I.IV1U-: X. ASSASSINAT lH". IJM'KLETIEK SAINT-FARGEAU ij
On sait quelle universelle émotion causa la nouvelle de ce meurtre ; il eut cela de funeste surtout qu'il commença à bannir du cœur ■des républicains toute indulgence et toute pitié. Le jour' même où l'on conduisait Louis XVI à l'échafaud, Barère appuyait la motion d'ordonner des visites domiciliaires, à la condition de les entourer de toutes les formes protectrices de la liberté des citoyens; puis, il proposait à l'Assemblée de décréter la peine de six années de fers contre tous citoyens qui, recelant des émigrés dans leurs maisons, n'en feraient pas la déclaration aux municipalités et aux sections dans le plus bref délai, et terminait en réclamant pour Michel Lepeletier les honneurs du Panthéon.
Robespierre prit ensuite la parole. C'était bien sur la tombe d'un ami de la liberté qu'on devait prêter le serment de sauver la patrie, disait-il ; mais il ne fallait pas que cet attentat fût une occasion de violer les principes. Il combattit donc vivement une motion de Bréard, tendante à faire attribuer à la Convention elle-même l'exercice de la police afin d'assurer la sécurité de ses membres. C'était aux autorités constituées à déjouer les complots de la malveillance, et il n'y avait pas de raison pour porter atteinte à la hiérarchie des pouvoirs. Quant à la proposition de Barère concernant les receleurs d'émigrés, il l'appuyait, pourvu toutefois que la loi n'atteignît pas des citoyens qui sans le savoir auraient donné asile à un émigré.
Lui aussi demanda les honneurs du Panthéon pour Michel Lepeletier, dont il prononça l'éloge. Plus qu'un autre peut-être ce grand citoyen avait droit à cette récompense nationale, puisque, né dans la caste privilégiée, il était, depuis la Révolution, resté constamment l'ami du peuple et le soutien de la liberté. Ces honneurs, Robespierre les réclamait pour les vertus de son ami, pour ses sacrifices à la patrie, et enfin pour donner un grand caractère à la République naissante. Sur cette tombe entr'ouverte, il aurait voulu comme un autre voir se sceller l'union de tous les citoyens; cette union, il l'avait appelée de ses cris plaintifs; mais comment y parvenir sans supprimer la cause des troubles qui ne cessaient d'agiter la Convention? Or, la cause essentielle de ces troubles, n'étaient-ce point ces calomnies atroces dirigées contre les membres les plus populaires de l'Assemblée, calomnies dont Lepeletier lui-même avait été quelquefois victime? Robespierre profita de cette occasion pour sommer la Convention de porter un regard attentif sur l'emploi des sommes destinées à former l'esprit public et d'examiner avec une sévérité républicaine si celui qui avait été chargé ■de ce dépôt en avait fait un usage respectable (1 ).
(1) Moniteur du '2i ]an\iev 1793.
Après avoir, avec tant d'acharnement et depuis si longtemps poursuivi leurs adversaires, les Girondins devenaient à leur tour l'objet des plus sérieuses attaques. Juste retour des choses d'ici-bas! Le vote de la Convention dansla question de l'appelau peuple, en les avertissant d'une défaite prochaine, aurait dû les rendre plus sages. Dans ce grand procès du roi ils avaient décidément compromis l'énorme influence dont ils avaient joui jusque-là dans le sein de l'Assemblée. Et en réalité, combien n'avait-il pas été ridicule d'entendre Brissot et ses amis menacer, pour ainsi dire, la République des armes de l'Angleterre et de la colère des tyrans de l'Europe! Ce fut grâce à ce pitoyable argument sans doute que Pitt put se vanter, dans la chambre des communes, de s'être assuré la majorité des voix dans la Convention nationale, et de n'avoir trouvé de résistance que dans un petit nombre de républicains intraitables (1). Quel triste spectacle donné à la République par ces membres de la Convention qui du haut de la tribune avaient, à grands cris, appelé de tous les départements des gens armés pour exterminer les principaux membres de la Montagne hautement désignés comme des anarchistes, comme des agitateurs et même comme des royalistes, témoin la fameuse brochure de Louvet : A Maximilien Robespierre et à ses royalistes. Mais les Girondine virent leurs propres armes se retourner contre eux. 11 arriva, en effet, qu'une foule de fédérés accourus à leur voix, reconnurent bientôt leur erreur en présence du calme et du patriotisme de la grande cité. Dans une fête patriotique, improvisée sur la place du Carrousel la veille du jugement de Louis XVI, ils se joignirent au peuple de' Paris et jurèrent défaire cause commune avec lui. Ainsi la faction girondine trouva des adversaires et des surveillants dans les citoyens mêmes qu'elle avait appelés comme ses soldats et ses satellites (2;.
Et pourtant Pétion avait exprimé une grande vérité quand, prenant la parole après Robespierre, il avait dit que les hommes les plus opposés en apparence voulaient également la liberté. — La liberté' oui, mais non la démocratie franche, sans laquelle la liberté n'est que le privilège de quelques-uns. — Seulement n'y avait-il point quelque naïveté de sa part à se demander quelle fatalité empoisonnait les intentions? Ne savait-il pas d'où étaient partis les premiers coups, et que le ministère de son ami Roland était l'arsenal où se fabriquaient ces épouvantables calomnies si justement flétries par Robespierre et qui, par malheur allaient entraîner de terribles représailles? Enfin lui-même, qui aurait
(1) Leitre.f Je M. Bobespierre à ses comniettans, miim'vo 3 de la seconde série, p. 98. (\') liiJ., numéro 3, p. 102.