‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 38 sur 213 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

MAI 1780 — DÉCEMBRE J78o'

La messe du Saint-Esprit à Versailles. — Ouverture des états généraux. — Les communes de France. — Scission entre les trois ordres. — Proposition de Robespierre.

— Les communes se constituent en Assemblée nationale. — Opinion de Robespierre sur quelques membres de l’Assemblée ; lettre à son ami Ruissart. — Sa réponse à l’arclievéque d’Aix. — Séance du 20 juin ; serment du Jeu de Paume. — Déclaration du 23 juin. — M. de Brézé et Mirabeau. — La noblesse et le clergé se réunissent aux communes. — Mouvements dans Paris. — Les débuts de Robespierre à la tribune. — 11 est nommé membre d’une députation envoyée au roi pour demander l’éloignement des troupes. — Renvoi de Xecker. — L’Assemblée se déclare eu permanence. — Prise de la Bastille. — Consternation à Versailles. — Premier convoi de l’émigration. — Robespierre accompagne Louis XVI à Paris. — Réception faite au monarque. — Visite k la Bastille. — Robespierre stimule le zèle de ses concitoyens d’ Auras. — Il combat une proclamation proposée par LaUy-ToUendal.

— Se prononce pour l’otiverture des lettres saisies sur Castelnau. — Retour do Necker. — Robespierre appuie la proposition de Mirabeau concernant Besenval. — Sa motion sur les troubles des provinces. — Nuit du 4 août. — Discours en faveur de la liberté individuelle et de la liberté de la presse. — Il demande qu’à la nation seide appartienne le droit d’établir l’impôt. — Sa motion pour que chacun puisse s’exprimer en toute liberté sur la forme du gouvernement. — Son dire sur le veto royal. — Il demande que chaque législature soit fixée à un an. — Son opinion snr la promulgation des décrets du 4 août. — Il attaque la réponse du roi. — Journées des 5 et 6 octobre. — Stanislas Nfaillard et les femmes à l’Assemblée. — Robes- 2>icn*e combat les formules anciennes des arrêts du 'conseil et des déclarations royales. — L’Assemblée à Paris. — Discours de Robespierre contre la loi martiale.

— Il réclame l’application du suffrage universel. — S’élève contre l’exception proposée en faveur des fils de famille. — Les 2)arlements suspendus. — Jugement de Robesi)ierre sur d’Èprémesnil. — 11 demande l’impression d’un discours du vicomte de Mirabeau. — Insolence de ce dernier. — Réponse de Robespierre à l’abbé Maury au sujet des états du Cambrésis. — Nouvelle organisation du royaume. — Avis proposés par Robespierre. — Son opinion sur la conduite des citoyens de Toulon et celle de M. de Riom. — Discours en faveur des non-catholiques et des comédiens. Premiers démêlés avec M. de Beauinetz. — Le club des Amis de la Constitution. — Robespierre me de Saintonge, au ^Lirais.

Le h mai 1789, jour d’éternelle mémoire, fut célébrée en grande pompe, à Versailles, la messe d’inauguration des états généraux. Ce

HISTOIUE DE ROBESPIERllE

jour-là battit plus fort que de coutume le cœur de la France entière, et presque tout Paris se donna rendez-vous dans la ville de Louis XIV, afin d’assister à l’installation d’une assemblée appelée à consacrer une Révolution qui était déjà dans toutes les idées. Ahl ne l’oublions jamais, cette journée mémorable, car c’est la date de notre affranchissement; et si nous n’avons pas encore vu se réaliser toutes les espérances de cette année féconde, le pur symbole de la liberté sainte est resté en nous comme un esprit vivifiant, et nous rattache à jamais au souvenir de cette glorieuse époque.

Rarement plus imposant spectacle avait frappé les regards d’un peuple. Les états s’étaient assemblés le matin dans l’église de Notre- Dame, où, en présence de toute la cour, on chanta le Vcni Creator. Cette prière terminée, les députés se rendirent, entre deux haies de gardes-françaises et de Suisses, à l’église de Saint- Louis; mais, au lieu de se grouper par bailliages, ils s’avancèrent par ordres; ce qui mécontenta beaucoup de monde, tant déjà commençaient à paraître choquantes ces inégalités sociales formant entre les citoyens d‘un meme pays de si profondes lignes de démarcation. Les représentants du tiers état, au nombre de près de six cents, vêtus de noir, les épaules couvertes d’un léger manteau de soie, marchaient les premiers, graves et fiers dans leurs modestes costumes, comme s’ils se fussent sentis chargés du poids de l’avenir de la France.

Aux acclamations enthousiastes qui, à leur passage, sortirent de toutes les poitrines, et dont les échos prolongés devaient retentir aux deux extrémités de cette patrie retrempée dans le baptême des élections populaires, Robespierre put se convaincre qu’il n’était pas le seul à considérer le tiers état comme l’ancre de salut du pays, et que, d’accord avec lui, l’immense majorité des citoyens mettait tout son espoir dans un ordre où résidaient en effet les forces vitales de la nation. Inconnu alors, on ne le montrait pas comme ce Mirabeau dont la tête puissante et superbement portée attirait tous les yeux ; nul parmi cette foule ne soupçonnait encore le prestige qu’exercerait sur elle l’obscur avocat d’Arras; mais, lui, sentant le peuple au diapason de sa pensée, avait déjà sans doute une sorte d’intuition de sa puissance future sur l’opinion.

Venait ensuite la troupe brillante des députés de la noblesse avec leurs habits tout chamarrés d’or, et le chapeau à plumes retroussé à la Henri IV (1). Un silence glacial et de mauvais augure accueillit ces

(1) Voyez pour ces dét.nils les Mémoires do Ferrières, 1. 1, p. 18 et suiv.; et les Soui’?' nirs (l’Etienne Dumont.

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