S IL
La Gaule devait -entendre parler long-temps encore^ sans la comprendre, de cette religion à laqMelle l'empire romain puiserait la grande unité ^u'il cherchait. depuis sa naissance. Les Rhedones resteront bien de^ siècles encoitr fidèles aux dieux étrangers importés dans ses murs et as* sociés à ses dieux indigènes ; ils conserveront même dan» sa pureté, au fond des bois et des déserts qui les environnent, le culte druidique, dont les monuments n'ont pas tous été renversés par la puissance romaine. La com-^ mune d'Essé, non loin de notre ville, possède encore sou grand dolmen, son autel des sacrifices et son ruisseau du
sang, qui alors étaient cachés au fond d'une épaisse forêt, et n'étaient guères inqutétés par le voisinage des deux stations romaines, dont on trouve encore des traces sur la butte du Cliâtelier, en Janzé, et dans le bois de Sainte- Christine, en Coésmes.
En attendant le jour qui doit lui apporter la lumière venue d'Orient , la Gaule chevelue fait ses efforts pour atteindre la civilisation romaine. Elle ouvre dans tous les sens des routes militaires qui, en consolidant l'occupation, amèneront aussi le commerce et les arts de l'Italie. L'une de ces voies, venant de Lyon, la grande métropole, s'embranchait par Angers sur la ville des Rhedones , d'où elle se dirigeait vers l'intérieur de la péninsule armoricaine, en se bifurquant dans toutes les directions où s'était élevée une nouvelle ville. Des bornes milliaires, des établissements de tout genre , des ressources de toute espèce vinrent se placer le long de ces routes , qui ne disaient quelquefois- qu'améliorer cdles qu*avait suivies avant elles le vieux commerce gaulois. Les diverses couches de civilisation qui ont passé depuis sur le sol des Rhedones , ont eflacé toutes les traces de cette antique voie dans la traverse de notre ville, mais les environs possèdent encore des fragments de ces travaux de l'art romain , et l'on pourrait en trouver quelques-uns peut-être dans les communes de Piré, Visseiche, le Rheu, Moigné et Mordeltes. Deux routes principales aboutissaient à Rennes, Tune par l'est venant d'Angers {Jidiùmagus)^ l'autre par le nord, venant de Granville {Reginea)j et se dirigeaient vers Garhaix, Vannes, Gorseult, Blain, Redon, Fougères, Dol (4).
C'est à la même époque qu'il faut rapporter la présence dans notre ville d'une légion venant d'Espagne, et qui aura sans doute participé à ces travaux de grande communication. Les colonies de Bilbilis chez les Geltibères, de Cœ^
(I) NoUcc de M. l«izettl, et Géographie des G. par WalckenaCr.
HISTOIEE AE rbrubs. 29
saraugttsta (Sarragosee) et de f^atentia chez les Edetani, dans l'Espagne Tamgonaise 9 avaient envoyé jusqu'en notre pays cette légion, ou plutôt ces soldats enrôlés sous l'aigle romaine, par un de ces changements de garnison que la politique de Rome faisait exécuter aux troupes à sa solde sur les points les plus éloignés de l'empire. Après dix-huit siècles y on a retrouvé dans le lit primitif de cette rivière Doënnuy qu'ils avaient sans doute rendue navigable, des monnaies qui attestent leur séjour sur ses rives , et le lieu d'où ils étaient partis. L'une est celle de ce municipium Augusta BilbiliSy dont le nom se lit empreint sur le revers, au-dessous d'un cavalier tenant une haste; l'autre, celle de la colonie de Cœsaraugustay qu'a fait revivre Sarragosse , et qui indique comme la première qu'elle appartient à l'époque d'Auguste; une troisième porte la galère prétorienne et les initiales de Colonia JuUa Valentia; une quatrième enfin indique dans le nom de Copia , celui peut-être d'une autre colonie espagnole qui s'est perdu, ou du moins une variété de la monnaie de Valentia dont elle se rapproche d'ailleurs par quelque similitude. Il ne faut pas omettre de remarquer, comme une preuve de plus à l'appui de notre induction numismatique, que les colonies et municipes, dont on a retrouvé les monnaies dans le lit de la Vilaine, sont toutes de l'Espagne Tarragonaise, à l'exception de Nîmes toutefois, qui a fourni une grande partie de ces médailles coloniales. Ne peut-on pas néanmoins conclure, à cette exception près, que l'Espagne, sous le règne d'Auguste , a donné à notre ville la garnison romaine qui la peupla et lui apporta la monnaie des villes qu'elle venait de quitter {\)t
Une autre induction que Ton peyt tirer de l'immense quantité et de l'espèce de médailles romaines trouvées au
(I; Nous derom ces inducUons numtoinatiqvieii h Pobligeanee ënullte de M. le docteor J. Aimant.
50 HISTOIRE 1MB ABNMES.
même Heu, cest cpie les légions dirigées sur notre ville pour y séjourner, quand elles ne venaient pas d'Espagne et des colonies que nous avons citées, sortaient directement. d'Italie ou de la métropole lyonnaise , sans s'être arrêtées dans les villes qui avaient leurs monnaies particulières* En effet, ces médailles s'élevant au nombre de plusieurs mille, embrassent, sans compter quelques as et deniers consulaires du temps de la république, une période de plus de quatre siècles, de Jules-Qésar à Yalentinien, et nofirent pas, aux exceptions près signalées cidessus, une Àeule monnaie frappée dans d'autres établissements que ceux de l'Italie ou de Lyon. Ge sont toutes monnaies au type impérial, sans mélange d'aucun signe de fabrique spéciale. Les légions qui les ont apportées, n'avaient donc séjourné auparavant dans aucun lieu , où elles pussent les échanger contre des monnaies coloniales. Lyon seul était le grand entrepôt, l'hôtel des monnaies de l'empire transalpin ; aussi celles qui sortent de cette source sont-elles plus communes que les autres.
On pourrait contester que les légions ^ules aient contribué à l'introduction de ces monnaies dans notre ville, et il serait tout aussi vraisemblable de l'attribuer en pai^ tie au commerce; mais ce dernier qui se faisait alors plutôt par échange que par valeurs représentatives, n'aurait pu adopter dans ce dernier cas la monnaie romaine , que par suite de la présence des légions et de l'introduction par eUes du signe monétaire, dont elles se servaient.
En même temps que ces légions traçaient des routes séculaires à travers les bois qui couvraient jusqu'aux approches de la ville, elles durent aussi s'occuper de la navigation de la rivière, qui leur offrait une nouvelle voie de communication. Les travaux de ce genre exécutés par elles sur d'autres points de la Gaule ne permettent pas de douter de ceux qu'elles entreprirent sur notre Vilaine, et si les siècles n'en ont rien laissé subsister, ce n'est pas
HtfTOBIB DE RBNlfBS. 51
une nîson pour oier leur ezîttenoe passée, qui semblerait suffisammeat attestée par la déccwnrerte des monnaies dont nous Tenons de parler.
Les accidents de la naTÎgation ne sont<*ils pas une des <»uses qui les ont enfouies sous les couches argileuses du Ht de la rÎTièie? Les usages religieux nont-ils pas eu aussi leur part y la plus grande peut-^re , dans ce dépôt qui n*a pu être toujours fortuit ? Une offirande se faisait au fleuve sur lequel on allait entreprendre quelque trajet qui pouvait devenir périlleux. Chaque soldat recevait même dans ce but, avant de s*embarquer, une pièce de monnaie, espèce de don propitiatoire, offert par lui à la divinité qu'il voulait se rendre favorable. Est-il probable qu*on eât laissé sans soins un coiffs d'eau si utile, si vénéré, herius Jlw^ -viut? 11 est permis de croire, sans trop de témérité, que sa profondeur et la ligne de son parcours ne forent pas alors ce qu'elles devinrent depuis. Les couches dans lesquelles étaient déposées les monnaies, et la ligne sur laquelle on les a rencontrées sont des preuves assez admissibles de notre double assertion (4).
L'agriculture aussi, profitant des bienfaits de la paix du règne d'Auguste, faisait des progrès qui, en répandant Faisance, ne contribuaient pas moins que le reste à Tamélioiatioo géniale du pays. Hais la culture intellectuelle était lente dans ces esprits grossiers de la Gaule chevelue qui sortait à peine de sa barbarie. Les écoles n'y prospé* raient pas encore et ne fournissaient pas, comme la province Narbonnaise, sa moisson d'hommes illustres. Son soleil sentira lentement des nuages qui l'obscurcissent.
Quinze ans s'étaient écoulés depuis la naissance de J. G. , lorsqn Auguste mourut et laissa l'empire à Tibère.
(I) Nous rcyreitoDS de ne pouvoir reproduire ici textuellement , à Tappui de notre opinion, Pexoellent mémoire de M. te doetcur Toulmoncbe sur ce sujet, qui sera bientôt, nous Pespérons, Imprimé aillears.
