‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 3)Chapitre 34 sur 132 · I.IVUK 11. OLVKHTUltE DES ETATS CKNEl'.ALX · texte numérisé non relu

I.IVUK 11. OLVKHTUltE DES ETATS CKNEl'.ALX

« principe, » ajoutait-il, « qui doit être accueilli avec enthousiasme par les députés des classes privilégiées, puisqu'il agrandit leurs fonc- ' tiens. » Tel était aussi l'avis de Robespierre, à qui la motion de Rabaut Saint-Etienne, que l'assemblée adopta pourtant h une grande majorité, ne paraissait pas non plus devoir amener le résultat désiré. « Je souhaite, » écrit-il à propos de ces conférences et de la proposition de Le Chapelier, « que lorsqu'elles seront finies il reste encore aux communes assez de fermeté pour y revenir; je souhaite que les aristocrates ne profitent pas de ces conférences qui n'ont aucun objet, puisque ni la noblesse ni les communes ne peuvent se relâcher de leurs prétentions, la noblesse parce qu'il faudroit sacrifier son orgueil et ses injustices, les communes parce qu'il faudroit sacrifier la raison et la patrie; je souhaite, dis-je, que ces aristocrates ne profitent pas de ces conférences pour remuer tous les ressorts de l'intrigue, pour énerver toute vigueur, pour nousdiviser, pour semer dans l'assembléeet dans la nation le découragement et la défiance.. . •>

Lui aussi s'était vivement élevé contre la motion de Rabaut Saint- Etienne ; mais étant un des derniers à parler, et convaincu, d'après les avis exprimés par les précédents orateurs, qu'il était impossible delà combattre avec succès en lui opposant la proposition énergique et vigoureuse de Le Cliapelier, il avait donné à ses collègues le conseil d'adresser au clergé seulement une invitation fraternelle de se réunir au corpsnational,etde joindre ensuite ses instances à celles des communes pour décider la noblesse à suivre cet exemple, auquel il lui eût été difficile de résister sans irriter contre elle l'opinion publique, « qu'il n'est plus permis, » écrit-il encore, «de braver impunémentdans les circonstances oij nous sommes. » Robespierre connaissait assez les dispositions et les intérêts des curés pour être assuré que le plus grand nombre ne balanceraient pas à se réunir aux communes. Une partie des nobles, pensait-il, « les plus distingués par leurs vertus et leurs mérites, » ne tarderaient pas à les imiter et à « s'immortaliser par cet exemple de patriotisme et de magnanimité. » Quelques aristocrates « voués à la haine publique » seraient seuls restés dans le camp opposé, et leur absence n'aurait pu mettre aucun obstacle à la constitution des états généraux en assemblée nationale. La proposition de Robespierre était de nature à rallier un grand nombre de voix, et beaucoup de membres l'en félicitèrent en lui déclarant qu'ils auraient de préférence voté pour elle, si elle avait été faite tout d'abord. Il l'avait cependant rédigée par écrit et déposée sur le bureau ; mais si inconnu était encore le député d'Arras, si bornée son iniïuence, et si irrégulier aussi était alors le mode de procéder de l'assemblée, que l'on ne crut pas devoir soumettre

à la discussion la motion dé Robespierre, parce que la délibération n'avait roulé jusque-là que sur les propositions de R'^baut Saint- Étienne et de Le Chapelier (I). Quelques jours après, Mirab-^au reprit dans un discours, la motion de Robespierre. « Laissons, disait-il, la noblesse continuer sa marche usurpatrice et orgueilleuse, et invitons le clergé à se joindre à nous.» Malgré ce puissant appui, l'avis de Robespierre ne prévalut pas, et le 18, l'assemblée nomma, pour s'entendre avec ceux de la noblesse et du clergé, seize commissaires, au nombre GCiquels figuraient RibautSaint-Étienne, Le Chapelier, Mounier, Target, Volney, Garât, Bergasse et Barnave (2).

Comme le présumait Robespierre, le mauvais vouloir de la noblesse rendit ces conférences stériles ; elles fonctionnaient depuis huit jours que la question n'avait point avancé d'un pas. Un moment interrompues, elles avaient été reprises, par ordonnance du roi, sous la présidence de Necker. Mais la noblesse ayant décidé, dans la séance du jeudi 28 mai, que la délibération par ordres et la faculté d'empêcher appartenant à chacun d'eux étaient constitutives de la monarchie, on agita le lendemain, au sein des communes, la question de savoir si l'on devait continuer ou cesser les conférences. Robespierre reprit la parole et essaya de nouveau de prouver l'inutilité de ces conférences, condamnées maintenant par une première expérience (3). Suivant lui, une seconde ne devait pas amener de meilleurs résultats, à cause de Tentètement des nobles, qui tenaient plus à une question de forme capable de leur assurer une part d'influence supérieure à celle du tiers qu'à l'intérêt général (/i). Mais son avis, soutenu cette fois encore par Mirabeau, ne fut pas écouté; les communes, voulant donner au roi une preuve de leur déférence et de leur respect, votèrent la reprise des

(1) Toutes ces circonstances nous sont révélées par la lettre mamiscrite de Eobespicrre du 24 mai 17B9. Sur sa participation dans la discussion relative à la réunion des trois ordres, comme sur la plupart de ses premiers essais h la tribune, le Monitevr et les joui-naus du temps gardent un silence à peu près complet.

(2) Procès-verbaux manuscrits de l'Assemblée nationale {Archives, c. i, 181-210).

(3) Le Moniteur se contente de dire : « Les députés d'Artois... » Or, comme le remarque malignement une brochure de l'époque, « Robespierre s'était chargé de pai'ler pour tous les aiitres. v (Almanach des députés de l'Assemblée nationale, 1790, p. 22.)

(4) La noblesse et le clergé voulaient absolument qu'il y eût une différence quelconque entre eux et le tiers dans leurs manières respectives de s'exprimer devant le roi. Bailly, récemment appelé à la présidence des communes (3 juin) sous le nom de doyen, déclara nettement au ministre Barentin que les communes ne souffriraient aucune différence. « On voit, dit-il, la futilité des prétentions des deux ordres; on voit quelle vanité personnelle les occupait dans le moment où il s'agissait du sort de la France, et par quelles hauteurs déplacées ils semaient l'aigreur et provoquaient Tanimadversion des communes... » Bailly s'exprime comme Robespierre. (Voy. ses Mémoires, p. 105, t. I.)

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