‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 107 sur 188 · LIVRE IX. — IL EST ACCUSE PAR REBECQUi; SA JUSTIFICATION · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — IL EST ACCUSE PAR REBECQUi; SA JUSTIFICATION

dont il était l'objet n'était, à ses yeux, que le résultat grossier de la plus lâche de toutes les intrigues. Interrompu ici encore, il trouva cette fois un appui inespéré dans un membre même de la Gironde : Ducos ne put s'empêcher de réclamer contre l'intolérance de ses amis. « 11 importe infiniment, » dit-il, « que Robespierre soit parfaitement libre dans la manière dont il expose sa justification. Je demande pour son intérêt, pour le nôtre surtout, qu'il soit entendu sans interruption. »

Les écrivains hostiles à Robespierre n'ont pas manqué, comme ses interrupteurs, de lui reprocher d'avoir répondu à l'inculpation de Rebecqui par la longue énumération de ses services. C'est là en vérité un reproche bien singulier. Rebecqui n'était dans cette circonstance qu'un pur instrument; derrière lui se tenaient les Brissot, les Guadet, les chefs du parti, prêts à donner eux-mêmes si la Convention consentait à prendre au sérieux l'accusation tombée de la bouche d'une sorte de comparse. Robespierre savait parfaitement cela. S'il se fût contenté de répondre par une dénégation méprisante, tous les journaux de la Gironde n'eussent pas manqué d'écrire qu'une négation n'était pas une preuve. Sa seule justification possible, je le maintiens, c'était d'opposer sa vie entière à la calomnie. C'était son devoir et son droit. Mais ce qu'on trouve tout naturel chez d'autres, on le blâme, on le condamne en lui. Pour mieux faire sentir la vérité de ce que j'avance, j'invoquerai un exemple tout récent. A l'expiration de l'avant-dernière législature, qu'ont fait les députés de l'opposition envoyés au Corps législatif par le département de la Seine ? Ils ont, dans un très-long exposé, retracé tous les actes de leur vie politique pendant la session écoulée , énuméré les services rendus par eux à la cause de la liberté. Dans quel but? était-ce pour se défendre contre une imputation inique? Nullement; il s'agissait uniquement pour eux de solliciter de leurs électeurs un nouveau mandat. C'était un acte parfaitement légitime, et personne, je crois, n'a songé à les en blâmer. Comment donc a-t-on pu trouver mauvais'dans Robespierre la chose la plus simple et la plus juste du monde? Le consul romain, accusé d'actes illégaux, se contentait de répondre : a Je jure que j'ai sauvé la patrie. » Mais lui, Maximilien, tenait à se justifier jusqu'à l'évidence, à montrer toute la noirceur de la conduite de ses ennemis. Combien vraies ces paroles : « La meilleure réponse à de vagues accusations est de prouver qu'on a toujours fait des actes contraires. Loin d'être ambitieux, j'ai toujours combattu les a.mbitieux. Ah ! si j'avais été homme à m'attacher à l'un de ces partis qui plus d'une fois tentèrent de me séduire, si j'avais transigé avec ma conscience, avec la cause du peuple, je serais à l'abri de toutes persécutions, j'aurais évité la haine de ces hommes redoutables par leur in-

fluence, j'aurais eu l'avantage d'allier avec la réputation de patriote toutes les douceurs, toutes les récompenses du patriotisme qui sait se prêter à des actes de complaisance; et depuis un an que je combats contre quelques personnes, dont cependant je ne suspecterai point le patriotisme, on m'a présenté souvent le gage de la paix, j'en ai même accepté le baiser, mais j'ai gardé mon opinion qu'on voulait m'arracher. » Allusion à une scène qui s'était passée aux Jacobins, entre lui et Brissot, lors de leurs débats sur la guerre, et qu'on n'a sans doute pas oubliée. A Paris, oià il avait soutenu tant de luttes, on n'avait pu, avonsnous dit, égarer l'opinion sur son compte; mais il n'en était pas de même dans les départements où la vérité avait été odieusement défigurée par les papiers publics dont disposaient ses adversaires. Après avoir conjuré ses collègues, au nom des sentiments de fraternité qui devaient les animer, de dépouiller des préventions sinistres et de l'écouter avec impartialité, il esquissa à grands traits le tableau des calomnies dont il avait été l'objet; et la calomnie, disait-il avec raison, est la plus redoutable des persécutions. Montrant ensuite le vide des imputations dirigées contre lui, il reprit une assertion tombée tout à l'heure de la bouche de Danton, et comme lui, se fit en quelque sorte accusateur à son tour. Lui aussi, il avait soupçonné qu'on voulait diviser la France en amas de républiques fédératives. Je ne sais, ajoutait-il, si ces indices sont fondés ; mais ils étaient nés de l'affectation même de ses adversaires à décrier les plus purs patriotes, à prétendre mensongèrement que la loi agraire avait été prêché e dans le sein de la commune de Paris, et à décbmer sans cesse contre la capitale. Avait-il jamais, quant à lui, conspiré contre la liberté de son pays? « Ah! » s'écria-t-il, « est-ce accuser un citoyen que de lui dire : Vous aspirez à la dictature? Quels sont vos faits, où sont vos preuves? Ah ! vous n'avez rien dit, mais vous avez eu assez de confiance pour croire que ce mot lancé contre moi pourrait me rendre l'objet d'une persécution. Vous ne savez donc pas quelle est la force de la vérité, quel est l'ascendant de l'innocence, quand elles sont défendues avec un courage invincible? Vous m'avez accusé, mais je ne vous en tiens pas quittes ; vous signerez votre accusation, vous la motiverez; cette grande cause sera jugée aux yeux de la nation entière. Il faut savoir si nous sommes des traîtres, si nous avons des desseins contraires à la liberté, contraires aux droits du peuple, que nous n'avons jamais flatté; car on ne flatte pas le peuple, on flatte bien les tyrans, mais la collection de vingt-cinq millions d'hommes, on ne la flatte pas plus que la Divinité (1^. »

(1) Ces clernières paroles ue se trouvent reproduites que dans la version du Muni-

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