‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 10 sur 188 · I.IVr.E VI. KTAT DES PARTIS · texte numérisé non relu

I.IVr.E VI. KTAT DES PARTIS

pris à leur propre piège, s'étaient mis dans le cas d'être poursuivis. Aussi Camille, moins tolérant que son « cher camarade de collège, » demandait-il que les membres du directoire du département de Paris fussent décrétés d'accusation, non-seulement pour avoir provoqué l'avilissement des pouvoirs constitués et la. résistance à leurs actes, mais encore pour avoir adressé au pouvoir exécutif une pétition collective, au mépris du décret qui interdisait ces sortes de pétitions, — car, dans son opinion, ils n'avaient point agi comme simples citoyens, — et osé déclarer que, chargés en leur qualité d'administrateurs de l'exécution du décret, ils ne prêteraient jamais la main à une pareille loi si elle n'était pas frappée du veto royal (1). L'Assemblée législative, jugeant, d'accord en cela avec Robespierre, que le directoire du département avait usé d'un droit commun, ne le décréta point d'accusation , mais elle accueillit par des applaudissements prolongés la vive satire de Camille Desmoulins, en vota l'impression; et, marqués comme d'un fer rouge par cette plume acérée, les Desmeuniers, les Talleyrand perdirent le peu de crédit qu'ils avaient pu conserver auprès de quelques amis de la constitution, et tombèrent tout à fait dans le mépris public.

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Mais revenons à la grande question du moment, je veux parler de la guerre. Il importe de bien préciser l'état des esprits à cette époque, la situation respective des partis, les espérances des uns, les appréhensions des autres, car les importants débats dont nous allons rendre compte auront une portée incalculable et enfanteront des haines qui aboutiront, hélas! à de désastreux résultats. C'est pourquoi nous irons lentement dans l'étude de cette grave question ; nous ne négligerons aucun détail; nous n'omettrons aucune preuve, parce qu'il est indispensable de relever les trop nombreuses erreurs accréditées sur ce point, parce qu'il est temps de remettre chaque chose à sa place, parce qu'il faut démontrer d'une façon irréfragable de quel côté, dans la grande lutte oratoire à laquelle donna lieu cette question de la guerre, furent la clairvoyance, la logique, et surtout le calme et la modéralion (2).

Aucune animosité n'existait alors contre Robespierre dans le cœur

(1) Voyez ce morceau, l'un des plus fins qui soient sortis de la plume de Camille Desmoulins, dans le Moniteur du 12 décembre 1791.

(2) Hâtons-nous dédire que cette question a été admirablement traitée par 1\L Louis Blanc. (Voyez son Histoire de la liéiolulion, t. VI, p. 217.) Il est difficile que l'esprit lo

des Girondins. Ils rendaient pleine justice à son désintéressement , à son patriotisme, à ses lumières, à son éloquence, à la pureté de ses mœurs; son immense popularité ne leur portait pas encore ombrage; ils venaient de rappeler à l'ordre, par un décret, une députation de la ville de Saint-Malo pour avoir, à la barre même où elle avait été admise, traité de blasphématoires certains passages d'un discours de Robespierre sur les colonies, prononcé à la tribune de l'Assemblée constituante (1). On se rappelle enfin avec quelle complaisance le journal de Condorcet avait raconté l'ovation dont Maximilien avait été l'objet à Béthune ; la feuille de Brissot ne lui était pas moins favorable, et elle accueillait volontiers encore les épîtres les plus flatteuses en l'iionneur de celui que bientôt elle s'efforcera de dénigrer impitoyablement (2). Eh bien! nous allons voir, — spectacle digne de la plus scrupuleuse attention,— comment une dissidence d'opinion sur la question de savoir si la France devait témérairement exposer sa constitution, sa liberté, toutes les conquêtes de l'esprit moderne dans une guerre dont le pouvoir exécutif aurait la direction, engendrera contre le grand homme d'État de la Révolution, on peut dire de l'humanité, des colères et des rancunes qui dépassent toute croyance. Et, — point essentiel auquel, en général, on ne s'arrête pas assez, — il faudra, en assistant par la pensée à ces luttes que vont se livrer des hommes qui cependant voulurent presque tous la même chose, le triomphe complet desprincipes de la Révolution ; il faudra, dis-je, observer avec soin d'où vinrent les provocations, dans quels cœurs se creusèrent d'abord des abîmes de haine sans fond, dequel côté enfin prit naissance cet infernal système de calomnies, armes terribles, dont se servira l'un et l'autre parti. Seulement, s'il en est un qui soit plus excusable que l'autre, c'est assurément celui qui n'a fait qu'user de représailles. Or, dans une opinion beaucoup trop répandue encore, tandis qu'on accorde tout aux ennemis de Robespierre, et qu'on

plus prévenu ne se rende pas à révidence des documents mis sous les yeux du lecteur. Nous renvoyons donc a cette histoire tous ceux qui veulent connaître la question dans son ensemble. Nous avons dû, on le comprend, nous restreindre sur uomLre de détails étrangers à notre sujet, mais en même temps nous étendre beaucoup plus sur ce qui concerne spécialement lÀobespierre.

(1) Voy. les Révolutions de Paris, numéro 125, p. 416. Le Moniteur ne dit mot de cet incident en ce qui concerne personnellement Robespierre ; voir le numéro du 3 décembre 1791.

(2) Voyez le Patriote franrois, notamment le numéro 810, où se trouve une adresse de la Société des Amis de la Conslilutioii de Lyon, à llobespierre et à Pétion, dans laquelle ou lit : « Vertueux citoyens... législateurs sublimes... par l'eflet d'un double éloigncment, nous n'avons pu assister à la fête civique qui vous fut donnée au moment où vous êtes rentrés dans la classe commune des citoyens; il est donc bien naturel que nous cherchions à mettre xin nou\(niu Heuron à la couronne dont %os têtes furent ornées par nos frères de Paris... » Toye;; aussi le numéro 854.

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