‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 146 sur 188 · LIVRE X. MOTION CONCERNANT L ASSASSINAT DE LEPELETIER · texte numérisé non relu

LIVRE X. MOTION CONCERNANT L ASSASSINAT DE LEPELETIER

pu si bien être le trait d'uniùii entre la Gironde et la Montagne, n'avaitil pas envenimé la querelle en donnant son appoint à la première et en diffamant à son profit l'ami dont il avait si longtemps pressé la main loyale? Son étonnement était donc à la fois bien ridicule et bien naïf. Il appuya complètement, du reste, quant aux mesures proposées à l'égard de Lepeletier, l'opinion de Robespierre, et, après un rapport du ministre de la justice, la Convention décréta qu'elle assisterait tout entière aux funérailles de Lepeletier, assassiné pour avoir voté la mort du tyran, et que les honneurs du Panthéon seraient décernés à l'illustre victime (1). Mais en même temps, elle décidait le renouvellement du comité de sûreté générale ; puis, adoptant la proposition de Robespierre, elle supprimait le trop fameux bureau de formation d'esprit public institué par Roland, et ordonnait que ce ministre rendrait compte de sa gestion (2). C'était un premier coup porté aux Girondins, coup d'autant plus terrible que dans la séance du soir la Montagne entrait en masse dans le comité de sûreté générale renouvelé.

Bazire, un des nouveaux membres du comité, proposa à l'Assemblée de décréter, séance tenante, la peine de mort contre quiconque aurait caché l'assassin de Lepeletier ou simplement favorisé sa fuite. Boyer- Fonfrède et Defermon combattirent ce décret, mais seulement sous le rapport de la rédaction; Defermon en préparait une autre, quand Robespierre monta k la tribune. Il venait combattre le fond même de la motion, et, de l'aveu d'un de ses plus mortels ennemis, il opposa à tout ce qu'on avait dit pour la soutenir des arguments irréfragables (3). Elle était, selon lui, contraire à tous les principes. Mais il importe de mettre sous les yeux du lecteur les paroles mêmes de ce grand calomnié : « Quoi! au moment où vous allez effacer de votre code pénal la peine de mort, vous la décréteriez pour un cas particulier ! Les principes d'éternelle justice s'y opposent. Pourquoi d'ailleurs sortir de la loi pour venger un représentant du peuple? V^ous ne le feriez pas pour un simple citoyen; et cependant l'assassinat d'un citoyen est égal, aux yeux des lois, à l'assassinat d'un fonctioimaire public. Je demande que les lois existantes soient exécutées contre le meurtrier de notre malheureux collègue, et que, sur les propositions que l'on a faites, l'Assemblée passe à l'ordre du jour (4). » Ce qui fut à l'instant adopté. On voit

(l) Moniteur ia 25 janvier 1793.

;^2) Journal des débats et des décrets, numéro 126, p. 304, et Lettres de M. Robespierre ù ses commettans, 2« série, numéro 4, p. 242.

(3) Voyez le Journal des débats et des décrets, dont Louvet était rédacteur, numéro 127, p. 308.

(4) Voyez le J/o/a'teiir du 25 janvier 1793.

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combien lui répugnaient les sévérités inutiles, et surtout combien il était opposé aux mesures sanguinaires. A cette heure encore il songeait à effacer du code pénal la peine de mort. Ah ! certes, il fallut que les ennemis de la Révolution fussent bien implacables pour amener ces fondateurs de la démocratie à se montrer sans pitié à leur tour.

Le 2h janvier eurent lieu les funérailles de Michel Lepeletier; elles dépassèrent en magnificence celles même de Mirabeau. Chargé par la société des Jacobins de prononcer devant la France entière l'oraison funèbre de son ami, Robespierre avait rendu, en quelques pages écrites à la hâte, un éclatant hommage à la mémoire du patriote mort au champ d'honneur. Il montra l'ancien grand seigneur passant, dès le premier jour, du sein d'une corporation puissante tout acquise au despotisme, dans les rangs des défenseurs de la liberté, et, depuis le commencement de la Révolution, luttant de zèle avec eux ; il le montra tout dévoué à la cause de l'égalité , et, à Paris, dans le département de l'Yonne dont il était le député, partout enfin oh étaient situées ses propriétés , employant sans ostentation son immense fortune au soulagement des malheureux. Mais c'était surtout dans ces derniers temps, disait Robespierre, qu'on l'avait vu déployer son âme tout entière. Sourd aux obsessions des intrigants qui occupaient le pouvoir, il avait préféré, dédaignant les avantages qu'offre aux hommes debonne volonté la faveur des hommes en place, rester fidèle à la cause populaire, au risque d'être réputé séditieux et flatteur du peuple, et se déclarer l'ami, le compagnon d'armes des députés républicains qu'une armée de libellistes, soudoyés par un ministre coupable, dévouait à la rage des contre-révolutionnaires sous le nom d'anarchistes, d'agitateurs et de factieux. Enfin, président des Jacobins peu de temps avant le crime exécrable dont il avait été victime, il avait lutté énergiquement contre les fatales lenteurs suscitées à dessein dans le procès du roi pour arracher le coupable à la vindicte nationale. « 0 Peletier ! » s'écriait Robespierre, « tu étois digne de périr pour la patrie sous les coups de ses assassins! Ombre chérie et sacrée, reçois nos vœux et nos sermens. Généreux citoyen, incorruptible ami de la vérité, nous jurons par tes vertus, nous jurons par ton trépas funeste et glorieux, de défendre comme toi la sainte cause dont tu fus l'apôtre... Nous en-

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