52 HISTOIRB DE UBHIIES.
La cité romaine des Rhedones était loia de s'attendre au mouyement profond qu'imprimerait au monde d'alors rêvé» nement qui s'était passé en Judée. Eloignée du théâtre où s'agitaient de si hauts intérêts peu compris alors, elle ne s'inquiéta guères que des chai^ements qui s'opéraient autour d'elle. Peut-être cependant apprit-elle que le tyran de Rome, Tibère , informé par le rapport officiel de Pilate de ce que c'était que le dogme chrétien, avait proposé au sénat de le ranger parmi les choses sacrées, et même après avoir banni de Rome les chrétiens par un sénatus-consuite ^ avait menacé de mort leurs délateurs (4). Les empereurs romains ne lui furent connus que par leurs effigies empreintes sur les monnaies que les légions importèrent dans ses murs. A chaque nouveau règne, les médailles du prédécesseur recevaient une empreinte ou contremarque qui leur conservait leur valeur monétaire , et elles continuaient leur circulation dans les mains des habitants, et leur usage religieux comme offirande au fleuve où elles ont été retrouvées de nos jomrs. Du reste, les institutions restaient les mêmes; rien n'était changé aux habitudes gouvernementales du peuple conquis. L'^npire allait tout seul , comme l'a dit notre Chateaubriand.
Quelques fiûts néanmoins s'accomplissaient en silence autour de notre ville, et lui préparaient un avenir imprévu. On ne peut les omettre sans rompre la liaison du présent avec le passé. Nous les glanerons de loin en loin, là, où ils se présenteront.
La constitution de l'empereur Antonin, surnommé CaracaUa, qui dota du droit de cité romaine tous les habitants de l'empire, par une raison fiscale, fut-elle proclamée dans notre ville ? Rien ne nous apprend que les Rhedones aient reçu avec quelqu'enthousiasme ce bienfait payé qui les assimilait à leurs vainqueurs. Il n'est pas probable
(i) Eiuèbe, Ces. cbron.
HISTOIMX DB AERIIBS. 35
eependant ^*on Isar tit fiiit grâce du prix de la nou- -▼elle liberté qu'on leur vendait. Chaque fait important qui surgissait dans l'empire avait son retentissement aux bords de la Doënna^ Les traces qu'a laissées dbez nous Tavénement de Gordien lU^ le petii^k des Césars africains, prouvent assez^que tout ce qui se passait dans le monde romain avait son écho aliaibli dans nos murs.
Ce (ut soos le règne de l'empereur Philippe, qui succéda à Gordien , que pantt en Gaule la seconde mission évangéliqne. C'est de Home et non de Smjrne qu'elle partit cette fois. Le pape Fabien envoya dans diverses direc* tions en Gaule sept évéques destinés à catéchiser les con» trées encore étrongms aux principes de la nouvelle doo* trine religieuse. L'un de ces évéques, nommé Gatien, vint à Tours, chef-lieu administratif de la troisième Lyonnaise, dans laquelle était comprise TArmorique et le pays des Rhedones. Mais che2 ces derniers le druiibsme n'était pas encore étauffié par le paganisme romain , et ce double obstacle devait s'opposer long-temps à l'introduction du christianisme. Cependant c'était un nouveau pas fiait vers ce but, et l'on pouvait déjà prévoir l'époque où la cité des Rhedones aurait à son' tour son premier éfèqvke.
Les empereurs continuèrent à se succéder rapidement au trône des Césars. Philippe le céda à Dédus, qui, renversé par le despotisme des légions, fut remplacé par Gailus, dont ^milianus prit bientôt la place, pour la céder à Valérien. La Gaule, secouant pour un temps le joug de Rome, eut ses Césara provinciaux, sous le nom de Tyrans, et notre ville envoya ses délégués au sénat gaulois. Les médailles frappées à l'occasion de ce grand événement attestent, par leur présoice dans le sol des Rhedones, que ces derniers participèrent à l'enthousiasme général. Les noms glorieux de Posthume, Yictorinus et Tetricus, sont restés sur les monnaies exhumées du lit de notre rivière. Ce sont des témoignages suffisants de la par-
34 HISTOIRE DB BBlfmSS.
ticipation de notre cifeë à tout oe qui &*acooinplit ado» dans la Gaule romaine.
Mais cette ère d'îndépcadanco eut Uentàt son terme. L'empereur Probus^ qui admit les Germains dans les lë^ gions (276), colonisa avec des prisonniers dÎFcrses parties du territoire gaulois, incultes et dépeuplées* Ce fut peutêtre Vorigine de ces populations de LéteSy dont nous YerroDS bientôt le pays des Rkedoûes avoir Sa part.
Déjà rArmorique avait ses adeptes à la foi nouvelle, et il est permis de croire qu'elle s'était répandue parmi les Rhedones, puisque leurs voisins, les Namnètes, qui avaient alors Saint^^lair pour évèque (SOS), em«nt aussi leurs martyrs, Donatien et Rogatien. G^endant, si les Rlu^ dones virent naître à cette époque chez eux la commua oaiité chrétienne, ils ne possédereai pas oin nombre assez grand de fidèles pour âever un temple et demander un évéque. Une petite chapelle seulement fut dédiée i^ez eux à la reine des anges, sous le uom de Notre-Dame de la Cité, près de l'ancien temple païen consacré à Minerve.
Ce fut alors qu'ils virent arriver dans leur tertitoirs l'une de ces colonies de Germains que Maxîmien transféra sur différents points de l'empire, sous le nom de Létes {\) ou colons militaires , après qu'ils eurent été repoussés des rives du Rhin , où les empereurs les avaient établis pour en défendre le passage contre les barbares. Ces Létes fa<» rent installés, sous la condition de l'impôt et du service militaire, dans les terres incultes et dépeuplées qui rele» vaient plus spécialement du domaine impérial, et ils reçurent le nom de Leti armorici, Létes de l'Annorique. Le pays même s'appela long-temps Letania. Le territoire des Rhedones f(it-il plus particulièrement habité par ces
(I) Sdon le code Tbéodotlen et les loli barbant, Léle, origlae du not lende, viendrait de rallemand leute, gcnte», peuple. Une notice de M. Hoet de la Fort^ Maison, sur ce sujet, doit bientôt répandre de nouvelles lumières sur la signification de ce mot.
■IMMIIBE DB mniiBs. 55
Léleft que ks aune» parties de la p^iosale armorioftine? Gela est prdbabb.. Les Namnètes seuls dorent partager atEec.les Rhedooes Je iéaa de oe dangereux ▼oisinage; car iià se tromiaient^tir les frontièras de cette population in<* aoomîse contre laquelle on sentait le besoin d'éleror des obstacles^ conuiie aux. bords du Hbin contre les barbares.
S'ë noos< était permis ' de. diiserter ici, nous aurions pu réunir, ce !qaek critique historique a dit de l'origine des liéleo. ei de la signification de leur nom^ que le code Théûrdoflien Inidiiit par GentUês ^ et que d'autxes £bat ^renir dé i'^kmand , /eicle^ gentes, explîcalion qui ne aiera-pae la desnîère. M. Moét de la Forte^Maison en pr^ pare une nouTelle p^paée plus pris encore des sources ; mais .ces recherisbes ne sont pas. du domaine de l'histoire kxade.- Leur nétullpt seul hti appartient. 'Nous laisseroas dka0 l'îniduetîoa pour lès laits qui nous pressent.
Apraf.ia âonl^e abdieatioh de Diodétien et de Maxi«aaichr^ Goiistiultoa.GUore et.Galerius Tinrent terminer l'ère des-.penéctttiànsoQiitre les dbrétiensy et préparer TaTénementdn premier: Gcsar qui oea fiûre asseoir près de lui le «dirîstîanisn^.sur le ^t«6ne -impérial. Constantin parut , et son règnc*di^veloppa bieneôt dans toute la Gaule les germes qu'y a^ait déjà jetés ht foi nouvelle.
Un demi siècle s'écoula encore cependant (562) , selon quelques traditions , avairt que les Rhedones jetassent les fondements «fe leur prennère ^lise, non loin de la petite chapdle ou de l'oratoire de Notre-Dame de la Cité , à Tendrait où s'âeva depuis leur cathédrale sous l'inyocation de Soint-Pi^rre. Bien ne prouve cependant qu'ils eussent alors un évéque.
• Le temps approchait d*une nouvelle indépendance pour Isa provinceSé-Giatien avait hérité de l'empire d'Occident; il avGÛt pour favori le chef d'une tribu (ranke. Depuis long-temps admis comme auxiliaires dans les années ronuiines y les barbares avaient fini par arriver aux premiers
56 HISTOniE DE RBIIIWS.
rangs. Ne devuent^il» pas deyenir empeMiirs à lei|r totos? Gratieu iie tarda pas à -voir sa puissancit e<MMesréé'pav:uii rml qui 9 proclamé dans la GraiMle«fiiètagDey'« fonvlit sur » les Gaules y aooompagaé de traiie imUe'soUau^ etauîii » d'uue population oombrouse qui .ae fiata eti'partîérwdaiis > rAnnorique (4) » j(585). Ce rival , célaia'Maadiiie^et oette population .nombreuse t}u'il. laissa, dâm notns îpays, était commandée par un chef natipoat, aoua. le titreide Conariy toi y auquel la veconnaîasattceifif^ulaireàvais i^Mté répithète de Mériadec^ tràsrgibrieux.] lue dleCideviît devenir la tige souvent brisée des rois. btetons^/àiaib ihs^ -coulera bien des années encoce avant qu'il * ait seooué* fe joug romain. EtaUî dans rArmom|U)e plœ Maoûmej^ ^'il avait secondé dans sa tentative d'osurptftîoa^* et «infirmé dans son pouvoir par Théedb^Éa*^ empereur d'QrieiHy>4è successeur de Gratien, il attendit patiemment 'Voecasion de se saisir, dans le démembrement du gtand etnpire^ du lambeau de territoire dont oir* lui avaiit/dâégué r^siiùî* nistration. Il ne prit d*aboad que letitreide CmmHjtm chef < des Létes armoricains. En effet la nolace.de Fempîve indique qu'il ;y avait parmi ces Létes des. peuplas- de *l'lle bretonne; qui avaient été refoidés.par ks^pinutes .ger» mains. C'était une première migfatîoB dfmsôotie'péDin'suie.
