tribunaux, et, jusqu'à leur décision, l'opposition s'abstiendrait de toute manifestation réformiste.

Mais cette transaction, à laquelle M. Thiers s'était beaucoup employé, serait-elle acceptée par les masses, qui se disposaient à se mettre en mouvement, et dont les hommes énergiques du parti radical ne manqueraient pas de surexciter les passions ? Suffirait-il de dire au flot populaire : « Tu n'iras pas plus loin, » pour qu'il se retirât tranquillement? Enfin l'opposition ne risquaitelle pas de se couvrir d'un immense ridicule en se montrant si docile et si résignée après avoir, depuis six mois, soufflé ses colères à toute la France et menacé le s:ouvernement des foudres du pays? Voilà ce que se demandaient une foule de gens fort inquiets de la situation. "Quoi qu'il en soit, on paraissait disposé à exécuter loyalement, de part et d'autre, les clauses de l'arrangement, II. 46

Février 18iS,

Projet de transaction.

HISTOIRE DU REGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1848.

commission

du

banquet.

FÊvRiEK 1848. quand une circonstance imprévue vinl tout remettre en question.

Le pro- Le 21 février, la commission générale du banquet fit

ramuie de la publier dans les journaux de l'opposition un programme qui avait pour but d'éviter toute cause de trouble et de tumulte. Les souscripteurs du banquet étaient invités à se réunir à onze heures précises devant l'église de la Madeleine, pour de là se rendre au lieu du banquet par la place de la Concorde et les Champs-Elysées. Chacun avait son rang assigné dans le cortège. « La commission, était-il dit dans ce programme, dont la rédaction avait été confiée à M. A. Marrast, convaincue que cette manifestation sera d'autant plus efficace qu'elle sera plus calme, d'autant plus imposante qu'elle évitera tout prétexte de conflit, invite les citoyens à ne pousser aucun cri, à ne porter ni drapeau, ni signe extérieur; elle invite les gardes" nationaux qui prendront part à la manifestation à se présenter sans armes ; il s'agit ici d'une protestation légale et pacifique, qui doit être surtout puissante par le nombre et l'attitude ferme et tranquille des citoyens. » Il était impossible de parler un langage plus mesuré et plus conforme à l'esprit de la transaction passée entre le ministère et l'opposition.

Ce programme servit cependant de prétexte au cabinet pour rompre la transaction. Il y vit comme un appel au peuple et un empiétement sur les attributions du pouvoir, et MM. Vitet et de Morny furent chargés de signifier à l'opposition que la parole donnée était retirée. Or le ministère n'ignorait pas, au début des pourparlers, qu'une foule considérable devait accompagner les convives jusqu'au lieu du banquet. Le parti de la résistance avait fini probablement par l'emporter au sein du conseil, et le ton un peu solennel du programme n'avait été qu'un prétexte pour déchirer une transaction à laquelle le roi s'était montré contraire. La preuve en est dans le

La Irausactiou

est

rompue.

refus que le ministère opposa à tout nouvel accommode- févrie» is48. ment.

Les députés de l'opposition, fort surpris du changement d'attitude des ministres, offrirent de donner toute satisfaction au gouvernement sur les points qui avaient éveillé ses susceptibilités. M. Duvergier de Hauranne rédigea même, séance tenante, une note rectificative destinée à être insérée dans les journaux du soir et du lendemain, et qui restituait son véritable caractère au programme dont le gouvernement s'était offusqué. Les deux envoyés revinrent aussitôt vers les ministres réunis chez M. Duchâtel. M. de Morny était convaincu que le ministère, tenant compte de l'acte de soumission de l'opposition, laisserait les choses suivre leur cours, comme il avait été convenu. Profond fut son étonnement en le trouvant absolument décidé à repousser toute concession. « On élève un gouvernement à côté du nôtre, dit sèchement M. Guizot; la manifestation n'aura pas lieu. »

Le général Jacqueminot, beau-père de JJil. Duchâtel et commandant de la garde nationale, était présent. Comme M. de Morny manifestait des doutes sur la fidélité de la garde nationale, le général se porta fort pour elle. Selon lui, elle était ennuyée de tout le tapage qui se faisait, et avait hâte d'en finir. Il lui faudra la journée du surlendemain pour lui ôter ses illusions, que ne partageaient ni le préfet de la Seine, ni le préfet de police.

Ne pouvant vaincre l'obstination des ministres, M. de Morny demanda que, du moins, ils publiassent les raisons qui les déterminaient à rompre les conventions arrêtées. Sur l'invitation du ministre de l'intérieur, il rédigea lui-même une proclamation qui, après avoir exposé les griefs du gouvernement, invitait tous les bons citoyens à se conformer à la loi et à ne se joindre à aucun rassemblement. Cette proclamation, signée de M. G. Delessert, préfet de police, fut affichée dans la soirée sur

Février 18i8.

L'interpellation de M. Odilon Barrot.

La majorité des députés de l'opposition

renonce au banquet.

"724 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1858.

les murs de Paris. Elle ne fil qu'irriter les esprits.

Les députés de l'opposition n'apprirent la grave décision prise par le gouvernement qu'en arrivant à la (vhambre, où. se discutait un projet de loi sur la banque de Bordeaux. Il était quatre heures et demie, lorsque M. Odilon Barrot monta à la tribune pour interpeller le ministère et lui demander compte de la rupture des conventions arrêtées de bonne foi de part et d'autre. Le ministre de l'intérieur, M. Ducbâtel, expliqua cette rupture par la publication du manifeste. M. Odilon Barrot, tout en approuvant très hautement l'intention de cet acte, en désavoua les expressions, donnant ainsi en partie raison au ministère. Ce qu'il aurait dû dire, c'est que la note rectificative, rédigée par M. Duvergier de Hauranne et acceptée par MM. de Morny et Vitet, donnait toute satisfaction au gouvernement. Le ministre prit acte des paroles de M. Odilon Barrot pour justifier la détermination prise par le ministère. Libre aux souscripteurs du banquet de s'y rendre individuellement, dit-il, mais tout attroupement serait dissipé par la force. On se rejeta mutuellement la responsabilité des événements qui pourraient surgir, et la séance fut levée au milieu de la plus vive émotion.

Il était un peu plus de cinq heures. On convint de se rendre chez M. Odilon Barrot pour aviser à ce qu'il y avait à faire. Là eut lieu une discussion, sinon orageuse, du moins confuse et troublée au dernier point. M. Thiers déclara que la publication du programme avait rendu le banquet impossible. Il fut vivement appuyé par M. Bethmont. Ni cortège ni banquet. Le cortège, c'était la bataille dans la rue, une bataille contre le peuple. M. Bethmoiit aimait mieux encourir l'impopularité et tous les reproches qu'on ne manquerait pas d'adresser aux abstentionnistes que d'assumer la responsabilité du sang versé. Mais qu'on aille ou qu'on n'aille pas au banquet.

répondit M. A. Marrast, aucun de ceux qui ont amené les Févriek is'iS. choses au point où elles en sont ne peut échapper à cette responsabilité. M. de Lamartine qui, dans une réunion de l'avant-veille, avait, avec une éloquence entraînante, adjuré ses collègues de ne pas reculer, reproduisit son argumentation avec plus de force encore. Pour lui, l'abstention, c'était la honte; il ne saurait s'y associer. Dùt-il être seul, il irait au rendez- vous donné à la place de la Madeleine. MM. Duvergier de Hauranne, de Maleville, Lherbette, Marie et d'Arago firent des déclarations analogues. Mais les conseils de la prudence l'emportèrent. L'abstention fut votée par quatre-vingts députés; dix-sept seulement persistèrent dans leur résolution de se rendre au banquet.

Une note, rédigée par M. Thiers et communiquée à tous les journaux de l'opposition, apprit cette résolution aux habitants de Paris. Elle se terminait par ces mots : « L'opposition a pensé qu'elle devait s'abstenir et laisser au gouvernement la responsabilité de ses mesures. Elle engage tous les bons citoyens à suivre son exemple.

« En ajournant ainsi l'exercice d'un droit, l'opposition prend envers le pays l'engagement de faire prévaloir ce droit par toutes les voies constitutionnelles. Elle ne manquera pas à ce devoir, elle poursuivra avec persévérance et avec plus d'énergie que jamais la lutte qu'elle a entreprise contre une politique corruptrice, violente et antinationale...

« En ne se rendant pas au banquet, l'opposition accomplit un grand acte de modération et d'humanité. Elle sait qu'il lui reste à accomplir un grand acte de fermeté et de justice. »

Cet acte, c'était une proposition de mise en accusation du ministère, qui devait être déposée sur le bureau de la Chambre. Un pareil acte était quelque peu illusoire, car il n'avait aucune chance d'être admis par une

La joie aux Tuileries.

726 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE- année 18iS.

Février 1848. Assemblée OÙ M. Giiizot avait gardé sa majorité. Le peuple seul pouvait désormais faire justice.

En apprenant la rupture du compromis avec les députés de l'opposition, compromis auquel il s'était toujours montré hostile, le roi n'avait pas dissimulé son contentement; c'était pour lui comme une première victoire. La joie fut bien plus vive encore le soir, aux Tuileries, quand on y connut la reculade de l'opposition. La reine était toute rayonnante. Quant au roi, il n'en parut pas surpris. « Je savais bien, dit-il, qu'avec de la fermeté je les ferais reculer. » Et il n'épargna ni la raillerie ni les sarcasmes à ces fougueux opposants, si prompts à se dérober, et dont toutes les bravades cédaient à une simple menace.

Quelques semaines avant la révolution de .Juillet, il y avait bal au Palais-Royal chez le duc d'Orléans. « Nous dansons sur un volcan, » s'était écrié M. de Salvandy. Devenu ministre du roi Louis-Philippe, M. de Salvandy aurait pu répéter le propos dans cette soirée du 21 février. Seulement, au lieu de danser, on plaisantait.

Jusque-là, les républicains avancés, ceux de la nuance de la, Réfo)'me, n'étaient pas intervenus dans le débat qui s'était agité entre le ministère et les députés de l'opposition. Pendant que ceux-ci délibéraient chez M. Odilon Barrot, ils se réunissaient dans les bureaux de leur journal pour aviser au parti à prendre. Suivant MM. Ledru-RoUin, Etienne Arago, Lagrange, Caussidière, Baune Grandménil et ïhoré, il n'y avait pas à hésiter; jamais peut-être on ne retrouverait une pareille occasion ; il fallait pousser le peuple à une prise d'armes. D'autres, comme Louis Blanc et Flocon, pensaient qu'il serait dangereux de compromettre dans les hasards d'une bataille inégale tous les progrès réalisés en ces derniers temps par l'opinion démocratique. La sagesse commandait d'attendre encore. Et pourtant la Réforme, dont les

Altitude des républicains avancés.

du 22 février

ressources étaient épuisées, avait annoncé qu'elle vivrait février isis. jusqu'au lendemain du banquet, pour disparaître dans un triomphe démocratique. Les conseils tic la prudence l'emportèrent, et, le lendemain matin, la Réforme engageait le peuple à se garder de tout entraînement téméraire, à ne pas fournir au pouvoir l'occasion d'un succès sanglant, et à ne pas donner à cette opposition dynastique qui l'abandonnait, et qui s'abandonnait, un prétexte « dont elle s'empresserait de couvrir sa faiblesse ». Mais, comme il arrive toujours dans les périls suprêmes, le peuple ne devait prendre conseil que de lui-même.

On s'était endormi plein de sécurité au château. Bien La journée que l'on n'y crût pas à un soulèvement sérieux de la part de la population, toutes les mesures stratégiques avaient été prises : trente mille hommes, sur le pied de guerre, se trouvaient cantonnés dans Paris; les garnisons de Vincennes et du Mont-Valérien étaient prêtes à les renforcer au premier signal ; on n'avait donc nulle crainte sur l'issue de la lutte s'il devenait nécessaire d'engager une bataille dans la rue.

Dès huit heures du matin, une foule immense se dirigea de tous les points de la ville vers la place de la Madeleine, mais sans intention hostile. On eût dit d'an jour de fête. Beaucoup d'ouvriers, des femmes, des enfants, des gardes nationaux sans armes. Cependant, une certaine irritation s'était produite à la lecture des affiches interdisant le banquet ou reproduisant les ordonnances de police contre les attroupements, affiches qui avaient été apposées la veille dans la soirée. Beaucoup de citoyens, qui n'avaient pas lu la note annonçant l'abstention des députés de l'opposition, croyaient les trouver au rendez-vous. Aucun n'y était. Leur absence fut sévèrement jugée, et elle accrut le mécontentement do la foule. Comment! après avoir convié le peuple à la manifestation, ils reculaient devant l'arbitraire! C'était une

Février 1848.

