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( 30 mars. ) A la nouvelle du merveilleux retour de l'aigle impériale, la garnison de notre ville se laissa entraîner par un enthousiasme véhément. Des salves d'artillerie annoncèrent œ prodige à tous les environs étonnés. Il avait devancé ks esp^nces les plus audacieuses ; pas un coup de tubil n'avait été tiré.
La municipalité s'empressa de signer une adresse à l'empereur par l'intermédiaire du nouveau préfet, le baron Méchin.
Quelques jours après , on prétait de nouveau serment aux constitutions de l'empire , et le préfet installait M. I«orin , ainsi que de nouveaux membres du conseil parmi lesquels Leperdit était toujours conservé.
Le comte Cafiarelli avait été envoyé par l'empereur avec les pouvoirs de commissaire extraordinaire , et le lieutenant^énéral Travot, émnle et compagnon de Hoche, fiit nommé commandant des départements de l'Ouest.
Le glorieux désastre de Waterloo, où Wellington apprît qu'il était vainqueur quand A commençait à' fuir , fut l'effort suprême et le dernier acte du règne militaire 'de Napoléon.
Une dépêche talégiaphaque amioMee bientôt à notre vflle rabdicatîon de l'empereur en faveur de son fils.
546 HiSToias de rbiviibs.
Deux proclamations y Tune du préfet , Vautre du général Taraire , commandaat par intérim la division , sont communiquées au conseil municipal , qui en ordonne le dé» pôt dans ses archives , et invite le maire à concourir de tous ses moyens , « de concert avec les autorités supé- » rieuresy au maintien de la tranquillité publique dans » cette importante circonstance. » Elle ne fut pas troublée; Tenthousiasme royaliste attendait pour se manifester la rentrée de Louis XVIII à Parb. Les fédérés que Rennes avait armés y et qui ^ après avoir offert leur secours aux Nantais , étaient allés battre les chouans à Auray sous les ordres du général Bigarré , commandant alors la 43^ division , les fédérés , réduits à un petit nombre , maintinrent la ville dans un calme que plus d'une tentative s'efforça vainement de troubler. Leperdit^ enrôlé Vim des premiers , malgré son &ge , était l'un des plus acdâ de cette milice nationale y qui ne consentit à se dissoudre que lorsque le pays et la ville n'eurent plus besoin d'elle.
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Napoléon s'était livré à la générosité anglaise qui l'envoyait à Sainte-Hélène.
Le baron Méchin quittait notre ville avec un honorable témoignage du conseil municipal pour la sagesse et la justice de son administration ^ avec les regrets de tous les citoyens amb de l'ordre et du bien public. Il était remplacé par M. d'Allonville.
Une adresse était présentée au roi par une députati<m de cinq membres.
La patrie dont parlait cette adresse était menacée du fardeau et de la honte de l'occupation étrangère. Notre ville en eut sa part. Une lettre du préfet annonça bientôt
HUTOIES DB ftBKKBB. 547
au conseil municipal VanÎTëe des troupes prussienne. M. de la Villebrune faisait alors les fonctions de maire. Le conseil arrêta que deux de ses membres resteraient en permanence à l'hôtel-de^ville , et nomma au scrutin une commission (4), « chargée de concourir avec le maire » aux mesures que le passage des troupes prussiennes et » leur séjour à Rennes pourraient rendre nécessairesi »
Bientôt les clairons des barbares , selon l'expression de Béranger , retentirent dans nos murs et dans nos campagnes. L'occupation devait d'«bord se borner à une garnison de 2,400 hommes d'infanterie et 500 chevaux pendant un mois ; mais de fréquents passages inondèrent bientôt notre ville. Le zèle de la commission , auquel il faut rendre justice, devint insuffisant à prévenir ou réparer toutes les vexations dont on lui portait plainte ou qui se commettaient à son insu. Notre ville ressemblait à un camp dont les soldats s'attendaient à être délogés d'un moment à Tautre. Leur inquiétude se trahissait dans les mesures de surveillance et de sévérité qu'ils ne cessaient de prendre. Le moindre bruit dans la rue leur faisait croire à l'explosion de quelque complot. Leur imagination effrayée ne rêvait que vêpres siciliennes; nos soldats étaient plus à leur aise à Vienne et à Berlin.
