‹ Histoire de René d'AnjouChapitre 23 sur 41 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

M^ HISTOIRE (i43n)

frère d'un monarque qtfon pleurait encore.M On savait qu'il était père de quatre enfants de la plus belle espérance.. On le voyait à peine échappé aux dures épreuves d'une longue captivité. .. Que de motifs pour faire naître cet enthousiasme dont les provençaux sont peutêtre plus susceptibles qu'aucun autre peuple!..

« Aussi, dit un de leurs écrivains du XVIP « siècle, les rayons du jour naissant n'ouvrent « pas si doucement le sein des fleurs, que « le premier aspect de cet astre bienfaisant « fît épanouir les affections de nos âmes. »

Débarqué à Arles le 7 Décembre i437. Réné y fit son entrée le même jour et fut conduit au palais des anciens comtes, (bâti, dit-on , sur les débris de celui des empereurs d'Orient), au milieu d'une afQuence extraordinaire de peuple, et entouré de fidèles chevaliers lorrains ou angevins dévoués à sa fortune. On retrouvait parmi eux des Lenoncourt, Beauvau, Haraucourt , Thomassin , Valori, Remerville^ les trois frères, Eustache, Louis et Jean du Bellay (*).

La ville favorite de Constantin et des Ro-

Chronique de Provence. Fol. 600. 6o3. — Gaufiridi. Fol. 3<ï8. — Honoré Bouche. Tool H. Fol. 44^* — Bouche ayocat. Tom. I«r.P^ 4o3. — Arcs triomphaux. P. 47-

C^^ <( S^il fallait s^en rapportera G. Nostradainus , Renë se sertit fc d'^abord arrêté k Tarascon aycc son fîls Jean d^Anjou et Marie de

mainSy (*) ( ^ laquelle René accorda une amnistie générale pour les excès auxquels ses habitants s'étaient portés envers les commissaires conservateurs des Juîfe ), vit bientôt arriver dans ses murs,« une si grande quantité « de provençaux, ûjÇ^/we^ de voir leur souye~ rain^ » dit Galaup de Ghasteuil, que René ni son fils ne pouvaient se montrer sans être presque étouffés par la foule qui se précipitait sur leur passage. Oubliant que le prince dont ils célébraient le retour, était accablé de dettes énormes , et allait être obligé de conquérir son royaume les armes à la main, lesArlésiens cessant toute espèce de travaux, dépensèrent alors en fêtes de tout genre, un argent qu'ils auraient pu sans doute employer d'une manière plus utile, si l'excès de la joie permettait quelque réflexion. Pendant plusieurs

« Bourbon. Là, tous les gentilshommes, barons et prélats de Pro- « yence, dit Thistorien, se trouvèrent en très bel ordre, et en fort « riches équipages pour le recevoir condignement, et leur offrir « toute sorte d^obéissance et de service. »

a Mais ce témoignage est démenti par tous les autres historiens.

{^) Le 9 de Décembre , Michel Demandoix, notaire et secrétaire royal, reçut dans le palais archiépiscopal d^ Arles le serment de René et de Bertrand d^Arpazou ( grand prieur de St. Gilles), d^observer la transaction passée le vendredi après la fête de la Madelaine 1262, entre Charles d^ Anjou et Guillaume de Barras , grand commandeur^ touchant les privilèges et droits de Tordre de St. Jean de Jérusalem. Gmllaume de Videcomis, archevêque d^Aix, et Bertrand de St. Martin, évéque de Fréjus y furent présents.

îx^4 HISTOIRE (1437)

jours, « ou ne vit, dit -on, à Arles, que dan- « ses, festins et mystères, tandis qu'on y eiï- « tendait sans discontinuer des décharges d'ar- « tillerie , confondues avec le son des clo- « ches et une musique perpétuelle. » Il est vraisemblable qu'on y donna aussi à René une représentation d'un combat do taureaux , sorte de spectacle qui atteste encore Tancien séjour des Romains C).

