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gers, tantôt celle de Chàlons-siir-I\Iarne (1), tantôt celle de Châtellerault (2), qui réclamaient l'expulsion de Marat et de Robespierre. La société mère finit par prendre l'alarme. Il est bien étonnant que l'on confonde toujours ces deux noms, s'écria Robert dans la séance du 23 décembre. Cela prouvait, selon lui, combien était corrompu l'esprit public dans les départements. Puis, après avoir établi un parallèle entre l'exagération de Marat, au patriotisme duquel il rendait d'ailleurs justice, et la sagesse de Robespierre, toujours si réservé dans ses moyens d'exécution, il ajoutait : « Il est temps, citoyens, de déchirer le voile qui cache la vérité aux yeux des départemens ; il est temps qu'ils sachent que nous savons distinguer Robespierre de Marat. » Bourdon vint ensuite. Depuis longtemps, dit-il, on aurait dû renseigner les sociétés affiliées, et il peignit Robespierre comme un citoyen modéré dans ses moyens, comme un homme auquel, depuis le commencement de la Révolution, on n'avait aucun reproche à faire. La société arrêta enfin l'envoi d'une adresse à tous les départements, afin d'édifier complètement les diverses sociétés, trompées par les manœuvres girondines, sur les points de rapport et les dissemblances profondes existant entre les deux patriotes dont Roland et ses amis associaient les noms avec tant de perfidie (3).
De tels procédés n'étaient pas sans amener contre les Girondins des récriminations violentes, et cela était tout naturel. On reprocha amèrement à Roland d'avoir dérobé au contrôle de la nation les pièces trouvées dans l'armoire de fer, et dont il s'était réservé l'examen. Cliasles demanda que le comité de sûreté générale tînt registre des crimes du ministre de l'intérieur (4), et qu'une souscription fût ouverte dans le sein de la société des Jacobins pour la propagation des lumières (5). Anarcharsis Cloots, de son côté, lançait son fameux pamphlet antigirondin Ni Roland ni Marat (6). Mais tout cela était bien peu de
tion Robespierre est à nu, l'intrigue est bien démasquée... Oui, Jacobins, nous voyons avec douleur que vous calomniez les Bi'issot, les Guadet, les Vergniaud, et tous les plus zélés défenseurs du peuple... Par quelle fatalité se fait-il que vous continuiez à prodiguer votre encens à un Lomiue couvert du mépris public, au prétendu incorruptible Robespierre ! » Adresse de la société de Cliâlons-sur-lMarne, citée par le Patriote français, numéro 1192. On sent bien que le bureau de rédaction était au ministère de l'intérieur.
(1 Journal des débats et de la corresi>ondance,.,. nviméro 298.
(2J Ibid., numéro 321.
(3) Ibid., numéro d2b.
(4) Ibid., numéro 3')5.
(5) Ibid., numéro 317.
