I.IVr.t; X. AUI'.KSSE du département du FINISTERE
mettaient aucune différence entre Robespierre et Marat. Voilà, disaiton, l'ouvrage des Brissotins, des Roland; voilà l'emploi qu'on fait des finances de l'État. Il fut décidé qu'on enverrait à toutes les sociétés affiliées les portraits bien différenciés de Robespierre et de Marat (1), et dans la séance du 6 janvier 1793, La Paye lut un projet d'adresse dont l'impression et l'envoi furent aussitôt arrêtés. 11 y était dit : «Vous semblez puiser votre opinion dans les pamphlets de Brissot et de Roland... Robespierre restera avec nous, parce qu'il a toujours été le défenseur des principes, l'ami du peuple et de l'humanité. Nous n'exclurons pas Marat , quoiqu'il soit exalté dans les journaux. Nous n'approuvons pas tout ce qu'il dit; mais on ne détruit pas les aristocrates avec des phrases académiques (2). »
Dans la séance du 1" janvier au soir, l'Ami du peuple avait, à la Convention , formellement accusé la faction girondine d'envoyer dans les départements des modèles d'adresse pour demander l'expulsion de Robespierre, de Billaud-Varenne et de lui-même (3). Quelques jours plus tard, le 6 janvier, Ducos donnait lecture d'une adresse du conseil général du département du Finistère oij l'on invitait la Convention à chasser de son sein, comme des scélérats, comme de véritables contrerévolutionnaires, comme les plus grands ennemis du pays, les Danton, les Robespierre, les Chabot, les Marat, les Bazire, les Merlin et leurs complices. On demanda les noms des signataires de cette pièce, où se révélait si bien le style des Girondins. « Je les connois, » s'écria un membre : « ce sont des aristocrates. » Et Marat : « Je demande que cette adresse soit renvoyée à sa source, au boudoir de la femme Roland ^4). » En même temps, Le Bas dénonçait une invitation faite par le département du Pas-de-Calais à tous les autres départements d'envoyer une force armée à Paris pour y contenir les anarchistes.
L'Assemblée se trouvait encore dans une sorte d'agitation causée par cette double communication, quand tout à coup le député Richaud lui propose de décréter la suppression de la permanence des sections de Paris et des conseils généraux de toutes les villes de la République. A cette motion, vivement combattue par Thuriot et par Marat, un trouble indescriptible se produit au sein de la Convention. Une demande d'ajournement, formée par quelques membres, est rejetée par assis et levé. Mais l'épreuve ayant paru douteuse, cinquante ou soixante membres réclament l'appel nominal. « L'appel nominal ou la
(1) Jo'irnal des débats et de la correspondance de la Société des Jacobins, numéro 332.
(2) Ibid., numéro 335.
(3) Jfo'iîVfur du 3 janvier 1793.
(4j Ibid. du 8 janvier 1793.
mort! » s'écrie impétueusement David. Au milieu du tumulte arrive le ministre de l'intérieur Roland. La Montagne demande qu'il soit entendu ; mais ses amis s'y opposent et veulent qu'avant tout la question de la permanence des sections soit décidée. La fermentation est au comble. Salles prend la parole et présente les sections comme capables de recourir à de nouveaux massacres. Robespierre, à son tour, se dirige vers la tribune. Du temps de l'Assemblée constituante, il avait, on s'en souvient peut-être , insisté avec beaucoup de force pour le maintien de la permanence des districts, de ces districts auxquels la Révolution était redevable de son triomphe, et les arguments qu'il avait fait valoir alors il venait les invoquer aujourd'hui. Sa présence à la tribune excite un redoublement d'orage. Le président, — c'était Barère, — se mit de la partie. A peine Robespierre a-t-il ouvert la bouche que les plus violentes apostrophes sont dirigées contre lui. Les cris : A V ordre ! à la censure! à l'Abbaye! retentissent sur les bancs de la droite. Quel était donc son crime? 11 avait demandé si la liberté des opinions n'existait que pour les calomniateurs. La gauche, indignée, se soulève à son tour. De toutes parts les interpellations se croisent, et cinq ou six cents membres debout semblent se menacer, prêts à en venir aux mains. Calme au milieu de celte orgie parlementaire, Robespierre veut f continuer. « Le scélérat! » s'écrie Chambon. Lui, sans se troubler : ■ « La parole m'a été assurée par un vœu de l'Assemblée; il n'appartient pas à un parti de me la ravir. » Baraillon, dont les Girondins avaient surpris la bonne foi, l'arrête par ces mots : « Il se croit au 2 Septembre, il veut dominer. » — « Sans doute, » reprend l'orateur imperturbable, « je n'ai pas, comme tant d'autres, un cœur vénal... Les cris des intrigans ne m'en imposeront pas. » Chambon l'interrompant de nouveau : « Ah! Robespierre, nous ne craignons pas tes poignards!... » Était-il possible de pousser plus loin l'intolérance? Marat n'y put tenir, il éclata : « F... faction rolandine! gredins déhontés! vous trahissez impudemment la patrie ! » On aurait pu croire que le président censurerait les membres qui avaient si indécemment apostrophé l'orateur : eh bien! ce fut Robespierre qu'il rappela à l'ordre, avec censure. La force semblait du côté de la Gironde, et Barère présidait: touts'exphque. Quand, de lassitude, l'Assemblée se fut apaisée, Robespierre, en réponse a la censure du président, contre lequel il avait demandé la parole, dit que la censure n'était point déshonorante lorsqu'elle n'était pas méritée, et il ajouta que le mépris de la nation devait porter sur celui-là seul qui l'avait injustement exercée (1) : paroles sévères pour
(l) Voyez, pour cette séance, le Motiileur du 9 janvier 1793 et le Journal des débats -et des décrets de la ConrenUon, numéro 111.