CHAPITRE V
tiPOQUE FRÂNÇAISB.
KBOrat MtJt Lit BUOB *■««»* AU «MM I
Geofiboi fitt le premier duc breton sous la vassalité nor* mande. La Bretagne ne fit plus qu'alsemer entre la su* zeraineté de seconde main de la Normandie et cdie plus directe de la France. En l'absence de son suzerain et pro-
HISTOIAS D£ MBHNES. (5
tecteur le comte d' Anjou, et loalgré Taïqpui de son tuteur le vieomte de Thouars qui «e faisait appeler comte de NaaieSy lodieaël fut foreé de qhao§er de miutve ^ de d^ Tenir le vassal de Geoffroi, qui. non content de cette marque de ^OHinissiQOy le fit l>ient6t assassiner pendant qu'il se rendait à sa cour.
AvsAt son défUA pour Rome, où l'a^ielait le vefMiif* tir ^ Geofiroi confia le gouTernement du duché à sa femva/^ et à son firère, levèque de Rennes , Théobaldi qui suçait de^is l'an 990^. .GeofiSçoi,, en retenant de Rome^ ti^niva la mpit qu'il avait infligée à sa yictime. Sop corps fut transporté à Rennes et inhumé dans l'église de l'abbaye Saint^ekône. C'était le Saint4)eBis des prind» bretons. Ce fut à cette époque de la mort de Geoffroi que les hs^ bitanu de. Rennes,. qui se créaient déjà une sorte de bo^r*^ geoisie, aeco^rdèrent aux dbanoines du chapitre Saint^^enre un droit de bou^eillage ou de J4iste Suiat^Pèref selon le lanpge du ten^» Ce droit consistait à leveir un .poft.sJu» cjbaqi^ tonneau dans la ville et banfieue* C'est la plus vieille preuve écrite qui nous soit restée de l'existmce de la cathédni)^ (4<M»8).
GeofFroi mott, son fils Al^in Y , quoi^pi'enfant, lui sue* cédi^ dans les demi comtés de Rennes et de Yaiines , avec la couio^ne. div:ale, sous la tutelle de sa m^ Havoise» (i08Z.) A SM( retour d'une eiifiédition dans le Maine, comme. aUié du comte di^ Mians, il épousa à Rennes la fiUe dvb comte^ de Chartres, Berthe, qu'Alain Cagnan^ coBote de Comouaitles^. avait enlevée pour venger son prince du refus, qu'il avait épieoM^é. La cérémonie se fit avec une grande pompe; le peuple eut des réjouissances et les seigneurs de riches présents.
Le» siège épisoopal de Rennes qui , après la mort de Théobald, avait été oççtq^ par son fils Gautier en 4042, l'était maintenant par Warinus ou Guarinus,
Après une horrible famine qui dura trois ans en Ere*
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tagne, lesévéqu^ réunis en concile provincial ordonnèrent de s'abstenir de chair le samedi, à moins qu'une grande fSète ne se trouvât ce jour-là. Ceux que leur santé ou leur indifférence empêchait d'observer cetle règle, devaient nourrir trois pauvres chaquesamedi. Avant ce temps, l'abstinence n'avait lieu que le vendredi, en mémoire de Ift passion de notre Sauveur. Un concile réuni à Rome sous Grégoire VII confirma cette nouvelle abstinence le 29 novembre 4078.
En 4048, et peut-être dès l'an 4006, Alain Y avait fondé, sous le nom de Saint-6eoi^, à Rennes, une abbaye de bénédictines,, dont sa sœur Adèle fut la première abbesse. Méditant , dit la charte de fondation , sur les moyens d'arriver aux biens étemels par les bietis temporels, le duc Alain Y ofirit d'abord à EMeu sa sœur, le trésor le plus précieux qu'il possédât sous le soleil , puis il accomplit le désir manifesté patr ciétte dernière de se consacarer à une vie sainte, en faisant construire pour elle, à la distance d'un stade des murs de la ville, une magnifique abbaye sous la protection de Saint Georges. Des vignes fécondes, des champs fertiles, deux moulins, une rivière poissonneuse et de belles prairies sur les rives de la Vilaine, qui se nommait encore Ficenonia , firent partie de la donation primitive , ainsi que le bourg non exigu de Tinténiac.
Un monastère qui existait long-temps avant cette époque sous le nom deSaint-PieFre-de-ilfart?A6i/, dans un des fkuboui^ de Rennes et devant la porte principale de la ville, celle dite Mordelaise , fut aussi concédé par le duc à l'abbesse de la nouvelle abbaye. D'autres dons non moins importants furent feits au monastère qui s'élevait. La duchesse Berthe , veuve d' Alain-Barbe-Torte , donna la paroisse de Gouesnou, qui faisait partie de l'évéché de Saint- PoI-de-Léon; la duchesse Havoise concéda une terre qu'elle avait reçue de Geoffroi en présent de noces; la vicomtesse Roianteline, en faisant admettre à Saint-Georges les neuf
^ mSTOIHE DE BENNES. 65
religieuses qu'elle avait instituées , donna les terres de la Chapelle-Janson et de Saint-Siginon , ainsi que beaucoup d'autres; le duc à son tour dota d*amples revenus la nouvelle abbaye^ et parmi les nombreux privilèges qui lui furent octroyés se trouvait celui de vendre et d'acheter partout et quoique ce fï^t.
L'église du monastère, destinée à devenir paroissiale, s'éleva en style roman , non loin de l'ancien temple payen consacré à la déesse Isis, et dont nous avons parlé squs l'époque romaine.
La sœur d'Alain , dont l'écusson portait aux armes d'argent semées d'hermines enlevées de sable, vit bientôt accourir autour d'elle les filles des plus nobles maisons du pays. Les seigneurs de Porhoêt et de Fougères offrirent leurs filles à Dieu pour tenir compagnie à la princesse. L'évèque de Rennes, Gautier, qui n'était pas encore remplacé par Warinus , sollicita une place pour sa mère Odeline et sa sœur. L'usage alors s'établit et persista de ne recevoir dans cette abbaye , comme religieuses ou comme pensionnaires, que des filles nobles. Les plus anciennes familles de Bretagne se firent même un honneur d'avoir à Saint-Georges une religieuse de leur nom et de leur sang.