L'acte d'accusation du ministère.

728 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 18 i8.

lâcheté, s'écriait-on. Mais on était résolu à se passer d'eux; la population allait prendre l'initiative du mouvement.

De forts détachements de ligne, l'arme au pied, étaient rangés en bataille sur la chaussée. Il était un peu plus de onze heures quand, tout à coup, le chant de la Marseillaise se fit entendre, mêlé aux cris de Vive la réformel C'étaient les étudiants qui, venant de la place du Panthéon au nombre de plus de deux mille, débouchaient de la rue Duphot dans le boulevard de la Madeleine pour se mêler à la manifestation. La colonne populaire inonda bientôt la place de la Concorde, força le passage du pont, gardé par un mince cordon de sentinelles, et se porta sur la Chambre des députés. Un moment, on put craindre une invasion. Mais la colonne, docile aux conseils de sagesse des gardes nationaux de service, se contenta de remettre une pétition entre les mains de MM. Marie et Crémieux, qui leur promirent que prompte justice serait faite des ministres, et elle continua sa promenade à travers la ville, en faisant retentir l'air des cris de Vive la réforme ï A bas Guizotl

Pendant ce temps, une partie des députés de l'opposition, réunis chez M. Odilon Barrot, où un étudiant audacieux vint leur demander compte de leur défection, préparaient l'acte d'accusation des ministres. Œuvre un peu banale de MM. Odilon Barrot, Duvergier de Ilauranne et Garnier-Pagès, cet acte reprochait aux ministres d'avoir trahi Thonneur et les intérêts de la France au dehors, faussé les principes de la constitution, érigé la corruption en système, trafiqué des fonctions publiques, ruiné les finances de l'Etat, dépouillé les citoyens d'un droit inhérent à toute constitution libre, et remis en question toutes les conquêtes de nos deux révolutions. Mais tout cela était beaucoup trop vague et, comme nous l'avons dit, n'avait aucune chance d'être suivi

d'effet. Il était quatre heures, lorsque M. Odilon Barrot février h vint déposer cet acte d'accusation sur le bureau de la Chambre. M. Gui/ot en prit connaissance et le rejeta avec dédain. Le président, M. Sauzet, refusa d'en donner lecture à l'Assemblée ; il se contenta d'annoncer que la proposition serait lue le jeudi suivant, 24 février, dans les bureaux (1). Puis, la séance fut levée sans qu'il eût été question des événements dont Paris était le théâtre.

On sentait, quoique vaguement encore, se dessiner dans la ville un mouvement révolutionnaire. Çà et là quelques barricades ébauchées, et presque aussitôt abandonnées, rue de Rivoli, rue Saint-Honoré et rue Duphot. Plusieurs boutiques d'armuriers furent pillées dans la journée, entre autres celle de Lepage, rue de Richelieu. Sur la place de la Concorde, les gardes municipaux, assaillis à coups de pierres, durent exécuter plusieurs charges pour balayer la place. Il en résulta la mort d'une pauvre vieille femme et d'un ouvrier, atteint d'un coup de sabre; ce fut le premier sang versé de la journée. D'autres collisions eurent lieu entre la troupe" et le peuple dans différents quartiers, mais sans grande importance. Cependant, aux Batignolles, quatre insurgés furent tués ou blessés à l'attaque d'un poste. Une pa-

(11 Cette proposition de mise en accusation du cabinet du 29 octobre était signée des cinciuantc-cinq députés dont les noms suivent : Odilon Barrot, Duvergier de Hauranne, de Thiars, Dupont (de l'Eure) Isambert, Léon de Maleville, Garnier-Pagès, ChamboUe, Bethmout, Lherbette, Pages (del'Ariège), Baroche, Havin, Léon Faucher, Ferdinand de Lasteyrie, de Courtais, Horteusius de Saint-Albin, Crémieux, Gauthier de Rumilly, Rimbault, Boissel, de Beaumont (de la Somme), de Lesseps, Mauguin, Creton, Abatucci, Luneau, Baron, de Lafayette (Georges), Marie, Carnot, Bureaux de Puzy, Dussolier, Mathieu (Saône-et-Loire), Drouyn de Lhuys, d'Aragon, Cambacérès, Drault, Marquis, Bigot, Quinette, Méchain, Lefort, Gonssoliu, Tessier de la Mothe, Demarcay, Berger, Bonnin, de Jouvencel, Larabit, Va vin, Garnon, Maurat-Ballange, Taillandier.

730 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHlLlPPE. année 1848.

FÉvRiEiî 1848. nique eut lieu le soir aux Champs-Elysées, d'où s'éleva tout à coup une immense colonne de flamme. Des gamins avaient mis le feu aux chaises de la promenade amoncelées en tas pendant les jours d'hiver.

L'armée et la La troupe avait laissé faire ; elle semblait hésitante nationale devant l'émeute, excepté la garde municipale, qui, mise de préférence en avant dans la répression des troubles, avait hérité de l'impopularité de la gendarmerie de la Restauration. Quant à la garde nationale, tenue en défiance, malgré la déclaration optimiste de son général, M. Jacqueminot, elle ne fut convoquée que fort tard ' dans la soirée. Encore ne vint-il qu'un petit nombre de gardes aux mairies, le plus grand nombre ne tenant pas à entrer en lutte avec le peuple dont la cause était la leur. Et beaucoup de ceux qui se rendaient à l'appel de leurs chefs n'hésitaient pas, en présence de la troupe, à manifester leurs préférences pour la réforme, et à s'interposer entre les soldats et le peuple.

Ainsi finit la première journée de la révolution de Février. Il n'y avait rien de compromis, et tout pouvait se réparer encore ; mais il fallait en finir avec les tergiversations. Il y avait deux partis à prendre : ou la répression à outrance, et le règne de Louis-Philippe se fût peut-être consolidé, pour quelque temps encore, dans le sang des amis de la liberté; ou les réformes largement concédées, tout de suite, sans arrière-pensée, et la monarchie de Juillet se fût certainement retrempée dans une sorte de consécration populaire; on ne sut se résoudre ni à l'un ni à l'autre.

La nuit se passa sans incidents notables. Le temps froid et pluvieux avait fait rentrer chez eux la plupart des manifestants; on n'entendait dans les rues désertes que le pas retentissant des patrouilles. Néanmoins, on pouvait s'attendre à ce que les soldats de l'émeute, les anciens membres des sociétés secrètes, tenteraient dans

la journée du lendemain quelque agression sérieuse contre le gouvernement. Aussi la ville était-elle occupée militairement, dès la première heure, le 23 février, et de nombreux détachements gardaient les abords de la Chambre des députés.

Mais bientôt, dans les quartiers tortueux du centre, où la cavalerie circule difficilement, se répandent une foule d'hommes déterminés ; des barricades s'élèvent de toutes parts, et des coups de feu s'échangent entre la troupe et les insurgés. Du reste, nulle animosité entre eux, si ce n'est à l'égard de la garde municipale. Après des décharges peu meurtrières, des poignées de main s'échangeaient entre ouvriers et soldats. Aux abords des halles, les femmes offraient à ces derniers des vivres et du vin, les conjurant de ne pas tirer sur le peuple. Les officiers eux-mêmes riaient des bons mots échappés aux gamins, qui, avec l'insouciance du danger, se glissaient au milieu des bataillons. L'armée sentait bien que ce n'était pas un ennemi qu'elle avait devant elle ; aussi se montrait-elle hésitante à tirer, et elle attendait impatiemment que des ordres supérieurs coupassent court à la lutte fratricide qu'elle entrevoyait.

Ce fut bien autre chose quand elle entendit la garde nationale, sortie plus nombreuse que la veille, pousser sur tous les points, comme les défenseurs des barricades, les cris de Vive la réformel A bas les ministres! Et rien d'étonnant à cela. Il y avait à Paris seize mille électeurs environ et près de cent mille gardes nationaux. C'était presque toute la classe moyenne déshéritée, comme la classe ouvrière, de tous droits politiques. Il était donc naturel qu'elles fissent cause commune ensemble, et que les gardes nationaux couvrissent de leur protection ceux qui étaient prêts à combattre pour la conquête de droits réclamés si vainement depuis dix-huit ans par les voies pacifiques et légales.

Février 1S48.

La journée

du 23 février.

FÉvniER 1848.

L'incident de la place

des Victoires.

732 HISTOmE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1848.

Ni la garde nationale ni le peuple ne voulaient alors le renversement de la monarchie ; mais ils tenaient à la réforme et au renvoi des ministres. C'est ce qu'un chef de bataillon de la 1^ légion, de garde au château, avait franchement déclaré, la veille au soir, au roi et à la reine. « Comment ! s "était écrié le roi étonné, la garde nationale se se battra pas? — Non, sire, avait répliqué l'officier. )) Et comme la reine, anxieuse, demandait ce qu'ils avaient fait à la nation : « Ce n'est pas à votre famille qu'on en veut, avait repris ce chef de bataillon, mais à la politique du ministère. » Il fallait, suivant lui, le changer dès le soir même ; demain peut-être il serait trop tard. Mais le roi, hochant la tête d'un air de doute, avait congédié l'officier sans tenir compte de ses sages avis.

Louis-Philippe n'avait encore rien perdu de son assurance et de ses illusions dans la matinée du 23. Les événements de la veille ne lui avaient rien appris. Il se moqua même agréablement des émeutiers et des barricades, quand une nouvelle foudroyante, inattendue, vint faire la lumière dans son esprit et le jeter dans de mortelles inquiétudes.

Le général Triant occupait la place des Petits-Pères et celle des Victoires avec plusieurs bataillons d'infanterie, deux escadrons de cuirassiers et une partie de la 3" légion de la garde nationale. La foule, qui grossissait d'instant en instant, menaçait d'envahir ces deux places. Le général ordonna à un peloton de cuirassiers de charger cette foule pour dégager la place des Victoires. On vit alors la garde nationale se porter, par un mouvement rapide, entre les assaillants et la troupe, et croiser la baïonnette contre cette dernière. Et comme si ce n'était assez, elle mêlait sa voix à celle du peuple pour crier : Vive la réformel A bas les ministres!

Témoin de cette scène, qui allait se répéter sur plu-

sieurs points de la ville, le colonel de la 3" légion, M. Besson, et plusieurs officiers d'état-major, parmi lesquels l'illustre peintre, Horace Yernet, coururent aux Tuileries rendre compte au roi de ce qui se passait. Il n'y avait d'autre remède à la situation, ne craignit pas do dire M. Besson, qu'un changement de ministère.

Louis-Philippe sentit alors comme un bandeau lui tomber des yeux, et, trop tard, il comprit la gravité des circonstances. La reine, avec son intuition de mère et d'épouse, bien convaincue du danger que courait la monarchie, n'hésita pas à le supplier de céder. Il se décida à faire appeler ses ministres de l'intérieur et des affaires étrangères.

Il était environ deux heures et demie, quand MM. Guizot et Duchâtel entrèrent dans le cabinet du roi, où se trouvaient réunis la reine Amélie, le duc de Nemours et le duc de Montpensier. Louis-Philippe leur exposa la gravité de la situation, parla beaucoup de son désir de garder ses ministres, du regret qu'il éprouvait de se séparer d'eux, ajoutant qu'il aimerait mieux abdiquer. Mais la reine : « Ta ne peux dire cela, mon ami, tu te dois à la France; tu ne t'appartiens pas. — C'est vrai, dit le roi, je suis plus malheureux que les ministres; je ne m'appartiens pas. » Il répéta alors à ses deux ministres que c'était avec un bien amer regret qu'il se séparait d'eux. Mais la nécessité, le salut de la monarchie, le contraignaient à ce sacrifice; sa volonté cédait aux exigences de la situation. Il se proposait alors de charger M. Mole de former un nouveau cabinet (1).

Les deux ministres se rendirent immédiatement à la Chambre des députés, où M. Guizot était attendu avec une impatience fébrile. A peine est-il arrivé, que M. Va-

(1) Nous avons basé notre récit sur la propre déclaration de M. Guizot, qui, nous avons tout lieu de le croire, est absolument conforme à la vérité (Mémoires) .

Février 1848.