Enfin cette oppression, causée par la présence de l'étranger, finit du moins pour notre ville, après quelques semaines d'angoisses et de sacrifices. Le traité de Paris avait relégué l'occupation à la frontière.
Le second voyage du duq d'Angoulême dans notre ville eut lieu à cette époque; omis les registres municipaux n'en font nulle mention.
(4816.) Rennes vit avec douleur la condamnation du général Travot , dont la chambre des députés avait ho-
(I) Elle fut composée de MM. PoncperArd , UuDialiler , Martin d^Angers , Lemlntl«r «t Wollbiume.
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noré la conduite daos la Vendée par une déclaraûoo so* lennelle portant qu'il arait bien mérité de la patrie et de rhumaDité ; ce digne général avait fait sa soumission au roi^ et s*était retiré, avec une pension , dans sa famille ^ à LorieUty où il fîit saisi , malgré l'amnistie*
Au milieu des embarras de roccupation étrangère^ et des Tengeances de la réaction , les intérêts de l'administration locale avaient été fort négligés. Une nouvelle municipalité avait été installée. On voulut y conserver Leperdit) qui n'avc^it pas reparu au conseil depuis le retour de Louis XVIII. Le vieillard refusa; le préfet le menaça, dit«oo. Mais que pouvaient les paroles d*un jeune komiiie sur celui que les séductions de l'empereur n'avaient pu entraîner? Il rentra dans sa vie modeste , où ne l'oublia point l'estime publique. On aimait à le voir promener sur cette place , où il avait exposé sa tète pour ses concitoyens. Les tristesses du découragement n'ébranlèrent jamais la fermeté de ses convictions ni son espoir dans l'avenir.
Il fut remplacé par M. Ch. Desnos ^ et M. Morelr-Deavallons continua les fonctions de maire qu'il exerçait dq>iB8 quelques mois.
Le premier acte de la nouvelle municipalité fut une adresse au roi pour protester contre l'attentat du 31 janvier 4795. On en vota bientôt une nouvelle sur le mariage du duc de Berrj. L'ancienne cathédrale fut enfin restituée au chapitre qui la réclamait depuis longtemps. Les régiments changeaient alors de nom. Celui qui se trouvait en garnison dans nos murs s'appela , par ordre du roi y Régiment de Rennes , et reçut pour son drapeau une cravate brodée aux armes de notre cité.
Mais un intérêt plus grave appelait les soins de notre municipalité. La propriété de ses halles lui était de nouveau contestée; le décret du 46 mars 4807 qui les lui avait restituées ^ était annulé par l'ordonnance royale du
29 juillet 4816. Il faUut recommeDcer à pkider pendant planeurs années.
En attendant le résultat de ce long procès , notons lea changements qui s'opèrent dans notre cité. Sa yne muni*dpale fournira seule désormais les éléments de notre récit, sauf quelques échappées politiques où l'entraînèreait de temps à autre et indirectement les événements qui sbocomplissaient loin d*eUe. Ses élections n'eurent pas même le pooymr de l'occuper beaucoup à cette époque. M. CSorbière , qui l'avait déjà représentée sous le direotoiie ^ fut de nouveau désigné par les suffrages des électeurs à deux dégrés.
C'est alors que le musée des tableaux fut transfi^ de révâché dans la chapelle où existait l'école de droit avant 4780 y près de Téglise du collège. Le cabinet d'histoire naiturelle fut relégué ^ hors des yeux du public , dans un espace étroit des attiques de rhôtel-de-ville. Avant d'en venir à cette extrémité ^ il &ut le dire, oti essaya de trouver un local plus convenable. L'église de la Visitation pa* rut offirir des conditions suffisantes ; mais celles du propriétaire furent inacceptables. Il fallut y renoncer. Au lieu de demander un sursis avant de restituer la partie de l'évéohé occupée par nos seules richesses artistiques et naturelles; au lieu de chercher ailleurs, ou de foire un sacrifice nécessaire, on augmenta le mal en transférant eu masse le musée dans la petite chapdie, et en se bornant, par une économie inintelligente, aux réparations indispensables.