La construction des bâtiments fut longue. Peut-être fautil regarder comme l'époque de leur achèvement ces dates de 'lOSQ et >I052, données par quelques historiens comme celles de la fondation, qui évidemment eut lieu plus tôt, l'abbesse elle-même l'ayant fixée en 'lO'IS dans une requête présentée le 22 octobre 4735 au conseil de la communauté de ville.
Le jour où l'abbaye et son église romane furent enfin terminées et en état de recevoir l'abbesse et ses compagnes, celles-ci y furent installées avec pompe par le duc et la duchesse de Bretagne, les comtes de Penthièvre , de Cornouaille et de Nantes , les neuf évoques et tous les seigneurs bretons qui étaient à la cour ducale.
66 HISTOIRE DE RBNHBS.
Alors Tabbesse prêta la première ce sermeat qui devait être répété sans altération par les 45 abbesses qui lui ont succédé ; serment dont la formule nous a été transmise sur un vieux manuscrit bysantin du IX^ ou X® siècle, contenant les quatre évangiles :
<t Madame Tabasse vous jurez aus sains évangiUes ciprésens, garder , observer les libertez y anciennes coustumes, constitutions et statuz, drois et actions dou moustier de Saint-George de Rennes, sans violation ne venir en contre par vous ne par autre, ou temps avenir.
» ( Dige Tabasse ainsin le jure et touchege le livre).
» Item, Madame, vous jurez tous les droiz, biens, actions et autres choses , quelles qu'elles soint audit moustier de Saint-George, spectantes et appartenantes, deffendre, garder et garanter et en bon estât tenir à y^ poveir, et nulles des choses doudit moustier aliéner, et le» choses aliénées à v^^ pov€»r en estât deu rapeler.
» (Dige Tabasse ainsin le jure et toucbege le livre).
» Item, Madame, vous jurez que les pictances, portions et autres quelcunques deuz de antiquité à vos religiouses seours, chapelains et autres, paierez ou ferez paier comme acoustumé est anciennement et que bien les tracterez en lour religion et deuement.
» (Dige Tabasse ainsin le jure et touche le livre). •
Ce serment , qui fut d'abord formulé en latin , ne fut traduit, selon toute apparence, en langue usuelle, qu'au XY^ siècle. Désormais Tabbaye de Saint-Geoi^es sera mêlée à presque toutes les pages de Thistoire de Rennes ; nous aurons donc souvent l'occasion d'en parler.
Un autre établissement religieux , presque aussi impor* tant , eut lieu quelques années après , sous le règne d'Alain- Rubriz. Ce fut la fondation du prieuré de Saint-Cyr, sor la rive droite delà rivière d'IUe, et qui fut d'abord confié aux moines de Saint Julien ( 1057).
Warinus, alors évêque de Rennes, souscrivit à l'acte de cette fondation.
HISTOIUS DS aBKKSS. 67
Alain y avant sa mort, donna la dîme de ses rerenus sur la seigneurie de Rennes à l'abbaye de Saint-^Mdaine (4069). Des sols et des deniers d'argent à son effigie furent aussi frappes à Rennes.
Son fib Gonan U lui succéda, et soutenu par son frère Geoffroiy dit le Bfttard, qui avait été mis en possession du comté de Rennes, conquit son royaume sur son tuteur, Endon, comte de PenthièTre, et se fit couronner duc à Rennes par FévéqucMainus.
40S4 Ce fut ce même Oeoffroi qui, par le conseil de sa femme Berthe de Dol , acheva la reconstruction du monastère de Saint*»Melaine^ commencé par Alain III en 877. Mais cette restauration arait tellement langui, qu'elle n'avait fiiit qu'ajouter de nouvelles ruines aux anciennes, et qu'il n'y restait plus qu'un seul moine fort misérable. Geoffiroi députa vers l'abbé de Saint-Florent de Saumur, qui lui envoya le moine breton Even pour administrer le monastère et le rétablir dans son ancienne splendeur. Peu d'années après les bâtiments étaient achevés, la bibliothèque munie de bons livres , la sacristie pourvue des ornements du culte, et cent moines profès habitaient la com*muùanté , qui depuis cette époque fut soumise à celle de Saint-Florent.
On > frappa alors à Rennes une nouvelle monnaie nommée mAs popelicains.
En 4076 » sous Hoël V , fils de Gonan , l'abbé de Saint- Blelaine, Even, fut nommé archevêque de Dol et sacré par Grégoire VU; mais Even, en prenant le pallium, se réserva l'administration de son abbaye, et y fut inhumé dnq ans après.
Saint-Georges obtint des libéraUtés du comte Geoffroi la vaste prairie qui depuis prit le nom de l'abbaye à laquelle elle appartenait.
C'est vers cette époque, 4079, sous le pontificat de Grégme VII , que Rennes vit pour la première fois un
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concile s'assembler dans ses murs. Amatus, ëvêque d'Orléans, y présida comme légat du Saint-Siège , et Sylvestre de la Guerche, auquel le comte Geoffroi. avait abandonné tous ses droits sur le faubourg qui devint épiscopal , siégea comme évéque de Rennes dans ce concile, dont un des canons prononça « qu'un homme mis en pénitence ne pou- » vait faire le commerce , ni porter les armes , si ce n'était » pour la défense de l'église^ de l'état, des pauvres et de » ses amis particuliers. »
Alain-Fergent succéda à son père Hoël V (4084). La guerre civile, que son père n'avait pu éteindre, continua d'embraser la Bretagne et de diviser les seigneurs qui devaient la protéger. Parmi ceux-ci , le premier auquel Alain s'attaqua fut le comte de Rennes , GeofTroi-le-Bâtard , qui d'abord lutta contre lui en rase campagne, puis s'enferma bientôt dans la ville. Il augmenta ses fortifications du côté de l'est , mais la ville assiégée n'en tomba pas moins au pouvoir d' Alain-Fergent , et ce fut à lui qu'elle dut un nouvel et notable accroissement.
