‹ Histoire de René d'AnjouChapitre 24 sur 41 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

2^5H HISTOIRE (i458l

voisins. Là , le Cygne de Mantoue repose auprès de8 lieux dont il a immortalisé le nom... lei, Pline a été consumé par les flammes, comuie une noble victime de la science... Plus loin, la Tour de la Patrie indique le tombeau de Sci* pion , et les bords de Mi^ne rapellent à U fois les pleurs d'Agrippine sur la mort de Germanicus, et le deuil de l'illustre veuve de Pompée!..

Mais, ni cetîe mollesse contagieuse que le climat de Naples communique à ses habitants, ni les distractions séduisantes de ce séjour, n'empêchèrent René de se livrer aux travaux qui lui étaient imposés. Jaloux d'affermir son autorité et d'accroître une renommée dont il se sentait digne , il s'entoura de la plupart des personnes dont les talents lui furent signalés, et particulièrement des vieux guerriers qui devaient le guider dans les expéditions auxquelles il se préparait. Il s'attacha surtout le valeureux Jacques Caldora, ( nommé duc de Barry par Louis IH ), le capitaine Miclielolto , qui luj amena mille chevaux, et Michel Attendelo qui avait déjà rendu d'importants services à la reine.

Ilist. du royaume de Naples. Tom. III. P. 4^7* Ooin Calmet. 1. Fol. 8jG. Art de vérifier les dates. Fol 904.

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Ce fut avec le premier de ces habiles chefs que René médita le plan de sa prochaine campagne. Il le consulta sur Tespril des diverses pr-ovînces , sur leurs ressources, et sur les positions militaires qu'elles offraient; puis, il réunit ses troupes à Naples, en fit la revve exac le, pourvut àleui^ besoins et exigea d'elles kplus sévère discipline; il exerçait en m^me temps chaque jour, en personne, la jeunesse napolitaine au maniement des armes.

in. Cette vigilance et celte activité étaient d'autant plus nécessaires qu'il paraissait dans la destinée de René d'avoir toujours pour compétiteurs des princes puissants, courageux et pleins d'expérience. On l'a déjà vu lutter avec infériorité contre le vaillant Antoine de Lorraine; subir ensuite la volonté absolue du duc de Bourgogne ; enfin , à Naples , le nouveau rival que la fortune lui opposait semblait précisément Celui qui pouvait le plus balancer les avantages de sa position, et l'attachement des Napolitains h sa famille. (6)

Justement célèbre par la supériorité de son esprit, par sa valeur, et par sa rare instruction, Alphonse avait les manières les plus séduisantes ; son éloquence subjuguait ses ennemis mêmes, et excepté la franchise, il était orné des qualités attachantes qu'on aimait à

trouver dans René. Mais si le prince angevin n'avait d'autres guides que la droiture et la loyauté, tous les moyens convenaient à l'aragonais pour parvenir à son but. Adversaire d'autant plus dangereux qu'il n'eût pas craint d'employer la mauvaise foi, lorsque René, rougissant à l'idée de la fraude , eût sacrifié sans balancer ses droits légitimes , plutôt que de commettre une action incompatible avec l'honneur.

L'histoire a montré Alphonse caressant . ou excusant tour à tour les caprices, les erretirs, l'inconduite de Jeanne II, et payant ensuite sa bienfaitrice d'une noire ingratitude aussitôt qu'il n'eut plus d'intérêt à la ménager. Posses^ sourde vastes états ^surnommé le sagek cnwe de sa circonspection j et le inagnanitne pour son penchant à une générosité qu'il pouvait satisfaire sans épuiser ses trésors; habile à saisir les lîls les plus déliés de l'intrigue, ce prince répétait souvent: « qu'on ne réussissait jamais « que par la diligence et la diversion. » Persuadé « que les espions sont les yeux et les (c oreilles d'un général d'armée, » il en avait pour ainsi dire une légion à sa solde, et dans sa prudente temporisation, il se plaisait aussi à redire: « que se mettre à l'abri d'être vaintru, « c'e»sl commencer à v-iincre. »

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Le peuple de Naples ne s^était cependant jamais habitué à voir son souverain dans le roi d'Aragon: la haute noblesse de celte ville, affectionnée à Louis II et à Louis III, n'avait également subi qu'avec répugnance le joug du favori de Jeanne; aussi, la crainte de retomber sous sa domination attachait plus fortement encore les Napolitains à René, prince vertueux, tout entier à ses devoirs, et qui annonçait la ferme résolution de défendre les droits communs , les armes à la main.