Ici je ne puis croire encore que notre municipalité ait été tout^à-^fiiit libre de ses résolutions. Elle le fut davantage sans doute, et se montra plus éclairée en établissant des travaux de charité fiiublies ou à domicile pendant l'hiver. C'était là un bon germe à développer. Il en est un qui date ausri de la même époque. Les écoles chrétiennes, aujourd'hui municipales , furent fondées par l'abbé Wau-
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geadre, chanoine , ancien cure de Saint-Kcrre (4847). On adopta aussi le rétablissement des dames de la Visitation 9 sous la condition expresse de se livrer à rinstniotion de la jeunesse.
D^utiks travajia puWcs furent projetés ou entrepris dans le mâme temps. On arrêta le plan d'une halle qoi devait être élevée sur la place Toussaints , et consacrée à la fois au commeixse des blés et des toiles.
Le Cbamp-de-Mars recevait un nouvel agrandissement. On s*occupait d'éloigner de la ville le magasin à poudre aitué aur les murs de porte Blanche.
Rennes changea cette même année de maire et de préfet. M. de Lamarre remplaça M. Morel* Desvallons qui avait présidé par intérim l'administration municipale , et M. Frain de la Villegontier , qui a laissé de si bons souve*^ nîrs dans nos murs y releva M. d'Allonville à l'administntion départementale.
Pendant que la nouvelle chambre des députés demandait la diminution de l'armée d'occupation étrangère qui pesait encore sur la France , de nouvdies inquiétudes se répandaient dans notre ville au sujet de la conservation de l'école d'artillerie. Il en résulta un projet de construction d'écuries militaires pour suppléer celles de Sain^Geoiges; projet d'après lequel la ville offrit d'abord de concourir pour un tiers ^ puis pour moitié. Il était urgent de four» nir à l'établissement qu'on nous enviait, tout ce qui pouvait assurer sa conservation dans nos murs. Chaque sa^ orifice était un nouveau lien qui l'y attachait.
Rassurée sur ce point , la municipalité poursuivit ses travaux d'utilité publique. Le commerce des toiles , si important pour notre ville, réclamait une halle indispensable. On avait renoncé à l'établir sur la place Toussaints. On adopta un projet qui la fixait sur le Pré-Botté, où nous la verrons s'élever lentement , près du pont de Berlin.
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L'armée alliée commença d*éYacuer la France; Paris inaugurait la statue de Henri lY , et Rennes faisait pein* dre le portrait du roi par M. Logerot.
Notre TÎUe , appelée par la charte à renouveler sa dé* putation , désignée par le sort dans le cinquième annuel sortant, avait réélu M. Corbière , et lui avait adjoint MM. Le Gravereod et Monthierry, qui disaient partie de Topposition, Cet élément nouveau y mais indispensable « s'introduisait enfin dans le «égime constitutionnel.
L'enseignemoit mutuel créé à Paris pendant les cent jours pénétrait dans notre cité. ^
C'est alors que furent commencées les opérations cadastrales dans la commune , et que Ton décida la démolition de la tour Saint-Georges , ainsi que la reconstruc* tion du pont du Ghamp-de-Mars.
(4820.) Le gouvernement offrit à notre ville la statue du général Moreau, tué dans les rangs de l'armée russe à la bataille de Dresde. Le conseil municipal fut invité à délibérer snr la place qu'on lui assignerait. Il se réunit , mais pour décider , sous la présidence de M. de Roquefeuil j adjoint , chargé de l'intérim , que l'on refuserait l'offre imprudente, en alléguant que la présence de cette statue serait une cause de discorde dans notre ville. Des groupes de citoyens se formaient chaque soir sur la place plantée en face de la mairie, pour crier: Vive la dbarte! La garnison fut mise sous les armes pour dissiper ces attroupements innocents. Cette petite fièvre se renouvela pendant plusieurs jours et disparut avec les causes qui l'avaient fait naître. Si elle avait peu de gravité quant aux résultats actuels , ces symptûmes n'en révélaient pas moins un mai profond.
Notre municipalité, qui en subissait les conséquences, sans pouvoir y apporter aucun remède, si ce n'est en modérant les esprits autour d'elle , donna du moins l'exemple et le conseil de cette modération politique ,
dans son adresse an roi lors de la naîssattce do dae de Bordeaux.
Une députation fut enrojée au baptême do jeune prinoe destiné à rejoindre dans l'exii le fils de Napoléon , cjpiî par la toîx de Bélanger, lui awt signalé les causes de son séjour à Vienne.