(6) Les Girondins, qui se gênaient si peu pour empoisonner la France entière d'»ifàmes diatribes contre leurs adversaires, poussèrent les hauts cris. « Clootzle Prussien a publié UMc infâme diatribe sous le titre Ni Marat ni Roland. » Et Kersaint, aux
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chose à opposer aux immenses ressources dont disposaient les amis de Brissot. « Ils ont accaparé les folliculaires accrédités, 3» écrivait Robespierre ; a ils ont multiplié les libelles sous toutes les formes; ils n'ont pas cessé un instant de se préconiser eux-mêmes et de diffamer tous les citoyens qui ne vouloient connoître d'autre parti que celui de l'intérêt public. Ils se sont emparés du ministère des contributions publiques, de la poste et du ministère de l'intérieur, c'est-à-dire a peu près de toute la puissance royale. Le ministre qui règne sous ce titre a fait plus de libelles que d'actes de gouvernement; il a dépensé en affiches calomnieuses des trésors qui auroient suffi pour nourrir cent mille familles indigentes. Ses rapports à la Convention nationale, ses proclamations ne sont que des pamphlets diffamatoires. Les corps administratifs, les corps municipaux, sont devenus les ministres de ses haines personnelles et les colporteurs de ses libelles. Il n'est pas un département, pas une ville, pas un hameau qui n'ait été infecté de ses calomnies distribuées partout aux frais de la nation (1). »
Est-ce que par hasard Robespierre exagérait en s'exprimant ainsi? Eh bien ! demandons à Roland lui-même la preuve de la vérité de ces paroles. Parmi les innombrables communes de France à qui le ministre de l'intérieur distribuait si généreusement la manne girondine, une seule avait été laissée de côté, non pas une commune de médiocre importance, mais une des grandes communes de France, celle d'Arras. Les complices de Roland dans ce petit travail d'infamie, je veux dire les secrétaires chargés du choix et de l'envoi des libelles, avaient sans doute pensé qu'il était difficile d'attaquer si grossièrement la réputation de Robespierre dans sa propre patrie, et ils avaient jugé convenable, depuis les premiers jours d'octobre, de priver la commune d'Arras des munificences ministérielles. Au bout de deux mois et plus, les représentants de cette commune réclamèrent; et de sa propre main, Roland répondit pour s'excuser de la négligence de ses secrétaires, « Mon zèle pour la propagation de l'esprit public doit vous être connu, et vous ne pouvez ignorer les moyens que j'ai adoptés pour donner à cette partie de ma sollicitude civique toute l'activité et l'efficacité qu'elle sollicite. C'est à cette fin que je corresponds avec un grand nombre d'excellens citoyens qui, de tous les points de la Répu-
JacoLins, s'écria : « Clootz est un fou mûcliant que vous devez bannir de votre sein, car ses procédés envers Brissot, Guadet, Buzot et moi, ses collègues à la Convention et dans le comité diplomatique, vous avertissent que cet ami du genre humain est insociablo, et que ce philosophe n'est qu'un iatriirant. » Patriote françois, numéros 1198 et 1200.
(1) Lettres de M. Robespierre à ses coinineltaiis (p. 242 à 248, numéro (îi; article intitulé : Des jmpiers jniblics.
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blique, reçoivent périodiquement de mes bureaux tous les imprimés qui sont à ma disposition. Plus vous m'avez fait connoître pour voire commune le besoin d'instruction, plus je dois être affligé de la suspension que vous avez éprouvée, et plus je me flatte que vous recevrez avec plaisir l'assurance, que je vous réitère, de l'alimenter, par votre organe, des écrits les plus propres à l'éclairer et à la rallier autour des bons principes... Vous recevrez dès aujourd'hui une collection la plus complète possible (1 ) . »Et la Commune d'Arras recevait, en effet , trois exemplaires du compte rendu moral de Roland, sa lettre aux Parisiens, son rapport sur l'état de Paris, et deux exemplaires de l'accusation de Louvet. On s'était gardé, bien entendu, de joindre à cet envoi la justification de Robespierre, imprimée cependant par l'ordre delà Convention nationale. « Ce seul trait, » répondirent les représentants de la commune d'Arras, « si nous avions pu penser un seul instant que- Robespierre, pauvre, opprimé, sans trésors, sans armée, ennemi de toutes les factions, aspirât à la dictature, cette gaucherie nous eût dessillé les yeux et démontré jusqu'à l'évidence l'absurdité de l'accusation romancière de votre lecteur Louvet (2). » Et ce n'était pas seulement la commune d'Arras qui se plaignait, car les intrigues de Roland ne faisaient pas fortune partout. « Nous nous souvenons trop bien des Feuillans pour ne pas nous tenir en garde contre les intrigans, » écrivait une société affiliée (3] ; et une autre, celle de Fontenay, en Vendée, s'étonnait profondément de recevoir le poison sans le contre-poison [II]. On chercherait vainement dans l'histoire l'exemple d'une pareille conspiration de la part d'un parti contre ia réputation d'un
