TOME I
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dues en tout genre, le goût de la saine littérature, et son amour pour les arts dont il était le protecteur éclairé, lui faisait répandre sa munificence sur la plupart des artistes de son temps qu'il attirait auprès de lui, soit dans l'antique palais de Bar (*), soit à Paris où il prolongeait souvent son séjour.
On peut donc présumer que -ce prince ne négligea aucun moyen de perfectionner les talents naissants de son pupille, et ce fut probablement 'dans les voyages qu'ils firent ensemble à la cour de France, que René reçut des leçons de dessin et de peinture, des frères Hubert et Jean Wan-eych (7), dont le dernier, plus connu sous le nom de Jean de Bruges^ passa une grande partie de sa jeunesse auprès de Charles V, qui le combla de bienfaits ainsi que son fils.
Si l'on n'a rien de bien positif à cet égard, on s'accorde du moins assez généralement à penser que ces peintres célèbres ou leurs élèves furent les premiers maîtres de René dans un art qu'il aima constamment depuis, et qu'il cultiva à toutes les périodes de sa vie.
Les objets extérieurs qui frappent les organes si tendres de l'enfance, ou qui agissent
(*)Bâti sur UQ rocher entouré de fortifications.
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sur une imagination mobile et neuve encore, y laissent des traces tellement profondes, qu'on ne doit pas être plus surpris du goût prononcé de René pour la peinture, que de son penchant à s'occuper de tout ce qui concernait les ordres de chevalerie, puisqu'au moment où il recevait probablement les premières leçons de dessin , il fut témoin de la création d'une institution chevaleresque, et admis sans doute, malgré sa jeunesse, à en faire partie.
C'était l'ordre de la fidélité que Thiébaut V comte de Blamont voulut fonder, mais dont le duc de Bar se déclara le chef suprême, afin de lui donner plus d'éclat et de durée.
Cet ordre fut solemnellement reconnu à Bar, le 3i Mai i4i6, et quarante chevaliers Lorrains , parmi lesquels on en comptait de très jeunes, s'y associèrent pendant cinq ans, « en s'engageant par serment, à s'aimer et à « se soutenir mutuellement dans la bonne, » comme dans la mauvaise fortune. »
Leur décoration était un lévrier bleu ( en broderie), ayant un collier sur lequel était gravée cette devise:
Tout ung.
Parmi les chevaliers de la fidélité, on distinguait Thiébaut de Blamont, Renaud et Érard du Châtelet son fils, Philibert et Pierre
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de Baiiffremon*, Jean de Roderaack, Robert de Sarre-Bruche dit le Damoisel de Commercy, Go^ert d'Aspremont, Robert des Armoises > etc., etc.
Ce fut au milieu de ces douces occupations, et de ces exercices nouveaux pour l«i, que René entrant dans sa neuvième année, perdit son père le roi de Sicile, le ^Q Avril
Oja ignpre s'il se trouvait alors en Aiyou, ou si instruit de la maladie de Louis II, il put accQurir auprès de lui, rpcçvoir ses derniers adieu^ç, et être témoin de l'entrevue attçn(],risp[ante, pu le monarq^p nvpvrwt répéta pliisiçu^s fois à Ctiarlies VII , exf, le serrait d#^s ses br^: « d^ i;ie jamais s^ f^r a» « 4«uc 4p Bourgog;ae , çiais d'employer cepe^- « daQ.t tous les moyei;i$ qui dépendraient de « lui pour vivre en bo^ne iptelligeuce avec u le redoutable lean-Sans-Peur. »
Tandis que la cour de France donxialt les plus honorables regjre^ à la perte d'ui;! prince sji vertueux, et qu'on voyait à ses obsèques le roi Charles 'VI , de même qne la plupart des membres de la famille royale , la Provence.
Le père Anselme, Hist. des grands officiers de la couronne. T. II. — DoYuCalmet,Hi8t.de Lorraine. T. II. Fol. 742. — Hist. de la Mai%oo duGV%t^].et«
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entière faisait également éclater sa douleur, en même temps qu'elle adressait au successeur de son souverain les témoignages les moins équivoques de sa fidélité.
Déclarée régente et tutrice de Louis III son fils aîné, alors âgé de quatorze ans, la reine Yolande reçut le i3 Août de la même année,unedéputationde la noblesse Provençale chargée de la complimenter et de lui renouveler le serment d'obéissance au nom de ses états.
