U VUE IV
LA FUAXCE ET LE COMTAT VEXAISSIX
cation. Entre elle et lui, il y a différence de lois, de coutumes et de tribunaux ; le refus des habitants du Comtat de se réunir à la France ne saurait donc être un obstacle à l’incorporation des Avignonnais. Dans la cause de ces derniers, il voyait celle de tous les peuples dont la souveraineté ne pouvait être aliénée au profit de tel ou tel individu, et il la défendait au nom même des principes proclamés par l’Assemblée constituante; autrement, disait-il, il n’y aurait plus de peuple, il n’y aurait qu’un tyran et des esclaves. C’était le principe des nationalités nettement posé.
Répondant à celte objection qu’Avignon était la propriété du pape, il s’écriait : « Juste ciel l les peuples, la propriété d’un homme ! Et c’est dans la tribune de l’Assemblée nationale qu’on a proféré ce blasphème. » Ici l’orateur fut obligé de s’arrêter, interrompu par de bruyantes acclamations. Quelques membres, assimilant à une conquête l’annexion d’Avignon au territoire français, avaient invoqué le décret par lequel l’Assemblée, stipulant au nom du pays, avait renoncé à toute conquête. Mais, répondait victorieusement Robespierre, une conquête est l’oppression d’un peuple par un autre, ou plutôt par un de.spote, tandis que c’est spontanément et par un contrat librement consenti que les Avignonnais offrent de se réunir à nous. Et comme, pour jeter quelque défaveur sur leur pétition, on avait rappelé qu’elle avait été formée au milieu de troubles sanglants, troubles fomentés par l’aristocratie d’Avignon au mois de juin précédent, il dit : « Que les auteurs de ces raisonnements engagent donc les tyrans à rendre aux peuples l’exercice de leurs droits, ou qu'ils leur donnent les moyens de les renverser sans insurrection... » A ces paroles de nouveaux applaudissements interrompirent une seconde fois l’orateur ; lui, reprenant : « ou plutôt qu’ils fassent le procès au peuple français et à ses représentants avant de le faire à ceux qui nous ont imités. »
Après s’être attaché à prouver combien il était absurde, ridicule, contraire à tous les principes de contester au peuple avignonnais le droit de demander sa réunion à la France, Robespierre chercha à démontrer que l’Assemblée nationale ne pouvait se dispenser d’accueillir sa pétition. Ne devait-elle pas avoir à cœur de consacrer ce principe de la souveraineté des peuples sur lequel reposait tout l’édifice de la constitution? N’était-il pas de sa dignité et de son honneur de ne pas exposer aux vengeances de ses ennemis un peuple resté français malgré toutes les conventions contraires, et dont le seul crime était de vouloir partager nos destinées? Mais ce n’était pas tout : une foule de raisons économiques et politiques de la plus haute importance faisaient en quelque sorte une nécessité de la réunion de cette ville au royaume.
HISTOIHE DE ROBESPIERUE
Gomment, en effet, tant qu’elle en demeurerait détachée, sa position entre plusieurs de nos départements permettait-elle de reculer aux frontières toutes ces barrières intérieures qui divisaient autrefois la France et la coupaient en une fople de petits États séparés d’intérêts et de coutumes? « Sa situation au confluent du Rhône et de la Durance, le rocher qui la domine, la facilité qu’elle peut donner, à ceux qui en seraient les maîtres, de mettre des entraves à la communication du Languedoc, de la Provence, du Dauphiné, en font une place infiniment importante et nécessaire à la France, et vous invitent à ne point violer la plus irréfragable de toutes les lois, celle de la nature même, qui a voulu qu’elle fût, qu’elle ne pût être qu’une portion du territoire français. » N’était-il pas à craindre, si l’on résistait plus longtemps à ses vœux, de la voir devenir le quartier général de l’aristocratie, qui de là dirigerait ses attaques contre notre constitution , tandis qu’elle pourrait être un boulevard contre tant d’ennemis puissants? « Voyez, » ajoutait-il, « au sein de cette partie de la France, où ils ont déjà fait germer les funestes semences des dissensions civiles, le comtat Venaissin et Avignon placés nécessairement pour être ou le principal foyer des conspirations, ou le ferme appui de la tranquillité publique, suivant le jugement que vous prononcerez sur le sort des Avignonnais. danger n’y aurait-il pas h les laisser retomber sous le joug de ceux qui, unis par des passions et des intérêts communs, conspireront pour amener impunément une explosion fatale à notre glorieuse Révolution. C’est de ce pays que dans nos troubles domestiques les papes soufflaient sur ce royaume tous les fléaux du fanatisme, de la guerre civile et religieuse qui l’ont si longtemps désolé. C’est là que les ennemis du peuple avignonnais et du peuple français peuvent vous préparer de nouveaux troubles... » Et puis, oubliait-on les vœux formellement exprimés dans leurs cahiers par les bailliages voisins, pour réclamer la réunion de cette ville à l’Empire français ?
Que si les cours étrangères avaient l’intention de déclarer la guerre à la France, elles n’avaient pas besoin, comme on l’a dit, du prétexte de cette incorporation. Au surplus, poursuivait-il, vous n’avez à leur opposer que les armes dont les peuples, en état de révolution, ont toujours usé contre les tyrans : le serment de périr pour la liberté. « Adoptez d’autres principes, et montrez quelques craintes, vous êtes déjà vaincus. » Ce fier langage souleva, cette fois encore, les acclamations de l’Assemblée.
Jusque-là Robespierre s’était trouvé en parfaite communauté d’idées avec son collègue et son ami Pétion ; où il se sépara de lui, ce fut sur la question des indemnités à accorder au pape. Suivant lui, il n’y en