Les anciens remparts furent d'abord reconstruits presqu'entièrement, et d'après un meilleur système ; puis une nouvelle enceinte se forma à l'est de la première, en renfermant dans son cordon projeté de tours et de inurailles crénelées le ChampJacquet et l'abbaye Saint-Georges. Cette enceinte commençait à la porte Chàtelière, aujourd'hui Saint-Michel , se dirigeait vers la porte aux Foulons , la tour Le Bat et la porte Saint-Geoiges; puis enveloppait l'abbaye, suivait le cours de la Vilaine sur laquelle s'ouvraient les deux portes Saint-Germain et Aivière, et venait se terminer à la tour de l'ancienne prison ou d' Apigné. La ville fut ainsi plus que doublée dans sa superficie; sa population ne devait pas tarder à groitre en proportion. Commencée par Alain-Fergent, cette seconde enceinte ne fut guère terminée que sous le duc Jean Y.
Alain qui avait envoyé le comte de Rennes , Geoffroî ,
HISTOIAE DB RENNES. 69
mourir prisonnier à Quîmper, se fit couronner à Rennes, qui avait le privilège de voir poser le cercle ducal par la main de ses ëvêques sur la tête des princes bretons , et qui était considérée par eux comme la capitale de la Bretagne.
Le nouveau duc, qui pour soutenir la guerre avait été obligé de vendre une de ses terres mille sols et un cheval aux moines de Quimperlé , vainquit une seconde fois Giiillaume-le-Gonquérant devant Dol , le força ^ une paix honorable, et obtint la main de sa fille Constance. Rennes célébra cette union par des fêtes.
L'ermite Pierre prêchait alors la première croisade (^095) dont le projet formé par Grégoire VII remontait à l'an 1074, mais dont l'exécution ne fut résolue que dans le concile de Clermont en ^1095, sous le pape Urbain II. Alain (ut des premiers â prendre la croix , et il partit accompagné d'Alain son fils, de Raoul de Montfort, de Conan le fils de l'ancien comte de Rennes GeoflVoi , de Botherel, comte de Lamballe, deRioude Lohéac, d'Alain, sénéchal de Dol, et de beaucoup d'autres seigneurs.
Avant son départ pour la terre-saihte , Alain-Fergent avait perdu sa femme Constance^ fille dé 6iiillaume-le- Conquérant. Elle fut inhumée le ^5 août 4090 dans Talv baye de Saint-Melaine, sous la tour de l'église, ainsi que l'atteste une inscription dont nous parlerons plus tard , à l'époque de sa découverte.
Le siècle d' Alain-Fergent semblait destiné à de grands événements. L'ermite Pierre avait par son éloquence déterminé les princes à s'expatrier pour le bien de la chrétienté. Un autre homme non moins enthousiaste ramena la pénitence et la réforme dans les mœurs dégénérées du clergé. Robert d'Arbrissel, aujourd'hui Arbresec, village où il était né à quelques lieues de Rennes , se mit à prêcher avec un zèle ardent contre les désordres de son temps. Parmi ses sectateurs se trouva un moine de l'abbaye de
70 HISTOl&S PB EBNNBS.
Saint-Jouin^esi-AIarpe, en Poitou, nommé Raoul de k Futaye, qui -vint fonder dans la forêt de Rennes , au lieu deNidnle-Merle, deux couvents oontigus, Tan d'hommes , l'autre de femmes, qu'il plaça sous la protection de Saint*» Sulpice et sous la règle de Saint-Benoit , avec des constitutions particulières. L'abbesse administrait les deux cou- Tcnts, et la première fut Marie, fille d'Etienne, roi d'Angleterre. Cette abbaye, qui avait pluàeurs monastères sous sa dépendance, relevait immédiatement du Saint-Siège. Marbode, évéque de Rennes, qui avait succédé à Sylvestre de la Guerche, assbta à cette fondation.
Ce fut aussi vers ce temp que naquit au Pallet, près de Nantes , Piètre Abeilard , la gloire et la victime du siècle suivant.
Cinq ans après son départ, Alain était de retour à Bennes, et son premier soin fut de s'occuper de régulariser Taction delà justice en Bretagne. Dès 4087, il avait réuni tous les notables de son duché, surtout les évéques, afin de délibérer sur les règles à établir pour une bonne organisation judiciaire. Ce fut sans doute d'après les conseils 4e cette assemblée qu'Alain institua à Rennes un sénéchal devant lequel on pouvait appeler de tout jugenient porté par les juges du pays , hors ceux de Nantes : cette ville avait son sénéchal particulier. Celui de Rennes présidait une cour d'appel qui prononçait ses sentences brièvement,, sans formalités ni sophistiqueries, dit d*Argentré. Puis pour juger l'appel des sénéchaux de Rennes et de Nantes, Alain créa une cour souveraine, sous le nom de Parlement , siégeant plus ou moins de temps , selon l'aboAdance des affaires et la volonté ducale. Quand il plaisait au duc d'y siéger en personne et dans son état rpyal , l'ordre des préséances était réglé pour chacuii de ceux qui y avaient entrée par leur rang social, depuis les hauts barons ju»iqu'au inoindre banneret.
Tel fut en Bretagne le germe de cette institution parle»
HIftTOiBB DB RBNKBS. 7>l
mentaire que nou» Terrons se dérelopper de siècle en siècle 9 et que nous suivrons avec int;érèt dans chacun de ses accroissements, comme la dépositaire et la protectrice des prÎTÎléges nationaux de la Bretagne.
L'érèque de Rennes , Blarbode, qui passait pour l'un des honunes les plm instruits de son temps^ ne fut pas étranger peut-être aux sages conseils qui dirigèrent Tœuvre du prince lureton (4^108).
Un synode ou concile provincial , composé d'évéques et d'abbés, se léonit va*s cette époque à Rennes, sous la présidence de Baldric, qui rapportait de Rome le pallium d'ardievéque de Dol, et Alain y assista près de Marbode.