Le clergé ne se montra pas le dernier à signaler l'allégresse répandue dans tous les cœurs. Le vénérable archevêque d'Arles, Louis d'Allemant(**) cardinal de S.^ Lucie, ordonna une procession générale qui parcourut foule la ville en portant les reliques de ses premiers évêques. St. Césaire et St. Honorât.

Ce ne fut pas toutefois à de stériles acclama-

Pitton. Annales d'Aix. — Papon. Tlist. de Provence. Tom. Uï. P. 439. — RufG. Ilist. de Marseille. Fol. 74»

{*) II parait que les combats d^anîmaux étaient un des spectacles les plus communs de ce temps. Louis i I les aimaft beaucoup, et Taniiëe de sou mariage (le 37 Mai i '|Oo) il fit battre un lion avec un taureau, dans la cour de rarchevêcbé d'Arles. le 10 Août 140a, se trouvant encore k Arles, il voulut voir aux prises le même lio û contre un bélier. Celui-ci fit fuir son redoutable adversaire, après lui avoir donné plusieurs coups de cornes, et en faveur de cet exploit, le roi je fit |K>rter au palais pour l'y nourrir.

L^usage d'élever toujours un lion k Arles anx dépens da roi, existait encore dans cette ville en i453. ( On sait que ses armes tODt mi lion ).

(♦*) Il avait été nommé archevêque d'Arles en 1 4a i, et il mourot en odeur de sainteté k Salon, Je 16 Septembre i45o.

(1437) DE RENÉ D'ANJOU. îi45

tions,à des réjouissances pieuses et profanes, que se bornèrent alors les Provençaux. Malgré la misère, l'épuiseinent de toutes les classes, et les dépenses auxquelles on venait de se livrer, une somme de cent mille florins d'or ( environ neuf cent mille francs de notre monnaie ), fut oflFerte au prince comme un gage de l'affection de ses peuples du Midî, jaloux de contribuer à la fois aux frais de sa rançon, et au recouvrement du royaume de Naples.

En quittant les riches plaines que le Rhône fertilise, René se rendit à Aixoù il arriva le i3 Décembre. Il reçut aussitôt les états du comté, convoqués dans le grand Tinel (*) du palais, et fut supplié d'accepter en monnaie courante la somme de centmille florins votée à Arles, et qu'on venait d'emprunter à divers marchands ou particuliers, afin de la réaliser plus vite. Ayant promis de revenir aixbout de trois jours, le roi partit, le i5 Décembre, pour Marseille' où son entrée dans cette florissante cité fut un véritable triomphe.

Charles de Poitiers, gouverneur de Provence, l'accompagna à l'abbaye de St. Victor, que Louis II d'Anjou habitait ordinairement

(♦) Grande salle qui serrait de réfectoire. On appelait aussi Timl Isucour Plcniére tenue par le prinrr.

pendant son séjour à Marseille; il s'asdt alors sur le trône qu'on lui avait préparé dans une des vastes salles de cet antique édifice, et devant les prélats, les barons et les principaux habitants, il jura, sur les évangiles, d'observer religieusement les privilèges de la ville. Il fit ensuite approcher les syndics qui, tête nue , et en grand costume , prêtèrent le serment de foi et de fidélité.

Un immense concours de peuple pénétrant dans la salle des états, exprima aussitôt à grands cris, le désir de participer à la même faveur. Surpris à l'aspect de cette nombreuse population qui se pressaitpourlevoir ,et touché surtout de la manifestation de ses sentiments^ René donna l'ordre que chacun eût à lever la main droite en signe d'hommage... Les acclamations redoublèrent, tous lés assistants confondirent à la fois leurs vœux , leurs promesses, et le monarque put juger avec quel abandon les Marseillais se livraient à^ lui.

Des fêtes magnifiques suivirent cette mémorable journée.