Quoi qu'il en soit, rien ne fiit changé quun homme à l'administration romaine. La cité des Nammètes, dation, devkit le séjour ordinaire du nouveau chef breton , qui pressentant et préparant l'avenir, gouverna àvee asaez d'habileté pour se faire aimer de cette. population composée en grande partie de ses compatriotes; ee ;quî dut rendre beaucoup plus facile sa tâche et l'exécution de sesdesaeins.
Les circonstances semblaient de jour en jour se disposer à lui être favorables : les empereurs se sucoédaient sans
(I) Btudet Hist. ChâtMub., p. 181, I. 3.
msToiBB DE niunm* 37
pouToir TétMùt l'ordrct idans les Gaules inondées de barbaicSk « L'empire latin tomain^ dit Chateaubriand, n'était » plus que Tempiee romaki barbare : il ressemblait à un o cmaap immense que des* armées étrangères ayaient pris » en passant pont une espèce de patrie commune et tran- » sîtoire. *
Aiu milieu de tous ees désordres de TOeoident, les provinoes armoricaines se constituèrent en républiques fédécattres (4). Le Conan qui gouy«mait ia péninsule, dut prendre part à ce mouvement, pusque c'était un pas de plus vers raocompiisaement de ses projets. Les troupes romaines abandonnées par Rome (409) , entrèrent dans cette fédération et achevèrent ainsi de se naturaliser dans le pays dont la garde leur avait été confiée. Le préfet des Létes placé dans la cité des Rbedones, selon la notice de l'empire , si ce préfet, dont le nom ne nous est pas connu, était un autre que Conan lui-même, s'associa à cette ligue qui avait pour but la défense commune contre le flot des invasions barbares débordant de toutes parts. Le nom de FranAs donné à ces Létes par la même notice, nous semble prouver que cette peuplade germanique, différente de celle de Clovis , avait paru dans notre pays , comme auxiliaire des Romains , et soumise aux lois des terres létiques long-temps avant la date , (497) où son homonyme se présenta comme conquérante sur nos frontières devenues bretonnes.
Au temps dont nous parlons, le christianisme avait fait de grands progrès diezles Rhedones. Saint Clair, l'évêque des Namnètes, avait commencé à les catéchiser, et depuis lors la foi chrétienne n'avait cessé de s'étendre. Les temples des divinités payennes étaient désormais abandonnés , et quelque»-uns renversés par la ferveur des néophytes, qui ne faisaient en cela qu'obéir aux édits des empereurs. Si
(1) Zosime, p. 829. Quâdam republlcà coDStttutA.
nous en croyons l'un de nos owUIttan chroniqiiean et la parole d'un de nos évèques du XI^ aièele, qui ont omis, il est vrai, de nous tranemettre .la preorede leur asser* tion, la cité des Rhedones aurait eu dfns Saint Modmn, en 658y son premier pasteur; Saint Just kâ aurait succédé , et la tradition s*est chargée de constater l'existence de ce dernier, en nous conservant sa mémoire dans le nom d*un faubourg de notre TiUe* Le lieu nommé b iMffte Saint- Just était, selon Tusage des fimbourgs, fermé parime barrière, non loin de laquelle se trourait situé hors Tille, oonfcMmément à Tédit de Théodose le jeune, le cimetière consacré à la sépulture des clercs et des laies. Saint Just fut inhumé dans ce cimetière et donna son nom à la bar* rière du faubourg. Après lui l'existence de ses successeurs présumés, Electran, Jean, Biothime, est beaucoup moins prouvée encore. Il est probable cependant que la com-» munauté dirétienne qui avait grandi chez les Rhedones^ comme ailleurs, devait avoir un chef spirituel , quelque faible qu'elle fCiX encore au commencement du V^ siècle. Les édifice^ religieux avaient commencé de s'élever en dehors de la ville , selon l'usage suivi alors , pour remplacer les temples des faux dieux qui étaient presque tous en dehors des murs, et aussi pour empêcher la population^ rurale d'afBuer dans la ville fermée sous prétexte de dévotion.
On fait remonter à cette époque la fondation des églises Saint-Germain, Saint-Etienne et Toussaints. Il est difficile d'admettre cette ^opinion , du moins pour la première de ces églbes, quand on réfléchit que Saint Germain vint chez les Bretons et à leur prière, négocier une paix entre eux et les Âlains, sous le règne d'Audren, en 447. La reconnaissance publique aura sans doute attendu que sa sainteté ait été consacrée par l'église avant de l'honorer comme un patron de plus au ciel.
Quoi qu'il en soit de la date plus ou moins reculée de
HI^TOUIE DE RWNV6. 99
celui^ei, le$ éiablmemenks religieux iiaissaieut de toutes parts à l'époque dont nous parlons. Oa n'eu était plus, chez les RheâcM^es^ au temps où de simples oratoire^ ou c^peUes, comme Notre-Dame da la Cité, s'élevaient daas quelque oom obscur, comme un modeste témoignage de la tolérance des empereurs. La première cathédrale avait ▼u dans nos murs terminer ses arceau^, en plein cintre et sa grossière ornemtatation d'architecture ron^me. Le clei^ pourtant était sans doute encore p^ nombreux, et loin d'être organisé comme il le fiit p^ à peu dans la si|iie. Vannes, Dol et Quimper fondaient aussi, sous la protection du Conan Ménadec, leurs premières églises, et recevaient leurs |«emiers pasteurs , à l'exemple des J^edones et des Namnètes. La Grande-Bretagne, abandonnée par les Romains aux ravages des Barbares, continuait de nous en- Toyer ses proscrits et ses pasteurs, qui s'établissaient dans nos cités coname parmi des frères qu'ils n'avaient quittés que pour un tempe.
Cependant l'empire s'écroulait sous les coups d'Alaric ; an soldat, nommé Constantin, se faisais reconnaître empereur des Gaules pour la dernière fois ; les Barbares menaçaient l'Armorique à son tour, et celle-ci, dans l'impuissance où était Rome de la protéger, résolut de se défendre elle-même «t de secouer entièrement un joug qui, depuis vingt-six ans, n'était plus guère qu'une fiction respectueuse (401^).
BBlVffSS A€ IBHM »Bft.SOI8 BABTOM.
(440). Le moment était venu qu'attendait sans impatience et depuis si long-temps le Gonan Mériadec qui gouvernait la péninsule armoricaine au nom de ceux qui ne la possédaient plus que de nom. Ne pouvant plus compter sur d'autre appui qu'elle-même, elle proclama son in-
40 HISTOUE DE REINIfBS.
dépendance, renversa tout ce qui voulut j faire obstade, et tendit les bras à tous ceux qui voulurent s'unir à ses efforts pour repousser l'étranger. Quel pouvait être le chef de ce mouvement national , si ce n'était oehii qui avait gouverné si sagement jusqu'alors les populations qui se séparaient de Rome, après av<»r vainement imploré son secours? Le Gonan , auquel les Romains avaient décerné le titre de chef de la province armoricaine, n'eut point à décorer d'une nouvelle et plus pompeuse dénominatioa son pouvoir qui ne relevait plus de personne. Il fut ton* jours le Gonan Mériadec , qui depuis est devenu son nom propre, dans l'absence pour nous du véritable. Qu*im« porte ensuite que la postérité ait traduit ce nom gaélique de conan par duc ou rot ? Il n'en était pas moins pour les populations qu'il continua d'administrer comme par le passé, le chef suprême, au-dessous et à côté duquel il n'y avait que le peuple lui-même qui l'avait maintenu à sa tête. Les chefs secondaires ne partageaient pas encore la puissance du Gonan , sous forme de délégation féodale. Les anciennes formes administratives romaines continuèrent d'être observées au moins dans les villes. Les garnisons n'avaient pu refuser de s'associer au mouvement populaire, et renonçant pour un temps dont elles ne pouvaient prévoir la durée, à leur patrie politique^ elles avaient adopté la nouvelle d'autant plus facilement que sous leurs enseignes il y avait peu ou point d'Italiens. Ges dorniers dès long-temps avaient abandonné le service militaire aux alliés ^ auxiliaires barbares ou non.
Les Rhedones accoutumés comme les autres habitants des cités, aux formes de l'administration romaine, ne virent rien changer au mode de gouvernement qu'ils avaient subi jusqu'aloi*s. Ils n'eurent même pas la pensée de i«venir à des usages gaulois depuis long-temps oubliés , et qui n'étaient plus pour eux qu'une civilisation arriérée. Une fois qu'on avait été romain , il semble qu'on ne pouvait
DE SOBUinM. 41
plus Tenonoer au3t avantages que ce tkre avail apportés. N'ëtait-ce point Veflfet du progrès providentiel des nations? Aussi cette sépamtson de Rome fl^t^elle d'abord phitAt apparente que réelle au fond ^ et pour la rendre vraie il &llast eneore l^en des années et phis d'une invasion, j^his d*un flot d'émigrés de la Bretagne insulaire. ' Cependant la ooucbe ^èe dvilisalion romaine n'était pas si bien empreinte dans notre Armorique y qu'elle en eAt eflboé toutes les anciennes traces gauMsès. Le dniidisme vivait encore au fond des forêts , et sur le sol même des Rhedones. Le diristianisme poursuiTait jusque dans leurs retnûtes les plus cachées ces ferments d'agitation et de pa^ ganisme, en renversant partout les signes de l'ancien culte ^ et leur substituant les symboles ehrétiens.
