‹ Histoire de René d'AnjouChapitre 6 sur 41 · TOME I. I · texte numérisé non relu

TOME I. I

i:elle de son successeur le roi Jean , et ou ce dernier monarque devint lui-même prisonnier d'un prince Anglais.

A ce roi si loyal, qui sut prouver qu'il est donné à nos souverains comme à la France de s'honorer au sein du malheur, avait succédé un prince que ses contemporains nommèrent le sage , titre unique dans nos annales et que confirme encore la postérité. Mais son règne florissant et paisible ne fit que se laisser entrevoir à la France , et, avec Charles V, disparut l'aurore du repos et du bonheur qui avait lui un moment sur ce royaume. Trop jeune pour saisir lui-même les rênes du gouvernement, Charles VI, qu'une maladie mentale enleva bientôt vivant à ses peuples , vit son enfance entourée de princes ambitieux, cruels et jaloux de s'arracher le pouvoir. L'anarchie seule occupait alors le trône.

Parmi les plus puissants, les plus heureux de ces princes et les plus rapprochés de la couronne, on distingua long-temps Louis F»*. d'Anjou (1) (frère puîné de Charles V ), également célèbre par sa régence en France, et par le choix que Jeanne I'"*', reine de Naple^ et comtesse de Provence, en avait fait poiii^ son successeur.

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La carrière de ce prince, signalée par tant d'agitations et de calamités, se termina en Italie, où il mourut, laissant pour héritier de ses états, un fils dans l'âge le plus tendre, mais auquel ses vertus surent acquérir de bonne heure une haute réputation et une estime universelle au milieu de la cour la plus dépravée de l'Eumpe. Louis II d'Anjou (a^, à peine âgé de sept ans lorsqu'il monta sur le trône, devint ensuite, pour l'infortuné Charles VI, son oncle, et le protecteur de son enfance , un ami aussi dévoué qu'il fut un allié fidèle; mais étranger k l'intrigue comme à l'ambition , il n'aspira point au dangereux titre de chef des factions, à la tête desquelles on voyait en ce moment, dans la capitale, Louis d'Orléans et Jean-Sans-Peur, duc de Bourgogne, dont l'un frère, et l'autre cousin du roi, s'arrachaient tour-à-tour avec violence un pouvoir despotique, d'autant plus odieux qu'il devait être partagé avec cette reine que l'histoire a flétrie du nom de mère dénaturée et d'épouse criminelle.

Les vertus sévères du duc d'Anjou contrastaient trop ouvertement avec les vices brillants de ces deux princes du sang, et surtout avec les passions effrénées d'Isabeau de Bavière, pour qu'il fût appelé à la cour, d'où

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le soin de ses propres élats l'avait d'ailleurs tenu long-temps éloigné: c'était pendant cette absence, que Marie de Blois, sa mère, lui fit épouser Yolande, fille du roi d'Arragon.

Ce mariage, qui commença, pour ainsi dire, le XV®. siècle, ne tarda pas à devenir fécond, et, peu d'années après, au milieu des nouvelles agitations qui ébranlaient la France, le prince, dont nous écrivons l'histoire, naquit le lo Janvier i4o8, kdixheures du matin C) dans le château d'Angers, antique et imposante forteresse (3} , située sur un immense rocher escarpé, défendue par de larges fossés taillés dans le roc même , et flanquée de dix-huit énormes tours circulaires (**).

La naissance du second fils de Louis II d'Anjou ayant été précédée de peu de mois par l'assassinat du duc d'Orléans, on peut dire que le berceau de René fut en quelque sorte entouré de ces funestes divisions qui devaient

('*')Le lo Janvier 1408, nasquit monseigneur René, deuxième fîls

du roy Loys II , depuis roy de 2)ecile. (Heures manuscrites de René.)

L'historien Bouche et Part de vérifier les dates ont placé cette

naissance au 16 Janvier i4o7*

Do m Caîmet le '26 Janvier 1 408 .