L'accueil qui attendait René dans la ville

Robert, État de la uoblesse de Prayence , Tom. IH, P. ^5'j. Diciionnaire des hommes iflustres de Provence,Tom. II. Boadie avocat, Tom. I*»". Fol. 404. Buffi. Hist. 'de Marseille, Fol. 269. Arcbhc» de riiôtel de vil e, Fol. 33. Bcgly, Tom. III, P. 184.

de Sexlius, où, selon sa promesse, on le revit le 17 Décembre, présenta une particularité assez curieuse: au milieu des divertissements de tous genres qui s'y succédaient, le chapitre de la métropole d'Aix , par une galanterie en harmonie avec les mœurs du XV® siècle, offrit à son souverain Finsigne titre de chanoine d'honneur. René l'ayant accepté, la cérémonie de la réception eut lieu le même jour à la basilique de St. Sauveur (*).

Amé ou Ammo de Nicolaï , archevêque d'Aix, y officia pontificalement en présence de Raymond d'Agoult, comte de Sault ( l'un des plus fidèles parti sans de Louis II ) , d'Arnaud de Villeneuve fi), baron de Trans, dit le grand capiiaine, armé chevalier par Louis III d'Anjou , sur le champ de bataille d'Aquila) , de Bertrand de Grasse, sirç de Bar, (2) gouverneur ou viguier de Marseille, ( le même qui , à la tête de dix bandes provençales, avait marché contre le rebelle Raymond

(*) Ofet usage singulier se retrouve de temps immémorial dans nos annales, et les princes les plus puissants, les rois mêmes, n^avaient pas dédaigne une pareille distinction.

On sait que les ducs de Bourgogne étaient chanîsôies d'honneur de St. Martin de Tours. Hugues IV, Tun d'eux, âgé de six ans, en la 18 , n'ayant pu être encore reçu , Alix de Vergy , sa mère et sa tutrice fut admise à le représenter , et revêtue de Thabit, elle donna le baiser de réception k tout le chapitre.

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de Tureniie ), de Balthazar de Géreate, de Berirand dcBeauvau, grand maître de Thôtel^ et de beaucoup d'autres chevaliers.

Inlroduit dans le chœur de l'antique cathédrale, Bené déposa son épée, couvrit sa cotte d'armes du surplis de chanoine, endossa Faumusse et jura sur les livres saints de veiller à la conservation des privilèges de cette église et de les défendre toute sa vie (*).

Le reste du séjour de Benéà Aix fut signalé par l'arrivée d'une foule de députations des villes voisines (**), qu'il accueillît avec une rare bonté, en leur accordant les diverses demandes qu'elles lui présentèrent. Il rendit aussi à cette époque, un grand nombre d'ordonnances dont le souvenir s'est perpétué en Provence comme un témoignage irrécusable de son amour pour ses peuples, et de la pénétration de son esprit qui savait embrasser tous les détails.

On retrouve également dans ses actes administratifs, dont la justice faisait la base, une

[*) a Une délibération du chapitre , porte que fe 6 du mois d^Aoùt « jour où Pon bénissait les raisins , le noble chanoine d^honneùr René sera régalé des meilleurs qu'on pourra trouver. »

(**) Pendant son séjour à Aix, René reçut Je serment de fidélité des députés de la ville d* Apt , qui lui furent présentés par le seigueiir de Sault. Il leur accorda la permissiou de transférer la foire franche de St. Michel , au jour de la fête de St. EIzear de Sabran dont ils possèdent les reliques.

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nouvelle preuve du penchant de René vers cette clémence sans bornes qu'il eut occasion de montrer peu de temps après son retour à Marseille.

Un jeune juif nommé Asturge Léon ( le même dont il sera encore question et qui périt tragiquement en 14/8 ), fut accusé par la voix publique et par un grand nombre de témoins, d'avoir vomi d'atroces Jblasphêmes contre la mère du Sauveur* arrêté aussitôt après ce crime, livré entre les mains de la justice, lui-même s'attendait à un châtiment cxemplaircj néanmoins le tribunal suprême d'Aix devant lequel Asturge comparut, crut devoir user d'indulgence, sans doute en considération de l'âge du coupable, et ne le condamna qu'à cent livres d'amende.