Les bartwres s'étaient montrés aux frontières de la péninsule et avaient été repoussés là , comme sur tous les autres points' de la province armoricaine , qui , en dehors même de cette péninsule, s'étaient presque tous rangés sous le pouvoir protecteur de Gonan Mériadec. Après les barbares, les Romains vinrent à leur tour, conduits par le préfet des Gaules , Exuperantius , pour ressaisir par l'épée le pays qui leur avait été enlevé par la révolte. Les Romains furent aussi repoussés; leur prestige s'était éclipsé avec leur puissance. On ne voulait plus d'eux d'autre joug que celui de la raison qui régnait dans leurs lois. Les an* ciens vainqueurs luttèrent vainement pendant trois ans contre les vaincus , yainqueurs à leur tour. Us finirent par traiter avec eux, comme avec des alliés, et le poète latin , Rutilius Numatianus , célébra cette réconciliation désirée.
Un autre poète contemporain, Ausone, le Bordelais, nous a conservé le souvenir du conseiller intime du Gonan Mériadec, le littérateur Silvius Bonus; souvenir épigrammatique, il est vrai, mais qui n'en prouve pas moins la supériorité d'intelligence du prince breton.
42 HtfTOUUB Œ KVNMjBS*
(449*420.) De iiouydles colonies d'émigrés vinrent soias son règne de la Graude-Bretufpe^ phafisëes parles barbais, et .attirées vers la péniiiM^e ar^aorieaioe .par r^espoir dy trouver des frère» qui partageassent avec eux leur terre et leur paiii. lU ne s'étaient pas «ropipâi; h. Gonan SIérîa* dec les accueilUt conune de nouveaux auji^ts auxquels il devait protection» J(l leur dpnna 4^ terres pow se nourrir et des armes pour se défendre» • Mais en quelle, partie de la péninsule les fixait-il plus paruaubèsevieni? Cette que»tion a son rapport indirect avec la nationalité bretonne contestée des Rbedones. Nous pen$ons^ et nous en développerons ailleurs les raisons (f), que cette émigration, comme les précédentes , et surtout cdlequi aceompagoa le Gonan à la suite de Ma^ûme, n'affectèrent paa de se fixer dans un lieu plutôt que dans Ma autre. Mille câroonstances particulières, y inconnues ai^ourd'hni, déterminèrent le choix de la place qu'elles adoptèrent ou qu'on leur donna par familles plutôt que par masses. Ne rencontrèreat41s pas des parents, des amis, des alliés, parmi ceux qui les avaient précédés sur le sol hospitalier de la péninsule ? La langue ne pouvait être alors un motif de préférer les parties les plus reculées du territoire soumis au Gonan. N'y avait-il pas partout des villes , des stations, des camps romains qui empêchaient la langue des proscrits d'être plus exclusivement parlée sur un point que sur un autre? Ge fut plus tard et lors des invasions frankes, après 497, que la population bretonne galloise, qui émigra de la Bretagne insulaire, se retira de préférence vers le fond de la péninsule où elle était sûre de trouver ses compatriotes , et prit pour limite extrême la ligne formée par la Vilaine, le Meu et la Rance.
Mais ce n'est point ici la place d'une dissertation historique. On ne peut être bref quand on disserte. Nous
Cl) Aonalcs de U société royale académique de Nantea.
msTOiBB iNB axmiu. 48
n'avons toqIu que toadiêr en passant un pokit qui a quelque contact aTec l'Ustoire de notre TiUe.
JUrenonà au Gonan Mériadec qui , après avoir guenrojë pendant onze ans contre les baribarea que la Gaule s'assimilait peu à peu, mourut en 424 , sans laisser sa couronne à l'un des nombreux enfiints issus, disent les chroniqueurs , de son union avec la sœur de Saint Patrice.
Ici s^ovrre sous nos pas ime nouTelle occasion de dis^ serter que nous éviterons encore y en invitant toutefois le lecteur à se tenir en gatde contre ce que les chroniqueurs racontent depuis le Gonan Mériadec jusqu'à Koiniooë. L'érudition même de Gallet et des Bénédictins qui Tout copié n'a pu ou n'a pas voulu, il en fiiut convenir, édamnr les faits de cette période. Nous avions le projet de Tétn* dKer près des sources , quand nous avons appris que M. Moét de la Forte^Maison s'occupait , à propos des Létes, d'un travail qui rétablira la vérité quelquefois obscurcie par le patriotisme breton, quand il s'agit de nos origines. Nous j renverrons donc le lecteur, en glanant néanmoins au mibeu des récits souvent erronés de la chronique les faits relatifs à notre ville, qui nous sembleront le mieux prouvés.
Laissons donc de côté l'existence des successeurs du Gonan Mériadec, et la généalogie fort obscure de Salo** mon, Grallon, Audren , Ereeh, Eusèbe et Budic, qui firent triompher successivement des intérêts de &milles en-^ nemies , sur des portions plus ou moins étendues de la péninsule, et prirent chacun dans leurs domaines, regnum^ le titre de roi ou chef suprême, Conan.
Ce qu'il nous importe de savoir ici, c'est que du temps de Grallon , en 459 , on trouve dans l'histoire des con* ciles le nom du premier évêque des Rhedones, dont l'exis» tence soit bien constatée. Febediolus assista par procureur au concile de Fréjus.
Notons aussi ^ sans l'affirmer pourtant , que vers 4S0r
AA HUTOIRE M RBHNES.
les Hhedoaes eurent pour chef Gwitcaél , uh des ûh du roi Audren , avec ie titare de Comte. Mais malhenreusement Texistence de ce roi Audi«n n a guèr^s> d'autre preuve que le nom de la ville de ChAtelaudren , et l'absence de tout autre nom à mettre à sa. place.
Ce qtiiest moins douteux y c'est qù'Anthemius avait remplacé Febedolius sur le siège épiscopal en 46S , puisqu'il souscrivit à cette époque au concile' tenu à Vannes.
Dix ans après, Saint Amand le remplaça, et l'ancienne Gondate, la civitas rubra , ville rouge, adoptait peu à peu le nom du peuple qui Tkabitait. Rhedones devenait Rked^ nés ^ et il n'y avait pas loin de là à la dénomination ac-* tueUe. La forme du nom gallique imposé à l'ancienne cite facilitait encore cette métamorphose.
La vie de Saint Melaine nous apprend qu'alors régnait à Vannes un chef nommé Eusèbe, qu'il ne faut pas prendre pour un breton , mais pour un de ces chefs qui se substituaient par la force à la place de la dynastie régnante , et en commençaient une nouvelle bientAt renversée à son tour. Nos rois bretons n'étaient pas tous de la même race, et faisaient déjà l'apprentissage de l'instabilité des trônes.
Le roi Vénète Eusèbe eut avec l'évêque de Rennes des rapports que nous ne pouvons à ce titre passer sous silence. Saint Amand n'était plus, et Saint Melaine lui avait succédé. Ce dernier, ayant guéri la fille du roi, dont le nom Aspasie indique assez l'origine étrangère, il fut récompensé par le don do la paroisse de Gomblessac, qui l'aida à soutenir le monastère élevé par lui à Platz sur les rives de la Vicenonia ou Fingemuiy comme Grégoire de Tours appelle notre rivière de Vilaine. L'influence bienfaisante de Saint Melaine sur son siècle protégera la nouvelle Bretagne contre les nouveaux conquérants qui s'approchent. Déjà les Franks sont à ses portes; ils auront bientôt un roi chrétien de leur nation sur le trône des Gaules. Le frank HLODOfVIG envoie ses bandes dans
niflaranBB JDE mamm^ 4S
tomes- l«ft direclioiis souoMttMi oé qui: nf ;fias «acove subi SA domiiuition. Li pàiÎBfltak anbonoainis miste seuk^ i^ déj^ dk est ceraee de tous c6tfià par les lékaUissemenbs des bandes germaines de Clovis. Elle sucQfimbeira à son tour^ jmaia.iaiiMiAS coAiplélmiiant^ apnèftdf lofligfi>èffQVts, »ètft6ufouraf prête, à laimoîflBdieaociuMik, à seeawr le ioug des barbares, qui D'ontr av^ èll|9s hucunes sympathies «de langue, de^.moiut^j |d^ !radîtim&* h^ lorcitoke des. Rbe» doo^9 coQHne celui des NifiAoètea ^ yen» ôoinolencer ices tiiltes ai^amées, qui fininNit^ par)<kii'în|ioser monâenta^ aéwent une «olonif^de FranlU^ q^*w fejetoA.de Tune éA familles de ses anciens rois viendra Ueistôt r^ousser. de 4pn sein, .toujours vfei:gd dans sa^MlionaUfta..
