‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 191 sur 213 · LA MAISON DUPLAY · texte numérisé non relu

LA MAISON DUPLAY

livres de rente en maisons, somme considérable pour l’époque (1). S’il avait embrassé avec ardeur les principes de la Révolution, ce n’était donc pas comme tant d’autres dans l’espoir de s’enrichir au milieu des convulsions politiques de son pays; il n’avait qu’à y perdre une partie de cette fortune si laborieusement gagnée, mais il était, de ces hommes de forte trempe qui placent avant toutes les considérations d’intérêt personnel et privé celles du droit, de l’équité, de la justice éternelle.

En face de la rue Saint-Florentin et de l’Assomption se trouvait alors un immense enclos, borné au midi par les maisons donnant sur la rue Saint-Honoré, à l’ouest [>ar la rue Royale et quelques liôtels donnant sur cette rue, qu’on appelait encore à celte époque le Rempart, au nord par le boulevard de la Madeleine, portant aussi le nom de Rempart, et à l’est par les maisons en bordure sur la rue de Luxembourg; c’était le couvent des religieuses de la Conception. Les bâtiments du monastère, formant un carré assez régulier, occupaient une j)arliede l’emplacement traversé aujourd’hui parla rue Duphot qui, sur son passage, a également renversé l'église du couvent, à laquelle on arrivait par une sorte de cour d’iionneur ayant accès sur la rue Saint-Honoré. Des vingt-trois maisons s’ouvrant sur celte dernière rue, depuis la rue de Luxembourg jusqu’au Rempart, dix appartenaient à la congrégation voisine (2). Parmi ces dix maisons, presque vis-à-vis de la rue Saint-Floreiilih, on en voyait une assez importante, portant alors le numéro 366. Il ne faut pas oublier qu’à celle époque on numérotait par quartier; lorsque, dans les premières années de l’empire, on adopta le système beaucoup plus rationnel du numérotage par rues, elle prit le numéro 398, qu’elle conserve encore au moment où nous écrivons.

Dans la cour de cette maison étaient des ateliers de menuiserie, et^ au fond, un petit bâtiment formant pignon sur la cour; c’était là que demeurait .Maurice Duplay, à quelques pas du club des Jacobins; il était principal locataire des religieu.ses de la Conception moyennant la somme de 1,800 livres en principal et livres de pot-de-vin (3). De toute cette maison, dont nous donnerons autre part la description

(1) Maurice Duplay était à cette époque propriétaire fie trois nmisoiis situées rue (le l’Anîade, rue de Luxembourg et rue d’Angoulênie. [Munusa il de madame l.e lias. Ct‘. manuscrit ]*récicux, tjui nous a été confié après lu mort du savant et regrettable lMiilip{HJ Le. Bas, contient sur lu vie privée de Robespierre les renseignomeuts les plus précis. Ou jugera plus tard de rimjiortance de ce document.)

(2) Nous donnons ces détails d’après un plan très-complet du couvent des religieuses delà Conception pour l’année 1786, où so trouvent indiciuces toutes les maisons riveraines avec les noms des propriétaires, plan que nous avons trouvé aux Arclüves de l’Kmpire.

(3) Bail passé devant Choron et son confrtTc, notaires à Paris, le 5 inay 1787.

complète, on chercherait vainement un vestige aujourd’hui, il n’en reste plus une pierre. En prairial an IV, lors de la vente des biens du couvent, elle fut achetée moyennant 32,888 livres par Maurice Duplay. Quelques années après, en messidor an IX, Auzat, gendre de Duplay, cessionnaire, pour moitié, des droits de son beau-père, vendit sa part à un bijoutier nommé Jacques Rouilly, qui, pendant la Révolution, occupait une des boutiques sur le devant, et entre les mains duquel la maison passa tout entière en 1810. L’année suivante, quand, sur remplacement de l’ancien couvent, on perça les rues Richepanse et Duphot, le nouveau propriétaire démolit les hangars de la cour et le pavillon du fond occupé par la famille Duplay pour y élever les constructions qui existent aujourd’hui et rapetissent singulièrement la cour, et, un peu plus tard, en 1816, à la place de la maison basse du devant qu’liabitèrent Charlotte et Augustin Robespierre, il fit bâtir sur les dessins de l’architecte Dufaud la maison, assez peu monumentale du reste, qu’on voit maintenant (1).

Admirateur passionné de Robespierre, Duplay eut les mêmes craintes que madame Roland, et, à l’issue de la séance des Jacobins, il le pria d’accepter pour la nuit un asile dans sa demeure. Maximilien, touché, accepta l’offre, et se laissa conduire au sein de la famille du menuisier, de cette famille qui désormais allait être la sienne. Elle se composait de Maurice Duplay, de sa femme, d’un fils ayant alors une douzaine d’années et de* quatre filles, dont l’une, la seconde, était déjà mariée à un avocat d’Issoire, en Auvergne, nommé Auzat. Madame Duplay accueillit Robespierre comme un fils; elle l’aimait déjà avant de le connaître, car elle partageait tous les sentiments de son mari; les filles le reçurent comme un frère. Nous dirons plus tard quelle fut sa vie au milieu de cette famille de mœurs patriarcales, vie heureuse où il se reposait des agitations du dehors. Quand, le lendemain, il voulut prendre congé de ses hôtes pour retourner rue deSaintonge, la mère et les filles le conjurèrent de rester. On avait à lui donner une petite chambre isolée où il travaillerait à son aise, sans avoir à se préoccuper des besoins de l’existence matérielle, on y pourvoirait pour lui; et puis il serait à deux

(1) Kons avons eu sous les yeux les titres mêmes, sur lesquels il nous a été permis do donner ces détails précis, et qu’a bien voulu nous communiquer M. Voury, propriétaire aujourd’hui de la maison portant le ii" 398. Ainsi, nous le répétons, de lamaison qu’hahita ''' Kobespierre il ne reste aucune trace; c’est donc à tort que MM. Esquiros, de I.an)artineet quelques autres écrivains l’ont présentée comme existant encore avec de simples modifications. M. Michelet commet également une erreur quand, trompé sans doute par l’apparence de la maison actuelle, il parle « de cette cour humide et sombre, de cette porte basse, s {Histoire de la Rérolution, t. III, p, 191.) 1a cour était plus vaste alors, et l’on entrait dans la maison de Duplay par une grande porte cochère.

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