Ck>nan III, dit le Gros ('I442), poursuivant Tœuvre de son père, prit les petits vassaux et les serfs sous sa pro-» teelioQ, sans crainte de s'attirer Tinimitié des grands. Tandis qu'en France s'organisaient les communes, le duc breton, comprenant les besoins de son peuple, cherchait à créer les institutions qui le protégeraient contre la vio* leuce féodale. Ces commencements de réforme, quelque fiiibles qu'ils fussent, relativement à nous, n'en étaient pas moins alors un progrès véritable; mais, pour atteindre son but, Gonan eut à lutter contre ceux à qui profitait l'of^iession. Il ne borna pas cependant ses bienfaits à punir les grands coupables. Il donna aux habitants des ▼illes le droit d'élire parmi eux des magistrats, nommés échevins, traduction des Scabini de Charlemagne, pour administrer les affaires de la cité ou communauté de ville.
C'est donc à cette époque que Ton peut vraisemblablement faire remonter les premiers éléments de l'administration municipale à Rennes. Les siècles suivants la complétèrent sans doute et la modifièrent beaucoup; mais ils ne firent, comme nous le verrons, que développer le germe qui existait bien avant le duc Conan-le-Gros , et dont celui-ci favorisa la première éclosion. L'on ne saurait dire pourtant quelle fut à Rennes cette organisation pri-
72 HISTOIBE DB RBNUES.
mitive, d*où découlèrent toutes les autres , car les preuves écrites que ce siècle eût pu nous transmettre ont été détruites par rignorante insouciance des temps postérieurs.
La famine qui sévissait en Bretagne et en France à cette époque (4426), affligea Rennes d'une manière particulière. Les habitants y dans leur désespoir , implorèrent le secours de leur duc et de la duchesse, sa mère, qui sans doute firent des efforts impuissants et tardifs pour les soulager. Les désordres de la société étaient la cause première du mal, et il nétait pas au pouvoir de Conan-le-Gros d'y remédier. Du moins ses secours partiels ne manquèrent pas aux Rennais, et soulagèrent quelques misères individuelles.
Deux ans après un autre malheur, qui devait devenir trpp fréquent dans notre ville, vint mettre le comble à ses maux. Un incendie détruisit un grand nombre de ces maisons de bois, si communes dans les villes d'alors, et qui devaient plus d'une fois se relever pour être de nou«veau la proie des flammes. Le duc se trouvait à Rennes au moment de ce sinistre, et sou humanité trouva encore bien des infortunes à consoler.
Il n'y eut pas jusqu'au monastère de Saînt-Melaine qui n'eut aussi sa part de souffrance. Il fut frappé d'excommunication pour une* cause dont la connaissance n'est point parvenue jusqu'à nous, et l'évéque Marbode eut la pénible mission d'en faire observer les règles.
Peu de temps après , il renonça aux fonctions de l'épiscopat, qu'il transmit à Rotalde, pour aller mourir tranquille dans l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers, son pays natal. Son épitaphe nous a transmis un éloge pompeux de ses vertus et de sa science, et il nous reste de lui un portrai]; satyrique de notre ville en rimes latines redoublées.
Le successeur de Rotalde, l'évéque Hamelin , qui prit l'anneau pastoral en 4427, autorisa deux habitants de
Rennes à terminer par un duel les litiges existant entre .
eux, et dont la justice ne pouvait venir à bout. Le duel était une preuve écrite dans les lois barbares ; l'église n'a- |
Tait pu encore l'effacer entièrement. j
Alain, qui succéda à Hamelin en ÀÀM ^ fit de nom- I
breuses donations aux abbayes de Saint>-Melaine, Saint- Georges et SaintiSulpice.
Le prieuré Saint-Michel fut fondé à Rennes vers cette époque par la veuve d'Alain Fergent, Ermengarde d'Anjou, et sa chapelle construite sur la tour au Comte, visà-vis du ch&teau ducal. C'est par suite de cette fondation que la porte Ghâtelière prit plus tard le nom de porte Saint-Blichel.
La chapelle Saint-Lazare, que le duc fit construire dans le même temps au faubourg du sud , fit donner à ce lieu le nom de fiiubourg du Lazare, qu'il ne changea que trois siècles après pour celui de la Madeleine , bien qu'une chapelle de ce nom y existât également à l'époque dont nous parlons.
Une erreur d'économie politique, bien pardonnable alors, et peut-être le dangereux exemple des rois de France, firent commettre au duc de Bretagne l'imprudence d'altérer les monnaies en augmentant leur valeur nominale. Cette mesure eut son résultat ordinaire de porter le trouble dans toutes les transactions, et de faire naître des plaintes de toutes parts. Les habitants de Rennes furent des premiers à réclamer et à demander le rétablissement de la monnaie à son taux primitif, ce que la force des choses dut amener promptement.
Conan confirma par une charte (>I>I48) le don fait par Alain III au monastère de Saint-Melaine de la dîme sur la fabrication de la monnaie.
Tout le bien qu'il avait fait devait se trouver compromis par des dissensions dont il sèmerait lui-même le germe. Sa vie allait finir, et le progrès s'arrêter avec elle. Conan
74 aiSTOIBE DE EEirHBS.
III, sur 60Q Ut de mort, portes ouvertes, et devant qui«* conque voulut en être témoin, fit cette funeste déclaration : que le seul fils qu'il eut n'était pas le sien, et qu'il ne reconnaissait pour son héritière que sa fiUe Berthe, issue de Mathilde d'Angleterre. Cinquante ans de guerres intestines pour la Bretagne suivirent cette malheureuse déclaration. Pendant que le fils désavoué, Hoél, et sa soeur Berthe se disputaient les lambeaux de la succession de leur père, un étranger, un Anglais, allait la leur ravir. Les Nantais, imprudents, avaient appelé cet étranger, frère du roi d'Angleterre, pour se donner à lui, Hoelli cogente inertiâ (4), par suite de la lâcheté d'Htoël, qu'ik avaient d'abord reconnu comme suzerain.