Un jugement aussi peu proportionné à un déUt alors en horreur, produisit une telle rumeur chez les habitants de la ville et surtout parmi le peuple, que traitant de prévarication l'arrêt rendu par la cour souveraine, ils annoncèrent le projet de sacrifier , sans pitié, tous les juifs à leur indignation. Épouvantés de cette menace que l'eifet devait suivre de près, ces malheureux s'enfuirent précipitamment à Pertuis, petite ville sur les bords de la Durance , où ils possédaient une Sinagoguc.

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Mais on les y poursuivit avec un tel acharnement, que les sîndics eurent besoin d'employer tous leurs efforts pour empêcher un massacre général. Pendant ce temps le reste du peuple d'Âix , pillant les maisons juives , en brisait les meubles, y mettait le feu, et se livrait aux plus coupables excès.

Ce fut avec un profond chagrin que Bené apprit cette émeute qui pouvait produire un soulèvement en Provence. Aussi , s'empressant de détruire le mal dans sa source, il transféra à Marseille le conseil éminent qui résidait à Aix, et infligea ainsi une punition éclatante à ses habitants: Son amour pour la justice le guida bien plus sans doute dans cette mesure de vigueur, que les sollicitations intéressées de son médecin qui ^ dit-on , était juif.

En enlevant à Aix le tribunal suprême f3) que Louis III y avait institué en i4^4> comme une récompense de ITionorable conduite de sa capitale, René proclama une amnistie pleine et entière pour les habitants qui s'étaient laissés entraîner dans la sédition^ la tranquillité fut aussitôt rétablie.

Ce prince revenu à Aix le 8 Janvier 1 438, put juger du salutaire effet de cet acte de sévérité qu'il révoqua après son départ de Provence.

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Informé aussi qu'un grand nombre d'abus s'étaient glissés durant l'absence de son frère et depuis sa mort, il annula tout ce que ses ministres avaient décidé de contraire aux libertés et aux privilèges de cette province.

Pendant son séjour à Marseille, René accorda à cette intéressante ville, plusieurs droits importants, entr'autres celui de la franchise illimitée de son commerce. Il voulut également récompenser les Provençaux dont la fidélité et l'attachement envers sa personne avaient éclaté d'une manière plus particulière. ( On cite parmi eux Louis de Bouliers, auquel il donna la terre de Beaumontj Vidal de Cabanis, qui obtint la baronnie de Puyricard, et les frères Antoine et Monet Fabri ( de la ville d'Hières ), auxquels René était redevable, il est vrai, de plusieurs sommes considérables ).

II. Au milieu de tant de soins bienveillants, René reçut à Marseille les ambassadeurs du pape Eugène IV et du Doge de Gènes, qui renvoyaient féliciter sur sa sortie de prison. Ce dernier, en l'engageant à s' arrêter dans ses états avec son fils, quand il se rendrait à Na-

• Boache. Tom. II. Fol, 456, Chronique de FrôTence. Fol. 717. 6o\

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pies y lai offrait en même temps des vaisseaux pour l'y transporter.

La république de Gènes était alors gouvernée par Thomas de Campo-Frégoze ( ou de Frégoze ) C4) , qui s'étant déclaré en faveur du roi Louis III, en i^^o, avait repoussé l'entreprise d^ Alphonse d'Aragon contre l'Ile deCSorse- Devenu dans la suite l'ennemi du due de Milan, qui défit son armée , Frégoze abdiqua la suprême magistrature.

La république ayant accepté la protection de Philippe Visconti, agit pendant quelques années d'après l'impulsion de ce prince, ainsi qu'on a pu le voir par les secours qu^elle donna aux partisans de la maison d'Anjou. Mais la conduite du duc de Milan à l'égard du roi Alphonse, son prisonnier, blessant Pamour pi'opre et la fierté des nobles Génois, ils rappelèrent l'illustre Frégoze et le réélurent par acclamation, en i436, au moment où Beué venait de recouvrer la liberté.