On n'avait choisi pour cette ambassade, que des seigneurs dévoués au parti d'Anjou et qui avaient puissamment secondé le grand sénéchal George de Marie, quand il parvint à chasser les troupes Catalanes de la Provence. ( C'étaient entre autres , Foulquet dAgoult seigneur de Sault^ Antoine de Villeneus^e Baron iÊ TranSj Bertrand de Grasse, Rejbrciat de Castellane^ Jean de P ontevez , etc. )
La reine les accueillit avec upe distinction particulière, leur témoigna une confiance sans réserve, et leur accorda toutes les demandes qu'ils lui adressèrent au nom de la Provence. Mais en même temps, cette princesse, imprudemment conseillée sans doute, céda alors les droits que possédait son fils sur Nice, ainsi que sur la vallée de Barcelonnelte», au comte
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de Savoie en échange d'une somme très considérable fournie, disait-il, à Louis !«', duc d'Anjou, par son aïçul Amé VI C).
Il ne paraît pas que, depuis cette époque, René,, devenu comte de Guise par le testament de son père, ait quitté le cardinal de Bar^ce prince, toujours plus satisfait de ses progrès, de ses heureuses dispositions, et de ses qualités attachantes „ le regarda véritablement comme son propre fils et ne dissimula plus l'intention qu'il avait déjà manifestée de le nommer son successeur. Il commença dès lors à l'initier à toutes les affaires de ses états, l'associa à tous les actes de son gouvernement et parut même désirer que ses sujets s'habituassent à voir leur futur souverain dans le jeune prince qu'il élevait.
On trouve dès l'an i4i8, des lettres adressées par René à différents officiers *u Barrois au nom du cardinal de Bar comme au sien, et on le vit plus particulièrement encore la même année agir de concert avec son oncle,
La plus grande partie de la Lorraine était alors infestée d'une multitude de gens sans
(*) Surnomme le comte verd, parce quUl s'hélait moDtrëdaQS ui\ tournois couvert d'armes de cette couleur. F^pou^Hist. générale de Frovence. 1\ III. P. 2^20.
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aveu, de déserteurs et de brigands^ triste résultat des désordres et des longues guerres qui désolaient la France. Bannis de toutes les villes fortifiées, repoussés du centre du royaume, ils s'étaient répandus vers les pro-r vinces limitix>phes, s'y livrant avec impunité au pillage,, au meurtre et à toutes sortes de violences.
Le cardinal de Bar s'était plus d'une fois trouvé dans la nécessité de prendre les armes et de commander en personne ses propres troupes pour la défense de ses états, sans cesse menacés par ces misérables aventuriers. Résolu de mettre enfin un terme aux maux sans nombre qui les accablaient depuis si longtemps, il se ligua avec Conrad Bayer de Boppart évêque de Metz Tj, prélat belliqueux ainsi que lui, et ils attaquèrent ensemble divers seigneurs, qui plus coupables encore que les malfaiteurs dont nous venons déparier, leur donnaient un asile, ou les dérobaient
{*) Il était fils de Conrad Bayer de Boppart, (seigneur de château Brêhain), et de Marie de Parroyej il succédait k Raoul de Coucy.
« Ce prêtât, dit dom Calmet , joignait toutes les qualités de Tesprit et du corps k Ja noblesse du sang. Il prit possession en i4i6 ; sMtant adjoint un coadjuteiu* en 1407 , il mourut le 20 Avril i4^9 à Metz. Les armes de Boppart étaient d^argent, au lion de sable armé et 'ampassé d'or.
Hist. des évéques de Metz par le père Maurisse. Fol. 542. — Hist de Lorraine ; dom Calme t. Fol. 762. T. IL
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à la justice afin de profiter de leurs rapines- Le duc de Bar, s'étant fait accompagner de son pupille dans cette rapide expédition , l'on doit placer à cette époque la première campagne de René.
III. C'était ainsi que ce jeune prince commençait sa carrière, bornant son avenir, comme son unique ambition, à succéder un jour au duc de Bar^ car rien ne présageait encore au comte de Guise les brillantes et diverses destinées que lui préparait la fortune.