Louis- Philippe se

décide

à congédier

ses ministres.

La séance de la Chambre élective.

Février 1848.

Accueil

fait au changement ministériel.

734 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, aneée 18^8.

vin demande à l'interpeller sur les désordres qui, depuis vingt-quatre heures, désolent la capitale. M. Guizot répond qu'il ne lui paraît pas opportun d'engager un débat de cette nature. « En ce moment, dit-il, le roi fait appeler M. le comte Mole... » Interrompu par les applaudissements de la gauche, il reprend : « pour former un nouveau cabinet... Jusque-là, ajoute-t-il avec beaucoup de dignité, le ministère actuel maintiendra l'ordre et fera respecter les lois. »

A peine le ministre a-t-il achevé qu'un tumulte effroyable éclate. Aux applaudissements joyeux de la gauche répondent des exclamations furieuses, parties des bancs où siègent les conservateurs : « C'est une indignité ! On nous trahit ! Allons chez le roi ! » s'écrient les plus exaspérés. Cependant, au milieu du vacarme, M. Odilon Barrot propose d'ajourner la discussion, qui devait avoir lieu le lendemain dans les bureaux, sur la demande de mise en accusation des minisires. Cette proposition est appuyée par M. Dupin. Mais M. Guizot la combat avec une sorte de dédain ; il ne voit aucune raison à ce que la Chambre modifie l'ordre de ses travaux. Et la Chambre, docile, une dernière fois, à la voix du ministre fatal, maintient son ordre du jour du lendemain et lève la séance.

La Chambre des pairs venait de se séparer également, après avoir repoussé une demande d'interpellation de MM. d'Alton-Shée et de Boissy sur les désordres de la capitale.

La nouvelle du changement des ministres, immédiatement répandue dans Paris, y avait été accueillie avec un véritable enthousiasme. L'armée, la garde nationale, la population étaient dans une égale allégresse. Les soldats transis, mouillés, fatigués des longues stations dans la rue, auxquelles ils étaient condamnés depuis la veille, ne demandaient qu'à regagner leurs quartiers ; les gardes

nationaux et la population qu'à retourner à leurs affaires. Février i8i8. Une partie de la troupe fut, en effet, renvoyée dans ses ,

casernes ; l'autre continua d'occuper certains points i

stratégiques de la ville. Presque partout le combat cessa ; I

il y eut comme une trêve tacitement convenue de part 1

et d'autre ; mais ce ne fut qu'une trêve.

Le roi Louis-Philippe avait eu le louable désir d'arrêter l'effusion du sang- ; seulement il ne fit les choses qu'à demi. Si, rompant franchement avec son déplo- j

rable système politique, il avait résolument pris son 1

parti, choisi des ministres populaires, adressé à la po- '

pulation parisienne une proclamation annonçant les \

réformes réclamées par l'immense majorité du pays, il ]

aurait sans aucun doute sauvé la situation, et la révolutionde Février ne se serait point faite. Mais il louvoya, •

tergiversa, finassa, en un mot, et tout fut de nouveau compromis.

La nouvelle de la chute du ministère Guizot avait été m. Mole i

accueillie comme une satisfaction donnée aux revendi- Tuileries. '

cations populaires; mais il n'en fut pas de môme du i

nom de M. Mole. Ce nom, peu sympathique aux masses, ,

n'offrait, en effet, aucune garantie de réformes sérieuses. |

M. Mole le comprit lui-môme, il ne se souciait pas 1

beaucoup de prendre le pouvoir dans des circonstances j

aussi critiques; il déclina l'offre qui lui était faite, et '

engagea le roi à s'adresser à MM. Thiers et Odilon Barrot. Malgré sa répugnance pour ces deux membres de l'opposition dynastique, qui, depuis plus de sept ans, i

avaient fait une guerre si acharnée au cabinet représen- '

tant sa politique personnelle, le roi se résigna à leur 1

faire offrir le ministère. Les choses en étaient là quand, vers huit heures, M. Guizot reparut aux Tuileries. Louis- Philippe lui annonça, un peu prématurément peut-être, que MM. Thiers et Barrot avaient accepté le ministère. M. Gui/ot prit congé du roi en lui témoignant toute sa

736 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, a.nnée 1818.

Février 1848. satisfaction que la crise ministérielle fût terminée, et il se rendit au ministère de l'intérieur, où M. Duchâtel donnait à dîner à ses collègues de la veille et à quelquesuns de ses amis politiques. A partir de ce moment, il demeura complètement étranger à tout ce qui se fit. On ne le revit pas, le lendemain, aux Tuileries, à l'heure du suprême désastre, et l'inflexible histoire est obligée de dire qu'il manqua quelque peu d'héroïsme dans le naufrage de la monarchie de Juillet, dont, suivant l'énergique expression de Lamennais, il peut être regardé comme le fossoyeur.

Bien que la bataille, comme nous l'avons dit, eût cessé sur presque tous les points de la ville, la fin de la journée n'en avait pas moins été signalée par quelques épisodes regrettables. Vers cinq heures, les insurgés s'étaient emparés, sans coup férir, il est vrai, de la caserne du faubourg Saint-Martin, occupée par la garde municipale, et tout avait été livré au pillage et incendié en partie. Le poste des Arts et Métiers avait été également envahi et entièrement saccagé. Rue Bourg-l'Abbé, les ateliers de l'armurier Lepage avaient subi un véritable assaut; il avait fallu l'intervention du maire et du colonel de la 6*^ légion pour arracher à la fureur du peuple les gardes municipaux qui les défendaient. Encore un de ceux-ci, le brigadier Verdier, avait-il été tué d'un coup de pistolet par un gamin, au moment où*, donnant le bras à M. Etienne Arago, il franchissait le seuil de la maison.

Cependant, vers le soir, l'apaisement s'était fait partout; la certitude de la chute du ministère Guizot avait amené une détente générale. La ville prit même un air de fête ; une foule de maisons furent spontanément illuminées. Des bandes composées, en partie, d'enfants et de tout jeunes gens, parcouraient les rues en criant : Des lampions! et menaçaient de briser les carreaux des fenêtres

La fusillade du boulevard des

Capucines.

AN.NÉE I8i8. CHAPITRE DIX-HUITIÈME. 737

restées obscures. D'autres, des drapeaux à la main, s'en février isis. allaient entonnant la Marseillaise ou le chant des Girondins, tiré d'une pièce d'Alexandre Dumas qui se jouait depuis quelque temps au Théâtre historique. Une foule innombrable d'hommes, de femmes, d'enfants, de toutes conditions, encombraient la promenade des boulevards, éblouissante de clartés. Des propos joyeux s'échangeaient dans cette foule inofFensive : on fraternisait avec les soldats échelonnés de la rue Neuve-Saint-Augustin à la Madeleine; -tout ce monde était à la joie, à la conciliation, quand, tout à coup, à la hauteur du ministère des affaires étrangères, situé boulevard des Capucines, une violente fusillade éclata, et, en un instant, le pavé fut jonché de morts et de blessés.

Gomment s'était produit ce tragique et lamentable événement? Sur ce point la lumière n"a jamais été complètement faite, et, au milieu des récits contradictoires qui abondent, l'historien consciencieux ne saurait se prononcer d'une façon absolue ni faire peser à la légère sur tel ou tel parti la responsabilité de la catastrophe qui a précipité la chute du gouvernement de Louis- Philippe.

Racontons rapidement les faits dans leur matérialité. Le ministère des affaires étrangères était gardé par un détachement de deux cents hommes du 14^ de ligne, sous le commandement du chef de bataillon de Bretonne. Vers dix heures, une bande fort animée, qui venait de faire illuminer de force le ministère de la justice, sur la place Vendôme, débouche de la rue de la Paix, se mêle à la foule répandue sur la chaussée du boulevard, et s'avance, à pas pressés, vers le ministère des affaires étrangères. Le commandant, fort imprudemment, fait ranger ses hommes en carré, pour intercepter le passage. Les soldats se trouvent ainsi en contact immédiat avec la foule qui, d'ailleurs, est loin de se montrer hos-

Fkvrieu 1848. tile, et des rangs de laquelle s'échappent les cris de Vive la ligne! Mais le commandant, craignant de voir ses hommes débordés, leur ordonne de croiser la baïonnette. Dans ce mouvement un coup de feu part, et un soldat, du nom de Henri, tombe mortellement atteint. Alors, sans qu'aucune sommation ait été faite, aucun ordre donné, les soldats, comme instinctivement, font une décharge générale. Un cri terrible retentit, et la foule se disperse épouvantée en criant : « On assassine les citoyens ! Aux armes ! Aux armes-! » Une centaine de victimes, dont trente-cinq mortes sur le coup, gisaient sur le sol dans des mares de sang. C'était un épouvantable massacre, et bien de nature à exciter les colères du peuple.

Le lieutenant-colonel du 14" de ligne était au désespoir. Le lieutenant Baillet, chargé par lui d'expliquer à la foule comment cette décharge fatale était le résultat d'un malentendu, a déclaré formellement que le coup de feu, cause de la catastrophe, était parti des rangs de la troupe. Et l'on s'explique parfaitement que, dans le brusque mouvement de croiser la baïonnette, un soldat, ayant par mégarde le doigt sur la gâchette de son fusil, l'ait involontairement laissé partir. Il y a eu là, nous le croyons, un pur accident, un hasard terrible, ce fatum qu'inventa l'antiquité, et qui parfois décide si aveuglément du destin des empires (1).

Proiuenade Le premier moment de stupeur passé, on ramassa les funèbre cadavres. Seize d'entre eux, dont celui d'une jeune

a travers la .

ville. femme, furent placés sur une voiture de bagages des messageries Laffitte et Gaillard, qui passait là, et promenés à la lueur des torches dans tous les quartiers populeux de la ville. Le funèbre chariot s'était arrêté un

(1) Il faut ranger au nombre des légendes le coup de pistolet du citoyen Lagrange, qui, à l'heure de la catastrophe, se trouvait dans le faubourg Saint-Germain.

A.N.MÉE I8i8. CHAPITRE DIX-HUITIÈME. 739 J

moment, rue Lepeletier, devant les bureaux du Natio- féviueu is^is. n«/, où M. Garnier-Pagès, député, venait de s'engager à poursuivre sans relâche les ministres auxquels il imputait la responsabilité du sang versé. Mais il est bien i question de justice légale à cette heure, c'est la vengeance populaire qu'on invoque. Le chariot poursuit sa ; promenade, et partout, sur son passage, retentissent les cris mille fois répétés : « Vengeance ! Aux armes ! Vengeance ! » ;

Tout le monde fut bientôt sur pied. La ville, qui tout î

à l'heure avait un air de fête, prit instantanément un aspect morne et lugubre. Partout des barricades s'élè- ;

vent comme par enchantement. Paris, aux premières <

lueurs du jour, n'était plus qu'un vaste camp retranché. <

Le tambour battait le rappel dans tous les quartiers, et, \

dans les églises, les cloches, mises en branle par des J

bras robustes, appelaient le peuple à l'insurrection. Ce tocsin, c'était le glas de la monarchie.

Comme on l'a vu, le roi s'était décidé à confier à ^g minis- MM. Thiers et Odilon Barrot le soin de constituer un ^ère ihiers- ;

ministère. Certainement, il avait dû lui en coûter pour en arriver là. En effet, M. Thiers n'était qu'un ingrat à :

ses yeux; quant à M. Odilon Barrot, malgré ses cons- ]

tantes protestations de dévouement à la dynastie, ne I

s'était-il pas, dès le lendemain de la révolution de Juillet, acharné à combattre son système politique, et j n'avait-il pas contribué puissamment à soulever contre j ce système la conscience du pays? Louis-Philippe ne j s'était donc adressé à eux que contraint et forcé par une i inexorable nécessité. Encore ces deux noms, qui, la i veille, eussent été accueillis avec enthousiasme, allaient- j ils paraître bien pâles après la fusillade du boulevard des ! Capucines. Un fossé de sang venait de se creuser entre le pays et la monarchie de Juillet. Arrivés aux Tuileries, peu de temps après la catastrophe, MM. Thiers'et Odilon

Le maréchal

Bugeaud

est appelé

au commaii-

dcinent de

1 armée.

740 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1848.

FÉVRIER 1848. Barrot acceptèrent la mission qui leur était confiée, se croyant assez forts pour conjurer le péril et ramener le calme dans la cité.