Le père Anselme prétend que René naquit k 3 heures du matin.

(*'*) Ce château avait, dit- on, élé bâti k la fin du XI*', siècle par Bertraude de M ontfort, comtesse d'Anjou; mais ce fut St. Louis qui le fît restaurer tel qu'on le voyait encore uaguères avant sa dégradation. Btrlrande, ou Bertrade , avait épousé Foulques dit le Bécfiùu

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avoir une si Talale influence snr sa propre destinée.

S'il fallait s'en rapporter à l'historien C^ NostradamiTS, Loiris II ne se serait point trouvé auprès de la reine son épouse, lorsqu'elle donna le jour à ce fils destiné à occuper son trône , el il n'aurait appris cet événement qu'en Italie, où il cherchait à reconquérir, les armes à la main , le royaume de Naples dont Ladislas de Duras lui disputait la possession (*). Mais il est certain que fe roi de Sicile était à Pari s à' l'époqiie la plus déplorable peut-être de nos annales; il y fut même presque témoin du meurtre de- Louis d'Or^ léans r*) , assassiné au milieu de la rue Barbette, devant l'hôtel d'Eyreux, le 23 Septem-

(*) Voyez la note 2:

(**)« Le duc était sans chaper ou, dit ia chronique, velu d'une a houppelande de damas noir leurrée de Marie. Il chantait sur sa « mule, et sVsbattait avec son gaud , ({nant il fut occis: on lui coupa « la main dont il tenait la bride de sa mule et on lui fendit la tête « k coup de hache; son écujer fut tué eu le défendant. »

La duchesse Valeutine, qui était alors U Château-ThieiTy, revint en toute hâte à Paris, accompagnée du comte d'Angouleine et de sa belle-fille. Le roi de Sicile, les ducs de Berry et de Bourbon, les comtes de Clermont et de Vendôme, le connétable d'Albret, etc. ûirent k sa rencontre. « C'estait, au rapport des historiens, le plus « hault deuil qui devant eust esté vcu, car la dame et toutes ses « femmes estaient atournées de noirs atours , et son char couvert dé « drap noir, estait traîné par des chevaux blaiics. »

Louis d'^Orléans était né en 137 i.

Hist. de France. T. XlfL P. 3.

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bre i4o7 , par Raoul d'Ocquetonville, gentilhomme Normand.

L'imagination peut facilement concevoir la sensation terrible que dut produire dans la capitale du royaume, la mort d\m prince à peine âgé de trente-six ans, frère unique du roi, sur lequel reposaient toutes les espérances ( puisque les enfanis de Charles VI étaient encore au berceau ) , et qui passait pour Fhomme le plus beau , le plus affable et le plus éloquent de France. Des mœurs corrompues, une ambition insatiable, ainsi qu'une grande légèreté d'esprit, ternissaient, il faut le dire, la foule des belles qualités qu'on admirait en lui, et qui l'avaient rendu l'idole du peuple.

A la nouvelle de sa fin tragique, la population entière de Paris demeura comme glacée d'effroi et plongée dans la douleur^ mais une indignation profonde vint succéder au premier mouvement d'horreur et de surprise excité par cet assassinat, lorsque plus tard des bruits étranges, et malheureusement trop fondés , laissèrent entrevoir que le propre cousin du duc d'Orléans, avait ordonné cet attentat, et dirigé lui-même la hache homicide.

•A peine ce funeste événement avait-il transpiré, que les princes du sang s'assemblèrent

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k la pointe du jour à riiotel d'Anjou ( rne de la Tixéranderie }, pour se rendre ensem*ble dans Téglise des Blancs-Manteaux où le cadavre de Finfortiiné duc d'Orléans avait été transporté aussitôt après sa mort.