Mais son illustre protecteur étendant insensiblement des vteux inspirés par une tendresse active, s'y abandonna avec d'autant moins de réserve, qu'il pouvait la faire concorder avec un projet de la plus haute politique, dont le succès, en assurant la tranquillité et le bonheur de ses sujets, devait en même temps assigner un rang très élevé à son jeune pupille.
Des diseussions plus ou moins graves avaient éclaté à toutes les époques de leur histoire entre les duchés de Bar et de Lorraine, trop rapprochés Fun de l'autre pour que leurs intérêts réciproques ne se trouvassent pas souvent compromis. Les guerres violentes qui
Histoire goaérale de Metz. T* II. P. 6/9.
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en devinrent les suites, ayant recommencé en i4i4 souS le duc Edouard, on vit ces mal-. heureux états ravagés de nouveau par le meurtre et Tincendie.
Un traité de paix s'était conclu à la vérité le 4 Décembre i^i6\ mais tout semblait annoncer une prochaine rupture, et le retour des mêmes calamités. Le cardinal qui en avait long-temps gémi en silence sans pouvoir y apporter aucun remède efficace, entrevit avec joie que les circonstances étaient enfin devenues favorables, non seulement pour détruire entièrement le germe des dissentions qui Taffligeaient, mais encore pour réunir à jamais sur la tête de René, le duché de Lcwraine, une des plus puissantes provinces de PEurope, par sou étendue, sa population et ses richesses.
Toutefois, une pareille entreprise présentait des difficultés sans nombre, car il s'agissait d'obtenir pour son pupille la main d'Isabelle, fille aînée et héritière de Charles II duc de Lorraine (8) et de Marguerite de Bavière, ce qui devait natureUemeut éprouver la plus grande opposition, qudique déjà le vœu d'une telle union eut été hautement exprimé par plusieurs seigneurs Lorrains.
En effet, le duc Charles était connu depuis
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long-temps par un dévouement absolu à Jean- Sans-Peur, dont le père avait été en quelque sorte son protecteur, pendant sa jeunesse,lui-même, se trouvait appartenir de très près à ce prince par son mariage avec Marguerite de Bavière ^ proche parente de la duchesse de Bourgogne ): et de plus, il se joignait à ces différents motifs d'exclusion pour René, un sentiment d'inimitié personnelle envers les princes du sang. Peu de mois avant son assassinat le duc d'Orléans était venu attaquer le duc de Lorraine presque sous les murs de sa capitale et était mort son ennemi.
Aussi, loin de partager l'horreur générale excitée par le meurtre commis sur sa personne, Charles continuant ses liaisons avec le duc de Bourgogne, avait même fait insérer dans son testament une clause spéciale qui défendait à son héritière de disposer de sa main en faveur d'un prince français (*). On sent combien ces préventions invétérées que le duc de Lorraine nourrissait surtout contre la maison d'Anjou, durent être lentes et difficiles k éteindre, et combien il fallut de ménagements, de soins rt de négociationspour amener des ouvertures de mariage, entre une
(*) « Il Pavait même juré par uDg gros jurement » , dit un yieil historien.
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de ses filles et un prince Angevin. Le cardinal de Bar finit cependant par triompher de tant d'obstacles réunis^ il fit revenir Charles de ses injustes ressentiments, le convainquit des avantages inappréciables que cette alliance apporterait à ses états, et amena insensiblement les choses , au point que le duc de Lorraine lui fit proposer une entrevue, en lui indiquant le château de Fou g près Tout, ou GondrevUle dans le même diocèse 5 i petite >ille où les anciens rois de France avaient possédé un palais ).
Le duc de Bar ayant choisi le château de Foug , ( bâti deux siècles auparavant par Henri III duc de Bar , l'un de ses aïeux ) ce prince s'y rendit le 20 Mars i4 18, accompagné sans doute de son jeune élève> tandis que le duc de Lorraine y arrivait de son côté avec quelques seigneurs de sa cour.