Il fallait maintenant un homme de guerre pour remplacer le général Tiburce Sébastiani, jugé insuffisant, et combattre l'insurrection au cas où le peuple refuserait de désarmer; le roi fit choix du maréchal Bugeaud. Ce fut un choix malheureux, à cause de l'impopularité du maréchal. Le souvenir des massacres de la rue Transnonain pesait fatalement sur lui. Nous avons dit ailleurs combien il était injuste de le rendre responsable de ces massacres. Mais on sait la puissance des légendes. Comment s'étonner qu'elles persistent dans l'esprit des masses quand nous voyons tant d'esprits distingués avoir toutes les peines du monde à s'en affranchir? Il n'y avait pas à en douter, ce nom devait produire un déplorable effet sur la population parisienne.

Le maréchal n'en était pas moins plein de confiance. Il était sur de vaincre, avec ou sans le concours de la garde nationale. « Quand nous aurons vaincu l'émeute, et nous la vaincrons,... écrivait-il à M. Thiers dans cette nuit fameuse, j'entrerai volontiers, comme ministre de la guerre, avec vous, dans la formation d'un nouveau cabinet, à moins que l'impopularité qu'on me reproche ne soit un obstacle insurmontable... » Il avait lui-même conscience de son impopularité. Dès trois heures du matin, il était à l'état-major de la place du Carrousel et prenait toutes ses dispositions pour la lutte. Il divisa les troupes de la garnison de Paris en un certain nombre de colonnes, confiées au commandement des généraux Tiburce Sébastiani, Taillandier, Bedeau, Duhot, Renault, Rulhières, Regnaud (de Saint-Jean d'Angely), et dont il se réserva la direction suprême.

La journée Pendant que le maréchal, duc d'Isly, arrêtait son plan 2* février. de campagne, MM. Thiers et Barrot réunissaient avec

ANNÉE 18i8. CHAPITRE DIX-HUITIÈME. 741

peine quelques collaborateurs pour la formation du févkier i848. nouveau cabinet. Tout d'abord, il leur parut indispensable d'annoncer à la population la cessation des hostilités, et, dès huit heures du matin, ils firent afficher cette proclamation sur les murs de Paris : « L'ordre est donné de suspendre le feu. Nous venons d'être chargés par le roi de composer un ministère. La Chambre va être dissoute. Le général Lamoricière est nommé commandant en chef de la garde nationale de Paris. MM. Odilon Barrot, Thiers, Lamoricière, Duvergier de Hauranne, sont ministres. Liberté, ordre, union, réforme. Signé : Odilon Barrot, Thiers. »

De son côté, le maréchal Bugeaud, vivement sollicité par quelques personnages influents du quartier du boulevard Montmartre, où opérait le général Bedeau, et d'accord avec les nouveaux ministres, enjoignait, vers neuf heures, au général Bedeau d'annoncer partout que le feu cessait, et que la garde nationale prenait le sersàce de la police. Il lui ordonnait en même temps de faire entendre des paroles de conciliation et de se replier sur le Carrousel. Lui aussi, l'âpre soldat, capitulait devant l'émeute. Tardives concessions, qui ne pouvaient qu'accroître l'audace des révolutionnaires.

Cependant, au début de cette journée, les hommes politiques les plus avancés, les journaux radicaux euxmêmes, ne paraissaient pas songer encore au renversement de la royauté. Le National et même la Réforme se contentaient de réclamer, avec les réformes demandées depuis longtemps, le licenciement de la garde municipale, la mise en accusation du ministère, la mise en liberté des citoyens arrêtés, l'abolition des lois de septembre. C'était le sens d'un manifeste rédigé la veille au soir par Louis Blanc, et que publiaient les deux feuilles républicaines. Avec ces mesures, assurait la Réforme^ on rétablirait l'ordre promptement.

742 HISTOIRE DU RÈGNE DE hOUIS-PHILIPPE. année 1848.

Février 1848. Mais déjà ceiix qui avaient l'habitude de diriger l'opinion démocratique n'étaient plus maîtres de leurs soldats. D'intrépides républicains, retranchés derrière les barricades, communiquaient au peuple leur énergie brûlante. La réforme ne leur suffisait plus. La lutte était désormais entre la royauté et la république ; M. Odilon Barrot allait pouvoir s'en convaincre par lui-même.

En sortant des Tuileries, où, non sans peine, M. Tliiers et lui avaient obtenu du roi la dis solution de la Chambre, M. Odilon Barrot se rendit aux barricades avec le général Lamoricière, pour y annoncer lui-même les concessions obtenues et mettre fin aux hostilités. Accompagné d'un certain nombre de députés et d'officiers d'étatmajor, il gagna les boulevards par les rues Sainte-Anne et de Grammont. Il fut assez bien accueilli sur les premières barricades où il allait porter la bonne parole, mais aux cris de Vive Barrot, se mêlaient ceux de A bas: Thiers, à bas Bugeaud. A la Porte Saint-Denis, où se dressait, comme une forteresse, une formidable barricade défendue par des hommes déterminés, l'hostilité s'accentua. A bashouis-PIiilippe!-^ criait-on. Le nouveau ministère n'était même plus accepté. Epuisé de fatigue, M. Odilon Barrot rebroussa chemin, et il se rencontra sur le boulevard des Italiens avec le général de Lamoricière, qui n'avait pas eu plus de succès que lui. Il était alors dix heures et demie. M. Odilon Barrot rentra chez lui pour prendre quelques minutes de repos ; le général reprit le chemin des Tuileries, après avoir échangé de tristes confidences avec son collègue. A l'un et à l'autre, la couronne de Louis-Philippe, sinon la monarchie, paraissait singulièrement compromise.

La défense, en effet, était entièrement désorganisée à cette heure. La colonne du général Bedeau, conformément aux ordres du maréchal, s'était mise en pleine retraite sur la place de la Concorde, après avoir aban-

Désorganisa tion de la défense.

donné ses canons à la garde nationale. Presque partout févrieh I8i8. l'armée cède le terrain sans combat et se retire. On vit, spectacle navrant! des régiments français défiler la crosse en l'air en face de l'émeute, comme s'ils avaient capitulé devant l'ennemi. Quelques épisodes sanglants, au bout des Tuileries, par exemple, à la grille du pont tournant, oii un député conservateur, M. JoUivet, trouva la mort, ne firent qu'irriter l'exaspération populaire. On crut à une trahison. Bientôt le peuple, se sentant maître de la situation, devint d'instant en instant plus exigeant.

Déjà, aux yeux clairvoyants, l'abdication du roi apparaissait comme une nécessité fatale. C'était l'avis de MM. Armand Marrast et Ledru-Rollin : « Si, dans une heure, elle n'est pas proclamée, et la régence avec elle, disait ce dernier dans la salle des conférences du palais Bourbon, la révolution bouleversera toui. » Dans les salons mêmes de M. Odilon Barrot, où se pressaient en foule les membres de l'opposition dynastique, le mot de déchéance était prononcé, et l'abdication, dont certains députés de la gauche, notamment MM. de Beaumont (de la Somme), Léon Faucher et Abatucci, s'épouvantaient comme d'une témérité inouïe, était présentée par d'autres comme le seul moyen de sauver désormais la royauté.

Comme au 10 août 1792, comme au 29 juillet 1830, les Tuileries étaient devenues le point de mire de l'insurrection. Tous les soldats de l'émeute, ceux surtout qui envisageaient l'avènement de la République comme le dénouement obligé de la situation, renforcés d'une foule de curieux qu'attirait la nouveauté du spectacle, jeunes gens des écoles, ouvriers, bourgeois, gardes nationaux, se dirigeaient en masses profondes, de tous les points de la ville, vers ce dernier boulevard de la monarchie.

Le roi venait de déjeuner avec sa famille dans la ga-

744 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1848.

KiivBiER I8i8. lerie de Diane, quand survinrent MM. de Rémusat et

Ce qui Duvergier de Hauranne, porteurs de sinistres nouvelles ; '6 passait aux ., • i ^ n • • x i i ^. t>

Tuii<?ries ^^^ croyaient a une attaque imminente du château. En

même temps qu'eux, étaient entrés MM. Thiers, Baroche,

de Lasteyrie, d'Elchingen, Piscatory et quelques autres.

Alors s'engagea une discussion des plus confuses.

M. Thiers était d'avis que le roi se dirigeât avec toutes

ses forces vers Saint-Cloud pour opérer de là un retour

offensif sur Paris, où, selon lui, il rentrerait victorieux

au bout de trois jours. L'avis ne fut pas écouté ; il y

avait mieux à faire.

Encouragé par la reine, qui, dans cette heure de crise suprême, sut garder une attitude héroïque, Louis-Philippe, revêtu de son uniforme de lieutenant-général de la garde nationale, descendit dans la cour, monta à cheval, et, suivi des ducs de Nemours et de Montpensier, des généraux Trezel, Lamoricière, Rulhiôres et de plusieurs autres officiers supérieurs, se mit en devoir de passer en revue les quelques milliers d'hommes de troupes et les détachements de garde nationale qui occupaient la place du Carrousel et la cour des Tuileries. Des cris nombreux de Vive le roi! l'encouragèrent d'abord, mais bientôt ceux de Vive la réforme ! poussés par des groupes de gardes nationaux sortis des rangs, le jetèrent dans un grand trouble. '< Mais vous l'avez, » dit-il avec humeur ; puis, de dépit, il rentra au château, laissant au maréchal Bugeaud le soin d'achever la revue.

A la reine anxieuse il parla de la froideur des soldats, de l'accueil hostile de la garde nationale, comme s'il eût senti que tout était fini; et, en proie à une sorte de prostration, il se laissa tomber dans un fauteuil. Toute son énergie avait disparu ; son assurance de la veille l'avait complètement abandonné. Les assistants contemplaient, navrés, le vieux roi dont la tête peu-

Février 1848.

Ua avis de M. Gré mieux.

ANNÉE 1858. CHAPITRE DIX-IIUITIÈ.ME. 74o

cliait sur la poitrine, et qui, l'œil fixe, semblait entrevoir dans un rêve sa royauté brisée.

Sur ces entrefaites se présenta, introduit par le duc de Montpensier, M. Crémieux, député de la gaucbe, qui avait pris une grande part aux banquets réformistes, mais dont l'opposition n'était pas irréconciliable. Il venait de parcourir une partie de la ville, et, selon lui, tout n'était pas perdu encore. Il fallait seulement s'empresser d'effacer de la liste des ministres le nom de M. Thiers, dont la rue ne voulait pas, laisser à M. Odilon Barrot seul le soin de composer le nouveau cabinet, et remplacer le duc d'Isly par le maréchal Gérard. Le roi se décida à sacrifier M. Thiers. Mais M. Crémieux lui-même se faisait illusion : les événements, menés par une force aveugle, étaient plus puissants que les hommes.

Tout à coup on entend le crépitement d'une fusillade. A quelques pas des Tuileries, sur la place du Palais- Royal, s était engagée une lutte furieuse entre les citoyens et une poignée de soldats du 14" de ligne, qui, de garde au poste du Château-d'Eau, avaient mieux aimé combattre que de rendre leurs armes ; combat inutile et sanglant, auquel quelques hommes intrépides essayèrent vainement de mettre fin. Ce fut le plus meurtrier des engagements entre la population et la troupe dans cette journée de février.

On était au plus fort du combat, quand M. Emile de Labdicaiion Girardin entra brusquement dans le cabinet du roi et dépeignit la situation comme désespérée. Le peuple en masse marchait sur les Tuileries ; à l'en croire, avant une heure, il n'y aurait plus ni roi ni royauté. « Que faire? dit alors le roi. — Abdiquer, Sire, » reprit M. de Girardin. La reine se récria, disant qu'il valait mieux mourir. Mais le roi, après quelques instants de douloureuse réflexion : « Eh bien ! j'abdique. »

C'était le mot qu'attendaient avec impatience la plu-

Le combat du Châteaud'Eau.

746 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 1848.

Fkvrier 1848. part des témoins de cette scène; beaucoup d'entre eux craignaient de voir se renouveler les violences tragiques du 10 août. Parmi tous les assistants qui encombraient Jes appartements des Tuileries, pairs, députés, anciens ministres, fonctionnaires, journalistes, une seule voix se fit entendre pour protester, ce fut celle de M. Piscatory, pair de France, récemment nommé ambassadeur d'Espagne. « N'abdiquez pas, Sire! » secria-t-il d'une voix retentissante. On avait trois mille hommes sous la main, il fallait au moins tenter un dernier effort. Aucune voix, dans la foule, ne fit écho à celle de M. Piscatory. Seules, la reine et la duchesse d'Orléans conjurèrent avec lui le roi de ne pas abdiquer.