CUAPUKE
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Hoél, «[ui veeut Ie*nQm dé gitaed-,'; chassa •'^du territoire -de Bonnes les apuTeaux hAtestigû; s^y éniient établis depuis ^piactos SAS (S<M:)'BoiÉi >le nbm'dè-Frkbnsv 'C'est j^dant cette péribde d'oecupation barbare i que Féyéque Saint Me» laioey qui avait adierë la -ceoranmion' des. Vénètes commencée par Saint! Qair, et' étant idbvenu puissant par la sagesse Jie ses oonaeils près du:<roi frank. 06vis, accrut encore sa rcoonfiée et son inflesac^ au concile tenu à Tours eu di4'. C*esrrïclssi qu'il' devint un appui pour la Bretagne,' et s*il y- rsëonmitt làcisdzersdièeté du .roi irank, ce fut plut&t personneUetnentvjèt! comme sufiragant dn nvétropolitMi de Toursj qu'au rnom 'des populations bre-
46 ttiflvooffi m JUBMiiBS.
tonnes po«r lesquelles il se fiHkit vainement engagé. Son ilîcM;è8e était occupé par des barbares; il agissait sagement eii se créant contre eux un protecteur, dont ils. n'osaient rtouser la puissanoe.
'Si les Rhedones, pendant la dmée de roocopatmi, ettrent nn gouverneur firank, *cfHnHkel'a0Bme M. Angnstin Thierry y il est probable qu'ils en furent délivrés par la vietbire d'Hoël j et qu'ils ne relevèrent plus que du pcînce breton j dont ils avaient accueilli le retour avec tant d'enthousksme, comaie tout le reste de la Bretagne. Le roi ftnnck lui-même, à ce qu'il paraît, n% vit pas avec beaucoup de peine cette expulsicm des Frisons (545), puisqu'en apprenait la victom d'Hoêl, il se contenta de l'inviter à venir à sa cour, en le félicitant de ses succès. Hoêl accepta l'invitation, il se rendit près de Glotaire (Glovis était mort depuis 5H), et fit aUiance avec lui, sans avouer ni reconnaître aucune dépendance à son ^[ard, sans en être même sollicité par Glotaire, qui n'avait pour but peut-être que de se donner un allié puissant et utile à ses projets de conquête du reste des Gaules.
A son retour , Hoël songea à consolider l'indépendance de son pays, enieiilevRn;t.b>€lM3gérbrel(9a à la domination franke de l'archevêque de Tours. Saint Samson, archevêque d'York 9 dans h^ Bretegne insulaire, s'était réfugié dans la petit» Bretagne. Hoâ créa pour lui un ax«dievêché à Dol. Le méiropoUtain de Tours ne se vit pi^ enlever son autorité sans de vives et loi^es rédamaûons* De là naquireiit des débats qui durèrent des siècles , et dont la conclusion seule importe à notre histoire.
Saint Melaine était mort en 550 dans son monastère, de Platz, et son corps, amené en grande pompe- à Rennes, avait été inhumé dans le cimetilnre. où l'avait précédé Saint Just. Une rii^ basilique s'éleva sur sa tomjbe, et Saint Patern, évêque d'Avranches, vint, si l'on, eu croit Fortunat, établir un monastère près de cette égUse. Ce
«B mimw. 47
fut le piemîer ^pie Remies vie fonder près de ses murs. Si, «ODune d'autres l^Affirmeût*, ' Saint Melaiiie lu^-même fonda 'Oa- monastère ^ i)- faut- qn\i\ se smt servi , pour -cette oBwre, ^ concours de'Saiftt Pàbéfn, oè que ne dit pa^ la bîogtaphîe de-ee deMîer.rNous suivrons , à travers *1ëé aîèdea et à mesure que nous les-rôicotitrerôkis/ \à ^cîs^ aàtvdes de i^eastenee dé cet étabKssement^ qui, dhns le fÊkàétffèj né fet que le sucTCësseto* de des otatdireâ iStèvës dhoif W'eîmetiires sur ta tombe des sfihts-, ^et autquds on attadiait quelques moines pour |»ni^"et téiDer à là gaffde dea reliques vénérées.
Après treutei^deux auS! de 'fè^ padfiqiië, Hoéi laissa flon w0fwaÊÊe à ciAq fils y qui r'afFàiMiretit en le divisant^ aelowla coutume. Hoël II eut en partage lé pays <de Rénues (54Sr')« Judual, son fih, qui Ait sui^'ouitiië' AÏaih-le-Fainéant, devint, quelques atméés'^rès (560)/cofE(te de Rennes y sous la suaeraintté -du roi'fhank Glotaim; mais la soamisaîon aux FrtLiàA-'tiéUàt qu'im- jotig passiiger q(u'on attUssait le moins long-temps poisftié. Wainroch, comté de Vannes, emxéprit dele^sècouër, et le {iàys de Rennes devînt encore une fois te champ de'batlâllé où s^agita rindépendanoe de la htmt^ë. t/influëhëé de Saint Melaine q^oMs^it piaaf Pfebedioltfs tl/soiK sbbéesSeur/ avait déjà éfeéVemplaeé par 'Vidt^riué ea'IW^. '^'^
Cbflpéricy 9tA de àoissoÂs / qui -avait- eu -ikhs' son partage la conquête bretonne <fe CSlôtAirè^'vintau Mans à ht tëie d'iiw araupe sommer Guéreeh ou Warroch'dé ireconnaitie la suzeraiiBeté dda-Franks, et de leur payer tribut. Warroch, pour tonte réponse , entre dans le pays de Rennes (579), oâ^iOemttiafnde en leur nom Alain^e^Painéant. U y met- tout à feu et à sang^ il y fait des prisonniers, eidève tin' i^he butin , et regagne paisiblement son comté de Vannes ^ sans que personne songe à Tin» quiéter dans sa retraite. Cependant trois jours après » non pas sans arrière-pensée , il se hâte de faire la paix et se
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souipet à payer oiîKe ^U de tribut utiHiel. Chilpéeic ireut de plus recouvrer la ville de Yaaneâi; WavRoèh lui .promet tout., même. »oa ppropre fil^en otage. Ghi^p^ric se retire, u ayant plu&,|iea à ea^er. Auisitât Warrodi Mi députe ilévêqy^ de Vaupas, Eauiiifl, aveQ de uouveUes proposir tion%. .Qliilp/éricyiirritéy cbaisse rambassadeor» malgvé'soa isaint earaiçt|^re. War^ocib reQomiii^no9:.la guerre; suâmes Tf^y^ps impi^^is commis. par lui sur le terrîli^ii^.de. AeiiBe»f et oette^ fjiîs il n^a^^pas- beaoîfi.d>iie paîi^-troiiipeuiM pour éloigner reni&en(Ur.. ' •
Sept ans après seulement (586) , Chilpéric mort^ son fils Clotaii^ II j 911 plutôt son tuteur ou son onde 'Goatran, t^i d*Qf]éans,;veut ei|fi;nsoiuDDiettre)lQ9 Bretouai ras* téjSî inflojpaptables^ U leur envoie BtpfioleH^ qui avait épousé la pièce, fie. Sf(ipt,.F.éU;|^,; ^véque d$. Nant^. Ce .chef .'des tfioupf^ j^ankt» se présente devant Rennes^ et se voîtr»ppu3sér£ar„le4 hiib^ffinît^f Il.nè.peutae&ire admettre dans la vill^.d9pt.(jl ,a »reci^ . le <got|vevmmeot au.iKHQ du roi j^anLf L'^Qi^ç^.9vivaai}ç-..i) revient avec de<nonvdles foroes , et. r^^ussif: ç|^ foi§; v^i^, à peine e$t^il'parû, que les tiabitant^^se sq^lèv^nt et i^ass^crep^ smfiW^trquJil avait laissé j]|our,.ç;j0^iipander à sa plfiQQ(4)t. .' • i Ainsi, se,,trpi^v«ç«nt Jéi9U«lft».ali fméus powKpelque temps, les intrigue&iquef i^dég^odeourdisMit contre: Gontran jusqyq.jdaqfr^l^iJPi^^t^^e. I/esprk d'indépendance qui ani\mait les,,BretOinS:d^D9 tous ces monvenènta, et qu'on .flattait ppuren tirer, parfi, ne se doutait tgiràne qalîl servait d'instr^unent auiL passions . baineuae^. de la dynastie iiranke. ... , >c i
Sui^ CCS entrefaites (590),. .Al%)n^ie^Fi«inéant s*év«illant de .sa t^onteuse apathie, se Jigue av^^Warroch, et tous les deux font de nouyelles incursions^ sur les territoires
(I) Gréff. de Tôvln. Mémoire sur rhist. de Bret. Annales de la société acadéin. de Nantes. 10* vol., p. 3^;. <
HISTOMB DE BEHNBS. 49
de Naotes et de Rennes. Contran y envoie de nouveau Beppolen avec un autre chef nommé Ebracaire. Tous deux succombent. Rennes et Nantes, dit Grégoire de Tours , dont nous avons tiré tous ces détails , n'en restent pas moins soumis aux gouyerneurs qu'y avait établis Contran.