Après aT<Mr célébré par une fête , onéreuse pour ses finances , la naissance du prince , elle entreprit d'ezëcmter le percé projeté des Coideliers et de régulariser la place du Palais ; de créer une nouvelle entrée au Thabor, plus convenable que celle ouverte prorisoifement dans la ruelle de la Palestine; d'achever enfin la halle aux toiles pour laquelle le commerce lui offrait un prêt de 40,000 f .
Elle projeta aussi rétabluseraent d'un nouvel hospice d'aliénés aux Dames*Budes; maïs ce projet devait recevoir ailleurs et plus convenablement son exécution. M. Charies deMannay vint remplacer sur le siège épiscopal M. Etienne^ Célesûn Enoch , qui avait donné sa démission pour se retirai à SaintF-Denis.
(4824.) Une partie du conseil municipal fut renouvelée, et M. de Roquefeuil continua d'exercer les fonctions de maire par intérim, jusqu'à ce que l'année suivante, M. de Lorgeril y fût nommé , et commença l'une des frfus actives et des plus longues administrations qui eussent dirigé notre ville , depuis celle de M. Rallier.
M. Corbière entra cette même année au ministère de l'intérieur, sans cesser de représenter notre ville à la ehambre des députés.
Le secours de 000 f« acootdé à l'enseignement mutuel lui fut retiré à cette époque.
Au milieu des résistances de l'opinion , la municipalité qui eo occupait trop peufc'^tre sa police, n'abandonna point cependant les travaux d'utilité publique^ La faalk aux blés fut terminée et reçue non sans de longs débats
sur se8 débuts de construction. Les fondations de la halle aux toiles, qui sortaient de terre ^ firent naître les mêmes embarras. La fatalité s'attaehait à tout ce qu'en* treprenait la ville. Le pont du Ghamp-de^Mars , nouvellement construit^ s'écroula; il fallut plaider contre l'en* trepreneur. L'école d'équitation , pour laquelle on avait fait taot de sacrifices, allait être supprimée en vertu d'ordre ministériel , par suite du refus que le conseil de département avait fait d'acquitter sa part accoutumée de la dépense. La municipalité offrit de la prendre entièrement à sa charge pour conserver l'établissement qu'elle a supprimé depuis.
Un dernier effort fut tenté pour installer quelque part le musée d*histoire naturelle déposé dans des greniers ; mais ces bonnes intentions n'aboutirent qu'à le rieléguer pour longtemps près de la salle des archives de la mairie.
Il fut placé, l'année suivante, sur l'avis de M. Legrand , sous la surveillance active et éclairée de M. Pontallié, qui s'adjoignit M. Colback.
Comme si ce n'eût pas été assez de tous ces contretemps , un incendie considérable vint encore effrayer la ville* Dans ce mois de décembre , dont le souvenir était si triste pour elle, le magasin de fourrages militaires , situé dans l'ancienne église des Jacobins , fut complètement dévoré par les flammes , malgré l'activité et le dévoûment toujours prêt de notre compagnie de pompiers.
Leperdit, rivalisant de courage avec eux, reçut dans cet incendie une blessure dont il ne guérit pas , et qui hâta peut-être la fin de cette vie dévouée au salut des autres. Une nouvelle épreuve lui était pourtant encore réservée. Les conspirations éclataient de toutes parts. Le fils de Leperdit s'était compromis dans celle du général Btrtoa; il est tombé victime à Saumur.. On veut cacher ee malheur au vieillard souffrant , qui comprend et se tait de son côté pour éviter une nouvelle douleur à sa famille*
324 HISTOIRB DB lUBimBS.
Ce a esl qu'au dernier moment , après dix^hutt mois de souffrances ^t de résignation y que le vieillard en expirant laissa échapper ces paroles : « Je le sayais.., ; que Dieu leur pardonne! » Celui qui avait dévoué sa tète pour protéger celles de ses concitoyens , pendant et avant sa périlleuse administration ; celui qui avait mérité la reconnaissance de toutes les classes , ne l'obtint que d'une seule quand toutes auraient dû s'unir pour rendre un hommage public à la probité , en honorant les restes du plus honnête homme que la ville eût possédé. Ce ne fut point la municipalité qui lui fit don d'une fosse , mais la générosité de quelques citoyens qui lui éleva une colonne de granit sur laquelle on Ut ces simples mots , dont une belle vie est le commentaire :