(1) Lettre de lioland aux représenlans de la Commune d\irras, imprimée avec la réponse, in-8° de 7 pages (rie l'imprimerie de Potiez de Lille). Robespierre jeune domia lecture de la lettre de Piolaud et de la réponse des représentants de la commune d'Arras, dansla séance du lundi 7 janvier 1793, aux Jacobins. I.a société an-t^ta quïl serait fait mention honorable dans son procès-verbal de la conduite des administrateurs du Pas-de-Calais, et, sur la proposition d'un de ses membres, elle arrêta l'impression de la lettre de Roland et de « la réponse immortelle » des concitoyens de Robespierre ^Journal des dfibats et de la correspondance, etc., numéro 335\ D'un pi'ocès-verbal de l'assemblée des administrateurs d"Arras, en date du 17 janvier 1793, procèsverbal que nous avons sous les yeux, il résulte que les administrateurs de la ville d'Arras, qui sans doute tenaient à ne point se brouiller avec le ministère de l'intérieur, alors tout-puissant, ne sont point les signataires de la réponse à Roland; mais, comme le lit obsei-^er un membre, cette erreur- n'était que le fait du journaliste Gorsas, dans son numéro du 11 janvier, et il n'y avait pas à s'en occuper. La lettre de Roland avait été adressée au conseil général, et non point à l'administration de la commune, c'était donc le conseil général qui avait répondu.
(2) Lettre deBoland et réponse, p. 5.
(3) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Jacobins, numéro 298.
(4) Ibid., numéro 308.
seul homme, auquel on eût été bien embarrassé d'adresser un grief fondé.
Mais, selon madame Roland, alors toute à Buzot, qui, en allumant dans son sein une passion irrésistible (1), l'avait aussi pénétrée du fiel dont son cœur était gonflé, c'était là un emploi bien entendu des fonds mis à la disposition de Roland pour répandre des écrits utiles. Son mari, avoue-t-elle, — et cet aveu est bien précieux, ce me semble, — « profita des papiers publics alors en crédit, et les fit expédier gratis aux sociétés populaires, aux curés et aux particuliers zélés qui s'annonçoient pour désirer de concourir au bien de l'État (2). » N'est-il pas joli, en vérité, de voir le ministre Roland, dont les amis étaient si enragés contre les prêtres, charger les curés de colporter la diffamation contre l'homme qui, presque seul, eut aux heures les plus sombres le courage d'élever la voix en leur faveur !
Si invoquer le nom de la Providence était, aux yeux des Girondins comme Guadet, un véritable crime, ils ne dédaignaient pas, à l'occasion, comme on vient de le voir, de faire servir d'instrument à leurs passions les ministres d'un Dieu dont ils reprochaient à Robespierre d'avoir invoqué le nom, l'accusant assez niaisement de vouloir par là ramener le peuple sous le "joug de la superstition; on n'a point oublié la fameuse scène des Jacobins. Quel excellent moyen aussi ! Qui donc, dans les campagnes et dans les petites villes, refuserait d'ajouter foi aux libelles des Louvet et des Brissot, aux écrits calomnieux des Girey- Dupré et des Gorsas, quand à des hommes simples de cœur et facilement enclins à la crédulité ces libelles seraient pieusement apportés par le curé de la paroisse? Ah ! ces Girondins étaient des gens d'esprit !
Tandis que leur ministre favori prenait ainsi pour agents ces pauvres serviteurs du culte qu'ils avaient rudement maltraités cependant, un des leurs, s'inspirant de Guadet, ne trouvait rien de mieux, pour expliquer les invectives dont son journal poursuivait Robespierre, que de lui imputer à crime capital d'avoir parlé de la Providence et de l'éternité. Ce serait à n'y pas croire si nous ne mettions les preuves mêmes sous les yeux de nos lecteurs.
(1) Voyez à ce sujet les lettres récemment publiées de madame Rolaud ii Buzot.
(2) Mémoires de madame Roland (édit. Barrière et Bei-^ille, t. Il, p. .5]).