Cependant le nouveau comte de Nantes mourut bientôt, et la Bretagne pouvait retourner à ses princes nationaux. Conan IV, le fils d'un premier mariage de Berthe et d'Alain-le-Noir, de la maison de Penthièvre, fut proclamé duc; mais il eut besoin de l'appui de l'Angleterre, qui exigea en paiement le comté de Nantes. Malgré cette concession, Conan vit son duché presque réduit au comté de Rennes, et encore lui fallulril lutter pour l'obtenir. Eudes^ vicomte de Porhoet et mari de Berthe en secondes noces, s'y était fait reconnaître par les habitants. Conan, après s'être emparé des châteaux de Hédé etdeMontmuran, vint assiéger Rennes en 4455. La ville, bien approvisionnée et bien défendue, devait tenir long-temps; mais le duc Co* nan, qui fiit surnommé le Petit, semblait résolu à tenter les plus grands efforts pour s'en emparer. Eudes, dans l'espoir de l'éloigner plus vite par une défaite, fit une sortie et vint l'attaquer dans son propre camp, avec la meilleure partie de ses forces. Après un combat opiniâtre, Eudes fut vaincu, et prit la fuite, sans pouvoir rentrer dans la place, qui capitula quelques jours après. Conan
(I) Script. Rcr. Franc, t. Il, p. MO.
nsTonB DB RBmnu. 75
alors fit son entrée ducale à Rennes , et fut reconnu par les seigneurs bretons, pendant qu'Eudes, réfugié à la cour du roi de France, Louis Vil, appelait un nouvel ennemi à déchirer la Bretagne.
n ne tarda pas à j rentrer. Conan , abandonné d'une partie des seigneurs, ses grands vassaux, réclama les secours du nouveau roi d'Angleterre, Henri IL Celui-ci vint et lui fit payer cette fois sa protection de l'abandon de toute la Bretague, sauf le comté de Guingamp, que le fidble Gonan se réserva. Bientôt Constance, sa fille unique, âgée de six ans , fut fiancée à Geof&oi , le troisième fils d'Henri H, âgé de dix ans, et assura ainsi la possession de la Bretagne à la race angevine des Plantagenet (4466).
mamam «ou um wjcê nnov» »■ &* bacb »m nAsrrâiftBirBT.
« Dès-lors, il n'y eut plus de nation en Bretagne, dit » Augustin Thierry, mais un parti français et un parti » angevin ou normand. La vieille langue nationale s'altéra » peu k peu dans la bouche des pauvres et des paysans f » eux seuls y tinrent fidèlement, et la conservèrent à » travers les siècles. — Le clergé, ajoute-t-ii ailleurs, » s'empressa de complimenter en langue latine l'homme » qui venait au nom de Dieu visiter et consoler la Bre- « tagne; mais le droit divin de l'usurpation étrangère ne « fut pas reconnu universellement, et les amis de la vieille » patrie bretonne, se rassemblant de tous les cantons, » formèrent contre le roi Henri une confédération par > serment à la vie et à la mort. »
Quoi qu'il en soit, la Bretagne perdit bientôt son dernier défenseur, Raoul, baron de Fougères; Henri d'Angleterre la traita comme une conquête, après avoir abattu l'insurrection générale, dont les derniers efTorts s'étaient
éteints avec Raoul ^ de Fougères. Le roi de France, Louisle-Jeune, vainement appelé par les Bretons , eftt la lâcheté, contrairement à ses intérêts, de les laisser succomber sous leur ennemi commun. La Bretagne devint, comme tant d*autres en Fi-ance, une province de plus des vastes états de la maison Plantagenet. Henri d'Angleterre fit couronner son fils Geoffroi à Rennes en 4469.
Cette cérémonie, qui avait eu lieu plus d'une fois à l'avènement des ducs précédents, s'était peu à peu complétée par de nouveaux détails , que le chapitre jugea nécessaire de consigner dans ses archives (4), afin d'arrêter d'une manière invariable la marche de la solennité. Le couronnement du fils de Henri U servira à nous en donner une idée.
Le duc, accompagné de son père et suivi d'une partie des seigneurs bretons, se présenta à la porte Mordelaise, dont le pont-Ievis ne s'abaissa que lorsqu'il eut prêté le serment suivant entre les mains de l'évêque, en présence du chapitre : « Vous jurés à Dieu la foy catholique, et » l'église de Bretaigne en ses libertés défendre et garder; » les barons et les nobles de Bretaigne et leurs libertés » observer, et au peuple de Bretaigne vraye justice à votre » povair exhiber. »
Le duc répondit : «^ ainsi le jure. »
La porte ducale alors s'ouvrit, et le duc entra dans la ville avec son cortège. L'évêque Alain, le bienfaiteur de Saint-Melaine , avait été remplacé en 4 456 par Etienne de la Rochefoucault, ancien abbé de Saint-Florent, qui avait été inhumé, d'après son vœu, à la porte communiquant de l'église dans le cloître de Saint-Melaine. Robert, qui lui avait succédé en 4466, céda bientôt le siège épiscopal au chapelain du roi d'Angleterre, Etienne de Fougères, qui fut élu en 4468, comme s'il eut été appelé pour couronner le fils de son maître.
;i) .Vuclen pontifical du chapitre de IVcnncs.