Son sang jaillit, dit-on, à l'approche du meurtrier. Mais le véritable auteur du crime n'était point encore soupçonné alors^ on le vit même montrer un extérieur plus atlligé que les autres princes, le jour de la cérémonie des funérailles, 011^ ainsi que le roi de Sicile et les ducs de Berry et de Bourbon, il portait un des coins du drap mortuaire ; (t Oncques mais! s'écria-t-il , avec l'accent « d'une profonde douleur, on ne perpétra en ir ce rojaulmCy iing si mauvais ne si traître « meurtre. »

Toutcloîs, aussitôt que Tignonvillc, prévôt de Paris, eut été autorisé à ordonner des perquisitions dans l'hôtel des princes du sang, où l'on présumait que les assassins avaient cherché un asile, le duc de Bourgogne changea de couleur et de langage^ il se troubla de plus en plus, et entraînant toutéperdu Louis d'Anjou son cousin, dans un coin de la salle, l'aveu de son crime C*) s'échappa de s<m sein

(*) « Th.flitAlaiîi C:harlicr,U ne put se i cuir (II- plorcr, cl au «c roi de Seci!;' coiiCcssa , que par \\,\yvv diabolupc tl maulvais

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comme le cri d'une conscience bourrelée par le remords.

Incapable de feindre, Louis II ne put dissimuler la vive impression qu'il ressentit à la confidence d'un tel forfait; il l'exprima sur le champ avec une chaleur généreuse, et ne cessa depuis de témoigner dans toutes les rencontres, combien il détestait l'odieux, instigateur d'un meurtre qui soulevait toute la France; aussi, l'on peut assigner à cet élan de franchise la véritable origine de la haine que lui voua Jean-Sans-Peur, et dont les effets s'étendirent si long-temps sur leurs descendants.

Plus puissant et plus redouté que jamais,, le duc de Bourgogne n'avait pas tardé à rentrer dans Paris avec le fastueux appareil d'un souverain, et nous pourrons donner une idée de la terreur que sa présence répandait en celte capitale, en rapportant que son action y fut

<t conseil, avait fait ce meurtre. , . et k ces paroles, s"* approcha « d^eulx monseigneur de Berry,dont il fust si triste et si desplaisaut c( que les larmes qui de ses j^eulx issoieut en mouit grande lial)un. « dance, lui couTroicnt toute la face. . . Le duc de Bourgogne alors, a sous un prétexte, les laissa plorans, et s^enfuit. . . le duc de « Bourbon leur ayant reproché ensuite de Tayoir laissé sortir sans c< (e faire arrêter. — Ha! monseigneur de Bourbon, dit le duc de « Berry, vous est bien aisié k dire ! . . mais vous ne considérez « Tangoisse que c'est k monseigneur d'Anjou de perdre deulx telz, « cousitis . et k moi deulx telz nepveux. »

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justifiée au sein même d'une des principales églises, par un cordelier nommé Jeaa Petit , sans qu'une seule voix courageuse osât s'élever pour repousser les détestables maximes que proférait en chaire ce sanguinaire fanatique!....

On a remarqué que l'hiver de i4o8, témoin de la naissance de René, et pendant lequel eurent lieu tous ces horribles événements, fut un des plus rigoureux dont l'histoire ait conservé le souvenir^ le Danube même gela dans tout son cours, et la Provence souffrit surtout cruellement d'un froid aussi désastreux^ mais ses habitants n'en témoignèrent pas moins une joie excessive à la naissance du second fils de leur souverain, comme s'ils avaient pu lire , dans l'avenir , le concours inoui des circonstances qui l'appellerait à régner sur eux, et avoir dès lors un secret pressentiment de l'affection constante qu'il devait leur porter.

On sait qu'il était encore d'usage au XV"*^ siècle, de choisir plusieurs parrains aux enfants d'un rang élevé ^ on ignore néanmoins quels princes furent désignés pour présenter René sur les fonts baptismaux (*) et qui lui

{*) Les anciens historiens qui ont pai:Lé de lui, Pont également appelé /ieW, Rtnniet , H/ieneit , Régné, Régnier , I(e/né et Kéjfftiier^

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donnèrent un nom si peu connu jusqu'à !iîi. nie reçut, dit-on, en mémoire d'un saint évê- <juc très vénéré à Angers, et qu'une pieuse tradition assure avoir été ressuscité au bout de sept ans accomplis, ce qui le fit appeler René y ou né deux fois Q.