Mais soit que l'âge eût tout à coup brisé en lui toute force morale, soit qu'il eût reculé devant la responsabilité du sang versé, Louis-Philippe demeura sourd à ces énergiques prières. Près de lui, d'ailleurs, se tenait son fils, le duc de Montpensier qui, avec une insistance singulière et peu respectueuse, le pressait de se démettre. Il prit place à son bureau, et lentement, de sa grosse écriture, il traça en ces termes son abdication :

i< J'abdique cette couronne, que la voix nationale m'avait appelé à porter, en faveur de mon petit-fils, le comte de Paris. Puisse-t-il réussir dans la grande tâche qui lui échoit aujourd'hui. — Le 24 février 1848. — Louis-Philippe. »

« Puisse-t-il, s'écria la malheureuse reine, d'une voix entrecoupée de larmes, ressembler à son aïeul. »

Or, ce qui avait surtout manqué au roi Louis-Philippe, c'était cette grande voix nationale, à laquelle il n'avait pas osé faire appel, et qui, à cette heure redoutable, lui faisait absolument défaut. Il était alors midi et demi; le règne de Louis- Philippe était fini.

Déjà M. de Girardin et le général de Lamoricière, bientôt suivi du maréchal Gérard, en qui la reine avait

mis sa dernière espérance, avaient quitté les Tuileries, se février i848. dirigeant vers la place du Palais-Royal pour porter au peuple la nouvelle de l'abdication du roi et tâcher de mettre fin au combat sanglant qui s'y livrait. Mais ils n'y purent réussir, et l'on dut ramener chez lui le général de Lamoricière blessé. Leurs voix, au milieu des détonations, du bruit des tambours battant la charge et des cri^ des combattants, n'avaient pas été entendues. Retranchés derrière les murailles épaisses de la fontaine du Chàteau-d'Eau, les soldats exaspérés ne cessaient de tirer sur les assaillants qui, se battant à découvert, perdaient nécessairement plus de monde qu'eux. Il fallut, pour en avoir raison, mettre le feu au poste, à l'^aide des voitures de la cour qu'on était allé prendre dans leurs remises de la rue Saint-Thomas du Louvre. Une dizaine de soldats et trente-huit citoyens avaient trouvé la mort dans ce combat. Quant aux blessés, ils furent transportés dans la galerie d'Orléans, transformée en ambulance, où les soins les plus empressés leur furent prodigués par des infirmiers volontaires.

C'est le propre des guerres civiles de développer à la fois les sentiments les plus généreux et les passions les plus horribles. Tandis qu'au rez-de-chaussée du palais, la charité veillait auprès des victimes de la lutte, de véritables scènes de sauvagerie se passaient aux étages supérieurs, et toutes les richesses accumulées dans les appartements du château , livres , tableaux , statues , objets d'art, étaient saccagées par des Vandales.

Le combat du Château-d'Eau durait encore quand Le départ M. Crémieux reparut tout effaré aux Tuileries. Il n'y avait pas un moment à perdre selon lui ; dans un instant le palais serait envahi par le peuple. Quelques coups de feu venaient de retentir sur la place du Carrousel, dont l'un avait tué un malheureux piqueur de la maison du roi; c'était comme un avertissement sinistre. On fit en

du roi.

lÉvniER 1848.

La duchesse

d'Orléaus

et le

comte de Paris

à la

Chambre.

748 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PIIILIPPE. année 1848.

toute hâte les préparatifs du départ, et toute la famille royale, moins le duc de Nemours, la duchese d'Orléans et ses enfants, gagna la place de la Concorde par le jardin des Tuileries.

Au pied de l'Obélisque, trois mauvaises voitures de place attendaient. Celui qui tout à l'heure encore était le roi des Français monta dans la première avec la reine Marie- Amélie, les deux fils de la princesse Clémentine et l'un des fils du duc de Nemours. Dans les autres voitures se casèrent le duc de Montpensier, la duchesse de Nemours, trois femmes de la suite et les autres enfants. M. Jules de Lasteyrie emmena chez lui la princesse Clémentine et la duchesse de Montpensier, pour lesquelles il n'y avait pas eu de place. Les voitures partirent au galop, escortées par un peloton de gardes nationaux à cheval et deux escadrons de cuirassiers.

Le peuple, qui encombrait la place de la Concorde et les Champs-Elysées, laissa respectueusement passer la royauté fugitive, car ce ne fut pas un départ, ce fut une fuite, et une fuite lamentable. Charles X était parti avec les honneurs de la guerre, reconduit en roi jusqu'au vaisseau qui devait le mener à l'éternel exil; Louis-Philippe s'en allait en fuyard désespéré, vaincu sans avoir combattu. Victime de sa propre obstination et de celle de son ministère, il se sentit, au dernier moment, submergé par l'opinion, et ce fut cela sans aucun doute qui lui fit abandonner la partie. Il se dirigea vers Dreux, la ville des sépultures de sa famille, où il apprit l'effondrement définitif de sa royauté.

Un dernier espoir, un dernier moyen de salut restait à la monarchie de Juillet : c'était la proclamation du comte de Paris, avec la régence de la duchesse d'Orléans sa mère. Quand, le premier, M. de Girardin avait tout haut lancé le mot d'abdication, il avait en môme temps réclamé cette régence. Tout le monde sentait que l'im-

ANNÉE 1858. CIlAPITllE DIX-HUITIÈME. 749

popularité du duc de Nemours le rendait impossible Février h pour cette fonction. Mais c'était à lui qu'elle avait été dévolue par la loi votée après la mort du duc d'Orléans, et à îa Chambre seule il appartenait de modifier cette loi. Aussi le roi, dans son acte d'abdication, était-il resté muet sur la régence.

Après le départ de Louis-Philippe, la duchesse d'Orléans s'était retirée dans ses appartements avec ses deux fils, le comte de Paris et le duc de Chartres. Elle avait le courage de la résignation, non celui de l'action, et elle attendait, anxieuse et désolée, quand M. Dupin la vint prendre pour la mener à la Chambre. Elle s'y rendit par le jardin des Tuileries, escortée de quelques amis. Elle tenait par la main le comte de Paris, tandis qu'un valet portait dans ses bras le petit duc de Chartres malade. Elle avait à peine quitté les Tuileries que le peuple les envahissait et y proclamait spontanément la République.

Cependant, chemin faisant, M. Dupin présenta à la foule le comte de Paris comme roi des Français et la duchesse d'Orléans comme régente, et la foule laissa passer respectueusement cette femme et cet enfant livrés aux hasards de la guerre civile, et sur le sort desquels la destinée allait prononcer. Il était une heure et demie quand la duchesse arriva au palais Bourbon, le cœur gros d'émotion, mais pleine d'espérance encore.

Le roi parti, le duc de Nemours avait repris des mains dumar échal Bugeaud le commandement de l'armée. Après avoir donné quelques ordres pour assurer la retraite de sa belle-sœur, en cas d'insuccès à la Chambre, il s'empressa d'aller l'y rejoindre, et, avec un désintéressement auquel l'histoire doit rendre justice, il lui apporta le concours, impuissant, hélas ! d'un dévouement absolu.

La Chambre des piiirs, qui s'était réunie un instant, venait de se séparer, un peu honteusement, sur la pro-

750 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année 18i8.

Fkvrier 1848. position de son président, le chancelier Pasquier. On fit meilleure contenance à la Chambre élective. Quelques députés, de nuances diverses, s'y entretenaient, avant l'ouverture de la séance, du parti à prendre, quand arriva M. Thiers, qui venait des Tuileries. Il était dans un véritable état de prostration morale. Le flot monte, s'écria-t-il ; la Chambre allait être envahie dans un instant ; il n'y avait rien à faire, selon lui. Et il disparut, sans oser la moindre tentative pour sauver cette monarchie qu'il avait si puissamment contribué à fonder ; il n'assista pas à ses derniers moments.

La cause de la régence et de la royauté du comte de Paris était perdue d'avance. Déjà, dans les bureaux du National, avait eu lieu une réunion à laquelle assistaient, a^ec les rédacteurs de ce journal et ceux de la Réforme, un certain nombre de notabilités du parti républicain, et l'on y avait arrêté en principe la formation d'un gouvernement provisoire.

La Chambre venait d'entrer en séance ; il était une heure et demie, quand la duchesse d'Orléans parut, accompagnée du duc de Nemours. Elle tenait d'une main le comte de Paris et le duc de Chartres de l'autre. Des cris assez nombreux de Vive le roi! Vive la régente ! accueillirent son entrée. Ce fut comme un dernier salut à la monarchie expirante.

Alors, du haut de la tribune, M. Dupin annonce que le Jiiiiiot. le roi Louis-Philippe a transmis ses pouvoirs au comte de Paris, en conférant la régence à la duchesse d'Orléans. Ce dernier point n'était pas rigoureusement exact ; mais l'irrégularité semblait couverte par une sorte de consentement tacite de tous les partisans de la dynastie d'Orléans. Au milieu des vives acclamations qui accueillent ces paroles, quelques voix de la gauche réclament un gouvernement provisoire. Le président n'en constate pas moins l'unanimité des acclamations. «La Chambre,

Chute de la monarchie

ANNÉE 18i8. CHAPITRE DIX-HUITIÈME. 751

dit-il, va suspendre sa séance jusqu'à ce que Madame la février 184S. duchesse d'Orléans et le nouveau roi se soient retirés. >; Mais la duchesse hésitait à se retirer, comme si elle eût pressenti qu'elle partie c'en serait fait du trône de son fils. Elle croyait le défendre encore par sa présence.

La duchesse se trouvait debout dans l'hémicycle, entourée d'une foule de députés. Elle alla prendre place avec ses enfants sur le dernier banc du côté gauche, saluée des mêmes acclamations qui l'avaient accueillie à son arrivée. Le nombre des personnes étrangères à la Chambre, gardes nationaux et autres, augmentait d'instant en instant. Vainement le président les conjura de sortir. En ce moment arrivait M. Odilon Barrot, impatiemment attendu par les partisans de la régence, qui le croyaient assez fort pour se rendre maître de la situation. Il venait du ministère de l'intérieur, d'où il avait expédié certains ordres comme président du conseil.

Mais déjà M. Marie était à la tribune pour protester contre ce qu'il considérait comme une usurpation. Le seul moyen de rétablir la tranquillité dans Paris était, selon lui, la constitution d'un gouvernement provisoire. Cette proposition est vivement appuyée par M. Crémieux qui, tout en affirmant son profond respect pour la duchesse d'Orléans, demande l'institution d'un gouvernement provisoire composé de cinq membres. Mais alors un député de la droite, M. de Genoude, proteste à la fois et contre une régence et contre un gouvernement provisoire. Il faut, dit-il, que la nation soit convoquée. « Il n'y a rien sans le consentement du peuple. » Et il rappelle l'usurpation de 1830. C'était comme le fantôme de la légitimité se dressant contre la dynastie d'Orléans.

Vainement M. Odilon Barrot essaie alors de défendre la régence, les droits du comte de Paris, les institutions de Juillet. Quelques bravos partis du centre répondent à ses paroles; mais M. de La Rochejaquelein invoque

Février If

La Chambre envahie.

732 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHlLlPPE. année 1848.

les droits du peuple. « Aujourd'hui, s'écrie-t-il, vous n'êtes rien, vous n'êtes plus rien ! »

En ce moment, une foule d'hommes armés, dont plusieurs agitent des drapeaux tricolores, se précipitent dans la salle et envahissent l'hémicycle. Les députés du centre sont obligés de refluer vers les banquettes supérieures au milieu des cris mille fois répétés de : « La déchéance ! la déchéance ! » Un citoyen annonce que le trône vient d'être brisé aux Tuileries et jeté par les fenêtres. Le tumulte est à son comble. M. Ledru-Rollin parvient cependant à obtenir un peu de silence, et il réclame, lui aussi, un gouvernement provisoire, non pas nommé par la Chambre, mais par le peuple, et une convention nationale pour régulariser les droits du peuple. De vives acclamations retentissent.