HISTOIRE DB RBNNEft. 77
Le duc, après son entrée, fut conduit processionuellement dans la cathédrale Saint-Pierre , où il fut laissé toute la nuit pour faire sa veille d'armes devant Tautel du saint patron. Le lendemain , après matines, le duc fut conduit en son logis, le château ducal près de la porte Ghàtelière, où il se r^)Osa à son plaisir ^ jusqu'au moment où la procession en chappes vint le quérir audit logeis pour se rendre à la grand'messe. Au moment où il sortit de sa chambre, révéqne de Rennes prononça Toraison omnipoiens sempi" terne Deus, etc. Alors deux autres évéques bretons, en costume pontifical, se placèrent à la droite et à la gauche du nouveau duc, et la procession se mit en marche, précédée de la croix et du saint évangile, en chantant : Ecce ego mitto angelum meunty etc. Immédiatement après Tévéque de Rennes, marchèrent les barons, les nobles et le peuple; et quand on arriva à la porte de Téglise, Tévéque de Rennes s'arrêta pour dire l'oraison Deits qui scisj etc. Puis la procession entra dans l'église en chantant le psaume Domine in Tfirtutetud^ etc. A l'entrée du chœur, orné de tapisseries, on fit une nouvelle station, pendant laquelle l'évêque répéta l'oraison omnipotens, etc. Après quoi l'épée et la couronne ducale furent placées aux mains de deux chanoines. L'oraison Deusj etc., achevée, la procession entra dans le chœur, richement paré de tentures; les deux chanoines en chappes chargés de l'épée et du cercle ducal allèrent se placer, l'un avec l'épée nue au côté droit de l'autel , l'autre avec la couronne au côté gauche. Le duc fut conduit près du grand autel à son accoudouerj où il s'agenouilla accompagné des deux évéques déjà désignés. L'évêque de Rennes, aussi à genoux et sans mitre à son aceoudouer vers le milieu du grand autel , entonna l'hymne Feni, Creator j etc. La litanie des saints fut récitée ensuite, et quand on fut arrivé à ces mots : ut dominum apostolicum , l'évêque Etienne se leva , et se tournant vers le duc, toujours à genoux, il prononça ceux-ci : ut hune
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ducem nostrum, etc., pour appeler sur sa tête la bénëdiotîon céleste. Après la litanie , Téréque se tourna de naistveau vers le prince en dbant ToraisoQ Deus qui «# JasUhmm, etc. A la fin de l'oraison ^ le chanoine diai^ de répée nue la présenta à l'éTéque, qui la bailla au duc après ravoir bénite , et en disant à m¥ne voix : « L'on TOUS a baillé cette épée au nom de Monseigneur Saint Pierre y comme anciennement a esté fidtaux rojset ducs de Bretaigne, vos prédécesseurs, en signe de vraje justice, pour defFendre l'église et le peuple, qui vous est commis comme prince droiturier; que Dieu veuille que ce soit par cette manière que vous en puisses rendre vray compte au jour du jugement au sauvement de vous et dudit peuple. »
L'évâque Etienne ceignit alors au duc le fourre élu dit épSCf et lui posa révérerUement le cercle ducal sur le chef, en disant à basse voix : « On vous baille ce cercle ou nom de Dieu et Monseigneur Saint Pierre , qui désigne que vous recevés votre puissance de Dieu le tout-puissant, qui comme cercle rond n'a fin ni commencement, duquel aurés loyés et couronne perpétuelle en Paradis, £ûsaut voti*e devoir par bon gouvernement de voustre seigneurie à la exaltation delafoy, protection de Téglise et deffense de vos sul^ets , que vous octroie Dieu par sa sainte giAce. »
Le duc s'approcha ensuite de l'autel sur lequel il éten-dit la main pour prêter le serment dont l'évêque prononça la formule : « Vous jurés à Dieu , à Monsôgneur Saint» » Pierre , aux saincts évangiles et reliques, qui cy sont pré- » sentement, que les libertés, franchises, immunités et » anciennes coutumes de l'église de Rennes, de nous et » de vos hommes , tendres sans les enfraindre de tort , » force, violence, inquiétations, oppressions et de toutes » novalités quelconques, nous et nos hommes garderés et » ferés garder à votre povair. »
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Le duc la main sur Tautel rëpondil : Amen! Puis ïl vint s'agenouiUer à son accoudouer, pendant que l'évéque récitait les oraisons : Respice, omnipotens Deus, etc.j après lesquelles il entonna le 7!? Deum laudamusj etc., que le diceur acheva. La procession sortit ensuite de nouveau par la grande porte, le duc marchant le dernier^ l'ëpée nue à la main. Elle fit le tour de Valise en prenant par la droite , et rentra par la même porte. Le duc alors conduit de rechef à j'antel, \9 fearre lui fut dëceint, et l'épëe baillée au maréchal qui devait la tenir durant la messe. Tandis que le prélat revêtait les ornements pour officier, le duc reçut à son accoudouer l'hommage des barons présents. Chacun d'eux vint à son tour , tête nue , sans é^ons ni épée, s'agenouiller devant son nouveau suzerain, et plaçant une main dans la sienne, répondre à haute voix : Je le jure! à ces paroles prononcées par le duc : « Vous con- » naissez être notre homme lige, pour rabon de votre » tenre, et jurez à Dieu par la foi de votre corps, que > vous nous servirez comme tel contre tous ceux qui peu- » vent vivre et mourir, fors contre le roi, notre sire. »
Chacun d'eux après son serment reçut le baiser ducal sur la bouche. Henri d'Angleterre compta les absents. La messe du Saint*Esprit fut dite par Tévêque avec les oraisons ordinaires : Pro rege et duce, et Deus qui miro or* dîne y etc. A. la bénédiction, les paroles suivantes furent prononcées par l'évêque : « BenediceU tibi Dominas, cus' » todiaique te , et sicut super populum te TfobUt ësse du- » cem , îta in prœsenti sœculo felicem et cetemœ felicitatis » trittiet esse consortem. Amen. »
Enfin après la messe, le duc fut conduit au palais épiscopal, voisin alors de la cathédrale, et un homme cria à la porte de toute la force de ses poumons : « Le duc tiendra » cour ouverte , et ceux qui voudront assister à son dîner » n*en seront pas empêchés. » L'invitation fut sans doute acceptée par un grand nombre de curieux qui ne manquent
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jamais là où il y a des fêtes. Le jeune duc fit à son tour hommage à son frère Henri, duc de Normandie. La vassalité de la Bretagne ainsi reconnue à titre d*arrière-fief , Henri d'Angleterre qui y régasit au nom de son fils, n'eut plus d'autre désir que de satisfaire sa haine , au mépris de ses serments, contre les seigneurs bretons qui navaient pas assisté au couronnement. Eudes, le plus puissant et qui lui était le plus odieux , fut condamné comme rebelle par un tribunal institué à Rennes , sous l'autorité du roi étranger. Ses domaines confisqués furent ravagés par le fer et la flamme; son château et sa ville de Josselin devinrent une solitude. Le fieûble Louis VU eut au moins le courage politique d'offrir un asile au proscrit.
Sur ces entrefaites, Conan-Ie-Petit , le dernier duc de race bretonne , mourut ignominieusement dans son comté de Guingamp (4474). Henri d'Angleterre s'empara de sa succession, et vit augmenter le nombre de ceux qui reconnurent la suzeraineté de son fils. D'autres relevèrent leur bannière abattue, et parmi eux des premiers, Raoul de Fougères ; la Bretagne fut en proie à de nouveaux fléaux. La famine, disent les chroniques, enleva près d'un tiers de la population.