Ce rejeton de la tige royale d'Anjou qui porta en naissant le titre de comte de Piejnont] {ut nourri, ainsi que l'avait été Marie sa sœur aînée, par la bonne T hiéphaine-la MaginCy de Saumur C4j, que ni l'un ni l'autre n'oublièrent dans la suite, et qu'ils comblèrent de bienfaits.

C'est à cette simple et unique notion que se bornent les renseignements fournis par les historiens sur l'enfance de René^ on ne possède également aucun détail positif sur les

(*) St. René naquit dans un chûteau près d'Angers, qui appartint dans la suite k Jehanne de Coulaiues , dame de la Poissonnière (ou de la Grandière),k laquelle René, eu considération de sou patron , et des services de ses aïeux, permit de bâtir un château fortifié de murs et de fossés, sur les débris de l'ancien. (Cette concession porte la date du 26 Août 1437. )

Les légendaires rapportent qu'une dame d'Angers, ( dont le (iks mourut pendant qu'elle allait invoquer pour sa guérison St. Maurice ou Maurilîe,évéque de cette ville), persécuta tellement ce prélat, qu'il fut obligé de s'enfuir. Revenu dans son diocèse au bout de sept années, il alla prier sur le tombeau de l'ienfant, qui ressuscila sur le champ, fut nommé René, se voua h la vie monastique auprès de Tévéque auquel il succéda, et fut canonisé k son toiu*.

M.'Bodin ( Rech. hist. sur l'Anjou. T. I«r. P. ^4. ) dit cependant que le suict!ssenr de St. Maurice ou Maurille , fut l'évêque Thalasius.

premières années d'un prince qui, suivant les mœurs de ce siècle, dut être gouverné par les femmes de la reine Yolande sa mère, jusqu'à rage de sept ans.

L'héritier d'une souveraineté, passant alors dans les mains des hommes, de même que le fils d'un obscur gentilhomme, devenait en quelque sorte le pupille de vieux barons d'une réputation sans tache, et de chevaliers expérimentés^ sous leurs yeux et d'après des conseils fortifiés par de nobles exemples , une éducation mâle et sévère succédait aux tendres soins maternels; des exercices violents, quelquefois dangereux, mais toujours pénibles, remplaçaient les jeux efféminés de l'enfance, et, endurcissant de bonne heure les jeunes damoisels à toutes les fatigues, les préparaient déjà, ai sein des palais ou dans l'enceinte des châteaux, aux travaux actifs et aux épreuves périlleuses de la guerre.

Peu de temps après la naissance du comte de Piémont, le duc d'Anjou s'était vu dans la nécessité d'entreprendre une nouvelle expédition en Italie. De retour en France la même année, et se trouvant en Provence à la fin de 1409, la reine Yolande son épouse, quoiqu'enceinte de quelques mois , vint le rejoindre à Arles, amenant avec elle, k ce qu'on présume,

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ses deux fils Louis et René, ainsi que Marie d'Anjou leur sœur. Le but de- ce voyage était, dit-on, de gagner des indulgences plénîères, accordées à l'antique abbaye de Montmajour. Si le récit des historiens et des mémoires du temps n'est point exagéré , on peut évaluer a cent cinquante mille, le nombre d^^s pèlerins de tout âge et de tout sexe qui y accoururent le 3 mai i4io,(*) pour s'y trouver avec le comte de Provence et sa famille.