La naissante réputation de René, son extérieur prévenant, le courage surtout, dont il avait déjà eu occasion de donner des preuves, charmèrent Je duc Charles, et contribuèrent, dit-on, autant que la politique, aie décider à lui accorder la main de sa fille. L'entrevue de Foug ne se termina pas san& que Charles eut donné son consentement au duc de Bar, et qu'il ne fut convenu cntr'eux :
i.o « Que le jour de la Pentecôte au plus « tard, le comte de Guise serait de retour « d'un voyage en Anjou, dont l'objet était ic d'obtenir Fassentiment de sa mère;
2.0 « Qu'il se trouverait à Bar où le duc « de Lorraine arriverait également pour y « régler toutes les conditions du mariage;
3.0 « Enfin , qu'on fixerait alors l'époque oii « René, amené à Nancy, cesserait de demeii- « rer auprès de son grand oncle, afin d'être « entièrement sous la surveillance immédiate « de son futur beau-pi; re. »
(Il avait été décidé d'avance que le duc de Lorraine aurait le gouvernement de la personne de René jusqu'à ce qu'il eût achevé sa quinzième année; que ce même jour los fiançailles auraient lieu, et qu'on procéderait le lendemain à la célébration du mariage. )
Pendant que les articles de cette union si désirée se publiaient en Lorraine et que toute la noblesse y prêtait avec joie le serment de les observer, un meurtre nouveau vint tout-à-coup consterner la France, y réveiller des haines mal assoupies, y exciter de nouveaux troubles: le duc de Bourgogne Jean-Sans-Peur fut assassiné en plein jour, sur le pont de Montreau, le 10 Septembre
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1419, et la voix publique accusa l'hcritier du trône d'avoir ordoni^é cette criminelle représaille.
Dans la disposition actuelle des esprits, il était naturel de craindre que le jeune Philippe, ulcéré d'un tel attentat, et brûlant du désir de venger la mort de son père, ne cherchât k s'opposer à l'alliance que le duc de Lorraine s'apprêtait à former entre sa fille et le beau-frère du prijjce q^'il regardait comme l'assassin de Jean-Sans-Peur ; tout semblait même porter à croire qu'il lyî serait alors facile d'ébranler une résolution à laquelle, dans l'origine, Charles n'avait p^iru céder qu'à regret ^ mais le nouveau duc de Bourgogne, tout en vouant unç inimitié mortelle au Dauphin, dont il avait lui-même épousé la sœur, n'eut point l'injustice d'y envelopper indistinctement toute la maison d'Anjou 5 aussi, loiu de blâmer le duc de Lorraine, il accueillit ïfièmo favorablement les ambassadeurs que ce prince lui envoyait pour le complimenter sur son malheur.
Le cardinal de Bslv profita de cette bien-
IJistoire de France. T. XV, P. 82. — Bouche. Hist. de Provence. T. U. FoJ. 453. — MqnBt^elet. T. 1er. FoJ. aSo. — Chronique de ProTence. FqI. 646. — Hist. de Lorraine. T. H. Foi. 680 , 6S2. — Abrégé de J hist. de Lorraine. T. H. P. 166, i84.
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veîllance inattendue: il se hâta de prévoir ou d'applanir les difficultés qui pourraient s'élever encore, puis il adopta définitivement René (9), en lui cédant le duché de Bar, ainsi que le marquisat de PonUà-Moussoriy à la charge d'en porter le nom et les armes.
(L'acle en fut passé h.St-Mihiel^ où ce prince se trouvait alors (*j. )
Le duc de Lorraine et lui, se promirent également le même jour d'instituer , pour leurs héritiers, René et Isabelle, en obligeant tous leurs vassaux respectifs, à prêter le serment de les reconnaître pour légitimes souverains aussitôt après leur mort.
Tout étant donc ainsi convenu de part et d'autre, Yolande d'Arragon, ramena ellemême son fils auprès de son grand oncle auquel elle envoya, peu de temps après , Man^ sard de Sue, bailly de Vitry, muni de son consentement pour prendre le nom et les armes de Bar (**). Le cardinal se prépara
(*) Entr'^autres témoins qni assistèrent h ce contrat, on cite le neveu du duc de Lorraine, Antoine de Vaudcmont (fîls de Ferry L«r dit le courageux , tué k Azincourt, et de Marguerite de JoinviJie.) Ce prince voyait par ce mariage s^évanouir toutes ses espérances sur une succession regardée dans sa famille comme un fief masculin qui ne devait jamais en sortir. Il ne parait point cependant avoir formé à cette époque aucune protestation contre les mesures de son oncle.
(*'*') G et acte est du 24 ^^in i4i9*
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alors à conduire son jeune pupille à Nancy, pour le remettre entre les mains du duc de Lorraine^ un obstacle imprévu vint apporter un léger retard à la conclusion si vivement attendue du mariage de René et d'Isabelle.