Mais bientôt Warroch trouve un nouvel appui dans les «ecouTS secrets de la reine Frédégonde, et dans Canao, ce ffiâ qui l'avait déjà aidé à battre Ebracaire et Beppolen. Us envahissent le pays de Rennes et de Nantes. Ghildebert n, qui avait succédé à Contran, fait marcher une armée en Bretagne. Une bataille opiniâtre est livrée entre Rennes et Vitré , dans un lieu dont le prieuré d* Allion a depuis consacré la mémoire. Les Franks sont vaincus. Rennes et Nantes rentrent au pouvoir des Bretons, après 47 ans d'usurpation sans cesse contestée et souvent reponssée depuis HoêMe-Graud.
Ce fut la dernière victoire de Tintrépide comte de Vannes ; il mourut, et Alain-le-Fainéant le suivit de près dans la tondoe, où il emportait du moins l'honneur d'avoir tenté d'efiacer la honte de son surnom. Avant de mourir, il avait donné à Saint * Armel le lieu qui porte encore son nom dans le teiritoire de Rennes. La domination des Franks n'était ni assez complète, ni assez continue pour empêcher, sans leur participatioo , ces sortes d'actes de souveraineté des princes qu'ils prétendaient soumettre.
Hoél ni, fils d'Alùn , lui succéda, et livra encore aux Franks une grande bataille , qui lui assura la possession paisible de toute la Bretagne , y comprises les villes de Rennes et de Nantes. Une paix de 48 ans la guérit à peine des maux qu'elle avait soufferts. Les rois Franks, dit Fiédégaire, n'en firent plus mention dans leurs partages.
Après Hoêl, Salomon II régna vingt ans sans que ses droits sur les villes de Rennes et de Nantes fussent contestés par les rois firanks, non plus que sur le reste de la péninsule.
50 HISTOIU lus RBNNfiS.
Peu avant le n^tie de Salomon, efc Tépiscopat de Grégoire de Tours qui raconte le £i,it, un inoeodie détruisic régUse élevée par les fidèles sur le toniheau de Saîat Melaine à Rennes. Enaeveli sous les débris enflsMnznés des poutres et des riches tapisseries , il ne fut pas atteint par les âammesy bien que son enveloppe fut en b<MS. L'incendie éteint, on se hâta d'arriver, à travers les déoon^bresy jusqu'au tombeau du Saint, que l'on trouva intact sous uo amas de charbons embrasés. Le peuple qui était a/ocouro en foule, en poussant des lamentations , changea ses larmea^ en cris de joie et de pieuse admiration.
Le monastère ou l'habitation des religieux qui veillaient à la garde des restes mortels de leur saint patron, i»e Ait pas épargné par le feu , et ib furent obligés de cherdber momentanément une autre retraite. La banque et le monastère demeurèrent en ruines jusqu'au règne de Salomoo U, et à répisoopat de Duriotère, élu vers 605, après la mort de Victorius. Alors seulement, grâces aux largesse» du prince breton , les deux édifices se relevèrent non, mime somptueux; les revenus de l'abbaye furent pigmentés, et tous ses anciens droits confirmés. Quels étaient alors ces droits et ces revenus? Peu de chose encore en pomparaisoa de ce qu'ils devinrent } ceux que les monastères naissants conunençaient à se créor dans une grande vue d'unité y contre les rois, les seigneurs et les évoques, par les in»-> munités, les vassalités et les miUe influences de l'esprit de suite de ces grands corps sur les personnes et la propriété. Nous noterons à leur passage chacun de ces droits productifs quand il naîtra.
Salomon II fut inhumé avec pompe dans l'église du mo* naatère qui l'honora comme son second fondateur.
Un évéque de Léon, Saint Goulven, qui vint mourir à Rennes vers cette époque, fut aussi enJ»rré avec pompe dans la même abbaye de Saint-Melaâne.
Sous les successeurs de Salomon II, Rennes retomba
HitVOtAB BB RBHIfBS. 54
an pouvoir des Franks aTec d'autres parties de la Bretagne. Elle aTaift amii ses rois fcinëants, mais non ses maires da pdhda pour sauver du' ntoioa aoti indépendaiice. Pépin lui eefvoie des gouverneurs qui la pressurent, usurpent les fevenua de aes églises, et se fout éi"èq[ues d'épée sur les aîages vacant». Celui de Rennes, qui depuis Duriotèrè %wt été occupé pur G>uiHauBie eu 085^ et DicRer en 982, fin usurpé à la mort de oa dernier par AgaAée , gouyer^ Bear pour les roia franka, puia par Amolon, qui rendit enfin la lakre au léffriitù» auecesaeur de Didier , Saint Hodéran II.
Las vtRO^oBS exefoeea par ces nouveaux rjrrans produiaixcnt à k fin dans le peuple l'énergie qui n'existait plus dans ka die6v Les Bretons se soulèvent , font des courses a«r les tervea éeê FMnks; Pépin -vient kii^méme les sou* meltfu et s'avance jusqu'à Vannes. Bientôt l'insurrection éclate dana la GoviftrouaiUe, ou devaient mourir sous Fépée des Ueutemmia de Gharlemagne et sous ceHe de Louis-Ie- DâMimaive, les deniers restes d'indépendance bretonne; tDaîa la lutte devait être longue et digne à la fois du vaincfoear et du Yai^tm.
Rennes avait pria part à la révohe , et la première elle •ut .à résister au vuiuqueur, qui s'en empara, et la détrui» ai*y <&i-on. Ce ne Ait pas db moins si complètement qu'elle ne fiit bientAc rétablie. Il est probable que ce fîit alors (824) qu'dle abandonna l'emplacement de la ville romaine pour adopter la place' ou elle s'est développée depuis le long des rivea de la Vilaine.
Pour mieux assurer la conquête du grand empereur et kl sienne, Louia-le-I>âK)nnaire nomma son lieutenant en Bretagpie, Monriuoë, un Breton, dont la fidélité lui était coHDue^ comme gouverneur de Vannes. De cette source va xenaître l'aueientte indépendance bretonne. Louis-le- Dâionnaire mort, Nominoê ne se crut pas lié envers ses successeurs. Gharles-le-Ghauve vint au Mans, non pas à
52 HISTOIRB MB AXlINBâ.
Renuefi ou à Nantes ^ r«plaiD£r se» -droits de smemmeté sur la Bretagne. Notiûaoëse -sounût eu apparence; mais il saisit bientôt L'occasion de proclamer son tndépendanoe.
.^P^évo7ant cependant qu*4)n ne le laisserait' pas- joukpa»çiblement de aoi^ nouveau poiivoir, il enti» en armes dans le comté de Rennes^ s'en empare ^ achève les fortifiGationfr commencées autour delà ville djapuis le temps. die Logaia^ le-Débonnaire, et y attend l'armée de Gharlesp-lè-GhavvïB.- Cette aonée vint, mai^ ne se twltit pas; «lie se.dispevsft avant d'être vaincue. La puissance des rois^finoka coicn-* mençait à déchoir en Bretagne.
. Nominoë et son allié Lambert, comte de Nantes, dépouillé par Charles-le^^ha^ve, poussent alcws leurs coq-» quêtes au-delà du pays de Rennes et de Ntnjtes, jusqu'aux portes d'Angers. Charles-le-Chauve, occupé de ses dîtteiif^ sions de famille, se borne à| menacer les Bretons. Nominoë étend ses conquêtes dans le Poitou. Chéries vient l'y trou* ver, et traite avec celui qu'il ne pouvait vaincre. . Mais à peine débarrassé des Franks, Nomînoe vît inr sulter sa nouvelle puissance par les Normands, dont il lui fallut acheter le départ, après trois défaites consécutivea. Ces terribles ennemis une fois éloignés, Nomtnoê ne songea plus qu'à se faire reconnaître comme roi, malgré la défense de Charles-le-Chauve; mais il fallait se^faire cou<ronner par la puissance ecclésiastique', pour que ses droits ne fussent plus contestés. Les moyens énergiques qu'il employa pour aplanir les obstacles que lui susdta son clei^é, prouvent encore son indépendance complète de lu puissance des rois franks. Il déposa quatre évéques opposants, leur donna des successeurs plus faciles, créa deux nouveaux évêchés, Tr^^uier et Saint-Brieuc, puis se fit couronner dans l'église de Dol, à laquelle il rendit, d'autres disent donna, son titre de métropole.
L'évêque de Rennes ne fut pas du nombre des opposants. C'était alors Auriscand II qui avait succédé à £tienne,
élu ea SAÀj d'après ie Gapkulaire de Charlemagne^ qui avait doDoë au clergé et au peuple le droit d'élire leurs érèquesw Loai84e-Dà>oniiaire rendit ce droit aux églises. Annt Etienne , deux autres éréques , Rothand et Auriscand I^, RTaîent suocessivement occupé le siège épiscopal par élection, après l'abdication de Modéran II , en 720. Nous defons dire cependant que l'espace de cent vingtneuf ans qui s'écoula de Modéran II à Gernobrius , qui souscrivit au concile de Querd en 849 , est rempli par des iKHOs q«e tous les historiens n'admettent pas.
Quelle que soit la cause de cette lacune , qui n*a peutêtre pas d'autre origine que le profond désordre de ces temps, on ne peut guères admettre que le siège épiscopal de Rennes soit resté tout-è«fait vacant pendant un aussi long intervalle.
