LIVRE I. — L ACAnKMIK 1) AHI'.AS
ppu (le réformes accompliospar la Révolution qn'il n'ait d'avance indiquées comme justes, et p;!r Conséquent nécessaires. De ces œuvres viriles plusieurs ont disparu, cl à peine en a-t-on conservé le nom; mais qutlques-unes, sauvées par l'impression, subsistent encore que l'histoire et la postérité ne doivent pas dédaigner.
A cette époque florissait à Arras une de ces Académies comme il y en avait autrefois dans presque toutes les capitales des provinces de France. Fondée en 1738 par quelques hommes distingués qui sentaient la nécessité de se réunir pour répandre autour d'eux le goût des sciences et des lettres, elle se trouva dissoute pendant la Révolution, après avoir pendant plus de soixante ans rendu à l'Artois les plus incontestables services. Reconstituée en 1816, elle continue aujourd'hui, sous l'impulsion des personnes d'élite dont elle est composée, son œuvre de moralisation et de propagande littéraire. Il en est de plus brillantes peut-être; il n'en est pas qui soient animées d'un plus vif amour du beau, et qui s'élèvent plus haut dans les régions des vastes pensées.
L'ancienne Académie, obéissant à cet esprit de progrès qui poussait en avant la plupart des sociétés savantes du temps, aimait à se recruter parmi les talents jeunes et vigoureux. L'éclatant succès de Robespierre dans le procès du sieur de Vissery contre les échevins de Saint- Omer le désignait suffisamment à ses yeux, et le 15 novembre 1783 elle l'admit dans son sein à la place de M. Ce Crepieul, chanoine de la cathédrale. Certes, pour un jeune homme de vingt-cinq ans, c'était une flatteuse distinction, mais elle ne pouvait être mieux méritée. Le non- ^ \e:m membre fut reçu en séance pubUque le 21 avril de l'année suivante.
Au Ueu de se borner, selon la vieille tradition, à prononcer un éloge plus ou moins sincère, plus ou moins vrai de son prédécesseur, il choisit pour texte de son discours un sujet plein d'intérêt et fécond en enseignements; suivant en cela l'exemple donné par Voltaire lors de «a réception à l'Académie française, il voulut que son discours, au lieu d'être une simple harangue de parade, fût une œuvre utile et servît la cause de l'humanité. En conséquence il composa et lut une dissertation approfondie sur l'origine, l'mjustice et les inconvénients du préjugé qui faisait rejaillir sur les parents des criminels l'infamie attachée
48 HISTOIRE DE ROBESPIEURE
à leurs supplices. On verra tout à l'heure combien durent paraître hardies les doctrines soutenues par le récipiendaire au milieu d'une assemblée oij l'on comptait quelques magistrats fortement imbus des préjugés de l'ancien régime.
La Société royale des arts et des sciences de Metz avait précisément mis au concours, pour cette même année, les questions suivantes :
1» Quelle est Vorigine de Vopinion qui étend sw tous les individus d'une même famille une partie de la honte attachée aux peines infamantes que subit un coupable ?
2° Cette opinion est-elle plus nuisible qu'utile?
3° Dans h cas où l on se déci icrait pour V affirmative, quels seraient les moyens de parer aux inconvénients qui en résultent?
Assurément un pareil sujet avait de quoi tenter l'esprit d'un philosophe, une âme éprise de la passion du juste, et que toute iniquité révoltait au suprême degré. Robespierre se mit donc sur les rangs, compléta son mémoire en y ajoutant un chapitre sur les moyens de détruire cet abominable préjugé, et, l'année suivante, donna à ses collègues, dont les applaudissements ne lui manquèrent pas, lecture des additions faites à l'œuvre primitive (1). Cette ovation lui était bien due en effet, car, au mois d'août précédent, le jour de la Saint-Louis, son discours avait été couronné par la Société royale de Metz, et il avait obtenu l'une des deux médailles de quatre èents livres destinées à récom|ienser les lauréats.
Dans cette lutte littéraire il avait eu pour rival un jeune avocat de Paris, M. Lacretelle, signataire d'une des consultations rédigées au sujet de l'affaire du paratonnerre, et dont le nom fut prononcé le premier. Pour notre part, nous avouons ne pas trop comprendre l'espèce de préférence accordée au mémoire de Lacretelle. Nous en dirons quelques mots, après avoir rapidement examiné celui de Maximilien Robespierre (2).
