‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 2)Chapitre 69 sur 213 · LIVUE 11. — SEJOUR RUE DE SAINTONGE · texte numérisé non relu

LIVUE 11. — SEJOUR RUE DE SAINTONGE

Il avait été son secrétaire, ou plutôt lui avait rendu de temps à autre le service de recopier ses discours. Nous en avons quelques-uns sous les yeux, entre autres les discours sur l’établissement du jury et sur la pétition du peuple avignonnais, provenant des papiers trouvés chez Robespierre, et qui sont probablement de la main de ce Pierre Villiers.

Villiers nous représente Robespierre comme ayant été à cette époque dans une telle détresse que, pour porter le deuil de trois jours ordonné par l’Assemblée nationale, dans la séance du 11 juin 1790, sur la motion de Mirabeau, afin d’honorer la mémoire de Francklin, il aurait été forcé d’emprunter des vêtements noirs à un homme plus grand que lui de quatre pouces. Et un historien trop crédule, de s’écrier avec Juvénal : Nihil habet pauperlas durius in se quant quod ridiculos homines nie d’abord, pour ma part, qu’une pauvreté dignement portée puisse jamais rendre un homme ridicule; mais l’assertion de Pierre Villiers est ici évidemment inexacte. On possède la note curieuse de tous les effets emportés par Robespierre lorsqu’il quitta Arras pour venir exercer son mandat de député aux états généraux. Or nous y voyons figurer un habit et une culotte de drap noir; il n’avait donc nul besoin d’en emprunter. Et le révélateur de cette note n’est pas suspect, c’est un des plus cyniques calomniateurs de Maximilien Robespierre. Lui aussi le raille agréablement sur sa pauvreté, sur son maigre état de fortune. Seulement cette fois. c’est un prêtre qui écrit (2). O pauvreté, chose sacrée, compagne de tant de grands hommes, qui donc t’honorera et te respectera, si tu es reniée par les ministres du pauvre Prêcheur .de Nazareth l

Au reste, de la pauvreté au dénùment il y a un grand pas. Il est complètement faux que jamais Robespierre ait été dans la détresse. 11 avait laissé quelques biens à Arras (.3) et touchait, comme député, dixhuit livres par jour, somme relativement élevée pour l’époque. Il était donc riche, n’ayant pas de besoins, ainsi que le disait Mirabeau, et professait un si profond dédain pour l’argent que plusieurs fois il négligea de toucher ses mandats d’indemnité de représentant.

De cette somme de dix-huit livres il faisait trois parts : un tiers était régulièrement adressé à sa sœur Cliarlotte, qui demeura à Arras pendant toute la durée de l’Assemblée constituante ; une autre part, si

(1) Histoire de la névolulion, par Michelet, t. II, p. 324.

(2) Vie de Maximilien TîofapsptVn ?, par ^1. l’ahbé l’royard, chanoine de la cathédrale d’Arras (Arra.s, 1850), p. 42.

(3) C’est ce qui résulte d’une lettre de son ami Buissart, que nous avons sous les yeux, et d’un rapport de police cité i)ar Peuchet, dans ses Mémoires sur la police, p. 338 et suiv., rapport apocryphe, il est vrai, mais dont sur quelques iwiuts l’auteur parait assez hieu informe.

UISTOIlUi: DE ROBESPIERRE

nous devons nous en rapporter à Pierre Villiers, passait entre les mains d’une personne chère « qui ridolàtrait(l) ; » le reste servait à son usage personnel. Il était d’une extrême sobriété. Sa plus grande dépense consistait dans sa toilette ; sur ce point il avait des habitudes d’élégance avec lesquelles il ne rompit jamais. Plus tard, quand le débraillé régnera dans le costume comme dans le langage, nous le retrouverons tel que nous le voyons au début de sa vie politique , donnant à tous l’exemple de la dignité dans la vie privée, résistant à toutes les tentatives de corruption renouvelées sous mille formes et méritant le beau surnom à' incorruptible^ qui lui restera dans l’histoire.

(1) Souvenirs lï'uniif porté, 2.

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