Exprimant sa reconnaissance aux ambassadeurs de la cour de Rome, le prince angevin chargea les députés du Doge d'assurer leur maître de son désir de le connaître , et de l'informer qu'il acceptait de grand cœur ses offres obligeantes.

(i4^8) DE RENÉ D'ANJOU. ^3

Peu de temps après, ( vers le i^. Avril Q), une flotte génoise de sept galères, entra dans le port de Marseille, et René, laissant en Provence Marie de Bourbon et Marguerite d'Anjou , s'embarqua avec le duc de Calabre à la vue de tout un peuple qui lui prodiguait des témoignages irrécusables d'affection et de regrets : la nef royale était commandée par Jean de Bausset (5 J : le reste de l'escadre composé de douze vaisseaux, niit également à Ja voile, le même jour, pour Gènes, où elle arriva par le vent le plus favorable.

René descendit au palais de Lamba, et les honneurs dont on l'y combla lui prouvèrent le prix que les Génois attachaient à son alliance.

Des fêtes multipliées ayant retenu ce prince quinze jours entiers dans cette cité, justement nommée la superbe, il y contracta avec Thomas de Frégoze une liaison intime, fondée bien plus encore sur des rapports de goût, de caractère

(♦) On dit aussi le 8 , le 1 3 ou liiême le i5.

( Déglj III. P. 457. Bouche. Fol. 456. Tom. II. Gaufridi. Fol. 3o8. Chronique de Provence. Fol. 610. )

( Hist. d"* Espagne. Jean de Ferreras. Tom. VI. P. 44^- ^^- P**" le père Mariana. P. 33o; Art de vérifier les dates. Fol. 8;5. Hist. du royaume de Naples. Tom. III. P. 457. Dom Calmet. Tom. II. Fol. 8i6. Gaufridi. Fol. 3o8. )

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et d'esprit, que sur des vues d'ambition, ou de politique Ç^).

S'étant remis en mer à la fin d'Avril, René aborda en vue de Naples, le Lundi , 9 Mai i438, avec douze galères , quatre galiÔtes et deui brigantins.

Le Jeudi suivant, (12 Mai, ou le 19, selon Mariana), vers le milieu du jour, monté sur un destrier blanc richement caparaçonné, revêtu de ses habits royaux, portant la couronne sur sa tête et le sceptre d'or à la main, le roi de Sicile entra dans sa capitale au milieu d'une population entière qui faisait retentir l'air de mille cris de joie ; mais rien n'égala les acclamations dont les Napolitains saluèrent ce prince, le même soir, en le voyant à cheval, avec ses deux fils , parcourir lentement, les principales places de la ville, adressant à chacun

[*) Dom Calmet prétend toutefois , que Renë éprouva des diffîciil tés pour pouvoir sortir de Gènes, et que Je iS Avril i438 ,il fat oUi. gé de confirmer les .privilèges) et les libertés de cette rëpubtique. Nous ignorons sur quel fondement s^appuie le 'savant bénédictin, et ce qui aurait pu occasioner une pareiUe demande de la part des Génois. Mais il parait certain que René-fut comblé dMgardsetda prévenances pendant tout son séjour parmi eux, et une harmonie si parfaite régnait entre ce prince et Thomas de Frégoze, que ce dernier lui donna son propre frèse pour Raccompagner dans son expodition.

Ilist. de Lorraine. Tom. II. Fol. 808.

des paroles de bonté, et témoignant la satisfaction intérieure qu'il ressentait (*).

Dans cette journée mémorable, où l'on

s'abandonnait aux plus douces espérances , le nouveau monarque donna , de sa main, l'ordre de la chevalerie à vingt-six seigneurs choisis parmi les plus illustres par leur naissance, et par leur fidélité à la maison d'Anjou.