(1) Almanach d'Artois poui' Tannée 1785.
(2) Vingt-deux mémoires avaient été envoyés au concours à l'Académie de Metz. Le manuscrit de KobespieiTe, qui portait le numéro 17, existe encore aux archives de l'Académie de î\Ietz, où il est classé sous le numéro 2 de la 44" liasse. Publié par Robespierre lui-même en 1784 et 1785, il a été réédité on 1839 dans les Mémoires de l'Académie de Metz, t. XX, p. 389 et suiv.
Le manuscrit, entièrement de la main de lîohespierre, renferme plusieurs ratures. C'est un petit cahier de papier hleuté, iu-4'' de 40 pages, dont 35 couvertes d'écriture. A la page 36 est fixée, sous le sceau delà Société, la lettre jadis cachetée contenant l'épigraphe et le nom de Robespien-e.
i.iv;',!-: 1. — Discouns suii les peines infamantes id
S'il était autrefois un préjugé fatal et cruel, source de malheurs immérités pour une foule d'infoi'tunés, c'était bien, à coîip sCir, celui qui faisait rejaillir sur toutes les personnes d'une même famille le ^ déshonneur attaché aux peines infamantes qu'avait pu mériter un de ses membres. Et ce préjugé était tellement enraciné dans les mœurs de l'ancienne société française, qu'une révolution seule fut capable de l'extirper. Aussi, pour entreprendre de prouver combien il était injuste, fallait-il un esprit passionné pour le bien, décidé à attaquer résolument tous les abus, et Robespierre disait avec raison aux membres de l'Académie de Metz, en leur adressant son mémoire : «C'est le désir d'être utile, c'est l'amour de l'humanité qui vous l'offre : il ne sauroit être tout à fait indigne de vous. »
Indiquer avec certitude l'origine et les causes de cette vieille et malencontreuse opinion n'était pas chose aisée. Elle tenait à tant de circonstances inconnues, bizarres, à tant de motifs impénétrables! Tout d'abord elle dut naître de cette solidarité morale en vertu de laquelle on dit de cet homme : « Il est l'honneur de la famille, » et de cet autre : « Il en est la honte. » Sentiment qui, à toutes les époques et chez tous les peuples, a exercé un puissant empire sur les imaginations. Mais tandis qu'en différents pays il restait circonscrit dans les bornes de la nature et de la raison, il prenait dans d'autres une extension ridicule. Cette solidarité morale, bonne en soi jusqu'à un certain point, devenait une solidarité réelle, prévalant sur les plus simples lois de la justice et de l'humanité, et finissait, suivant notre auteur, par enfanter ce préjugé terrible « qui flétrit une famille entière pour le crime d'un seul et ravit l'honneur à l'innocence même. »
Pareille tyrannie de l'opinion ne saurait exister dans les véritables républiques, où chaque citoyen, membre de la souveraineté, n'est responsable que de ses propres actes et ne peut être, par la faute d'un autre, dépouillé des prérogatives attachées à son titre de citoyen; oi!i toutes les carrières sont ouvertes à tous; oii les distinctions de naissance n'existent pas ; où les actions éclatantes, aussi bien que celles de nature à entacher l'honneur, sont toutes personnelles à leur auteur ; où la gloire et le renom d'un citoyen ne sauraient être obscurcis par la honte d'un de ses parents; où par conséquent les familles puissantes, n'ayant pas à craindre le rejaillissement de l'infa-
mie, ne cherchent pas à violer les lois pour sauver un de leurs membres coupable de quelque crime, car il est d'une grande àme de sacrifier à la patrie sa fortune, sa vie même, jamais l'honneur. A l'appui de ces assertions, l'auteur citait, entre autres exemples, Brutus immolant ses fils, la famille de Claudius brillant d'un éclat plus vif après la mort du décemvir Appius, et Publius Manlius revêtu de la dictature quelques années après le jour Gi!i, en verlu d'un jugement rendu par les tribuns du peuple, Manlius Capitoliiius avait été précipité du haut de la roche Tarpéienne.