Un concile provincial, si l'on en croit D. Moiice, se tinta Rennes vers cette époque (4476), et l'évêque de Rennes Etienne, qui faisait rebâtir le palais épiscopal, y assista sous la présidence de l'archevêque de Tours , Barthélémy. Le christianisme saisissait toutes les occasions d'adoucir les mœurs barbares du temps, en se faisant , quand il le pouvait , un appui nécessaire du pouvoir même le plus corrompu. Les religieux de Grandmont obtinrent, dit-on , de Henri II , une loi qui fut publiée sous son nom en Bretagne, et qui défendait de saisir les biens des vassaux pour payer les dettes du seigneur, à moins qu'ils ne se fussent constitués ses cautions (4477).
Le mariage de Constance, la fille de Gonan-le-Petit , et
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àvL jeuee duc Geoffiroi eut enfin lieu ^ les fiancés ayant atteint l'âge nubile (4482). Henri II exigea un nouvel hommage et l^goa cent mates d'argent à Fabbaye de Saint* Sulpioe^lex-Rennes. La discorde ne tarda pas à naître dans la fiunille anglaise, et Geoflroi, qui avait pris les rênes du gtHrreraement dans son duché , se jeta dans le parti de ses frères contre leur père. Celui-ci envoya une armée en Bretagne assiéger Rennes. Le château, que les chroniqueurs nomment ta tour, fut pris et incendié. Geoffroi vint à son tour assiéger les Vainqueurs dans leur conquête , qu'ils avaient restaurée, et les força de se rendre à discrétion» Bfans ce second siège ne coAla pas moins cher à ta ville que le premier : l'inccfAdie ravagea ce qui avait été épargné, et l'abbaye Saint^ïeorges devint cette fois la proie des fliiaim«& (448$).
Réeondiié, non pas sans arrière-peitsée, avec son père, GeofXroy, à son retour d'un voyage en Angleterre (4185), convoqua à Rennes, sous le nom d'assise, une assemblée de barons et d'évèqnes, ou parlement, à l'exemple des rois de France. Cette assise du comte Geoffroi, dont les archives de Vitré nous ont conservé le texte, avait pour but d'empêcher ta mine de l'aristocratie qu'amènerait infiiillibiement le partage des successions. Six articles réglèivnt tout ce qui était relatif aux aînés et juveigneurs des grandes maisons nobles du pays. Le temps apporta des modifications à ces statuts; nous les retrouverons et les noterons chemin fînsant. Quant aux successions roturières, dont il ne fut pas question dans cette assemblée , les garçons avaient droit, d'après la coutume, aux deux tiers des biens, et les filles à l'autre tiers, en ligne directe; mais en ligne collatérale , les hommes héritaient des hommes et les femmes des femmes.
Parmi les évêques convoqués par le duc Geofiroi à cette assemblée, on comptait Herbert, élu à Rennes en 1484, après la mort de Jacques, qui lui-même avait remplacé en
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4482, Philippe, le successeur d'Etienne , ei le restaurateur eu 4480 de la première cathédrale de Rennes, menaçant déjà ruine. L« baron de Fougères, Raoul, qui avait fait sa paix avec le vainqueur , si^eait aussi dans cette réunion législative ainsi que beaucoup d'autres comtes et barons dénommés dans l'acte dont le préambule porte ces mots remarquables: « Faisant le gré auxévéques et auxbarons, » o le commun consentement, feisme assise, etc. •
C'était, depuis Âlain-Fergent , le second essai de parlement, qui n'avait encore de commun que le nom avec cette haute cour de justice destinée plus tard à enregistrer les édits des rois de France, et était plus éloignée encore de cette convocation des trois principales classes, sous le nom d'Etats de la province ; mais le germe était déposé dans cette première institution , pure transformation ellemême des coutumes antiques des diverses races déposées dans la péninsule armoricaine par l'émigration ou la conquête. Le temps devait amener les changements infaillibles et parallèles à ceux de la France , qui aboutirent à notre siècle.
L'évéque avait cessé avec la première race firanke son rôle de défenseur unique des intérêts populaires des villes; il avait siégé, dès la seconde race, dans les assemblées barbares comme représentant des intérêts du clergé; la troisième race, principe de la véritable dynastie française , avait commencé d'introduire l'unité de langage et le titre de baron f était venu désigner ceux des plus puissants vassaux qui entouraient le suzerain à la guerre et dans ses conseils ou parlements. Le treizième siècle allait amener dans ces assemblées un troisième élément , les hommes de loi , qui en feraient notre parlement moderne.
Mais continuons d'observer les vicissitudes jetées dans l'existence de notre cité par les événements de l'histoire du pays. Le drame des faits est souvent la môlleure philosophie de l'histoire.
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n en est un surtout qui peint d'une manière exacte les notables changements survenus à cette époque dans les idées et les mœurs. Le temps n'était plus où le faible cherchant un protecteur , disait au puissant : « De ma vo- » lonté pure et franche y sans avoir été ni forcé ni se- » duity je livre à vous et à vos héritiers , ma personne » et celle de mes enfants, pour porter le joug de la ser- » vitttde. « Cet état de servitude, qui n'était qu'une transiùon de l'esdavage à un état meilleur , commençait à devenir moins général depuis que les conununes et les croisades avaient introduit les actes d'affranchissement : « Sachent tous, disait un seigneur, qu'en vue d'obtenir » la rémission de mes péchés , par cet acte d'affranchis- » sèment, j'ai donné à mon serf la liberté; de telle sorte » qu'il est entièrement délivré de tout joug de la servi- » tilde. le lui remets de plus en entier mon droit de pa- » tronage, son pécule et ses possessions, promettant et » jurant que jamais, ni par moi ni par mes successeurs, » je n'irai contre cette liberté que je lui rends, et pour » que ce présent acte ait toute la stabilité possible, j'ai « prié mon seigneur de le confirmer par l'apposition de • son sceau , et nous, par la grâce de Dieu, avons jugé > à propos de mettre ici notre cachet. »
Les crcHsades auxquelles surtout on devait ce progrès dans l'état des personnes et de la propriété , les croisades se renouvelaient chaque demi-siècle. La troisième se préparait. Un grand nombre de Bretons j prirent part comme anx deux premières.