Parmi la foule de gentilshommes qui se dévouèrent à sa cause, René distingua quatre jeunes frères (Othon, Octave, Trajan et Ciarletto Carraccioli, dont le premier avait prêté généreusement trois mille écus d'or à la reine Isabelle). Le monarque leur accorda une confiance particulière, et se plut tellement dans leur intimité, qu'il ne leur permettait guères de s'éloigner de sa personne.

Ce prince, pour se délasser de ses préparatifs de guerre, avait quitté momentanément le palais des rois de Sicile, pour fixer sa résidence au château de l'OEuf (*) (autrefois maison

{*) Ce fut dans ce château (uommé ainsi k cause de la forme ovale du rocher sur lequel il est bâti), que Jeanne I^re fut assiégée et étouffée entre deux mate'as. Il est situé au bord d'un m6I 3 dats une petite ile uonunëe Mégare, où Lucullus possédait un jardiu.

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de plaisance deGuillaume I^^^, due de la Pooille, qui la fit bâtir sur les anciens jardins de LucuUus). René y attira une cour nombreuse, des savants» des artistes, et s^ livra souvent à Fexereice de la chasse. ( Ce fut de cette liabitalion royale , qu'il envoya dans ses états d'outre mer fie 24 Juillet), Jacques de^Sierk, chancelier de Sicile , afin de se procurer le plus d'argent qu'il pourrait. L'emploi en était spécialement destiné à acquitter le restede sa rançon ).

Bené se trouvait encore au châteaiir de rOEuf le 5 Août, et y signa la cession du duché de Melphe à Isabelle son épouse , comme un témoignage de sa tendra reconnaissance. Mais y malgré l'ardeur d'un été brûlant, il s'arracha aux douceurs de cette vie animée par tous les plaisirs, pour se mettre à la tête de ses guerriers et tenter de nouveau les hasards des combats.

Ses dispositions étant prises, et ayant envoyé Caldora assiéger Sulmone (*) , René quitta le

Un dessin gravé des monuments de la monarchie française r^iré^ seule cette ancienne forteresse, avec six tours quarrées, deux rondes et uDe chapelle ^otliique.

( Chasteau de TOEuf enchante du merveilleux péril, disent les anciens romans).

Papou» ïom. III. P. 253. Montfaucon. H. Fol. 332. FI. LIX.

(*) Patrie d'Ovide.

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châleau de l'OEuf, le 9 Août, monta à cheval, rassembla la noblesse napolitaine, et, sortant de Naples., eut bientôt rejoint son armée composée de dix-huit mille soldats. Plein de confiance* dans le ciel , son bon droit , son épée, et la valeur de ses troupes, il se dirigea vwsl'Abbruzze (l'ancien pays des Samnites 7> après avoir chassé des environs de sa capitale divers détachements aragonaJs qui y étaient campés (*j.

Le principal corps d'Alphcmse était alors réuni auprès de Castelviezo^ce mi)narx]ue qui le commandait en personne, ignorant sans doute la marche précipitée de son compétiteur, revenait d'une partie de chasse dans les forêts de l'Abbruzze avec le prince de Tarente et Tinfant Don Pèdre, lorsque ses espions lui annoncèrent l'arrivée de René dont l'avantgarde déployait déjà les étendards d'Anj^ou.

Le roi d'Aragon, au lieu d'assaillir sur le champ son rival et de déconcerter ainsi ses mesures, annonça au contraire le désir d'éviter un combat décisif, et de profiter des fautes auxquelles René pourrait se laisser entraîner par trop d'impétuosité. Il se fortifia donc dan^

Mathieu Turpin. Hist. de Naples et de Sicile. (**) « Mis au large, dit Pasquier, René et Alphonse, commencé- « rent à jouer des cousleaulx. à qui mie^lx inieuJx. »

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une vallée resserrée , où Use mnnit de vivres, et h Tàbri de loute attaque générale^ il observa les mouvements de son adversaire.

Averti par une trop funeste épreuve, du daur ger de provoquer une armée dans ses retcwchements, René, de soncôté,seboraa à de lé-^ gères tentatives pour attirer Alphonse dans une autre position. Mais si le caractère se modi& par le raisonnement et la réflexion, il est rare quMl se maîtrise au point de ne pas nous en-* traîner quelquefois malgré nous-mêmes. Ainsi, le prince angevin se trouvant en face d'Al'^ phonse , eut assez d^empire sur son espiit pour ne pas en venir immédiatement : aux mains^ néanmoins, il ne put vaincre le désir de se mesurer seul à seul avec loi. L'idée d^épargner le sang de ses «ddats,et d'éviter les maux inséparables d'une longue guerre , te séduisit tellement alors, que Je sa Septembre, donnant son gantelet de fer à l'un de ses héràuls d'armes, il le chargea de le porter au roi d^ Aragon comme gage du c(mibat singulier auquel il l'appelait.