Suivant lui, les pays les plus infestés de ce préjugé fatal sont les pays monarchiques, parce que l'honiieur est le principal ressort de ces sortes de gouvernement; non pas cet honneur dégagé de tout intérêt, a qui a la raison pour base et se confond avec le devoir, qui existeroit même loin des regards des hommes sans autre témoin que le ciel, et sans autre juge que la conscience.; » mais cet honneur banal, fondé sur les distinctions, et tenant plus à la vanité qu'à la vertu. Chez une nation où la noblesse était un des éléments essentiels de la constitution, oti tel homme, sans aucune valeur personnelle, était considéré parce qu'il descendait de parents nobles, et tel autre, marqué au front du sceau du génie, était dçdaigné parce qu'il sortait d'une famille obscure et plébéienne, un pareil préjugé devait pousser de profondes racines. Et l'esprit d'égalité était si peu dans les mœurs de l'ancienne société française que, tandis que l'infamie atteignait les familles des roturiers criminels, elle épargnait celles des grands seigneurs condamnés au dernier suppUce.
Recherchant ensuite si ce préjugé est plus nuisible qu'utile, Robespierre déclare ne pas comprendre comment les avis pourraient être partagés sur un point si clairement décidé par l'humanité et la raison. Il ne voit pas là, dans les intentions de la compagnie savante qui a proposé la question, de problème à résoudre, « mais seulement une erreur funeste à combattre, un usage barbare à détruire, une des plaies de la société à guérir. » Est-il besoin de démontrer l'injustice d'un procédé qui rend l'innocence solidaire du crime? Or, par voie de conséquence et au nom de la morale éternelle, s'il est injuste il ne saurait être utile. « De toutes les maximes de la morale, » dit-il avec ce sens droit qui inspira toujours ses écrits, st s paroles et ses actions, « la plus profonde, la plus sublime peut-être, et en même temps la plus certaine, est celle qui dit que rien n'est utile que ce qui est honnête (1). » Répondant à ceux qui invoquent comme une garantie
(1) Tel n'est point Tavis de Faiitenr de cette Vie de liobespierre publiée à Arras
LIVltE I. DISCOURS SLR I.KS PEINES INFAMANTES ôl
pour la société cette solidarité inique, il demande alors pourquoi nous n'adoptons pas aussi cette ancienne loi de la Chine en vertu de laquelle on condamnait à mort les pères dont les enfants avaient commis un crime capital. Mais il n'a pas de peine à prouver combien est illusoire cette prétendue garantie invoquée pour le maintien d'un préjugé barbare. Les sociétés, selon lui, doivent chercher leur conservation et leur salut dans des lois sages, dans l'amélioration des mœurs, non dans des usages atroces.
Mais si cette coutume d'un autre âge n'offre aucune garantie sérieuse, de combien de maux en revanche n'est-elle pas la source ? Que d'infortunés à jamais perdus parce que le hasard, la fatalité les a fait naître d'une famille de laquelle est sorti quelque criminel, qui cependant avaient le cœur bien placé, et méritaient la considération des hommes! Ici c'est un père victime de la faute d'un de ses enfants ; là ce sont des enfants innocents sur qui rejaillit l'opprobre paternel. Quel abominable et absurde système I N'est-ce pas le moyen de pervertir les meilleures natures? Ne doit-on pas craindre de forcer à devenir méprisables ceux que l'on condamne d'avance au mépris, et de pousser à la révolte contre la société des citoyens injustement dépouillés de leur part d'estime et d'honneur? 11 faut donc rechercher les moyens d'anéantir au plus vite un si odieux préjugé.
Quelques philanthropes proposent d'en atténuer seulement les effets en le renfermant dans certaines limites; mais cette demi-mesure, impuissante à conjurer le mal, ne convient pas à l'auteur du discours couronné : ses principes le conduisent à demander une destruction totale, définitive. Comment donc extirper cette affreuse opinion, fortifiée par une longue habitude et depuis tant de siècles enracinée dans le cœur de la nation? Vaincre un monstre par qui tant de familles ont été et peuvent encore être désolées, c'est rendre un service à l'humanité tout entière. Le moment lui paraît favorable pour remporter une si belle victoire. L'incessant progrès des lumières, les coups portés aux vieilles superstitions, les efforts journellement tentés pour diminuer les misères humaines et améliorer la condition sociale lui donnent la certitude qu'il est facile d'amener tôt ou tard la ruine d'un préjugé indigne d'une société bien organisée.
Mais il ne veut pour cela ni lois spéciales ni intervention de l'auto-
cn 1850, œuvre de l'abbé Proyard. Il ne peut pardonner (p. 27) à ce méprisahhavocat, dans les écrits duquel, dit-il, a on décou\"re les éléments de ce système monstrueux d'égalité et de liberté, » d'avoir dénoncé à sou siècle, comme le plus injuste des préjugés, un sentiment que l'Auteur de la nature « a gravé dans nos cœurs, seutunent vraiment précieux pour la société... » 0 charité clirétienne!