Mais voici M. de Lamartine à la tribune. Qu'allait dire l'illustre poète? On n'a pas oublié avec quelle éloquence il avait jadis plaidé la cause de la régence des femmes. La duchesse était là, devant lui, attendant de sa bouche, pour ainsi dire, son arrêt de vie ou de mort. Un profond silence se fit. Il ne dissimule pas l'émotion que lui a fait éprouver le spectacle d'une princesse auguste, se défendant avec son fils innocent, et venant se jeter au milieu de la représentation nationale. Beaucoup de personnes crurent qu'il allait conclure en faveur de la duchesse. Mais, depuis, dans le cœur du poète, devenu historien, la Révolution avait détrôné la monarchie. N'était-ce pas hier que, dans une épopée superbe, il avait glorifié la Montagne et Robespierre ? Sa conclusion fut à peu près identique à celle de M. Ledru-Rollin, et il demanda, lui aussi, un gouvernement provisoire, chargé de prendre les mesures nécessaires pour convoquer le pays tout entier.

Il avait à peine achevé que les portes d'une des tribunes publiques étaient enfoncées à coups de crosse, et

ANNÉE 184-i. CHAPITRE DlX-HUlTlÈME. 753

qu'un nouveau flot d'hommes armés y pénétrait en Février isis. criant : «A bas la Chambre! » Un des assaillants coucha même en joue l'orateur, qui demeura impassible. En un instant la confusion devint inexprimable. Le président Sauzet, tout effaré, ayant vainement réclamé le silence, déclara la séance levée, et il disparut derrière son fauteuil.

La Chambre se trouvait littéralement prise d'assaut; presque tous ses membres se retirèrent en désordre devant le peuple. Ce fut comme une déroute générale. La duchesse d'Orléans fut emportée, malgré elle, en quelque sorte, dans cet irrésistible mouvement, et ce ne fut pas sans peine qu'on pût la mettre en sûreté dans le palais de la présidence, d'où elle parvint à gagner l'hôtel des Invalides. Elle eut un moment de mortel effroi, ses deux enfants ayant été séparés d'elle dans la bagarre ; mais ils ne tardèrent pas à lui être rendus sains et saufs, l'un, le comte de Paris, presque immédiatement, l'autre, un peu plus tard. Le duc de Nemours la rejoignit bientôt, après avoir quitté son uniforme. Il était alors h peu près trois heures; tout était fini pour la dynastie d'Orléans.

Ici commence l'histoire de la seconde République. Ce furent les envahisseurs, armés de sabres et de fusils, qui, mêlés aux gardes nationaux et au petit nombre des. députés de la gauche restés dans la salle, nommèrent • le gouvernement provisoire.

M. de Lamartine n'avait pas quitté la tribune, et M. Dupont (de l'Eure) était monté au fauteuil, pour présider cette nouvelle assemblée improvisée. « Assis, assis, prenons la place des vendus; » cria une voix. — « Plus de Bourbons, un gouvernement provisoire, et ensuite la République, » cria une autre. « Ils ne l'auront pas volé, c'est un prêté rendu, » dit M. -de La Rochejaquelein. Ce fut comme la moralité de cette séance. Les destinées 11. 48

/o4 HISTOIRE DU RÈGNE DE LOUIS-PHILIPPE, année (848.

FÉvniEu 1848. de la France étaient entre les mains de législateurs anonymes.

Un certain nombre de noms furent proposés et plus ou moins acclamés, Dupont (de l'Eure), Arago, Lamartine, Ledru-Rollin, Garnier-Pagès, Marie, Crémieux. Cette liste devait être complétée à l'Hôtel de Ville, où M. de Lamartine, Ledru-Rollin et leurs collègues se rendirent aussitôt, suivis d'une foule immense de citoyens.

Ils étaient à peine partis qu'un jeune homme montait à la tribune, et, d'une voix retentissante : « Plus de royauté! » En même temps, quelques enragés veulent déchirer à coups de sabre le tableau représentant la prestation du serment de Louis-Philippe à la Charte, et un ouvrier armé d'un fusil à deux coups le décharge sur la figure du roi. Mais, au même instant, un autre ouvrier, nommé Théodore Six, tapissier de son état, s'élance à la tribune et rappelle le peuple au respect des monuments et des propriétés. « Pourquoi détruire? s'écrie-t-il. Pourquoi tirer des coups de fusil sur ces tableaux? Nous avons montré qu'il ne faut pas malmener le peuple; montrons maintenant que le peuple sait respecter les monuments et honorer sa victoire « (1).

Ces sages paroles furent écoutées ; le vrai peuple ne pille, ne vole, ni ne saccage ; le torrent s'écoula de luimême, et la salle fut bientôt déserte. Tout ce qui avait été édifié en 1830 contre le droit, sans l'assentiment du pays, par une assemblée sans mandai, trône. Chambre des pairs, Chambre des députés, ministres. Charte constitutionnelle, venait d'être balayé en quelques heures par l'ouragan populaire. Plus rien n'était ; tout avait disparu ; la monarchie de Juillet était morte et bien morte.

(1) Moniteur du 25 février 1848.

Louis-Philippe et la reine Marie- Amélie, suivis de févrieu i848. quelques-uns des leurs, étaient arrivés à Dreux dans la Épilogue. soirée du 24 février. Ils y passèrent la nuit dans les dépendances de la chapelle élevée sur l'emplacement de l'ancien château. La reine avait tenu, avant de partir pour l'éternel exil, à prier une dernière fois sur le tombeau de son premier-né. Ce fut à Dreux, comme nous l'avons dit, que Louis-Philippe apprit par le duc de Montpensier, son fils, l'irréparable désastre de sa dynastie. Dès le lendemain, il se mit en route avec la reine pour Trouville, où il comptait s'embarquer, grâce aux moyens d'évasion préparés par M. de Pertuis, l'un de ses aides de camp. Mais de lâches indiscrétions déjouèrent le plan concerté. Pendant quelques jours les deux fugitifs errèrent à l'aventure, ayant toutes les peines du monde à trouver un asile.

Dans la crainte d'être reconnu, le roi avait coupé ses favoris et mis des lunettes vertes, et il se faisait appeler d'un nom d'emprunt. Mais ses appréhensions, il faut le dire, n'étaient nullement fondées ; personne ne songeait à mettre obstacle à sa fuite. Les difficultés qu'il rencontra sur ses pas lui vinrent uniquement de la pusillanimité de gens qui redoutaient de se compromettre en prêtant les mains à son départ. Quant au gouvernement nouveau, il avait hâte, au contraire, d'apprendre que le roi déchu avait pu gagner avec les siens une terre hospitalière. Louis-Philippe parvint enfin à s'embarquer le 2 mars, au Havre, sur le vapeur anglais l'Express. Le lendemain, il débarquait à New-Haven, d'où il se rendit au château de Claremont, propriété de son gendre, le roi des Belges. C'est là qu'il fut rejoint par les divers membres de sa famille, à l'exception de la duchesse d'Orléans, qui préféra se retirer en Allemagne avec ses deux fils. C'est là aussi qu'il devait mourir le 26 août 1850, après avoir supporté avec beaucoup de séré-

756 HISTOIRE DU' RÈGNE DE LOUIS-PHlLIPPE. année 1848.

Février 1848. iiité et de résignation l'immense infortune dont il avait été frappé au déclin de sa vie.

Le règne de Louis-Philippe avait duré dix-sept ans et un peu plus de six mois.

Ce règne, qui aurait pu ouvrir pour la France une ère de gloire, de progrès et de liberté, fut complètement vicié dès l'origine. Avec des qualités très réelles et une intelligence au-dessus de l'ordinaire, Louis-Philippe ne sut tirer aucun parti de la magnifique situation qui lui avait été faite en 1830. Père de famille excellent, mari modèle, homme de toutes les vertus <lomesliques, ce fut un roi fort médiocre ; il ne comprit rien aux nécessités de la France moderne. Il y avait un moyen peut-être de réparer l'irréparable faute de n'avoir pas soumis sa nomination à la ratification populaire, et de suppléera ce baptême qui eût lavé sa tache originelle, c'était de donner satisfaction aux aspirations libérales du pays à l'intérieur et à ses légitimes sentiments de fierté à l'égard de l'étranger. Ce fut à quoi il se refusa toujours avec la plus étonnante des obstinations. Au lieu d'avancer, il recula. Il ne fit que continuer la Restauration, avec un peu plus de libéralisme apparent au dedans, et moins de dignité au dehors. C'était rétrograder. On ne s'arrête pas impunément dans le chemin du progrès et de la liberté. Il avait les regards bien plus tournés vers le passé que fixés sur l'avenir. Aussi vit-il s'éloigner de lui tous ceux qui, au début, ne demandaient pas mieux que de marcher d'accord avec lui, croyant qu'il serait très sincèrement et très sérieusement le roi de la Révolution. Mais s'il avait souvent ce mot de Révolution sur les lèvres, il ne l'avait guère dans le cœur.

On a dit de lui qu'il avait été le roi de la bourgeoisie ; il faut s'entendre. Roi des anciennes classes privilégiées, de la haute banque et de la grande industrie, oui; mais de la bourgeoisie composée de ces classes moyennes

qui sont la force vive du pays,, jamais. Car, ainsi que février i84,s. nous avons eu soin de le faire remarquer, ces classes moyennes, tout comme les classes populaires, se trouvaient absolument déshéritées de leurs droits politiques sous Louis-Philippe ; et c'est précisément pour n'avoir point voulu rompre avec cette criante iniquité que son gouvernement est tombé.

Eh bien! ne l'oublions pas, ce sont les hommes qui ont salué avec le plus d'enthousiasme ce gouvernement comme la meilleure des républiques, ce sont ces mêmes hommes qui, depuis, l'ont battu le plus violemment en brèche quand ils l'ont vu infidèle à toutes ses promesses. Cette violation de la foi jurée ne pouvait engendrer qu'un règne constamment troublé. De là ces émeutes sans fin, ces insurrections sanglantes, ces attentats multipliés, cette inquiétude dans les esprits, ces longues agitations de la rue, ces revendications incessantes et cet effroyable système de corruption mis en pratique pour raccoler des partisans. Grande leçon, bien faite pour démontrer l'erreur de ceux qui, sourds aux enseignements de l'histoire, s'imaginent trouver dans la monarchie constitutionnelle une garantie d'ordre, de repos et de sécurité, et pour prouver que la meilleure des républiques est encore la République.

Le complot Hubert. — Ouverture de la session de 1838. — L'élection de M. Emile de Girardin contestée. — L'adresse à la Chambre haute et à la Chambre élective. — Les fonctionnaires publics et le mandat législatif. — L'échec de M. Thiers. — Travaux législatifs divers. — Les Iribunaux de commerce. — Loi sur les aliénés. — Les prolégomènes de la coalition. — Bataille sur les fonds secrets. — L'embarras de M. Guizot. — Les fonds secrets à la Chambre haute. — La pension de la veuve du général Damrémont. — Vote de la conversion des rentes par la Chambre élective. — La plaie de l'agiotage. — Les chemins de fer livrés à l'industrialisme. — Du rôle de la presse démocratique dans la question des chemins de fer. — Le rapport de M. Arago. — Rejet du projet de loi ministériel. — Le procès Hubert. — Accusation de complot contre la vie du roi. — Le verdict du jury. — La condamnation de Laure Grouvelle. — Mort de M. de Talleyrand. — Le jugement de l'histoire. — Le budget de 1839. — Le couronnement de la reine Victoria. — Envoi du maréchal Soult comme ambassadeur extraordinaire. — Accueil fait au représentant de la France. -7- Procès du lieutenant Laity. — Fin de la session de 1838. — Le ministère réclame de la Suisse l'expulsion du prince Louis-Napoléon. — Naissance du comte de Paris. — La Suisse menacée. — La Suisse arme.

— Départ du prince Louis pour l'Angleterre. — Évacuation d'Ancône.

— DilJicultés avec le Mexique. — Arrivée de l'amiral Baudin devant Vera-Cruz. — Le prince de Joiuville au Mexique. — Bombardement de Saint-Jean d'Ulloa. — Protestation à Mexico. — Prise de Vera- Cruz. — La coalition se renoue. — La mort de M. de Montlosier. — M. Gisquet et le Messager. — Ouverture de la session de 1 839. — Le discours du roi. — Discussion de l'adresse à la Chambre des pairs. — Le projet d'adresse de la Chambre élective. — L'attitude de M. Dupin.