8S0. Un synode et un concile menacèrent successivement le roi breton, qui ne répondit qu'en portant la guerre sur les terres des Franks, et en s'emparant des ▼illes du Mans et d'Angers, tandis que Gharles^le-Ghauve, par une diversion inattendue, entrait en Bretagne et prenait Nantes et Rennes; mais Nominoé accourut, Charles avait déjà fui. Le roi breton , après avoir ruiné les fortifications de ces deux villes, qu'il considérait désormais comme trop attachées aux intérêts franks, ou trop exposées à servir de boulevard contre lui, le roi breton porta de nouveau la guerre vers le Mans et Angers, et mourut dans cette campagne, frappé par le bâton pastoral de l'évéque Angevin , disent les annales de Metz.
Il laissa la royauté à l'un de ses fils, Erispoé. Rennes avait alors pour comte un autre de ses enfants nommé Gurvant. Gharles-le-Ghauve vint se faire battre une quatrième fois en Bretagne (854). Vaincu dans une nouvelle bataille Uvrée près de la Vilaine , sur le territoire de Redon, l'empereur frank dut s'estimer heureux de voir accepter ses propositions de paix. Les chroniqueurs des
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pays franks, qui Toyaieat tous les érénements de leur époque, et jugeaient ceux des époques antérieures à travées le prisme de la Foyauté (ranke qui les dominait, oat écrit, dan» le» anngles^de Saint-Bertin, qu'Erispoé vint trouver Charles à Angers, et lui ayant livm les mains en signe d*hommage, en reçut non seulement les insignea royaux, mais encore tout ce qui avait formé Tétendue des états de son père, et de plus les villes de Nantes et de Rennes. Nous avons vu que l*a«tortté de Cbarles-le- Chauve sur ces deux villes n*ayait jamais été que celle d'un maître de passage, souTent expulsé de sa conquête, n donnait ce qui ne lui appartenait pas; car le <faoit du plus ibrt, le seul titre de «es prédécesseurs depuis la eon^ quête des Frisons, était passé du cAté du nouveau chef. D est probable, comme la suite des faits nous le prouvera , que ce dr<Ht de suzeraineté réservé par le roi firank fut purement nominal. Le traité de paix conclu à Angers laissa Erispoê maître réel et indépendant en Bretagne, puisque Charles ne cessa de chercher et de saisir les occasions de limiter la puissance qu -il avait d'abord accordée au roi breton.
Une circonstance fiivoisaUe ne tarda pas k s'offrir (8S2) : un neveu de Nominoê, Salomon, disputa la couronne à son cousin Erispoë , et prit pour ari>ître Charies-Ie-Ghauve, qui s'empressa d'accepter, et, violant le traité d'Angers^ donna le tiers de la Bretagne au réclamant. ETispoë refiiaa de se soumettre à cette dédaîon; Gharies-4e<-Cliauve vint pour la cinquième fois porter la guerre en Bretagne. Erispoé vaincu abandonna le comté de Rennes à Salomon, qui, sans doute par reconnaissance de ne pas perdre davantage, se reconnut vassal de la couronne de Franoe.
L'évéque de Nantes, dépossédé par Nominoê, fat alors rântégré sur son siège, et Warnarius occupa celui de Rennes. Gharles^le^-Cfaauve allait s'assurer la possession du reste de U Bretagne, en unissant son fils k la fille
unique d'Erâpoé, lorsque Sdkmiony prévoyant ce qu il perdndt à cette aHîonoey aMatsnia son eonsin dans une église, au pied de laulrii où il s'était réfiigié. Ce crime, cpi demeura impuni pour le nument, rejeta dans un ave^ nir plus ou moins éloigné l'union de la Bretagne au vojamme (rank, cbnt die devait faire partie t6t ou tard.
Gharies^le-OuHive, pour venger son aUié, ptëpara une eizièmeeunpagne oontte la péninsule bretonne. Le résultat lut le renouvellement du traité d'Angers. Electron II oocnpa vers cette époque le siège épiseopal de Rennes. En 674, Salomon mourut assassiné à son tour, eomme sa victime Erispoé, dans l'église d'un monastère. Avec Salomon périt la royauté bretonne. La vassalité de la Bretago/e jusqu'alors contestée, ne le 6it plus que dans la forme de l'hommage rendu par les chefs qui la gouvernèrent exclusiffeinent soos les titres de comtes et ducs. Celui de roi ne reparut plus même par intervalles, comme autrefois, dans VépfHfB» ou nous allons entrer?
Arrêtons-nous un instant au seuil* de oette ^ nouvelle, et demandons-nous ce qu'était Rennes en ce moment, quelles modifications l'ancienne ville romaine avait subies au milieu de ces événements; enfin quelles tendances d'avenir se manifestaient dans sa nouvelle constitution , inévitables résvkats du milieu où elle se trouvait.
Ncms avons dit qu'en 834, après le siège qu'en fit LooÎB-l^Déboanaire, l'ancienne ville romaine, ruinée par le vainqueur, se releva, non pas à la même place, mais à celle où depuis elle s'est développée jusqu'à nos jours, le long de la Vilaine. Nominoë, qui termina sa première enceinte, lui donna la forme d'un ovale, dont l'axe le plus long s'étendait de la porte Mordelaise à Saint-Yves, en passant dans son périmètre par des points les uns déjà nommés, les autres connus depuis sous les noms pie placis Conan ou Vieille-Monnaie, près de la petite chapelle Saint- Denis^ oii il y avait une poterne sortant sur le pré Raoul;
56 mSTOIAE DE BSNMBS^
la porte Mordelaise, la pûrte SaiatrMichel , près de luquelle, sur une motte intérieise,. s'élevait le château ducal) la tour de Thorloge ou SainWames, à côté de laquelle s'ouvrait la porte Jacquet; la rue de la Pompe, près de la Vieille-Laiterie, la rue Tristin, la porte Baudraëre, la porte Aivière, aquarUiy sur la Vilaioe; et enfin la poterne qui depuis porta le nom de Saint^Yves, puis la tour du Furgon. Cette enceinte fortifiée, ouverte par trois portes et deux poternes , était enveloppée ^e larges' douves on coulait la Vilaine, nommée alors Kicenonia, dans la plupart des actes du temps. La forêt qu'on trouve aujourd'hui à deux lieues vers l'est, s'étendait alors jusqu'aux abords de la porte Jacquet. L'intérieur de la ville ne possédait qu'une église cathédrale sous l'invocation de Saiut Pierre, et la petite chapelle de Notre-Dame de la cité. Des rues étroites et tortueuses, ouvertes au hasard plutôt que sur un plan donné, qudques hôtek jetés cà et là se* Ion le caprice des possesseurs, tel était l'aspect intérieur de la ville des comtes de Rennes.
Voilà pour la topographie. Quelle était la population qui habitait ses murs? Gomment était-elle classée? Quelles étaient ses monirs, ses lois et son industrie?
On dirait, après le récit des éyénements où le nom de Rennes s'est trouvé intéressé, que cette ville, depuis la chute de l'empire romain, était devenue un camp toujours armé, où se relevaient sans cesse les Bretons et les Franks, à peu près au même titre et à des intervalles plus ou moins rapprochés. Cependant il y avait dans ce camp de passage une population permanente, qui ne feisait pas grand bruit, subissant les événements plutôt que les dirigeant, mais se formant peu à peu et sans interruption pour un avenir qui désoroaais n'était pas éloigné, et lui créerait une place dans cette société, où elle n'en avait aucune encore bien distincte et reconnue.
Le comte et Tévéque avaient succédé aux magistrats
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romains dans Vadministration civile et militaire. La population s'était rangée sous ces deux chefs inégalement, lAea qu'au même niveau de vassalité, à quelques rares exceptions près. La recommandation et la concessim des bénéfices /fckTorisées par Vinmmnité accordée aux évèques, avaÎMit promptement groupé dans kur dépendance, sous les noms de serfs, létes, fiscalins et colcms, la plupart de o^ix qui possédaient quelque chose, et même ceux qui ne possédaient rien. Les mœurs de cette population étaient celles de ses maîtres; là où l'exemple contagieux du vice n'avait pas été donné trop souvent, les préceptes évangé* liques avaient progressé; mais ailleurs, et il faut le dire, presque partout, la barbarie, mtiée à la corruption romaine, avait produit de tristes résultats.
Les corporations n'étaient pas nées encore. Cependant, par une tendance naturdle à se protéger mutuellement, les ouvriers des divers métiers se groupaient par rues, et ces rues prenaient le nom de l'industrie qui les habitait. Rennes ne possédait-dle pas les rues de la Cordonnerie, de la Laiterie, de la Filanderie, de la Baudrairie, de la Fannerie et de la Charbonnerie? Chaque rue payait à son seigneur une redevance en nature des produits de son industrie , outre celle de quelques deniers due pour la manse. La vie industrielle, qui avait besoin de sûreté, s'était réfugiée dans les villes protégées par leurs murailles, sous l'autorité de révèque qui y faisait son séjour habituel , et qui défendait ses vassaux bien plus efficacement que le comte presque toujours absent, et dont le pouvoir n'était pas toujours respecté par les barbares , comme celui de l'évé? que. Les marchés se tenaient une fois par semaine, non sur les places de la ville, mais sur celle du Champ-Jacquet, située ^ dehor^ de la porte de ce nom, et qui fut la première affectée à cet usage , d'où lui vint cette dénomination qui semble rappeler le sobriquet de Jacques Bonhomme donné au peuple, ou le costume appelé Jac-
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quette qu'il portait; à moins qu'avec un document mo* dei*ne on n'aime mieux voir dans ce nom oelui d'nn jardinier qui habitait ce lieu et approvisionnait le marche de lëgumM. Une nouvelle rede^anee était due au sdgneur évéque ou oomte par chaque étalagiste. Ce n'était pas ta seule; la ville était distribuée en manses ou habitations , dont la propriété appartenait au s^gneur^ et dont l'usufruit était concédé viagèrement; un cens acquittait le prix du bénéfice concédé , et, sous forme d'aveu plutôt que d'imp6t ou fermage, constituait le revenu du seigneur, comte ou évéque. Un service militaire était de plus dû au comte et parfois à Tévèque. L'impôt public n'existait pas encore ; la redevance en tenait lieu.