52 UISTOIUE DE ROBESPIERRE
rite, laquelle d'ailleurs a rarement prise sur l'opinion publique; il lui suffit d'éclairer le pays, de modifier certaines institutions auxquelles est essentiellement attaché l'abus dont il réclame le retranchement. Alors, avec une surprenante vigueur, il attaque — quel ami de l'humanité ne lui en saurait gré? — une des plus barbares institutions de la monarchie française, la confiscation, cette source impure des fortunes de tant de grandes et anciennes familles, dont nos rois se servaient pour enrichir leurs créatures, leurs favoris et leurs maîtresses, et que la Révolution eut l'immense tort de ne pas supprimer avec tout cet arsenal féodal que, dans les premiers mois de son avènement, elle a renversé de sa main puissante.
Comment, en effet, une famille ne serait-elle pas atteinte dans son honneur quand, pour la faute d'un seul, elle se trouve frappée dans sa fortune et complètement ruinée? Et à ce propos, je ne puis m'empécher de faire une remarque, c'est qu'il n'est pas une amélioration introduite dans nos lois, pendant ou après la Révolution, qui n'ait été d'avance réclamée par Robespierre; c'est qu'il n'est pas un progrès accompli ou dont le temps amènera plus tard la réalisation, qu'il n'ait rêvé et vivement sollicité ; tant il est vrai que cet homme si niaisement décrié, si injustement calomnié par tous les partis, portait, dans sa vaste pensée, le nouvel édifice social reconstitué sur les fondements de la justice éternelle!
Mais revenons à son discours. Un des plus puissants moyens, suivant lui, d'avoir raison du préjugé qu'il combat, c'est d'établir l'égalité des peines pour tous les citoyens, de ne pas accorder le privilège d'un supplice spécial aux nobles, dont les crimes sont toujours moins excusables que ceux de malheureux poussés au mal par la misère. L'infamie semblait dépendre de la forme du supplice, non du crime. A égalité de forfait on voyait le déshonneur s'attacher aux familles plébéiennes, tandis que certains nobles, se faisant de l'échafaud une sorte de piédestal, laissaient aux leurs tous les avantages d'une réputation non souillée. Il propose donc, en premier lieu, qu'on étende à tous les citoyens le genre de supplice réservé jusqu'ici aux seuls nobles, parce qu'il lui paraît plus doux, plus humain et plus équitable.
Il engage fortement ensuite les chefs d'empire à ne pas fermer la voie des honneurs et des charges aux familles dont un membre a pu s'attirer la honte du dernier supplice, lorsque dans ces familles il se rencontre un homme de talent, capable de bien servir l'État. En voyant les souverains eux-mêmes rompre avec un antique préjugé, les peuples finiront par s'en déshabituer et par apprécier chacun, non en considération de ses parents, mais en raison de ses propres actes et de
LlVUi; I. DISCOURS SUR LES PF.INES INFAMANTES 53
son propre mérite. L'auteur se flatte que ses vœux parviendront jusqu'au trône, et il saisit celle occasion de louer en termes dignes le monarque qui venait de bannir de nos codes l'alroce emploi de la question, espérant qu'après avoir épargné aux accusés des cruautés inutiles, déshonneur de la justice, il contribuera, pour sa part, à la destruction d'un préjugé tout aussi funeste et aussi injustifiable.
Plusieurs écrivains ont paru s'étonner des éloges prodigués à Louis XVI par Robespierre dans quelques-uns de ses écrits; mais leur étonnemenl vient certainement de ce qu'ils ont perdu de vue une chosf essentielle, à savoir, que le jeune roi marchait alors lui-même à la tête des réformateurs; que, jusqu'au jour oi!i, effrayé des sourds grondements de la R^vohition montant vers lui, il se laissa entraîner par le parti de la réaction jusqu'à faire un pacte avec l'étranger, il était resté honnête homme et animé des meilleures intentions; qu'enfin les éloge de Robespierre, qui n'avaient rien de servile comme tout ce qui s'écrii en ce genre, s'adressaient, non à l'héritier de Louis XIV et de Louis XV, mais au monarque philosophe, au roi réformateur, docile aux inspirations de Turgot et de Necker, au souverain qui pour un moment avait su mériter le glorieux surnom de Juste.