— Discussion du projet d'adresse. — L'attaque de M. Guizot. — Riposte de M. Mole. — M. Thiers intervient au nom de la liberté. — Le projet de la commission bouleversé. — Berryer et la Convention nationale. — Victoire du ministère. — Les conséquences de la coalition. — Démission des ministres . — Appel au maréchal Soult. —

Les ministres rappelés. — Dissolution de la Chambre. — La bataille électorale. — Attitude du parti républicain. — Résultat des élections. — Le triomphe de la coalition. — Démission du ministère. — Le partage des dépouilles. — Rupture de la coalition. — Vaine combinaison ministérielle avec M. Thiers. — Impuissance de la coalition.

— Le ministère transitoire. — Ouverture de la session. — Troubles dans Paris. — L'élection de M. de Girardin invalidée. — M. Passy nommé président. — Combinaison ministérielle. — Nouvelle tentative avortée. — La fête du roi. — Insurrection du 12 mai. — La Société (les saisons. — Armand Barbes et Auguste Blanqui. — La prise d'armes. — L'insurrection vaincue. — Le ministère du (2 mai. 1

Déclaration ministérielle. — Le président Sauzet. — Encore les fonds secrets. — L'exposition de l'industrie. — La corruption et la Légion d'honneur. — La propriété littéraire. — Le procès des insurgés du 12 mai. — La peine de Barbes est commuée. — Complicatic^ns en Orient.

— Vaines propositions de l'Angleterre. — Bataille de Nézib. — Mort du sultan Mahmoud. — Débats au sujet des affaires d'Orient. — L'opinion de M. de Lamartine. — Le vote des deux Chambres dans la question d'Orient. — La flotte turque livrée à Méhémet-Ali. — Intervention de l'Europe entre la Turquie et l'Egypte. — Le budget de 1840. — Les exigences de lord Palmerston. — Les propositions de la Russie à Londres. — Hautain défi de la France. — Ce que voulait Ip ministère du 12 mai. — Situation faite à la France. — Notre situation en Afrique. — Les menées d'Abd-el-Kader. — Expédition des Portes de fer. — Le duc d'Orléans en Afrique. — Incursions arabes dans la province d'Alger. — L'armée d'Afrique renforcée. — Défaite d'Abd-el-Kader. — La France isolée. — Ouverture de la session. — Discussion de l'adresse à la Chambre des pairs. — L'adresse à la Chambre des députés. — La question de la réforme électorale. — Manifestation réformiste. — La question d'Orient et M. de Lamartine. — L'intervention de M. Thiers. — L'adresse remise au roi. — La seconde catégorie des accusés de mai devant la cour des pairs. — M. Guizot est nommé ambassadeur à Londres. — La dotation du ■duc de Nemours. — Nouveau pamphlet" de M. de Cormenin. — Rejet <lu projet de loi. — Démission des ministres. — Brillant fait d'armes de Mazagran. — Formation du ministère du l^r mars. — M. Thiers et les fonds secrets. — L'opposition de M. de Lamartine. — M. Cousin aux Tuileries. — Les idées libérales et les instincts révolutionnaires.

— MM. Berryer et Garnier-Pagès. — Los fonds secrets devant la Chambre des pairs. — La proposition Rémilly. — Elle est prise en considération. — Ajournement de la proposition. — Encore la conversion de la rente. — Rejet de la conversion à la Chambre haute. — Prolongation du privilège de la Banque. — Les cendres de l'empereur.

— La Chambre vote le crédit nécessaire à leur retour. — Une sous-

cription avortée. — M. Arago et la réforme électorale. — Délégation ouvrière chez M. Arago. — Les premiers banquets réformistes. — La revue de la garde nationale. — Les compagnies de chemin de fer aux abois. — Le budget de 1841. — Les miss-ions salariées. — L'occupation algérienne. — Les armes à percussion. — Le banquet de Saiut- Mandé interdit. — Traité du IS juillet. — Effet produit en France par ce traité. — Les morts de Juillet 1830. — L'échauffourée de Boulogne. — Le prince Louis-Napoléon à Londres. — Tentatives de corruption. — Préparatifs de l'expédition. — Débarquement à Wimereux. — Arrestation des conjurés. — Effet produit par la tentative de Boulogne ''^

Le banquet de Châtillon. — Agitations socialistes. — Échauffourées ouvrières. — Condamnations diverses. — Le procès Éliçabide. — L'affaire de M^e Lafarge. — Le procès du prince Louis-Napoléon. — Déclaration du prince. — Condamnation des accusés. — Les fortifications de Paris. — M. Thiers croit à la guerre. — Enthousiasme belliqueux du pays. — Louis- Philippe se calme. — M. Thiers offre sa démission. — Les événements se précipitent en Orient. — Mission de M. Waleski. — Vains efforts de M. Guizot à Londres. — Bombardement de Beyrouth. — Inaction de notre flotte. — Effet produit à Paris. — M. Thiers songe de nouveau à se retirer. — Louis-Philippe refuse la démission de ses ministres. — Manifestation de la garde nationale. — Intervention de la reine. — Ultimatum adressé aux quatre puissances du Nord. — Effet produit par le langage de M. Thiers. — Un pamphlet de M. de Lamennais. — Attentat de Darmès. — Les antécédents de Darmès. — Les conséquences de l'attentat du 15 octobre. — Saisies et poursuites diverses. — Outrecuidance des puissances. — Notre escadre rappelée à Toulon. — Fausse situation de M. Thiers. — Projet de discours de la couronne refusé par LoLiis-Philippe. — La politique personnelle du roi Louis-Philippe.

— Démission du cabinet du 1«'' mars. — Le ministère du 29 octobre.

— M. Guizot ministre des affaires étrangères. — Les nouveaux ministres. — Accueil fait au ministère du '29 octobre. — Ouverture des Chambres. — Le discours de la couronne. — Protestation contre la politique du nouveau cabinet. — Nomination du bureau de la Chambre. — L'adresse à la Chambre des pairs. — Le projet d'adresse à la Chambre élective. — Les événements en Orient. — Discussion de l'adresse. — Le discours de M. Thiers. — Sa conclusion. — Réponse de M. Guizot. — Le voyage de Gand. — La vérité sur ce voyage. — Les débuts de M. de Tocqueville. — Intervention de M. Berryer. — M. de Lamartine appuie le ministère du 29 octobre. — La note du parti républicain. — La politique du ministère. — L'adresse modifiée.

— Le travail des enfants dans les manufactures. — Le retour des cendres de l'empereur. — Arrivée en France. — Les funérailles de

l'empereur. — L'empereur aux Invalides. — Condamnation de M. de Lamennais. — Situation difficile du ministère. — Le nom de M. MoIé mis en avant. — Les fortiûcations de Paris. — Paris et Vauban.

— Discussion du projet de loi sur les fortifications de Paris. — Intervention inopportune du maréchal Soult. — L'opinion de .M. Garnier- Pagès. — L'amendement Schneider rejeté. — Vote de la loi. — L'opposition et les fortifications de Paris. — La loi des fortifications et la Chambre des pairs. — Paris assiégé 155

La situation du ministère. — Le philosophe Jouffroy et les fonds secrets.

— Les beautés du gouvernement parlementaire. — M. Guizot sommé de s'expliquer. — Réapparition de la proposition Rémilly. — La proposition est finalement repoussée. — Violentes attaques contre Louis-Philippe. — Publication de trois lettres de Louis-Philippe. — Nouvelles lettres attribuées au roi. — Scandale produit par cette publication. — Ida Saint-Elme et les Mémoires d'une contemporaine.

— Ce que valent les Mémoires au point de vue historique. — Arrestation de MM. deMontour et Lubis. — Le procès de la France devant la cour d'assises. — Maladresse du ministère public. — Acquittement du journal lu France. — Cruelle situation faite au roi. — Condamnations d'écrivains. — Explication relative aux lettres de la Contemporaine.

— Manifestations menaçantes. — Explications ministérielles. — Le baptême du comte de Paris. — Jugement et exécution de Darmès. — Les ventes judiciaires d'immeubles et les ventes à l'encan. — La propriété littéraire. — Le rapport de M. de Lamartine. — Les sophismes de M. Berville. — La loi est repoussée. — Loi nouvelle sur l'expropriation pour cause d'utilité publique. — Le gouvernement incline vers la liberté commerciale. — Violentes récriminations à propos des crédits supplémentaires. — Le déficit. — Altercation entre MM. Thiers et Guizot. — Le budget de 1842. — La réforme de la taxe des lettres. — L'idée du recensement des propriétés. — Mort de M. Garnier-Pagès. — Ses funérailles. — L'élection du Mans. — La candidature de M. Ledru-Rollin. — Sa nomination. — Rentrée de la France dans le concert européen. — Le traité des détroits met fin à la question d'Orient. — Chute de lord Palmerston. — Troubles intérieurs à l'occasioa du recensement. — Les événements de Toulouse.

— Révocation du préfet. — Envoi de M. Maurice Duval à Toulouse.

— Mesures répressives. — Troubles à Lille et à Clermont-Ferrand. — Les portefaix et les tonneliers de Màcon. — Le général Bugeaud et l'Algérie. — Sa nomination comme gouverneur général. — Le plan du général Bugeaud. — Abd-el-Kader battu à Milianah. — Le duc d'Aumale en Afrique. — Rentrée du duc d'Aumale eu France. — L'attentat Quénisset. — Les conséquences de cet attentat. — La circulaire de M. Martin (du Nord). — Triple procès du National. — M. Hébert est nommé procureur général près la cour de Paris. — Le

procès de Ledni-Rollin. — M. Ledru-RoUin est acquitté. — Le procès de Quénisset, Dupoty et autres, devant la cour des pairs. — L'accusé Dupoty. — La complicité morale. — La protestation de M. Cousiu.

— Condamnation des accusés. — Le traité du droit de visite. — M. Guizot et le droit de visite. — Ouverture de la session. — La Chambre des députés et le droit de visite. — L'amendement de M. Billault. — Intervention de M. Thiers. — Adoption d'un amendement de M. Jacques Lefebvre. — Une menace des États-Unis. — La France reste en dehors du droit de visite. — Condamnations de presse.

— Question des incompatibilités. — De l'adjonction des capacités. — M. de Lamartine et la question des capacités. — Loi définitive sur les chemins de fer. — M. Thiers et les chemins de fer. — L'accident du chemin de fer de Versailles. — Mort de M. Humann. — Le budget de 1843. — Le vote de la Chambre des pairs. — Dissolution de la Chambre. — Les élections générales. — Les élections de Paris. 233

Mort du duc d'Orléans. — Il est transporté à Neuilly. — Le retour de la duchesse d'Orléans. — Le testament du duc d'Orléans. — Les embarras de la situation. — Les protestations de dévouement. — Convocation des Chambres. — Légitimistes et républicains. — Les exigences du centre gauche. — Ouverture des Chambres. — La loi de régence. — Discussion de la loi à la Chambre des députés. — Les débuts de M. Ledru-RoUin. — M. de Lamartine passe à l'opposition.

— La réponse de M. Guizot. — Objections contre la régence féminine.

— M. Thiers et la loi de régence. — Prorogation des Chambres. — État des esprits. — La crise industrielle et commerciale. — Projet d'union douanière avec la Belgique. — Le projet d'union est abandonné. — Le système de la corruption. — Clôture du protocole concernant le droit de visite. — Le procès Hourdequin. — Réception de M. Pasquier à l'Académie. — Réouverture de la session de 1843. — L'adresse à la Chambre des pairs. — Discussion de l'adresse à la Chambre élective. — Violente attaque de M. de Lamartine contre la monarchie de Juillet. — M. de Lamartine et l'opinion publique. — Encore la question du droit de visite. — M. Guizot défend les traités de 1831 et de 1833. — Vote de la Chambre contre le droit de visite.

— Le sinistre de la Guadeloupe. — La question de confiance greffée sur celle des fonds secrets. — Une explication de M. Dufaure. — Réponse de M. Guizot. — M. de Lamartine et M. Guizot aux prises.

— M. Guizot l'emporte. — Le vote par division. — Encore la question des incompatibilités. — La question des sucres. — Deux élections annulées. — Mariages de la princesse Clémentine et du prince de Joinville. — Affaires d'Algérie. — Prise de la Smala d'Abd-el-Kader.

— Inauguration des chemins de fer d'Orléans et de Rouen. — Achat du Palais-Bourbon. — Le budget de 1844. — Traité de commerce avec l'Angleterre ajourné. — Les affaires d'Espagne. — La régence

d'Espartero. — Intrigues au sujet du mariage de la reine Isabelle.