Uist. de Naples par Caralla. Liv. VII I. Papon. Uîst. gëiieralede Provence. Manuscrit. P. 246. Wulsonde fa Golombière. Théâtre crhouneur. Toni. II. Pasquier recherches. Liv. VII. P. 659. Dégly. III. P. 18). 187. Matliîeu Turpiu. P. aa3. Doni CalmeL II. FoL 807. Jean de Ferreras. Hist. d^ Espagne. Totn. VI. P. i^-i. MariaLa Hisl. d'Espagne. P. 33o.

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Un demi-siècle auparavaat, sou aïeul Louis I.c^ avait agi de même à l'égard de Charles de Duras, qui lui disputait paiement le Irône de Maples. Ce dernier ayant agréé le cartel de dix de ses chevaliers contre dix gentilshommes angevins, « saigna du nez, dit la « chronique, et ne voulust plus en ouïr parg 1er. »

Alphonse était incapable d^une telle lâcheté. Cependant, sa bravoure n'ayant rien de chevaleresque comme celle de René, et préférant confier à son habileté plutôt qu'à sa force physique, l'issue de toute une campagne^ K il déclara d'abord qu'étant roi, il ne pou- « vait accepter le défi d'un prince auquel il « n'accordait que le titre de duc et qu*il re- « gardait comme son inférieur. » Il demanda pourtant, après quelques réflexions, « si c'é- « tait corps à corps, ou avec son armée en- « tière que Reué désirait combattre. — Avec « toute l'armée, répondit le héraut angevin,» ( dont les instructions portaient, sans doute, de forcer Alphonse à s'expliquer sans détour ). — « Dites au duc d'Anjou , reprit le « roi d'Aragon , que j'accepte son gantelet. « Toutefois, puisque l'usage donne à celui qui '« reçoit un cartel, le droit de choisir le lieu « du combat, annoncez à votre maître que je

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« Tattends dans huit jours, entre Noie (*) et « Acerra ( presque sous les mur& de Naples, « et en face du Vésuve }. »

Mécontent de cette réponse, et croyant au contraire que la désignation du champ de bataille lui appartenait, René renvoya, en toute hâte, le même héraut déclarer à Alphonse que c'était à Castelviezo, qu'il irait le chercher 11 donna aussitôt Tordre de marcher ea avanf ; mais pendant la nuit, les troupes aragonaiscs Iranchirent les défilés qui les séparaient, et s'^éloignèrent rapidement. On regarda généralement alors la conduite du roi d'Aragon comme un prétexte pour éviter tout engagement , et persister dans son système d'affaiblir peu à peu son ennemi.

Quelques-uns de ses partisans, blessés des bruits fâcheux répandus à ce sujet, imaginer rent de les rejeter sur René, et prétendirent que les seigneurs angevins redoutant d'exposer aux hasards d'une seule journée leur sûreté personnelle , leur fortune et toutes leurs espérances avaient détourné le roi de Sicile de paraître au lieu du rendez-vous assigné par Alphonse.

{*) Cest devant Noie que Marcellus battit Annibal. Auguste nio»* rut daus cette vlUe Je 19 Août, Tau 14 de J. C.

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Les historiens se sont bornés à répéter cette allégation 9 sans y ajouter beaucoup de foi. CJuoîqu'il en soit , nous devons rapporter eomme un trait^ honorable à Alphonse que, v^ers cette même époque, une poignée de Kiiîsérables aventuriers lui ayant proposé de se défaire de René par un assassinat, cette pensée le fit frémir d'horreur... Chassant ces lâches meurtriers de sa présence, il poussa la générosité jusqu'à faire avertir son rival de se tenir désormais sur ses gardes.

Tandis que ce prince se rapprochait de Gaëte et de ses vaisseaux, René se dirigeant vers l'Abbruzze ultérieure, s'empara de plusieurs places fortes, entr'autres d'Aquila, où, dix ans auparavant Louis, lîl d'Anjou son frère avait cueilli une ample moisson de lauriers. L'entrée de René dans cette ville fut un véritable triomphe^ il songeait à y cantonner une partie de son armée, lorsqu'apprenant le nouveau mouvement des troupes^ aragonaises versNaples il revint brusquement sur ses pas, reconnut les drapeaux d'Alphonse sous les murs de Noie, fondit sur ses escadrons, et les. tailla en pièces.