Jamais, jamais sur la question de principes Robespierre ne varia; toutes ses œuvres sont là pour attester cette vérité. C'est dans le discours dont nous venons de présenter une rapide analyse, qu'après avoir flétri le forfait de César s'asseyant victorieux sur le trône de l'univers, il le condamne à d'éternels remor(!s pour avoir violé ce précepte : Ce qui n'est point honnête ne saurait être juste. « Cette maxime vraie en morale, » dit-il, « ne l'est pas moins en politique; les hommes isolés et les hommes réunis en corps de nation sont égament soumis à cette loi. La prospérité des États repose nécessairement sur la base immuable de l'ordre, de la justice et de la sagesse. Toute loi injuste, toute institution cruelle qui offense le droit naturel, contrarie ouvertement leur but, qui est la conservation des droits de l'homme, le bonheur et la tranquillité des citoyens. » Ne croirait-on pas entendre déjà le législateur de la Constituante et de la Convention? Il avait alors vingt-six ans. Déjà l'on peut pressentir le réformateur social dans l'auteur du discours sur la honte des peines infamantes (1) ; et plus nous irons, plus nous verrons se dessiner fortement le
(1) Ce discours a eu, paraît-il, deux éditions consécutives (Querard). Nous ne connaissons que la seconde. C'est aujourd'hui une rareté bibliographique. Il a paru sous ce titre ; Discours couronné par la Société raciale des arts et des sciences de Metz, sur les questions suivantes, proposées pour sujet du prix de l'année 1784 :
1» Quelle est l'origine de l'opinion qui étend sur tous les individus d'une même
caractère de l'homme, dont toutes les pensées allaient si bien au-devant de la Révolution qui s'avançait.
Les médailles accordées par l'Académie de Metz aux deux discours couronnés étaient d'une égale valeur; mais, comme nous l'avons dit, Lacretelle avait eu l'avantage d'être nommé le premier (1). Pourquoi cette préférence? C'est ce dont j'ai vainement cherché à me rendre compte. L'auteur était de Metz, peut-être est-ce l'unique raison qui ait fait pencher la balance en sa faveur. Son œuvre assurément n'est pas sans mérite, mais elle est loin de valoir celle de Robespierre; elle n'en a ni l'ampleur, ni l'énergie, ni l'indignation généreuse.
Cependant elle eut dans le monde un succès plus retentissant. Cela se conçoit à merveille : La'^retelle vivait à Paris, au milieu des gens de lettres, et la camaraderie ne lui fit pas défaut. Dans une lettre 011 la flatterie dépassait toutes les bornes, le faiseur d'éloges Thomas le proclama le plus éloquent des hommes, et le Mercure de Fronce rendit compte de l'ouvrage dans les termes les plus pompeux. Enflé de ce concert d'hommages plus ou moins sincères, Lacretelle se crut
famille une partie de la honte attaeliée ans peines infamantes que subit un coupable ?
2" Cette opinion est-elle plus nuisible qu'utile?
3" Dans le cas où l'on se décidevoit pour l'afErmative, quels seroient les moyens de parer aux inconvénients qui en résultent ?
Par M. de Robespierre, avocat en Parlement.
A Amsterdam, et se trouve à Paris, chez J.-G. Merigot jeune, quai des Augustins, M Dec L XXXV, in-8° de 60 pages, avec cette épigraphe :
Quod genus hoc hominum? Quœve hune tam barbara morem, Permittit patria?
t YiRG. JEn. »
(1) Piere-Louis Lacretelle, né à ^letz en 1751, successeur de La Harpe à l'Académie française, un des rédacteurs de la Mineri-e, mounit à Paris le 5 septembre 1824.
Il n'y eut point, à proprement parler, de second prix, mais plutôt deux prix ej-a?g«o. Voici, à cet égard, des rensei; nements transmis par M. Abel, membre de l'Académie de Metz : Rœderer, conseiller au Parlement et membre de la Société roy.ile de ^letz, avait donné 400 fr. pour récompenser le meilleur mémoire sur la nécessité de canaliser les cours d'eau de l'est de la France. Personne n'ayant i-épondu à cette question, Rœderer consentit à reporter ces 400 fr. sur la question de législation pénale, et la Société put égaltment décerner une médaille d'or à Fauteur du mémoire numéro 17. Robespierre eut ainsi une médaille égale à celle décernée à Lacretelle, et non le second prix.