Le monastère de Saint^Melaine, grâce à ses immunil^s, avait aussi ses vassaux et ^es redevances , en un mot sa part de population qui dépendait de lui.
Quant aux seigneurs, petits propriétaires d'alleux, de fiefs, et intermé(Uaires entre le comte gouverneur et la classe des serfs, ils n'habitaient guères la ville. Leurs manoirs fortifiés dans la campagne étaient préférés par eux; ils y étaient plus rois. Si quelque»mns possédaient un hôtel dans la ville, ils n'y paraissaient guères que dans les grandes circonstances* Ils n'y avaient point de sach , si ce n'étaient les gens de la maison , attachés au service personnel du maître.
On peut donc se figurer la ville comme une ruche, où les abeilles s'enferment soigneusement pour travailla dans leurs alvéoles, mais sans autre organisation et sans autre loi que la volonté absolue du chef. Les hommes libres habitaient en dehors des murs. Cependant cette foule, sans droits, sans privilèges, qui n'avait encore que des obligations à remplir, luttait sourdement contre les entraves qui l'opprimaient de toutes parts , et attendait l'occasion d'acquérir à son tour ces droits qu'on lui refusait , parce qu'elle ne possédait pas. Il fallait en effet que de la concession
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et de la redevance elle s'ëlevAt à la propriété pour obtenir cette place qu'elle n'osait, encore réclaoser, et qui la mènerait un jopr à la liberté, et de la liberté bien comprise à la puissance; mais dUe n'avait rien encore ; elle obéis*sait, et soufl&ait de toutes les diances de la fortune de ses maîtres. Tous ces cbangements de ponycîrs qu'elle avait snbis, ne s'étaient pas opérés sans de cruek décbirements pour die. Si le Tamqueur la décimait , le retour du propriétaire légitime ne lui pesait pas moins par les efforts qu'il fallait frire pour r^mrer ses pertes ; mais ces torCorà y sans qu'elle s'en doutât , étaient autant de pas qui la conduisaient au but , et la frisaient croître. Nous en aurons plus d'une preuve, poursuivons.
9f!Â. Après Salomon , le dernier roi breton, la puissance tomba tout naturellement aux mains des seigneurs conjurés qui Vavaient frit périr. Deux d'entre 4sux , et les plus notables sans doute, Pasquiten et Gurvant, que nous avons déjà nommés, se partagèrent sans obstacle une partie des états de leur victime, abandonnant le reste à leurs complices qui se firent indépendants comme eux.
Charles*le4]bauTe renouvela ses prétentions fondées sur * le traité fait avec Erispoë, mais n'ayant pas d'armée pour les appuyer en ce moment , il ne fut pas écouté.
La discorde ne tarda pas à naître entre Pasquiten et Gurvant; ce dernier qui comme nous l'avons dit, était comte de Rennes, et avait eu de plus dans son partage tonte la partie septentrionale de la péninsule , ainsi que le Cotentin , donné par Charles à Salomon , vit bientôt entrer Pasquiten à la tète d*une armée dans le territoire de Rennes. Abandonné d*une partie de ses troupes et ef-
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frayé de la présence des Normands , que sob tÎTal n'avait pas craint d'appeler à son aide, Gurvant ne s'en présenta pas moins au oorobat dans le faubourg Qiéme de Remes , Yen l'ouest, déjÀ envahi par l'ennemi. Cette intrépidité, le sauva. Pasquiten fut vaincu et s'eniîiit. Ses alliés tes Nôr^ mands s'emparèrent de l'abbaye de SaiDl*Melainey s'y retrandièrent et s'y défen<firent ; puis , après ayoir ruiné le monastère qui les avait {»otégés, ils s'enfuirent pendant la nuit vers Redon où étaient leurs vaisseaux.
877. Trois ans après, Pasquiten informé de la maladie de Gurvant, revient avec les Normands asaiéger Remes. Gurvant se fiiit porter sur le champ de bataiUe, et meurt après la victoire. Pasquiten, vaincu une seconde f<Ms, fut assassiné par ses alliés les Normands : juste récompense du crime d'appeler l'étranger dans son pays !
Judicaél remplaça son père dans le comté de Rennes. Alain III succéda à son frère dans le comté de Fannes.
Le roi des Franks, Charles-le-^ros, renouvela les prétentions de ses prédécesseurs à la souveraineté absolue de la Bretagne; mais les Normands l'assiégeaient dans Paris; il n'était guère à craindre.
Alain III ^ agissant déjà comme duc de Bretagne, s'occupa de relever de ses ruines l'abbaye de Sain^-Melaine : mais il n'eut guère que le temps de commencer cette oeu** Yre pieuse qu'un autre devait achever. Il donna aux moines, pour activer la restauration de leur monastère, la dîme des droits perçus en son nom sur la monnaie frappée à Rennes à son effigie.
Après sa vict4u}e sur les Normands à Questembert, les Bretons le nommèrent AIain-le-6rand. Ce surnom glorieux ne lui fut pas moins mérité par sa généreuse conduite euvers le fils de Judicaél, Bérenger, auquel il laissa le comté de Rennes. Deux fois encore il vainquit les Normands, et les Franks ne contestèrent pas une seule fois son autorité pendant les trente ans que dura son règne. Le premier il prit exclusivement le titre de duc en Bretagne.
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Les Normaiids aprie \uv inondèrent encore la Bretagne. Il panât que Rennes y mieux défendue peut-^tre j échappa à leur ftmur; ib nin^îent pas oublié les deux défei tes qu'ils 7 aTaieot essuyées sousCurrant.
ftiâ. Pour «omble 'de malheur, Gharles-^lepSimple , devenu soi des Franks /donna la Bretagne à ces Normands, pottr s*en débarrasser., par suite du traité de Saint^lairsnHEpte. C'élaît -leur donner ce qu'il ne possédait ni de droit ni de fait, et ce qû'^etix au contraire aVaient en kor ponvoÎT, quand ils le Toulaîent.
Dès \ofs plus de Bretagkie- indépendante, plus de nationalité bcetûone. Ce ne ftit pendant long-temps qu'une tenue de Normandie, pour lacpieDe.fidsaient hommage au roi des Franks' les ducs normands, qm avaient obtenu pour leurs bordes errantes un étabSssement • à Tembouchure de la Seine.
Les Bretons ::oependaiit ne se laissèrent pas subjuguer sans résistance* Rollon n'âxerca jamais sur eux qu'une autofké violente, sans cesse contestée par les armes. Malgré les ravages qu'il <oomnitt pendant cinq ans sur notre territoire ; malgré les efforts de son fils Guillaume-Longue- Epée, les Bretons se soulevèrent tous d'un commun accord, le même jour, pour exterminer leurs oppresseurs (954). Us les attaquèrent sur tous les points à la fois, et les battirent même en bataille rangée près du petit bourg de Trans, dans le diocèse de Rennes. Tant de valeur et d'énergie n'eurent aucun succès durable contre une nuée de barbares qui revenait toujours plus épaisse après une défaite.
Le comte de Rennes, Bérenger, trop ftdble pour lutter contre un tel torrent, attendit que le ciel lui envoyât un allié pour venger la Bretagne. Rennes cependant resta sous sa dépendance, grftceà sa soumission au vainqueur. Son successeur fut moins heureux ou moins habile. En 955 , il avait laissé pour successeur son fils, Conan I®'^, sur-
Dommé le Tort. GoIumk se puétènclMt seul desdenduit légitime de Salomon III. Hoêl, fib d'Alaiil et conte de Nantes et de Vannes, envahît le comté de Rennes et porta ses ravages jusques sons les murs de la yHkb^ dont No* doard étût alors évéque. Gonan eut la lidiebé de kisser l'ennemî se retirer avec son bnlÎB sans rinqmétcr dans sa inarche. Il se vengea par d'autres piUages, et ces repmsailles entre les deux compétiteurs diÉrèmut 27 ans sbbb autre résultat que de dévaster le pays.
Geoffroi, devenu comte de Rennes à la place de wom père, Gonai^le-Tort, prit le titre de duc de Bretagne ^ en s'a{qnij«nt sur l'alliance du dae de NbrmaiitliBv quilnt donna sa sœur Havoise en maria|^
C'est à dater de eette épMfue ^pie.le titre de duc reçut une signification plus spédale ,- iaCérieure à oelfe de roi , supérieure à celle de comte. Là, s'ouvre aussi une nou* veUe époque dans nos annales, comme dana: celles de' la France. Avec la rojanté de Hugnes-Cflpet.rhistoire des Fkranks finit, et celle des Français commenèe. L*infiuence française va déscsrmais suceéder à celle des Franks en Bre* tagne.