LIVRE III. DE l’eLECTION DES ÉVÊQUES
issus eux-mêmes du suffrage populaire. Transférer à d’autres le droit de pourvoir aux évêchés, c’était attenter aux droits du souverain. En second lieu, confier aux prêtres, comme ecclésiastiques, le soin d’élire leurs chefs, c’était rompre l’égalité des droits politiques, reconstituer le clergé en corps isolé, lui donner une importance politique particulière, c’était, en un mot, porter une atteinte révoltante à la constitution.
Quant aux arguments tirés de la corruption des électeurs en général, il était facile de répondre, et la réponse était accablante, que ces hommes à mœurs scandaleuses dont avait parlé l’abbé Jacquemard, qui, investis de fonctions épiscopales, avaient été dans ces derniers temps le déshonneur de l’Église, ne tenaient pas leurs sièges de l’élection. Cette objection, disait Robespierre, pourrait aussi bien s’élever contre toutes les élections possibles, contre tous ceux à qui le peuple délègue ses droits, puisque la corruption ne respecte aucune classe et que les privilèges du clergé ne vont pas jusqu’à en être préservés. « Au reste, » poursuivait-il, « au milieu de tous les inconvénients qui peuvent naître, dans tous les systèmes, de ce qu’on appelle la corruption du siècle, il est une règle à laquelle il faut s’attacher : c’est que la moralité, qui a disparu dans la plupart des individus, ne se retrouve que dans la masse du peuple et dans l’intérêt général; or l’opinion du peuple, le vœu du peuple expriment l’intérêt général; le vœu d’un corps exprime l’intérêt du corps ; l’esprit particulier du corps et le vœu du clergé exprimeront éternellement l’esprit et l’intérêt du clergé. Je conclus pour le peuple (1). »
Cette rapide improvisation produisit sur l’Assemblée un effet prodigieux et réagit puissamment contre l’impression momentanée qu’avait exercée sur elle le 'discours de l’abbé Jacquemard. 11 y eut un revirement complet. Le Chapelier, Camus, Barnave, Reubell unirent tour à tour leurs efforts à ceux du député d’Arras. « Il a été, je crois, » dit le premier, « irrésistiblement démontré par M. de Robespierre qu’admettre le système de l’abbé Jacquemard ce serait aller contre deux points essentiels de la constitution. » En vain Goupil de Préfeln essaya quelques timides observations ; l’Assemblée, écartant tous les amendements, vota presque unaniment l’article proposé par le comité ecclésiastique, qu’avait abandonné un moment le rapporteur lui-même.
Robespierre n’eut pas le même succès le lendemain en s’opposant à l’impression du discours d’un colonel d’artillerie, M.dePuységur, qui,
(1) Voy. le Point du jour, beaucoup plus complet que le Moniteur pour cette séanee, numéro 329, p. 454.