DomCalmet. Tom. II. Fol 807. Hist. de Scanderberg. Liv» X.,

Après celte première victoire, René renonçant pour le moment à pénétrer plus avant dans TÂbruzze, résolut d'emporter de yîve force le Château-Neuf, ou Caslel-Niiovo(*},. qu'il s'était contenté de tenir bloqué depuis son arrivée k Naples.

Cette Ibrleresse entourée de fossés profonds, flanquée de quatre tours élevées d'un très beau travail , avait été bâtîe par Charles I^ d'Anjou f sur les bords de la mer, en même temps que la tour Saint Vincent Elle était un des points les plus importants pour la défense de Naples, et René, disent les historiens, « avilit annoncé «a résolution de périr pluti tôt que de ne pas s'en rendre maitre, ainsi t( que des autres places voisines de la capi- « taie. »

Il chargea donc Baptiste de Frégoze d'aller» a la tête de quatre galères, resserrer le blocus du Château-Neuf, tandis qu'il l'attaquerait par

('^) Le Cbâtenu-Neuf ou Castel-Nuovo, f uoe des princifuiles forteresses de Naples, possède encore des tours bâties au XI II «siècle d^uu travail admirable. Ce fut dans la salie d'armes du Cbàtaau^Neuf qu abdiqua le pape SK Célestiu VIII , en faveur de Benoit Gaêtau si couLu sous le nom de Boniface VIII. L'escalier de cette fbrioissie était très beau et décoré de statues antiques. On vit loug-temps ht Pcutréc, Parc-de-triomphe eu marbre érigea Alphonse d''Ar«gon. C'est dans l'église du Château Neuf, qu''ou conservait le premier tableau k l'huile peint par Jean de Bruges et envoyé au roi Ai[>bonsc V. Il représentait Tadoration des Mages.

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terre. La garnison résista d'abord courageusement^ mais Rinaldo Sancio qui la comiuandaity et qui manquait absolument de vivres et de munitions, se rendit sans attendre l'assaul général qui se préparait C"). René permît H chaque soldat d'emporter hors des murs ^«ut ce qui lui appartenait, et avec le ChâteauiNeuf , tombèrent les citadelles occupées juscjues là par Alphonse C):

Beniré dans sa capitale après une campagne aussi rapide que glorieuse, et ayant placé ses troupes en quartier d'hiver, René désira que l'instant de son retour fût celui des fêtes après lesquelles la jeunesse napolitaine soupirait depuis si long- temps. Aussitôt, Tappareil des armes fit place à celui des spectacles

(*) « Ce fiist chose très pitoyable k vecir ceulx de ceste misérable « compaignie tous noirs , sates, maigres et exténuez. Le frère de H i- «oaldo qui tmioisl le chasteau de LOt^,se rendit aussi par fa-

« mine» ^

Jean d'Aucy. Manuscrit.

(•♦).. Durdntles attaque» de René, dit Jean d'Aucy, PeràUgi 4uxi^ "S^'^j gentilhomme napolitain et maUre-d'h6telduroidc Seciie, H dressoit chaque jour quelque escarmouclie aux Catalans. . .Tellc- « ment qu' Alphonse esmerveillé^fist crier a son de trompe, que pcr- « sonne ne fust si hardy, sous peine d'avoir les deux poings coupez, « de tirer contre Perluigi coups d'arquebuxe , d'arbaJeste ou d'arc , « mais seulement de iance ou d'espée, ne vou'ant pas quunlasche « ostai la vie à si vaillant chevalier le plus gentil compaignon du u monde. »

Epitome des ducs de Lorraine.

( Manuscrit de la collection de M' Noël. )

a7<^ HISTOIRE (i^58)

et des jeax; au son bniyatit des trompettes, succéda la douce harmonie des ménétriers, et au lieu des machines de guerre qu'on rencontrai!: à chaque pas, s'élevèrent divers théâ* très, ou des lices pour les jodtes , genre d'amusement naturalisé en Italie par les Français.

Parmi les divertissements qui marquèrent presque tous les jours du carnaval, on a conservé à Naples le souvenir du magnifique tonrnois que fit célébrer Othon Garraccioli, le lundi gras , de Tannée i438. Le château St. Elmc fut choisi pour cette mémorable réunion à laquelle assistèrent René, Isabelle, les chevaliers angevins , lorrains et provençaux, et toute la noblesse de la capitale.

