LIVRR X. DECLARATION DE GUERRE A L ANGLETERRE G
ture et la liberté, sinon on livrait le pays à la guerre civile et à l'anarchie (1).
Ces observations avaient à peine paru que, poussée à bout par les provocations de Pitt, la Convention nationale déclarait solennellement la guerre au gouvernement anglais (séance du 1*' février 1793). Ce surcroît d'embarras pour la République inspira à Robespierre des réflexions nouvelles. Comparant le peuple français à Hercule, qui, pour atteindre ses glorieuses destinées, fut forcé de dompter tous les monstres par des travaux supérieurs aux forces humaines, il ne doutait pas que ses concitoyens n'élevassent leur caractère et leur énergie à la hauteur des circonstances. Un des moyens les plus propres, selon lui, à assurer notre triomphe, c'était de donner aux peuples étrangers une idée exacte de nos principes, afin qu'ils ne partageassent pas l'ani- ■mosité de leurs tyrans contre la Révolution. « Le cabinet de Londres, » disait-il avec raison, « est le centre de toutes les intrigues qui remuent l'Europe contre nous et qui agitent la France elle-même. » 11 n'eût pas osé sans doute se conduire de la sorte si le peuple anglais eût été parfaitement éclairé sur les principes de notre Révolution, si l'on ne lui en eût pas présenté sous un faux jour les principaux événements. Notre devoir, celui du conseil exécutif, était donc de propagerla lumière parmi les peuples étrangers. Mais jusqu'à présent qu'avait-on fait pour réaliser cette utile mesure? Xe trouvait-on pas dans la plupart des papiers soudoyés par le ministère anglais le style des journaux d'un certain parti? Et ici Robespierre avait beau jeu contre ses adversaires de la Gironde. N'était-ce pas eux qui avaient accumulé calomnies sur calomnies contre les plus dévoués patriotes, et présenté Paris, ce berceau de la Révolution, comme le séjour du crime et le domaine de brigands et d'assassins. <t Quels moyens, » s'écriait-il, « de rendre la République naissante respectable aux yeux des peuples que de flétrir son berceau par les idées de sang, d'assassinats, de troubles et de factions ! » Et, — fâcheuse coïncidence, — à qui s'adressaient les éloges de ces ministres et de ces membres du parlement anglais si acharnés contre notre Révolution? à Roland et aux représentants perfides qui, de concert avec lui, inondaient la République de libelles diffamatoires.
Il s'agissait donc de réparer le mal. Un des renaèdesles plus efficaces était, à son avis, de traduire dans la langue des différents pays et de publier au plus vite des écrits dictés par l'amour de la patrie et de l'humanité, exempts de toute influence d'esprit de parti. Puis, songeant
(1) Lettres de M. Bobespierre à ses commettans, 2= série, numéro 4, p. 195 à 204. Cet article a été reproduit dans les OEuvres publiées par Laponneraye, t. III, p. 205.
(ilB HISTOIRE DE ROBESPIERRE
au triste spectacle qu'avait déjà donné au monde la Convention nationale par ses divisions intestines, il engageait l'Assemblée à se souvenir qu'elle délibérait en présence de l'univers; et fidèle à ses principes de modération, il invitait ses collègues à se tenir en garde contre les écarts même du zèle le plus sincère. Cela l'amenait à conseiller à ses concitoyens le respect de certains préjugés religieux chez des peuples étrangers, moins avancés que nous sous le rapport philosophique, mais tout disposés à ouvrir les bras à la Révolution. Au reste, rien de facile, suivant lui, comme d'attirer à nous ces mêmes peuples chez lesquels nous étions obligés de porter la guerre. Et ici quels conseils pleins de sagesse, avoués par la saine politique, tombaient de la plume de ce grand méconnu. Déjà par son manifeste du 15 décembre 1792, à l'auteur de laquelle Robespierre rendait un éclatant hommage, la Convention nationale avait déclaré que la République ne faisait pas la guerre aux peuples opprimés, mais aux gouvernements oppresseurs. Eh bien! le moment était venu de mettre en pratique cette belle maxime. Il fallait surtout se garder de blesser l'orgueil et les préjugés nationaux de ces peuples, et leur offrir, en leur garantissant l'exercice de leur souveraineté, le droit de se donner librement une constitution. Au contraire, en violant ce principe, on risquait de se les aliéner, de fortifier le parti aristocratique, et de ménager à kurs gouvernements mêmes des ressources dans leur propre mécontentement.
Les événements de 1813 sont là pour nous apprendre combien Robespierre voyait juste. « On peut aider la liberté, » disait-il encore avec raison, « jamais la fonder par l'emploi d'une force étr^gère. » Car, pensait-il, ceux qui veulent donner des lois les armes à la main, passeront toujours pour des conquérants et des étrangers. « Je n'aim.e pas les missionnaires armés, » avait-il dit l'année précédente dans un de ses grands discours sur la question de la guerre. Donc, après avoir proclamé chez les peuples étrangers la souveraineté des nations et la Déclaration des droits, on devait les laisser régler euxmêmes la forme de leurs gouvernements, et interdire sévèrement à nos généraux et à nos armées de s'immiscer dans leurs affaires publiques. C'était là l'unique moyen de ne point décréditer le nom français, et il était plus que jamais urgent de l'appliquer au moment où l'on allait envahir la Hollande et tirer l'épée contre l'Angleterre.
Précisément se trouvaient à Paris, en ce moment, des délégués du peuple batave. Us avaient donné lecture aux Jacobins d'une adresse où étaient éloquemment dépeintes la situation et les espérances des Hollandais, lesquels réclamaient l'intervention de la France pour se délivrer du stathouder, leur tyran ; à quoi le président des Jacobins