‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 108 sur 188 · LIVRE IX. — DARBAUOUX ET LA GIRONDE; IL REPREND L ACCUSATION · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — DARBAUOUX ET LA GIRONDE; IL REPREND L ACCUSATION

L'unique réponse à faire à ces misérables inculpations, disait-il en terminant, était de décréter tout de suite les deux propositions de Danton : la peine de mort contre quiconque prétendrait à la dictature, et l'unité et l'indivisibilité de la République, au lieu de les renvoyer à des commissions comme l'avait demandé Buzot. L'union la plus forte entre toutes les parties du pays pouvait seule, selon lui, permettre à la France de se défendre contre ses ennemis avec autant d'énergie que de succès. C'est pourquoi il fallait sanctionner sans délai cette union par un décret, afin de parcourir ensuite d'un pas rapide la glorieuse carrière où le peuple avait appelé ses représentants. L'effet de ce discours fut très-grand, tant les accents de la vérité ont de puissance ! et les applaudissements qui accueillirent Robespierre, quand il eut terminé, lui prouvèrent qu'il n'avait pas parlé en vain (1).

A peine était-il descendu de la tribune que Barbaroux y montait, tenant un papier à la main. C'était un discours écrit, preuve bien manifeste que cette double attaque contre Maximilien était le résultat d'un plan préconçu, d'un véritable complot.

Le jeune député de Marseille avait été jadis le fervent admirateur de l'homme à la face duquel il venait aujourd'hui, sur les plus ridicules indices, jeter l'accusation la plus grave; il avait même été fanatique de Marat; comment donc aujourd'hui servait-il si complaisamment les rancunes d'un parti qui, avant le succès, ne s'était guère montré partisan de cette insurrection du 10 août dont lui, Barbaroux, se posait volontiers comme un des héros? Quoi! sur une simple lettre adressée à la société de Marseille, il se serait figuré Robespierre roulant dans sa tète des projets de dictature ! Quoi ! il aurait tout à coup

leur. Consultez au surplus, pour cette éloquente improvisation de Kobespierre, le Moniteur du 26 septembre 1792; le Journal des débats et décrets de la Convention, numéro 6, et les Lettres de M. Robespierre à ses commeitans, numéro 1.

Le Patriote français, en désespoir de cause, voit, comme ses féaux Rebecqui et Barbaroux, l'existence du projet de dictature « démonstrativement prouvée par la conduite de quelques membres de la commuue de Paris, tous attachés au parti Robespierre. » (Xuméro 1159.)

{\) Journal des débats et des décrets de la Convention, uuméro 6. Si M. Micbelet ne s'en était pas tenu à la seule version du ifoniteur, il n'aurait pas avancé un peu légèrement que tout le discours de Robespien'e avait été mal reçu (t. IV, p. 346).

ajouté foi aux calomnies des feuilles girondines, calomnies qu'il avait dédaignées pendant six mois ! Non, il faut chercher ailleurs le secret de la conversion du jeune et beau Marseillais. Barbaroux ne se vendit point, je ne le crois pas du moins (l), seulement il ne sut résister ni aux avances ni aux caresses du pouvoir.

Dès le lendemain de la chute de la royauté, Roland lui avait offert une place de secrétaire principal dans ses bureaux (2). C'était une position fort avantageuse, paraît-il, mais Barbaroux visait plus haut : il ambitionnait d'être représentant du peuple; il courut donc à Marseille où, en effet, il fut nommé député à la Convention. A son retour, on lui fit plus de fête encore, car il jouissait alors d'une influence plus considérable. Le prestige du pouvoir, les séductions de la puissance, les sourires de madame Roland, achevèrent de le jeter tout à fait dans les bras de la Gironde. Que pouvaient offrir en compensation le rigorisme de l'Ami du peuple et l'austérité de Robespierre à cette nature un peu trop sensible peut-être à l'amour du plaisir (3)?

a Barbaroux de Marseille, » dit-il, « se présente pour signer la dénonciation faite par le citoyen Rebecqui contre Robespierre. » A ce début emphatique, on s'attendait à des révélations accablantes. Déjà les ennemis de Maximilien souriaient d'aise; mais quel ne fut pas leur désenchantement quand on connut la puérilité des moyens de son accusateur! Nous avons déjà rapporté cette étrange dénonciation de Barbaroux. Un jour Panis, prétendait-il, avait désigné Robespierre comme l'homme vertueux qui devait être le dictateur de la France. Et c'était tout. Puis après avoir répété les éternelles déclamations de ses amis contre la commune, et engagé la Convention à s'entourer d'une garde départementale, il annonça l'arrivée de huit cents Marseillais choisis parmi des hommes mdépendants de tous besoins, « parmi des fils de famille «. Comme cela était habile et devait plaire aux patriotes iiui, en détruisant la monarchie, avaient cru affirmer le règne de la liberté et de légalité!

De même que la claque au théâtre redouble d'efforts pour assurer le tuccès d'une mauvaise pièce, de même les Girondins accueillirent par

il) Le numéro 177 du Journal de Marseille, cité par Camille Desmoulius dans son Fragment de Vhistoire secrète de la Bévolution, p. 65, énonce contre Barbaroux un fait très-orave. Pour expliquer les dépeuses considérables auxquelles il se livrait depuis l'ouverture de la Convention, Barbaroux aurait dit aux ]\Iarseillais étonnés qu'il avait héi-ité de 80.000 livres, tandis qu'il était de notoriété publique qu'il n'avait jamais eu dans les deux mondes de pai-ents possesseurs d'une tcUe fortune.

(2) Mémoires de Barbaroux, p. 79.

^3) Yoy. ce qu'a écrit à cet égard madame Roland elle-même dans ses Mémoires (t. II, p. 159, éd. Barrière et Berville).

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