Nous ne suivrons pas Louis II dans les différentes guerres qui le ramenèrent encore en Italie, ni dans ses fréquents voyages d'iVnjou en Provence ; mais nous ne pouvons passer sous silence que, revenu précipitamment de ]Naples, il vit arriver à Arles, v( où il se trou-^ vait le 20 mars i4n j la reine Yolande d'Arragon, amenant avec elle Louis III son fils aîné, Marie d'Anjou, et la jeune Catherine de Bourgogne , fille de Jean -Sans -Peur. Cette princesse avait été promise en mariage, et même fiancée à Louis III , avant la fatale catastrophe du duc d'Orléans, et son père s'en séparait pour confier son éducation au roi de Sicile, comme si l'attentat dont il s'était souil-

(*) « JNon par ouï dire , mais de vue... et Jes vibres à bou marche .* « le roi et la reiue visitèreut ensuite Aix el Marseille. » ( Mémoires manuscrits dé Bertrand Boisset d'Arles. )

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lé n'avait pas dû élever une barrière éternelle entr eux. On reconnaît dans cette conduite qui aurait droit de surprendre de la part de tout autre prince, la politique insidieuse rt constante du duc de Bourgogne, cherchant ainsi à se ménagerun puissant appui, si la cour de France révoltée de son audacieuse ambition reprenait un jour assez d'autorité pour le précipiter du faîte de la puissance. Dans l'espoir de vaincre par des offres brillantes l'éloignement que lui témoignait le duc d'Anjou , il s'engaffeait à lui faire compter cent cinquante mille écus pour la dot de sa fille, et lui promettait, en outre , des secours d'hommes et d'argent suffisants pour reconquérir le royaume de Sicile, alors soumis à Ladislas C).

Il paraît que Louis II, flottant entre l'intérêt positif de ses peuples, le sien propre et celui de son fils, mais combattu par le profond éloignement que lui inspirait le duc de Bourgogne, hésita un moment à faire essuyer un

(*) « Le duc de Bourgogne coguaissant la prudence et astuce du a roy de Secile, pensa en soy que pour faire son faict, il lui estait « nécessaire d'avoir son alliance, et pour ce faire, offrit de donner « la sienne fille en mariage à monseigneur Loys d'Anjou, son aisné « fils, avec ung gros douaire. Mais le roy de Secile cognaissant sa K déloyauté, refusa son alliance, le mcrciant de son offre. »

Bourdigné, fol. i3i.

i4 HISTOIRE (i4i'^)

aussi sanglant affront à ce prince orgueilleux» dont la violence ne connaissait aucunes bornes- Tout efois, l'honneur l'emportant sur tout autre sentiment, Catherine de Bourgogne d'abord ramenée à Angers, fut ensuite renvoyée à son père (*), qui se livrant aux plus furieuses imprécations, jura de se venger bientôt de l'opprobre que ce refus faisait rejaillir sur lui.

Ce serment fut peut-être le seul auquel

Jean-Sans-Peur crut devoir demeurer fidèle. Louis d'Anjou n'eut qu'à s'applaudir d'avoir ainsi suivi l'impulsion de son cœur royal; car deux années s'étaient k peine écoulées , que Charles VI, son cousin , lui demanda pour Charles, comte de Ponthieu, son troisième fils, la main de Marie d'Anjou, âgée seulement de sept ans. C^"^) Le roi de Sicile fiança également à la même époque Louis III, son fils aîné, à Marguerite de Savoie (^^^^j.

(*) « Qui moult courroucé et mal content, dit Charlier, ne parce donna jamais au roi de Secile et enveloppa tous les siens dans « son ressentiment. »

(**) « Ce que le roi de Secile , ajoute Bourdigné , accorda k grand <( joye au roi de France qui cognoissant la prud'hommie , la boime « nature, et Thonnestcté de ses enfants, voulut s'allier avec lui. »

(***) L'année d'auparavant, fouis et Marie d'AnjOu avaient é!é parrain et marraine a wc nobies festes de cloches et mencstriers, dit la clironiqite de leur sœur Yolande, née le i a Août i^|ia, k Arles . où la reine de Sicile se trouvait avec eux depuis 1er 5 Juin.

