LEPERDIT, ANCIEN MAIRE DE RENNES
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M. le ministre de l'intérieur , contemporain et collègue de ï ancien maire de Rennes , venait d'appeler alors l'attention de la municipalité sur l'érection d'un monument qui remplacerait « celui qui avait été détruit pendant les » troubles de la révolution. » C'était désigner assez Louis XIV. Cependant on proposa successivement Louis XII et Henri lY. Le gouvernement devait donner le bloc de marbre 9 et le sculpteur Cartellier était chargé de l'exécution, aux frais de laquelle le département concourrait avec la ville. Ce n'était pas l'œuvre d'un jour. Nous verrons ce que devint ce projet , dont l'urgence ne semblait pas bien constatée au moment où il fallait acheter une partie de la propriété du Crosco pour pratiquer une nouvelle entrée au Tliabor , cette promenade , dont Rennes se glorifie , et que Ton avait rendue presqu'inutile en rendant ses abords difficiles et éloignés.
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D*autreft besoins semblaient aussi plus^ pressants , tels que Vimpressioa du catalogue de la bibliothèque , les secours à l'enseignement mutuel et à celui de la musique confié à M. Lebreton ; rétablissement des fontaines du Champ-Jacquet et de Saint-Aubin ; l'achat des terrains que devait traTerser le canal d'Ille-et-Rance pour (aire sa jonction à Rennes ; même la démoUtion de la porte Saint- Georges destinée à procurer du travail aux ouvriers.
Quoi qu'il en soit , on porta 6,000 f . au budget pour la statue de Louis XYI, que l'on arrêta d'élever. sur la place de l'Hôtel-de-Ville , là où avait été Louis XY .
Une dépense plus utile que vota en même temps le conseil y fut celle destinée à couvrir les frais de l'exposition des produits de l'industrie départementale qui eut lieu à Rennes au mois de juillet de cette année. Une distribution de médailles d'encouragement fut faite à la suite de cette solennité, qui malheureusement n'a pas été renouvelée. C'était une utile préparation à la grande exposition nationale; un stimulant fécond pour les forces industrielles qui se perdent dans les centres éloignés. Combien de germes précieux périssent ainsi £aute d'un peu de soleil.
II en est un que l'on essaya de développer alors , et qui est demeuré depuis comme au jour de sa naissance. Nous voulons parler de la société maternelle et de la Providence, cette dernière destinée à élever les filles pauvres pour en faire des ouvrières et des domestiques. C'est dans ces institutions qu'est en grande partie l'avenir prosp^ d'une ville.
Notre ville était alors livrée toute entière à l'achèvement de la place du Palais et à la construction des écuries provisoires de Saint-Cîeorges.
Cependant quelques événements s'accomplissaient dans la sphère politique. La prise du Trocadero avait été ce* lébrée par un Te Deum, une illumination et un feu de joie. La société nmternelle reçut un secours de 400 ir. On remit 900 fr. aux bureaux de charité.
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(4834.) Notre ville perdait son préfet , M. de la Villegontier, qu'absorbait la cbambre des pairs, et qui en s' éloignant emportait un honorable témoignage d'estime auquel il répondait par ces paroles non moins honorables pour notre municipalité. « Cet extrait de vos délibérations, » écriTait^il j sera pour moi un titre de famille. Mes en- » fants se glorifieront de oe que leur père , en quittant » l'administration du département où il était né , emporta » vos regrets et votre estime. »
Pendant que notre ville s'occupait d'élever une nouvelle école chrétienne sur les murs; pendant que l'on ouvrait le percé de la Trinité; que l'on votait 50,000 f. pour rétablir la statue de Louis XFV sur la place du Palaî», et une prime de pareille valeur pour l'achèvement de oette place; que l'on dressait le plan d'une éoole de médecine et de chirurgie, dont l'exécution aurait lieu près le pont de Ghaulnes; que Ton demandait an ministre de l'intérieur , dont la bienveillance semblait devoir être acquise à notre ville, la création d'une faculté de médecine dans nos murs, et qu'il lui envoyait le tableau représentant la mort de Du Guesdin, la France perdit son monarque. Notre uj^unicipalité signa une adr^se à Charles X, sans se douter qu'on pourrait bientôt dire de Ini ce que L«jttis XII disait de son successeur.
