‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 11 sur 213 · LIVRE I, LA SOCIÉTÉ DES ROSATl 2T · texte numérisé non relu

LIVRE I, LA SOCIÉTÉ DES ROSATl 2T

voir une certaine analogie entre cette société et la franc-maçonnerie ; il n'en est rien. Les Rosati^ il est vrai, chantaient au bruit de la dislocation du vieux monde s’effondrant de toutes parts sous les coups des philosophes, et plusieurs d’en ire eux s’associaient activement au prodigieux mouvement qui poussait les esprits vers l'inconnu; mais dans leurs réunions ils ne s’occupaient ni de politique ni d’économie sociale. Tout au plus frondaient-ils dans leurs petits vers, suivant l’usage immémorial en France, les abus d’un régime désormais frappé au cœur. Mais, cette fois, tout ne devait pas finir par des chansons, et la société des Rosali eut, du moins, la gloire décompter dans son sein deux des plus infatigables pionniers de l’ordre social nouveau; j’ai nommé Carnot et Robespierre.

Le premier avait été admis dés 1780 ; le second le fut deux ans plus tard, dans l’année qui suivit celle de son retour à Arras.

Les séances des Rosali se tenaient dans un des faubourgs de la ville, en dehors des fortifications, sur les bords de la Scarpe, sous un berceau de rosiers. Chaque réception d’un membre nouveau donnait lieu à une réunion générale. La cérémonie avait une simplicité toute pastorale : on offrait une rose au récipiendaire, qui la respirait trois fois, l’attachait à sa boutonnière, vidait d’un trait un verre de vin rosé à la santé des Rosalie puis, au nom de la société tout entière, était embrassé par un de ses membres. Il recevait ensuite un diplôme en vers auquel il était d’usage de répondre par quelques couplets (1). On a conservé un certain nombre de pièces de Carnot et de Hobespierre, chantées par eux au sein de la société des Rosali. Ni l’un ni l’autre, il faut le dire, n’avaient reçu le feu sacré, et s’ils n’avaient que leur bagage poétique* pour les recommander à la po.''téi ité, leur immortalité serait singulièrement compromise; mais ils ont d’autres titres plus sérieux à la reconnaissance des hommes.

Robespierre, il paraît, fut reçu avec un véritable enüiousiasme. •

Je vois l’épine avec la rose

Dans les bouquets que vous m’offrer,

Et lorsque vous nie célébrez.

Vos vers découragent nia prose.

Tout ce qu’on in’a dit de cbarmant.

Messieurs, a droit de me confondre (2)...

disait-il, dans sa réponse au confrère chargé de le complimenter.

(1) Pour de plus amples renseignements sur la société des Rosa//, voyez l’intéressante notice pniiliée par M. Arthur Dinaux, dans la troisième série des Archives du Xord, à Valenciennes.

(2) Voyez ses couplets de réception à la suite des Mémoires de Charlotte Robes- [lierre, p. 157.

C’est qu’en effet dès lors, malgré son extrême jeunesse, il était déjà célèbre à Arras; et nous montrerons bientôt par quels travaux importants, par quels succès il avait mérité de conquérir si rapidement l’estime et l’admiration de ses concitoyens.

Ses relations avec Carnot datent, on le voit, d’une époque bien antérieure à la Révolution. Et ce n’étaient pas de simples relations du monde, c’étaient des relations tout intimes, tout amicales; nous le prouverons sans peine dans un instant. Aussi avons-nous lu avec un profond étonnement, dans des mémoires récemment publiés sur Carnot par son fils, qu’ils étaient à peu près inconnus l’un à l’autre lorsqu’ils se trouvèrent ensemble sur les bancs de la Convention. S’il faut en croire l’illustre défenseur d’Anvers, il n’aurait eu que deux fois l’occasion de se rencontrer avec Robespierre avant l’explosion de 1789; la première à propos d’un procès dont il le chargea; la seconde, lorsqn’ayant été élu membre de l’Académie d’Arras, il fut reçu par Robespierre, alors directeur de cette Académie.

Quant à la circonstance du procès, voici, en substance, ce que raconte Carnot. Étant en garnison à Calais avec son frère, ils faisaient /nénage commun et avaient pour servante une vieille femme nommée madame Duhamel. Un jour ils lurent, dans un journal de la localité, qu’une dame portant le même nom venait de mourir en Artois sans laisser d’hériiiers directs. Ils eurent alors l’idée de demander à leur servante si par hasard elle ne serait pas parente de cette dame. La vieille domestique leur ayant montré ses papiers, ils les examinèrent attentivement, acquirent la preuve qu’en effet elle était de la même famille, l’engagèrent vivement à faire valoir ses titres devant les tribunaux, « quoique les adversaires qu’elle allait y rencontrer appartinssent à une maison influente dans le pays, » et chargèrent Robespierre de soutenir les droits de leur pauvre servante (1).

Il y a là d’abord une première erreur évidente. Carnot habitait Calais avant de s’établir à Arras, où, dès l’année 1780, il était en garnison. Or à cette époque Robespierre était encore étudiant; il acheva ses études

(1) Mémoires sur Carmt par son fils, t. I, p. 96, 97. Paris, Pagnerre, 1861.

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