‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 15 sur 213 · LIVRE I. PROMESSES d’eLOQCEN’CE · texte numérisé non relu

LIVRE I. PROMESSES d’eLOQCEN’CE

La liberté du barreau, comme plus tard celle de la tribune, convenait mieux à son tempérament. Là il pouvait plus à l’aise battre en brèche les vices et les préjugés de l’ancien régime. Au lieu d’être le défenseur obligé de lois mauvaises, engendrées en des temps d’arbitraire et de despotisme, suivant le bon plaisir de gouvernements sans contrôle, il lui était permis de réclamer hautement, publiquement des réformes devenues indispensables^ de travailler activement à la ruine d’un édifice social vermoulu et justement condamné à disparaître.

Il s’était fait un auditoire sympathique; la plupart des magistrats accoutumés à l’enlendre étaient devenus ses amis. Plusieurs, il est vrai, dans la suite, ne restèrent pas fidèles à cette amitié; platoniques adorateurs de la liberté, ils en vinrent à l’abhorrer dès qu’ils furent en possession de la déesse, et ne pardonnèrent pas à ceux qui demeurèrent attachés à son culte; nqais Robespierre, lui, ne changea point.

Son éloquence avait quelque chose d’entraînant. Sans doute il ne se montra pas tout de suite ce qu’on le vit plus tard à la Constituante, quand il fut parvenu à rompre la glace, ou à la Convention ; mais il était facile de deviner, dès ses débuts au barreau, l’irrésistible orateur; d’autant plus irrésistible que ses accents étaient l’écho profond de sa foi, que ses élans parlaient du cœur et que, suivant l’expression de Mirabeau, a il croyait tout ce qu’il disait. »

Après sa mort on l’a défiguré au physique comme au moral. S’il faut en croire quelques-uns de ses calomniateurs, il avait la voix en fausset, aigre, criarde et discordante, cet homme qui si longtemps, sous le charme de sa parole, sut tenir attentives la Convention nationale et les ‘ assemblées populaires. Nous pouvons affirmer, au contraire, d’après des témoignages non suspects, que sa voix était sonore et pénétrante. S’il n’eut ni l’ampleur de Mirabeau, ni la fougue de Danton, il posséda plus qu’eux l’art de convaincre; c’est ce dont le lecteur se rendra parfaitement compte lui-même en le suivant avec nous pas à pas dans les phases diverses de son orageuse existence. Tour à tour froid et ardent, doux et terrible, nerveux, concis quand il le fallait, abondant à l’occasion, maniant d’une main également sûre l’arme de la raison et celle de l’ironie, toujours convaincu, toujours maître de lui-même, le geste merveilleusement approprié au discours, il possédait au suprême

degré tout ce qui constitue le véritable orateur. Un de ses plus acharnés détracteurs, Merlin (de Tliionville), dans une lâche et ridicule brochure sur laquelle nous aurons l’occasion de nous étendre plus longuement en temps et lieux, veut bien accorder qu’il a montré « des talents oratoires (1) ; » c’est ce dont on ne peut douter à moins de nier la clarté du jour. Nous reviendrons sur ce sujet; mais nous tenions à constater dès à présent la réputation d’éloquence dont, jeune avocat, il jouissait à ses débuts. On ne le comparait à rien moins qu’au fils d’Antiope et de Jupiter, dont les touchants accords attendrissaient les pierres elles-mêmes. Kn faisant la part de l’exagération, il n’en reste pas moins établi que Maximilien Robespierre n’avait la voix ni aigre ni disD créante. Voici en quels termes le dépeignait un de ses confrères de la société des Rosati :

Ail! nidoiihlez d’attention!

J’entends la voix de l\obesi»ierrc.

Ce jeune émule d’Ainphion

Attendrirait une panthère (2).

Parmi les causes dont il fut chargé tout jeune encore et qui lui valurent d’éclatants triomphes, il en est une dont nous devons entretenir le lecteur avec quelques détails, parce qu’elle représentait un véritable intérêt social et qu’elle eut un immense retentissement, nonseulement dans la province d’Artois, mais aussi à Paris, en France, et dans toute l’Europe : nous voulons parler de la fameuse affaire du Paratonnerre.

Depuis plus de vingt ans la précieuse découverte de l’immortel Franklin était'adoptée par toutes les nations, quand, pour l’étonnement du monde et l’indignation de tous les hommes éclairés, éclata, non loin d’Arras, le procès le plus singulier. Un avocat de Saint-Omer, nommé

(1) Portrait de Bobefjderre , par Merlin de Tlûonville, In-8 de 12 papes, de l’imprimerie de la veuve Marat. Merlin, du reste, n’est que le sipimtaire de ce plat libelle.

Défenseur ardent de la mémoire de l’.4 mi du peuple, Merlin reproche vivement û lîobespierre, obligé de présider à son apothéose, d’avoir ou plutôt l'air de le traîner à la voirie que de le porter au Panthéon. Voy. p. 5. Ceci nu Hpiiré, car ce ne futqn’aprè» le 9 Thermidor que le corps do Marat fut transporté au l'anthéou par les Thermidoriens.

(2) La Société des Rosati tP Arras, par M. Arthur Dinanx, p. 25.

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