‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 105 sur 188 · LIVUK IX, PHYSIONOMIE DE L ASSEMBLEE · texte numérisé non relu

LIVUK IX, PHYSIONOMIE DE L ASSEMBLEE

ment du grand artiste pour Robespierre, avec lequel, plus tard, il voudra boire la ciguë. Là ce sont deux enfants de l'Artois, Augustin-Bon, frère de Maximilien, et Philippe Le Bas, le gendre futur du menuisier Duplay, destinés à périr l'un et l'autre, victimes du dévouement le plus sublime, après s'être illustrés dans des missions glorieuses. Au centre enfin siégeaient une foule de députés sans convictions bien arrêtées, au caractère inconsistant, et subissant les impressions du moment, masse incertaine et flottante qui, en se jetant tantôt à droite , tantôt à gauche, donnera la majorité à la Gironde ou à la Montagne. Us traverseront sains et saufs la Révolution, que la plupart d'entre eux trahiront ; aussi l'histoire inflexible leur a-t-elle conservé le nom avilissant de crapauds du marais, dont les avaient déjà flétris leurs contemporains.

Un immense espoir s'empara de la France révolutionnaire au début de la Convention nationale. Quelle perspective magnifique s'ouvrait devant les législateurs chargés de doter le pays d'une constitution démocratique ! L'étranger à chasser du sol de la patrie ; les ennemis intérieurs à réduire, en les forçant d'accepter les bienfaits de la liberté et de l'égaUté ; le peuple à élever à la hauteur de ses destinées nouvelles ; rinstruction publique à répandre dans toutes les couches de la société; le prolétariat à proscrire par de sages lois économiques ; la République à fonder enfin : quelle tâche imposante et sublime ! Cela valait certainement la peine qu'on coupât court à des rivalités puériles, qu'on laissât de côté de pures querelles d'amour-propre. Ceux qu'on a appelés les Montagnards, les plus farouches même, étaient arrivés avec des idées de paix, de concorde et d'apaisement, ne soupçonnant pas d'ailleurs quels trésors de haines et de colères s'étaient amassés dans le cœur de quelques-uns de leurs collègues. Ils s'étaient même indistinctement répandus d'abord dans les diverses parties de la salle (1), croyant tous les membres de la Convention animés des mêmes sentiments de fraternité à l'égard les uns des autres ; il fallut les violences de la Gironde pour les contraindre à se grouper, afin d'opposer à leurs adversaires exaspérés une masse compacte et résolue. Comment, en effet, quand les Prussiens et les Autrichiens bivouaquaient dans les plaines de la Cham-

(1) Fragment de l'Histoire secrète de la Révolution, par Camille Desmoulins, p. 31.

pagne, quand les complots royalistes se multipliaient, quand le sol commençait à trembler dans la Vendée, comment imaginer qu'il y aurait dans l'Assemblée d'autre émulation que celle de législateurs disputant à qui mériterait le mieux de la République? Or qui donc, au lieu de faire à la patrie le sacrifice des animosités individuelles, jeta dans la Convention les premiers brandons de discorde? Qui donc y attisa le feu des colères implacables, érigea la calomnie en système, donna le signal de violences inouïes et le funeste exemple de porter la main sur les représentants du peuple? Oui donc enfin ou\Tit la voie fatale par oi!i tant de grands citoyens allèrent plus tard à l'échafaud? Ce sont les Girondins; il faut le dire, parce que cela est vrai. Eux seuls furent, dès le premier jour, dans la Convention, les véritables fauteurs de désordre, les désorg'anisateurs. Mais il ne suffit pas de le dire, nous allons le prouver.

Est-ce que par hasard Robespierre avait lancé contre eux quelque nouveau trait? Est-ce qu'il répondait même aux agressions continuelles dont il était l'objet de la part de leurs journaux? Nullement. Depuis plus de cinq semaines, depuis la publication de son dernier numéro du Défenseur de la Constitution, il n'avait pas écrit une ligne ; on ne l'entendait plus aux Jacobins, et pendant les premières séances de la Convention, il n'avait pas ouvert la bouche. Comme un lutteur fatigué, il se tenait à l'écart. 11 était, on peut le dire, dans une période d'apaisement, tout prêt à jeter un voile sur le passé, à tendre la main à ses ennemis. Quelle différence entre le ton de son nouveau journal, Lettres deMaxi^ milien Bohespierre à ses commettons, et celui des feuilles girondines! Tandis que ses adversaires travestissaient ses meilleures intentions, dénaturaient toutes ses paroles, il prêchait la concorde. Le ministre de l'intérieur ayant présenté à la Convention, dansla séance du 23 septembre, un compte rendu général de son administration , il ne balança pas à lui rendre justice. « Son discours, » écrivait-il, « qui renferme en général des idées saines, et qui exprime des sentimens patriotiques, est terminé par une invitation pressante au peuple de Paris de respecter les lois et les autorités constituées... (1). dEI cependant ce Roland avait été, dans les départements, le grand distributeur des pamphlets et libelles girondins dirigés contre lui. La plume de Maximilien n'était donc pas entièrement guidée, comme celle de ses adversaires, par l'esprit de parti. Cette modération de sa part n'était pas d'ailleurs une avance; car, dans le même numéro, il ne se gênait aucunement pour critiquer vertement Vergniaud. Voici à quelle occasion : la Con-

(1) Letlre de M. Robespierre à ses commetlans, numéro 1, p. 31.

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