‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 50 sur 213 · LIVRE II. VISITE A LA BASTILLE · texte numérisé non relu

LIVRE II. VISITE A LA BASTILLE

sensations de plaisir et des idées de liberté à tous les citoiens (l). »

L’institution de la garde nationale lui paraissait surtout admirable. L’idée d’un grand peuple se gardant par lui-même, toujours prêt à maintenir l’ordre dans son sein, sans le secours de soldats au service d’intérêts particulieps, souriait à cet esprit animé d’un si sincère patriotisme; et, sans aucun doute, il fut du nombre des députés qui, le 18, demandèrent l’organisation immédiate des milices bourgeoises. Déjà, du reste, un certain nombre de villes, Versailles et Saint-Germain entre autres, sans attendre le décret de l’Assemblée, avaient établi une garde citoyenne à l’instar ,de celle de Paris. Robespierre le constate avec plaisir, et il espère que la France entière ne tardera pas à adopter cette institution nécessaire, « nôn- seulement pour assurer la tranquillité publique, mais pour défendre la liberté de la nation contre les entreprises qu’elle peut craindre encore de la part du despotisme et de l’aristocratie, qui se sont, dit- il, étroitement alliés dans le temps où nous sommes. » U engage donc vivement l’ami auquel il écrit à provoquer dans leur cité natale l’établissement d’une pareille institution.

A cette époque, beaucoup de villes, pour témoigner leur reconnaissance à l’Assemblée nationale, lui avaient déjà fait parvenir des adresses d’adhésion à tous ses décrets, empreintes du patriotisme le plus ardent. Lyon, Grenoble, Nantes, avaient donné l’exemple; et dans d’éloquentes protestations de dévouement aux représentants de la nation, les citoyens de ces grandes cités s’étaient déclarés prêts à se sacrifier aussi pour la cause de la patrie et de la liberté. A Angers se passa une scène qui prouve avec quel empressement ce peuple français, déshabitué depuis tant de siècles de la vie politique, s’y façonnait à présent. Les échevins avaient, au nom de la ville, envoyé une adresse à l’Assemblée constituante sans consulter les habitants ; ceux-ci alors s’étaient réunis spontanément, et après avoir protesté contre la conduite de leurs magistrats municipaux, ils avaient eux-mêmes rédigé une autre adresse que les députés de la province d’Anjou avaient prié l’Assemblée de considérer comme le vœu officiel de la ville d’Angers. Ni Arras ni les autres villes de l’Artois n’avaient encore suivi ces patriotiques exemples. Robespierre s’en plaint d’autant plus amèrement que, selon lui, leur proximité les mettait à même de devancer le zèle de toutes les provinces du royaume. « Serions-nous donc forcés de rougir ici pour notre pays et de le voir seul garder le silence? » s’écrie-t-il. Si les échevins d’Arras refusent de réunir leurs concitoyens

(1) Lettre manuscrite du 23 juillet 1789. i'bi svprà.

HISÏOIUK DE ROBESPIERRE

pour Statuer avec eux sur les adhésions qu’il convient d’envoyer à l’Assemblée, poursuit-il, c’est aux habitants à imiter ceux d’Angers et à se réunir eux-mêmes, sûrs qu’on ne leur contestera pas un droit qui, au besoin, leur serait garanti par l’Assemblée nationale.

Robespierre envisageait la garde nationale, dont il recommandait l’institution à ses concitoyens, comme le meilleur moyen de remédier pacifiquement aux agitations qui de proche en proche gagnaient toutes les provinces. La cherté des subsistances, la crainte de la disette avaient occasionné sur quelques points du royaume d’assez graves désordres. Dans la séance du 20 juillet, Lally-Tolendal se leva tout ému, et, après avoir dénoncé les scènes de violence dont plusieurs provinces avaient été le théâtre, il proposa à ses collègues d’adresser au peuple une proclamation énergique pour lui rappeler tous les bienfaits* du roi et l’inviter à ne plus troubler la paix publique. Ce projet d’adresse, lu à la tribune, reçut l’approbation d’un grand nombre de membres, mais quelques-uns y trouvèrent des expressions hasardées et des dispositions contraires aux principes (1). En effet, les termes en étaient d’une élasticité dangereuse et pouvaient aisément donner prise à l’arbitraire. Était-ce bien le moment de réclamer la répression sévère d’agitations inséparables delà crise présente, et redoutables au seul despotisme? Et quand on pouvait craindre de sa part des retours offensifs, était-il bien opportun de déclarer mauvais citoyens ceux qui s’armaient pour la défense de la cause nationale? C’est ce que comprit très-bien Robespierre. « Il faut aimer la paix,» dit-il, « mais aussi il faut aimer la liberté 1 On parle d’émeute ! mais, avant tout, examinons la motion de M. Lally. Je la trouve déplacée, parce qu’elle est dans le cas de faire sonner le tocsin. Déclarer d’avarice que des hommes sont coupables, qu’ils sont rebelles, est une injustice. Elle présente des dispositions facilement applicables à ceux qui ont servi la libel lé et qui se sont soulevés pour repousser une terrible conjuration de la cour. » Puis, après avoir montré à côté de Poissy, troublé par la faute des accapareurs, la Bretagne en paix, la Bourgogne tranquille, il engagea l’Assemblée à repousser les mesures précipitées et à ne pas adopter une proclamation de nature à porter l’alarme dans le cœur des bons citoyens, au moment où les intrigues des ennemis de la Révolution pouvaient rendre nécessaire encore l’énergie de tous les patriotes (2).

(1) Voy. le. Point du jour, numéro 28, p. 244.

(2) ^ oy. 1^ Point du jour, numéro 28, le Courrier de Versailles à Paris, numéro 18, p. 305, et le Moniteur du 20 au 23 juillet, numéro 21. Tout cela combiné. C’est la première fois qu’au Moniteur il est fuit mention de Robespierre, dont les premiers dis-

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