— Chute d'Espartero. — Les avances de M. Guizot au cabinet britannique. — Les ducs de Nemours et de Montpensier en voyage. — Le duc de Nemours et le maire du Mans. — Réponse du duc de Nemours. — Révocation du maire du Mans. — Danger couru par la famille royale. — Visite de la reine d'Angleterre au roi Louis-Philippe 329

Effet de la visite de la reine d'Angleterre sur les cours étrangères. — Procès et acquittement du journal la France. — Le voyage du duc de Bordeaux en Angleterre. — Le duc de Nemours à Londres. — La cour de Belgrave-Square. — Les néo-royalistes. — Destitution de fonctionnaires. — Modificaition ministérielle. — Ouverture de la session de 1844. — L'entente cordiale. — L'adresse de la Chambre des pairs. — Violente sortie de M. Laffitte. — Discussion de l'adresse à la Chambre élective. — Les excuses de M. Berryer. — La Chambre élective et l'entente cordiale. — Rentrée en scène de M. Thiers. — Orage déchaîné parle paragraphe relatif aux pèlerins de Belgrave-Square.

— M. Guizot essaye de se justifier de son voyage à Gand. — Le vote de flétrissure. — Démission et réélection des députés flétris. — L'incident de Salvandy. — Les incompatibilités parlementaires et la question Salvandy. — Intervention de M. Thiers. — Première affaire Pritchard. — Prise de possession de Taïti. — Le gouvernement désavoue l'amiral Dupetit-Thouars. — Discussion de l'affaire de Taïti à la Chambre. — Victoire du ministère. — Une épée d'honneur à l'amiral Dupetit-Thouars. — Une brochure du prince de Joinville.

— Le programme de M. de Lamartine. — La question religieuse sous le règne de Louis-Philippe. — Lutte entre l'Église etl'Université.

— L'abbé Combalot etl'évèque de Chàlons. — L'Église et M. Veuillot.

— L'archevêque de Paris rappelé au respect du concordat. — Keprésailles anticléricales. — Les cours de MM. Michelet et Edgar Quinet au Collège de France. — La loi sur l'enseignement secondaire. — Le rapport de M. de Broglie à la Chambre des pairs. — Discussion de la loi. — M. de Montalembert et la liberté de l'enseignement. — Loi sur la chasse. — La réforme pénitentiaire. — La question de Montevideo. — La loi sur l'enseignement secondaire à la Chambre élective.

— Le rapport de M. Thiers. — Les conclusions de ce rapport. — Derniers jours de la session. — Le budget de 184,^. — Suppression de la rétribution universitaire. — Mort de M. Laffitte. — Nouvel incident Pritchard. — Les intrigues de Pritchard. — Arrestation de Pritchard. - Déchaînement de l'Angleterre contre la France. — Embarras du roi Louis-Philippe et de ses ministres. — Attitude des Chambres. — Coup d'œil sur les événements d'Afrique. — Organisation des bureaux arabes. — Dissentiments avec le Maroc. — Premières hostilités. — Explications demandées par l'Angleterre. —

TAliLE DES MATIÈRES. 765

Bouibardemeut de Tanger. — Bouibardemeut de Mogador et occupation de File de ce nom. — Bataille d'Isly. — Honteuse faiblesse du cabinet du 29 octobre. — Dépêche étrange de M. Guizot â M. de Jarnac. — Excuses à l'Angleterre et indemnité à M. Pritctiard. — Convention avec le Maroc. — La convention de Tanger et l'opinion en France. — Traité avec la Chine. — Voyage de Louis-Philippe en Angleterre. — Réception du roi à Windsor. — Louis-Philippe et les magistrats de la cité de Londres. — Retour en France. — Prédiction sinistre de Lamennais 407

Maladie et retraite de M. Villemain. — Ouverture de la session de 1845.

— Le discours de la couronne. — Discussion de l'adresse à la Chambre des pairs. — Les attaques de M. Mole. — Réponse au prince de la Moskowa. — L'adresse à la Chambre des députés. — Violent discours de M. Thiers. — L'opinion de M. Dupin. — L'amendement de M. de Carné. — L'amendement de M. Léon de Maleville. — Rejet de cet amendement. — La Chambre se déclare satisfaite. — Fausse sortie des ministres. — M. de Salvaudy, ministre de l'instruction publique. — Question de confiance posée à l'occasion des fonds secrets. — Les fonds secrets à la Chambre haute. — La réforme postale ajournée. — La responsabilité des agents du pouvoir et les incompatibilités. — Les capacités et l'abolition du cens. — Modification dans le système de vote. — La loi sur le conseil d'État. — Proposition de loi relative à l'agiotage sur les chemins de fer. — Députés intéressés dans les marchés coqcIus avec l'État. — Conversion de la rente. — Projet de loi contre le duel. — La question des jésuites. — Déclaration d'abus contre le cardinal de Donald. — Une sortie de M. Cousin. — L'interpellation de M. Thiers. — Réponse du garde des sceau.x. — M. de Carné répond à M Thiers. — iM. Dupin et les jésuites. — Le remède de M. de Lamartine. — L'ordre du jour de M. Thiers. - La convention du 29 mai avec l'Angleterre. — Question de l'émancipation des esclaves. — M. de Montalembert et le monde catholique — Les résultats de la mission de M. Rossi. — Mesures prises contre les jésuites. — La situation ministérielle après la session.

— Manifeste de la gauche constitutionnelle. — Discours de INI. Guizot a ses électeurs. — Une nouvelle visite de la reine d'Angleterre. — État de nos affaires en Afrique. — La guerre sainte de nouveau prêchée en Algérie. — Les Ouled-Riah enfumés dans leurs grottes.

— Près de cinq cents Français massacrés dans une embuscade. — Nouvelle insurrection. — Retour du maréchal Bugcaud. — Succès des généraux de Lamoricière et Cavaignac. — La statue du duc d'Orléans. — Incident sur la Plata. — Combat d'Obligado, — Une ambassade marocaine à Paris. — Le maréchal Soult abandonne le portefeuille de la guerre. — M. Quinet et M. de Salvandy. — Réorganisation du conseil royal de l'Université. — Ouverture de la session de 1846. —

^fif) TABLE DES MATIÈRES.

Les adresses. — M. Cousin et M. de Salvandy. — L'adresse de 184G à la Chambre des députés. — La corruption électorale. — L'ordonnance du 7 décembre et M. Thiers. — Réponse de M. Guizot. — Vaine demande de la remise à l'ordre du jour de la loi sur l'enseignement secondaire. — Les livrets d'ouvriers. — L'insurrection polonaise. — Appel d'une partie de la Chambre des députés en faveur des Polonais. — Interpellation sur les événements de Pologne. — Le discours de Victor Hugo. — Le dernier vestige de l'indépendance polonaise anéanti. — Encore la question des incompatibilités. — Intervention de M. Thiers dans la question. — Réponse de M. Duchàtel.

— L'attentat de Lecomte. — La complicité morale. — Le budget de 1847. — Les critiques de M. Thiers. — Évasion du prince Louis- Ronaparte. — Vote du budget de 1847. — Dernier cri en faveur de la Pologne. — Dissolution de la Chambre , . 487

La lutte électorale. — Le compte rendu de M. Thiers. — Circulaire ministérielle. — L'attentat de Henry. — Le résultat des élections. — Nomination du bureau de la Chambre. — Le banquet de Lisieux. — Discours de M. Guizot à ses électeurs. — Mot attribué à M. Guizot : Enrichissez-vous. — Le discours royal et les adresses des Chambres

— Vérification des pouvoirs. — La question du mandat impératif.

— Les mariages espagnols. — Pourparlers relatifs à ces mariages. — Le mécontentement de l'Angleterre. — Attitude de la France et de l'Espagne. — La reine Marie-Amélie et la reine Victoria. — Célébration des mariages espagnols. — Rupture de l'entente cordiale. — Crise des subsistances. — Question du libre-échange. — Les inondations et la crise financière. — Dernier et irréparable partage de la Pologne.

— Vaines protestations de la France et de l'Angleterre. — État de nos alîaires en Algérie. — Massacre des prisonniers français. — La colonie pacifiée. — Ouverture de la session de 1847. — Le discours de la couronne. — Réponse des pairs au discours de la couronne. — Discussion de l'adresse à la Chambre des députés. — Réponse de M. Guizot à M. Odilon Barrot. — Les mariages espagnols et l'opposition. — L'opinion de M. Thiers sur les mariages espagnols. — La réponse de M. Guizot. — L'opinion de lîerryer. — Griefs divers contre le ministère. — M. Guizot accusé d'imposture. — Mort de M. Martin (du Nord}. — L'aveuglement de M. Guizot. — Le chapitre royal de Saint-Denis. — La réforme électorale. — La condamnation du banquier Drouillard. — MM. Duchàtel et Guizot repoussent la prise en considération du projet de reforme. — M. de Rémusat présente de nouveau sa proposition sur les incompatibilités. — Les conservateurs progressistes. — L'exécution de Buzançais. — Les scandales du règne. — L'atlaire de Rochefort. — L'affaire Renier. — Le mot de M. Desmousseaux de Givré. — Proposition de M. Crémieux relative aux députés. — La jurisprudence Rourdeau. — Violentes

TAULE DES MATIÈHES. 767

attaques de M. Emile de Girardin. — La réforme postale rejetée. — Vente de privilèges de théâtre et de promesses de pairie. — Inertie du gouvernement. — ModiOcatibns ministérielles. — M. de Gii'ardin devant la Chambre des pairs. — La Chambre élective est satisfaite. — L'affaire des mines de Gouhenaus. — Révélations scandaleuses. — Procès de MM. Despaus de Cubières, Teste, Parmeutier et Pellapra.

— Tentative de suicide de M. Teste. — Condamnation des accusés.

— La corruption. — Commencement de la campagne réformiste.

— Pétition pour la réforme électorale et parlementaire. — Le banquet du Chàteau-Rouge. — Hésitations du ministère. — Le banquet de Màcou et M. de Lamartine. — Fin de la session de 1847. — Le budget de 1848. — Objurgations du comte de Montalembert.

— Le dernier budget du règne de Louis-Philippe. — Nouveaux scandales. — A bas les voleurs ! — Assassinat de la duchesse de Prasiin.

— Le duc de Prasiin et mademoiselle Deluzy. — Le duc est déféré à la cour des pairs. — Sa mort 5G5

La littérature sous Louis-Philippe. — Lamartine et la Révolution de 1830. — Les œuvres nouvelles de Victor Hugo. — Alfred de Vigny, de Musset et T. Gauthier. — Les poètes et la politique : Hégésippe Moreau. — Réranger. — Rarthélemy et Méry. — Auguste Barbier et les ïambes. — Le théâtre sous Louis-Philippe. —L'école du bon sens.

— Le roman et les romanciers du temps de Louis-Philippe. — A. Dumas. — Mme George Sand. — de Balzac. — Rénovateurs et réformateurs politiques et sociaux. — L'influence de Lamennais. — L'histoire sous le règne de Louis-Philippe. — L'Histoire du Consulat et de l'Empire. — Les Histoires de la Restauration. — Suite de la campagne des banquets. — Le banquet de Colmar. — Le banquet de Saint-Quentin. — Le banquet d'Orléans et M. Abatucci. — La dernière incarnation du ministère du 29 octobre. — La retraite du maréchal Soult. — M. Guizot est nommé président du conseil. — Le maréchal Soult est fait maréchal général. — Le duc d'Aumale est nommé gouverneur général de l'Algérie. — Nouveaux scandales.

— L'affaire Léolade. — L'affaire Beauvallon. — Procès de presse.

— Une visite de Louis-Philippe à la Grande-Trappe. — Une nouvelle chanson de Béranger. — Les banquets de Coulommiers et de Cosue. — Déclaration de principes de M. de Lamartine. — La campagne réformiste s'accentue. — Le banquet de Lille. — Le banquet d'Avesaes. — Le banquet de Dijon. — Élections hostiles et vœux des conseils généraux. — Suicide de M. Bresson. — Une lettre du prince de Join ville. — Le cabinet du 29 octobre et la Suisse. — Le Sonderbund. — Étrange attitude de M. Guizot. — L'Italie et le cabinet du 29 octobre. — Fin de la campagne des banquets. — Le banquet de Rouen. — Recrudescence des procès de presse. — M. Berger nommé maire. — Soumission et capture d'Abd-el-Kader. — Une

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