(i4i5-î4i4) DE RENÉ D'ANJOU. i5

Cette double alliance, juste hommage rendu à la droiture du prince d'Anjou, acheva d'aigrir le duc de Bourgogne, dont l'animosite se porta au dernier degré, lorsque aprè^ la mort du Dauphin Louis de France, ( survenue le 8 Septembre i4i5) et celle de son second frère Jean, ( le 4 ou 5 Avril i4i6 ) (5) , le roi de Sicile se trouva beau-père de l'héritier présomptif du trAne de France.

Il était vraisemblable que cherchant à lui inspirer les mêmes impressions, il l'engagerait non-seulement à se défier de son ennemi, mais peut-être plus tard à le poursuivre hautement comme le meurtrier du frère de son roi. Dès ce m oment toul rapprochement étant regardé comme désormais impossible, le roi de Sicile s'attacha plus fortement à la cause royale ; le duc de Bourgogne resserra son alliance avec l'Angleterre, et deux partis aussi animés que distincts se formèrent à la cour de France en faveur de ces princes.

IL Au milieu de ces sourdes divisions qui faisaient présager de prochains orages, le comte de Piémont élevé avec ses deux frères, venait d'atteindre sa septième année, se faisant

l)Oiirdigné,fol. i38. — Bertrand BoÎFset, mémoires manuscrits, — Papoa,T. III. P. 365. — Chartier, fol. 28. — r,aufndi,Hist. de Provence, fol. 282.

iG HISTOIRE (i4i5)

remarquer au milieu des enfants de son âge, par une figure agréable , une phisionomie douce et spirituelle, des dispositions précoces, le plus heureux caractère, et une grande aptitude à s'instruire.

Ces dons inestimables de la nature, cultivés par des soins assidus, ne tardèrent pas à attirer Pattention de ses parents, et l'on peut dire que René leur dût presqu'entièrement le changement inattendu qui s'opéra tout-àcoup dans son sort présent, et qui devait avoir tant d'influence sur son avenir.

Le cardinal Louis de Bar y ( grand oncle de René du côté maternel, et cousin germain de son père ), (6) avait eu occasion de le voir et d'étudier son caractère pendant ses fréquents voyages à la cour de France où résidait ordinairement le duc d'Anjou ainsi que sa famille. Ce fut même à la sollicitation de ce prince et de la reine Yolande, que Charles VI ayant voulu tenter la réconciliation du duc de Bourgogne avec les enfants du duc d'Orléans, le cardinal de Bar, qui se trouvait alors à Paris, apporta les saints évangiles sur lesquels sfe jura l'oubli d'un ressentiment qui demeura , néanmoins, bien profon-

DoinCalmet, Hist. de Lorraine. T. II. Fol. 762. — De Serres, inventaire géuj^ralde Thistoirede France.

(,4i5) DE RENÉ D'ANJOU. 17

dément gravé au fond du cœur de ceux qui se promettaient une éternelle et franche amitié. Devenu duc souverain de Bar par la perte de ses frères tués glorieusement à Azincourt, et voyant son nom près de s'éteindre, le cardinal, qui, ayant déjà pris René en affection, le préférait à ses autres neveux, sentit naître de jour en jour plus de tendresse pour lui, et ce fut à celte époque qu'il témoigna le désir de se charger du soin de son éducation, sous la surveillance de Jean de Proissjr que la reine Yolande avait placé auprès de René. Souverains dans leurs diocèses où ils vivaient avec une noble magnificence, les prélats du liVf. siècle, ne trouvant pas toujours les foudres de l'église suffisantes pour défendre leurs droits temporels, étaient quelquefois dans la nécessité, dit Monstrelet , de porter « ung bassinet pour mitre ^ une pièce « d^ acier pour chasuble^ et pour crosse d^or « une hache darmes. » Le bréviaire ne leur était pas plus familier que l'épée guerrière, et Louis de Bar, entouré de tous les modèles de la gloire , avait sucé avec le lait la valeur héréditaire de sa race, en même temps qu'il possédait au plus haut degré les vertus qui honorent l'épiscopat.

Il y joignait les connaissances les pluséten-

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