René, au sein d'une ville où l'éloge de Louis III , de son père et surtout d'Isabelle son épouse, était encore dans toutes les bouches, aurait pu croire ne s'être point éloigné de la Provence, de l'Anjou ni de la Lorraine. Il y vérifiait d'après lui-même une de ses maximes favorites, « que l'amour envers les « bons princes , est le plus sûr héritage pour « leurs descendants. »

On n'ignorait point non plus, àNaples, la haute valeur déployée par Bené dans la guerre

contre les Anglais; plusieurs chevaliers napolitains qui l'accompagnèrent avaient rapporté fidèlement ce qu'ils connaissaient de sa justice et de sa loyauté. La douceur des manières de René, l'aflabiliié de ses paroles achevèrent tellement de lui gagner tous les cœurs ,

(*) Une foule immense le suivoit^ dit mi vidil historien, aveo inii-< « nis sous, des iacroyablcs applaudissemeus et des démonstrations « singidières d'un exquis et merveilleux contentement. »

2 56 HISTOIRE ri 458)

qu'on « le regardait, disent les historiens, comme » un ange descendu du ciel. »

De son cAté, combien devait être chère aux yeux d'un prince nourri de l'étude de l'histoire et de l'antiquité , sensible au charme des merveilleux effets de la nature, la capitale d'un royaume où tous les souvenirs d'une grande nation se pressent pour ainsi dire à chaque pas? Avec quelles délices, réuni à la reine et ^ ses enfants, devait-il parcourir des lieux embellis à la fois par une terre féconde, un ciel enchanteur et la magie de tant de traditions fabuleuses ou historiques? Là , c'était l'heureuse Caiiipanîe , ( la Cajnpagne étoilée des anciens), dont les regards de René embrassaient la vaste plaine et les riants coteaux. Ici, le roi Robert (l'un de ses prédécesseurs dont il vénérait le plus la mémoire), accueillit Pétrarque, écoula la lecture du poème de l'Afrique, et assis auprès du tombeau de Virgile, sous Foinbrage du laurier planté par l'amant de Laure» se dépouilla de îon manteau royal pour en décorer le poète que la couronne attendait au Capitole.... A chaque nouvel objet qui frappait sa vue, dans les églises, les palais et les rues deNaplcs,René retrouvait aussi des souvenirs chers à sa famille: le nom du frère de St. Louis, ( le vainqueur sévère de Mainfroi et de Con-

(i4''>8) DE RENÉ D'ANJOU. oJS^

radin ^ dont le tombeau existait ^n cette ville) y était surtout rappelé par mie foule de monuments précieux. Noble destinée de la France qui se glorifie d'avoir donné des souverains à la plupart des contrées de l'Europe, depuis Syzance, Jérusalem, et Chypre, jusqu'à Rome, Naples et TEspagne!..

Quel plus imposant tableau pouvait émouvoir l'imagination de René, que celui du palais de la reine Jeanne, rempli d'images tragiques dans l'intérieur, mais d'où l'on découvrait en entier la ville appelée noble et gentille entre foutes les capitales, et dont le nom de Parthénope ou Syrènc n'exprime qu'imparfaitement

encore tous les enchantements!... délicieuse contrée, où l'air voluptueux et parfumé qui anime

la poésie et les arts, porte à l'indolence un

peuple que le travail rendrait malheureux ,

mais auquel la nature déroule avec profusion

ses trésors! .. Au milieu des campagnes en ruine

des anciens romains, où tant de statues de

marbre attestent à tous les âges leur opulence,

leur luxe et. leur goût, les yeux errent tour à

tour sur la mer paisible de la molle lonie, et

vers cette montagne d'où s'élancent des gerbes

de feu, des torrents de fumée, des ruisseaux

de lave , objel d'admiration pour les voyageurs ,

sans en être un d'efiVoi pour ses tranquilles

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