(I825«) Le sacre du nouveau roi, oomme par un fu» neste présage , devint pour notre ville l'occasion d'un sînistre qu'elle n'avait pas encore éprouvé» Le matin du 49 mai, sous un beau soleil de printemps, au milieu des préparatifs de la fête dit oouronncaieut, une effrayante détonation vint tout-À-coup âiranler la cité paisible. Une gerbe immense de feu , de débris et de fumée s'éleva dans l'air comme une éruption volcanique , puis tout rentra dans uu silence de mort. La salle d'artifice venait de sauter sur les murs de C2iamp-Dolent« La compagnie de pompiers s'était précipitée sur le heu du sinistre avant même
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que la ville fui revenue de la première surprise. Elle pro-digua les premiers secours aux blessés; ik furent immé* diatement transportés i Thôpital militaire, et l'ineendie fut limité et étouffé dans ses décombres.
Quand vint le jour de la fiftte, on distribua 600 f^ entre celles des victimes qui ne succombèrent pas à leurs bles« sures; on donna 200 f. aux pompiers et 600 f. aux pauvres. Les troupes reçurent la gratification ordinaire qui, cette fois, fîit portée à 4,400 fr. ITeût-eUe pas été mieux employée à assurer un avenir aux blessés qui ne purent rentrer dans leurs corps?
M. le maire représenta la ville au sacre du roi , mais à ses frais , le ministre ayant refusé d'autoriser le crédit de 8,000 f. proposé pour les frais de voyage.
La municipalité témoigna sa reconnaissance au ministre pour l'appui qu'il avait donné aux intérêts de la ville, et pour les ouvrages nombreux et précieux envoyés par lui à ia bibliothèque. C'est cette année seulement que M« Claude» Louis de Lesquen vint prendre possession du siège épiscopal de Rennes , auquel il était nommé depuis 4823.
Les travaux publics firent quelques progrès. La halle aux toiles fut terminée et reçne après de longues contestations.
Les projets étaient plus nombreux encore que les travaux. On proposa d'ouvrir une rue en face de la cathédrale, à travers les portes Mordelaises , pour se rendre directement au faubourg de Brest ; de prolonger la rue de Bordeaux parallèlement à la rue Saint-François, pour aboutir à une place circulaire d'où partirait une nouvelle rue qui couperait la rue Saint-Melaine et se dirigerait vers le faubourg d' Antndn ; de creuser un bassin au point de jonction du canal d'Ille-et-Rance et de la Vilaine; de continuer le percé des Cordeliers à travers les terrains de Tanctenne église Saint-Greorges , et de construire au bas de k Motte un vaste perron qui servirait àt dégagement
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à la promenade, fort escarpée sur ce point, et dont une partie serait enlerée.
(4826.) Bien d'autres projets encore , nous le Terrons, signalèrent cette administration si active. On dressa un devis pour construire un abattoir dans la prairie des Incurables ; la place Saint-Melaine fut élargie aux dépens du jardin de la préfecture^ et du consentement du préfet , M. de Vendeuvre; les écuries provisoires de Saint-Georges furent terminées ; on fit des accroissements à l'hospice Saint^Méen ; on en projeta [aux Catherinettes ; la ville promit, alors de remplacer par un secours les aliénations qu'elle ferait des biens des hôpitaux ; enfin les travaux de la place du Palais, entrepris' par M. Louise, marchèrent avec une rapidité qui fit prévoir leur terme prochain.
Les filles de la Retraite, dites de la Sainte Vierge ^ furent autorisées à s'établir aux Dames-Budes, au moment où l'on s'occupait de nouveau de relever une statue à Louis XIY sur la place du Palais , et une autre à Louis XYI dans la niche de Thôtel-de^ville. Le statuaire Mol* chnet fut chargé de l'exécution de cette dernière. Il ne restait plus qu'à obtenir le bloc de marbre promis par le ministre. Il fut accordé , et le travail , aussitôt commencé , devait être terminé en 4828.
(4827.) C'est à cette époque qu'il &ut rapporter les études préparatoires pour la restauration des anciennes fontaines publiques; l'établissement d'une pompe Noria au puits de Saint- Aubin; le projet d'une collection minéralogique locale ; celui d'un médailler qui reçut un commencement d'exécution ; l'achèvement du catalogue de la bibliothèque; enfin l'estimation des terrains destinés à l'abattoir ^ dont la construction venait d'être approuvée par ordonnance royale.
