‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 3)Chapitre 5 sur 132 · XIV PREFACE · texte numérisé non relu

XIV PREFACE

dures épreuves que jamais nation ait eu à subir, et accomplit glorieusement son colossal effort-, époque terrible où, la patrie sauvée, et la France dotée d'une constitution démocratique, libérale et perfectible, dans laquelle se trouvaient plus nettement accentués les principes immortels de la Révolution, Robespierre, en succombant sous le poids des factions, eut la gloire et le malheur d'entraîner dans sa chute les destinées de la Répul)hque. Chacune de ces parties n'a pas exigé moins d'un volume tout entier; mais j'ai dû sacrifier le désir d'être bref à la nécessité d'être complet. Je saisis ici l'occasion de remercier bien cordialement toutes les personnes dont le concours m'a été si utile dans mes longues recherches, et qui, à quelque parti qu'elles appartinssent, ont libéralement mis à ma disposition ces documents privés et ces lettres particulières si })ropres à jeter un éclat lumineux sur certains points jadis obscurs. Elles ont bien compris que l'histoire ne doit pas être une affaire d'opinion.

Personne, après avoir lu ce livre, ne s'étonnera de ma sympathie profonde pour un illustre malheureux; elle s'est accrue de tout le dégoût que m'onX inspiré les calomnies sans nom dont il a été victime, et qui ne tiennent pas devant un examen sérieux. Plus d'un lecteur prévenu finira, j'en ai la conviction, par partager cette sympathie et cette admiration dont n'avait pu se défendre un homme tant de fois célébré pour son héroïsme, et qu'on ne saurait, par conséquent, suspecter d'une basse et gratuite adulation, l'illustre Boissy-d'Anglas, qui, à la veille même du 9 Thermidor, comparait Robespierre k Orphée enseignant aux hommes les premiers principes de la civilisation et de la morale (1). Cette sympathie, vous la partagerez, vous tous, et votre nombre est grand, hélas ! qui, en ce siècle, avez souffert de la calomnie, et savez avec quelle science infernale elle incrimine les plus pures et les meilleures intentions; vous la partagerez, vous, hommes de bonne foi, qui ne pensez pas qu'une divergence d'opinion vous dispense de l'obligation d'être justes; vous la partagerez enfin, vous, jeunes gens, qui, plus éloignés des événements, et moins agités des passions de nos pères, demandez à l'histoire un enseignement impartial et fécond, non l:i satisfaction des haines et des rancunes d'un autre âge.

(1) Essai sur les Fêles natonales, ailressé i'i la Convention par Boissy-d'Anglas; an II, in-S» de 192 pages.

PKKFACK XV

Pour moi, je le dis ])ien liaiitemeiit, je me suis, en écrivant, senti dégagé de tout esprit de parti; j'ai repoussé dédaigneusement tous les outrages calomnieux qu'on n'a pas épargnés non plus aux adversaires de la Révolution. Si je n'ai pu ménager toutes les suscejjtibilités, je me suis elTorcé, du moins, de ne blesser personne; car je professe le plus entier respect pour toutes les opinions consciencieuses, et volontiers je m'écrierai, avec le grand citoyen dont j'ai écrit l'histoire : « Je sens que partout où l'on rencontre un homme de bien, en quelque endroit qu'il soit assis, il faut lui tendre la main et le serrer contre son cœur. »

Saiiit-HuLert, juillet 1864.

DE

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