Les détails de ce Pas d'armes ne nous sont point parvenus, mais on sait que René avait assigné deux prix d'une très grande valeur, pour exciler l'adresse et la bravoure des combattants. Le premier de ces prix, composé d'une rose et d'une aigrette de diamants, fut offert par la reine elle-même à Othon Carraccioli, proclamé unanimement* le plus digne de le recevoir.

Le second, qu'on nommait prùc d^arnour,

Hist. (la royaume de Kaples. UI. P. 461.

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et qui consistait dans une bague de pierres précieuses, avait été remis à Béalrix de St Severin, jeune veuve de dix-neuf ans que l'éclat de ses charmes faisait appeler le Soleil ^es beautés napolitaines. Cette récomp nse ^ui devait être si vivement disputée, le fut en etfet avec tant d'ardeur, qu'on ignore lequel des assaillants put Vobtenir des mains de Itéatrix. Elle la donna, dit-on, aux chevalier d'Olhcm Carraccioli qui remporta tout l'honneur du tournois.

IV. Le retour du printemps ayant donné le signal de reprendre les hostilités, René brûlant d'impatience de poursuivre la conquête de FAbbruzze extérieure, nomma Isabelle vicerégente du royaume , établit un conseil de guerre et d'administration auprès d'elle, puis se dirigea de nouveau vers une province où il savait qu'un grand nombre de places importantes n'attendaient que son arrivée pour

abandonner le parti du roi d'Aragon.

La plupart se rendirent à la première sommation ^ quelques autres nécessitèrent un siège, mais ne lardèrent pas à ouvrir leurs portes, et bientôt René vit cette contrée entièrement soumise à sa domination.

Pendant que ce prince faisait ainsi reconnaître son autorité , gagnait l'affection des

habitants, soumettait les rebelles ets'occupai à fortifier les places dont il s'emparait, le roi d'Aragon , évitant sa rencontre , employait toutes sortes d'intrigues pour lui enlfever des partisans ou se procurer des intelligences jusque dans son prc^re camp. Toujours maître de Gaëte dont une flotte nombreuse lui garantissait la possession, il jugea que l'absence de René favorisait son projet de tenter une coup de main sur la capitale. Il le laissa donc s'enfoncer dans l'intérieur de l'Abruzze, se munit d'une iV)ule de bâtiments légers propres à un débarquement, raHia une escadre de sept gros vaisseaux et de quatre galères pour le soutenir, rassembla toutes ses troupes , en fit placer une grande partie sur mer, et s'étant mis à la \è\e du reste, il arriva lui-même sous les mursde Naples, le î^a Septembre.

Bientôt Mathieu d'Acquaviva,ducd'Atri,le comte de Noie, Jean de VintimîUe comte de Gérace, Pierre de Cardonne et les autres clieis' vinrent le joindre, ce qui forma une armée de quinze mille hommes, dont les lignes s'étendant autour de la ville, la cernèrent étroite-

Ilist. du royaiune de Naples. Tom. III. P. 461. Dom Romoald. Trésor clironi. III. Fol. 3i8. Gaufiédi. Fol. 3o8. Dcgiy. III. I . iBg.Chronique de Provence. Fol. 604. Burigny. Tom. II. P. 329. Ilisloiie (rE»pagDc. Marinna P. 33o. 34o.

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laeîit et parvinrent à ^'emparer du château de H>Eur.

Décidée à braver mille fois tous les danfjérs, plutôt que de laisser pénétrer Alphonse dans ^capitale, Isabelle de Lorraine redoubla d'activité pour déjouer les efforts d'un ennemi loin de s'attendre à une pareille résistance. Il se flattait même qu'en interceptant toute communication entre la reine, René et les provinces , les partisans qui lui restaient encore à JNaples parviendraient à lui en faire ouvrir les portes. Mais présente à tout, veillant aux moindres détails de la sûreté générale, cette princesse ordonna plusieurs sorties qui annoncèrent aux assaillante avec quel courage elle saurait se défendre.

Un événement bien extraordinaire, rapporté par divers historiens, vint alors donner une nouvelle confiance aux troupes d'Isabelle, en frappant de stupeur le camp du roi d'Aragon.

L'Infant Don Pèdre ( le même qui s'était sauvé avec tant de bonheur au combat naval du 4 Août 1435 ), commandait en personne une des batteries dirigées contre la grosse tour des Carmes , bâtie à côté de la place du marché, la plus ancienne de Naples. Le hasard voulut qu'un boulet entré dans l'église pendant que les religieux y priaient, de grand matin, em-

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