Au milieu de ces tranquilles occupations, notre ville changea soudain de préfet. M. de Vendeuvre fut remplacé par M. de Curzay. Le bruit se répandit de la prochaine
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airivée de la duchesse d'Angoulérae. Elle Tint et visita la Prévalais et le vieux chêne de Sainte-Foix , contemporain de Henri lY^ On planta un ormeau près de l'arbre centenaire pour recueillir ses souvenirs mêlés à ceux du passage de la princesse , dont Torigine remonte au roi populaire*
L^année suivante, eut lieu dans notre ville le passage de la duchesse de Berry, que Ton fêta comme celui de la dauphinè.
Le travail de la place du Palais touchait à sa fin et fut tenoinfé quelques mois après. On dressait un devis pour élever une chapelle funéraire à l'entrée du cimetière , et M. de Lorgeril donnait quatre colonnes de granit pour eette construction. Rennes confia alors son mandat législatif à son maire y le même M. de Lorgeril. On forait pour essai des pi]âts artésiens en divers endroits de notre ville. On proposait de rétablir l'usage des jetons de mairie aux «ritfoiries de la commune , pour récompenser ceux des metiibrea qui auraient bien mérité de l'administration. On votait de nouveaux fonds pour l'achèvement des statues de Louis XIV et de Louis XVL
(4820.) Maintenue dans la possession de ses halles par un jugement du tribunal de première instance , en date du 4 avril 4820 y trotre ville les avait perdues par an-êt de la cour royale du 9 aoftt 1827 , contre lequel elle s'était pourvue en cassation ; mais Tarrêt qui lui était contraire avait été maintenu par une décision récente. Il fallait donc restituer ou payer une indemnité réglée à l'amiable ou par experts : on prit ce dernier parti.
Devenue plus prévoyante , la municipalité acquit dii domaine Fetnpïaeemeiit de la Trinité , pour y construire plus tard de tiotftelles halles , que nous verrons peut-*être ékifvef xêh jour.
Tout en continuant de nouvelles études sur le terrain pow le rëiabKaseitfant des fontaines ptibliques , elle im-
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porta chez nous une utile institution qui, bien qtt'i parfaite, a rendu et rend encore de grands services , eo attendant la réforme indipensable qui la eomplëteni saa» la détruire. La caisse d^épaxgnes fut fondée au moyen d*un premier fonds de dotation de S^OOO fr. Nons n'étion» pas des premiers à adopter une mesure aussi morale ; doos venons toujours un peu tard dans la voie des perfecdoonements.
(4850.) Nous avions encore changé de préfet; M. de Curzay était remplacé par M. Jordan*
La statue de Louis XVi était terminée y et Vou s'occupait des dépenses nécessaires pour son transport et la restauration du piédestal sur lequel elle devait être posée.
Pour faire de Rennes « le dief-lieu destioé à l'édacatioD » des enfants de toute la province » ^ on projetait la construction , sur la place aux arbres, en fiiee de Thôtel-de* ville , d'un édifice assez vaste pour réunir tous les établis* sements scientifiques de notre ville à cette époque , les écoles de droit, de peinture, sculpture et dessin, d'architectiure pratique , de géométrie appliquée aux arts , le musée , le cabinet d'histoire naturelle et la bibliothèque.
Soudain, au milieu de ce calme municipal ^ auquel on s*habitue facilement dans notre cité , un coup de tonn^i« vint à retentir. L'adresse des 224 a fait dissoudre la chambre. Les collèges électoraux, convoqués pour le 25 juin , nomment de nouveau la majorité des 224 • M. Bernard , avo* cat , fut élu à Rennes.
Bientôt les ordonnances du 25 juillet font éclater l'orage. Le premier sentiment qu'on éprouve dans notre ville est la stupeur. On a peine à en croire ses yeux en les voyant affichées sur nos murs. La seconde pensée se tourne vers Paris , appelé seul à trancher désormais toutes les grandes questions politiques. Que fera Paris? Que décideront les chambres?
Nous nous arrêterons ici. Nous parlons aux contem-
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porains des érénements de cette époque. Pas n'est besoin de leur dire ce q[u'ils ont fait eux-mêmes. Le temps n'est pas venu peot-étre de le raconter à la postérité. Nous ajouterons seukment que quelques jours après une munidpalité était installée par le nouveau préfet , M. Leroy , et que l'autorité militaire était aussi remplacée. Dès le premier moment j le général Bigarré avait été invité à revenir prendre provisoirement la place qu'il occupait en 4845. n y fut maintenu par le roi»