Ârnould duc de Berg C) c* comte du Mont, époux de. Marie de Bar sœur du cardinal , nourrisait de secrètes prétentions sur la succession 4u duché de Bar, à laquelle il croyait avoir des droits^ il s'était même empressé de les faire valoir aussitôt après la bataille d*Azincourt.
Repoussé par les mesurés énergiques du nouveau duc, il demeura paisible jusqu'au moment où René fut déclaré son héritier^ sentait que cette adoption l'éloignait sans retour, le chagrin qu'il éprouva de voir son ambition ainsi déçue , le porta à faire une nouvelle tentative. Ayant rassemblé suffisamment de soldats, il s'avança à grandes journées et vint attaquer les troupes du cardinal de Bar^ mais ce prince accourut se mettre à leur tête avec le jeune René^ ils rencontrèrent le duc de Berg, le défirent dans une
(*) Voyez, sur les préf entions d^ Arnould, l'histoire des comtes et ducs de Bar par Jean le Paigc, Manuscrit. Fol. 217, 221, — Doni Plancher. Hist. de Bourgogne. T. IV. P. 5. — Le père Anselme, Wist, des grands officiers de la couronne. T. I. Fol. 1 15.
bataille rangée, le poursuivirent, et parvinrent même à s'emparer de sa personne (*).
L'ayant ainsi réduit à l'impuissance de leur nuire, le cardinal et son pupille arrivèrent ensemble dans la capitale de la Lorraine, où la noblesse des deux duchés venait de ratifier solennellement toutes les promesses et conditions stipulées dans le contrat de St.-Mihiel.
Quoique René n'eut alors que douze ans et neuf mois, et qu'Isabelle iiée en i4io, ne fut encore qu'un enfant, on ne crut pas devoir différer davantage la célébration de leur mariage^ la jeunesse des fiancés ne parut pas un obstacle dans ce siècle où l'on trouve plus d'un exemple d'une union aussi précoce, chez les princes comme parmi les simples particuliers.
A une taille élevée, à une beauté régulière et peu commune, Isabelle joignait déjà un esprit au-dessus de son âge, une grande force de caractère, et la douce piété de Marguerite de Bavière sa mère, semblait lui avoir été transmise comme l'héritage le plus précieux-
(*) Arnould, quoiqu"*!! renonçât alors à toutes ses pré'entions, n^en resta pas moins deux ans à Nancy comme prisonnier et otage de sa patole. Il fut arrêté en retournant d'*un monastère de religieuses près de fiassonipierre aujourd'hui Harou^.
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René (*) se faisait également reinarquer parmi les jeunes seigneurs lorrains, par nne physionomie ouverte, de grands yeux à fleur de tête, un teint blanc et coloré, et des nianières aimables qtii, en attirant sur lui l'attention' des dames, l'avaient rendu cher à sa jeune fiancée.
Henri de Ville, évêque de Toul (lo;, prélat vertueux, parent du duc de Lorraine, fut choisi pour bénir le mariage d'Isabelle et du comte de Guise; il ofiicia pontificalement le. jour de cette cérémonie, qui eut lieu à Nancy le i4 Octobre i4^o (**) avec la plus grande pompe qu'il fut possible d'y déployer, et au milieu d'une joie qui semblait tenir du délire C***).
La même allégresse se répandit îlans le Barrois ^ on se félicitait à l'envi d'une alliance formée sous de si heureux auspices ^ elle semblait en effet tarir à jamais la source de tant d'anciennes divisions, et ramener enfin
{*) « De son e6té , dit un vieil historien , le dict duc de Bar était ^ beau, jeune et fort amoureux , et les dames le véoient vouIentiers.<»
(♦*) Le 14® jour d'Octobre 14*^0? espousa René duc de Bar>ct depuis roy de SecUe . Ysabelle , fille et héritière du duc de Lorraine.
Heures manuscrites du roi René.
{*'^*) « Ety enst kla feste (ajoute la chronique du femps)plusieurs « nobles gens, comtes et baroufï. Les > opces fur* iit fairtes en graiit « triomphe , et la dicte fille Dieuée k Bar moult honorablement. Le « cardinal moult joyeulk eu fust. »