Cependant le duc Geofiroi ne marcha pas à leur tête. Il était toujours en discorde avec son père. Après sa mort (4486), la duchesse Constance, qui n'avait alors qu'une fille, prit le gouvernement de la Bretagne qu'elle conserva jusqu'à l'époque où elle put faire reconnaître par les barons le fils qu'elle mit au monde cette même année 4486, et qui porta le nom d'Artur , malgré l'ordre du
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roi (l'Angleterre. C'était une protestation contre la domination anglaise. Le nom d'Artur, le héros compagnon du roi Hoél-le-Gi^nd , semblait promettre à la Bretagne un prince national, un vengeur. Artur ne devait être que malheureux.
Le roi de France , Philippe-Auguste , et le roi d' Angle* terre, Henri II, réclamèrent d*abord la tutelle du jeune prince. Henri s'étant emparé de la duchesse Constance, la remaria de gré ou de force à un simple seigneur anglais, Raoul, comte deChester, son neveu. Les seigneurs bretons indignés chassèrent Raoul à la mort d'Henri. Constance pendant sept ans régna au nom de son fils. Richard et Philippe-Auguste étaient partis pour la terre sainte. Elle fit recouvrer à la Bretagne un peu d'indépendance. Une assemblée générale des barons convoquée par elle à Rennes , reconnut comme duc de Bretagne le jeune Artur à peine âgé de neuf ans (4496). Ce ne fut qu'un engagement, provisoire de soutenir le fils de leur ancien duc , en atten«dant le jour où il pourrait recevoir la conronne ducale et les serments de ses grands vassaux. On lai donna pour gouverneurs Guehenoc, éréque de Vannes, et Alain de Dinan , sénéchal de Bretagne.
Ce fut cinq ans ap7ès (41104) qu'Artor, âgé de qua* torze ans , revint à Rennes pour s'y faire couronner. La porte Mordelaise s'ouvrit , selon la coutume, devant son serment de protéger les libertés de l'église, celles des barons et du peuple. L'évéque de Rennes, Pierre de Dinan, lui ceignit l'épée et lui posa le cercle ducal. Il reçut les hommages des barons à son accoudouer, et jura à son tour, la main sur l'autel, de conserver leurs franchises , en prenant à témoin Dieu et Monseigneur Saintr-Pierre.
n n'entre point dans notre plan de raconter toutes les infortunes de l'existence d* Artur. Nous n'écrivons pas l'histoire de Bretagne. Nous nous bornerons à rappeler que , deux ans après son couronnement, il mourut a^ssine à Rouen par Jean*sans-Terre , le frère de Richard-Cœur-de-
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Lion y auquel la Bretagne dut les plus horribles dévastatioas (pii Teussent jamais affligées. La nouvelle de la mort tragique d'Artur souleva tout son duché. Les prélats et les barons, qui n'avaient pas tenté un seul efFort pour empêcher le crime, s'assemblèrent à Vannes, sous la présidence de Guy de Thouars, veuf de la duchesse Constaaœ et tuteur d'Alix, sa fille ainée, héritière de la couronne ducale. Cinquante-cinq évéques, barons, comtes ou vicomtes assistèrent à cette réunion , dans laquelle on compta le sénéchal de Rennes , Guillaume , et Tévéque Pierre de Dinan , qui avait couronné le malheureux Artur.
Cette assemblée, qui n'était point encore les états, mais qui représentait alors les seules forces vitales du pays ( le troisième élément n'était pas encore arrivé à la vie politique ) , cette assemblée délégua d'abord le pouvoir à Guy de Thouars, qui prit le titre de duc, au nom de sa fille Alix. L'évéque de Rennes, Pierre de Dinan, et Richard, maréchal de Normandie, furent ensuite députés pour demander justice au roi de France du meurtre de son vassal. Philippe» Auguste fit condamner l'assassin d' Artur par les pairs du royaume, et s'empara des terres qu'il possédait dans le royaume de France. Bientôt Guy de Thouars, par une inconstance que rien ne pouvait justifier, passa bnisquemaat dans le parti du roi d'Angleterre (4208). U ne tarda pas à porter la peine de cet acte impolitique désapprouvé par le pays et la masse des seigneurs bretons. Assiégé dans Nantes par Philippe- Auguste , il fut obligé de se soumettre , en lui cédant non seulement cette place, mais encore celle de Rennes, en reconnaissant sa suzeraineté immédiate sur toute la Bretagne , en abandonnant la tutelle de sa fille qui fut proclamée duchesse, et en se contentant du titre de régent.
Philippe-Auguste était à peine retourné à Paris, que Jean-sans-Terre vint à son tour ravager la Bretagne. Après avoir échoué devant Nantes , il s'en vengea sur les environs
de Rennes , et sur une partie de son territoire nommé La Mée y dont Ercé-en-Lamée (Eroeius in medio) occupait un des points. Une trêve de deux ans dëlivra enfin le pays de ces courses périodiques de T Angleterre et de la France, qui en faisaient un champ de bataille continuel ; mais les deux ans expirés , la guerre ne tarda pas à renaître (4209).
Pierre de Fougères , neveu de Tévéque Etienne du même nom , succéda vers cette époque (4240) à Pierre de Dinan, et fut sacré , selon D. Morice, par l'archevêque de Tours, dans un concile tenu à Rennes.
Philippe* Auguste , qui avait consenti au mariage d'Alix avec Henri d'Avaugour, de la maison de Penthièvre, craignit de réveiller l'indépendance bretonne en donnant l'héritière de Bretagne à la plus ambitieuse des iàmilles du pays. Il n'hésita pas à violer sa parole, et chercha dans sa maison un prince qui , en épousant Alix , lui répondît de la nouvelle province annexée à son royaume , sous les conditions de vassalité directe.
Alors finit la branche des ducs bretons de la race des Plantagenet, et commença celle des ducs bretons de la maison de France. C'est une nouvelle époque dans nos annales; c'est un pas de plus vers l'unité, dont la Bretagne devait être un élément. Cependant il- feUut encore plus de trois siècles avant que , je ne dis pas la fusion , mais l'union officielle fut complète .