‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 149 sur 188 · LIVUK X. SLK L INSTRUCTION PUBLIQUE ET LA CONSTITUTION · texte numérisé non relu

LIVUK X. SLK L INSTRUCTION PUBLIQUE ET LA CONSTITUTION

avait répondu que la seule ambition de la République était de porter aux peuples esclaves cette liberté sans laquelle tous les autres biens n'étaient que des calamités publiques. Sur la proposition de Robespierre, la société avait voté l'impression du discours des délégués bataves et de la réponse du président, comme devant contribuer au triomphe des (jueux et des sans-ciilotles (1). De cette sorte d'attrait qu'exerçait sur les peuples voisins notre Révolution, Robespierre tirait cette conséquence qu'on avait tout intérêt à les traiter avec le plus grand ménagement. Ainsi, il recommandait qu'après les avoir laissés absolument maîtres de délibérer sur leur constitution, on apportât le plus grand soin à ménager leurs intérêts pécuniaires en opposition avec les idées politiques et philosophiques importées chez eux, et il souhaitait vivement que la Convention- nationale décrétât la restitution de tous les navires pris par la République aux peuples qui feraient alliance avec elle. En agissent de la sorte, on était sûr, à son avis, de fraterniser avec les nations étrangères, de les intéresser à la cause de la Révolution, et de changer en actes utiles et glorieux les magnifiques formules déjà promulguées (2).

La mort du roi semblait avoir donné à la Convention nationale une vie nouvelle. A l'ordre du jour se trouvaient incessamment les questions les plus importantes : guerre, finances, réorganisation du gouvernement, instruction publique. Quand Robespierre ne prenait point de sa parole part aux débats provoqués par ces importantes questions, il ne manquaitpas de les étudier avec un soin tout particulier dans son journal. C'est ainsi qu'il avait rédigé des observations générales sur un plan d'instruction publique proposé a l'Assemblée. Que de préjugés à vaincre, pensait-il, pour obtenir une bonne loi sur cette matière, qui pourtant était intimement liée aux destinées de la République. De même que le premier objet des institutions politiques devait être de défendre la liberté des citoyens contre le gouvernement lui-même, de même le but de l'éducation publique devait être de poser une nouvelle barrière autour des droits du peuple : d'oii résultait nécessairement, selon lui, la liberté de

(1) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Jacobins, numéro 352.

(2) Lettres de M. Robespierre à ses commettons, numéro 5 'de la 2« série, p. 243 à 267. Ce numéro 5 contient un plan d'organisation du ministère de la guerre par Fabre d'Églautine.

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l'enseignement ; car l'éducation des citoyens laissée dans la dépendance absolue des gouvernants courrait risque de devenir un obstacle aux progrès des lumières. Dans les plans d'éducation proposés jusqu'à ce jour il avait trouvé quelques institutions antiques, des réminiscences historiques, mais point de principes, point de conceptions morales ni philosophiques. Au reste il fallait d'abord, pensait-il, repousser les ennemis de la République, déconcerter les complots qui chaque jour se renouvelaient dans l'intérieur, et l'on serait digne alors d'entreprendre le grand ouvrage de l'instruction publique (1). Nous aurons à examiner plus tard avec un peu plus de développement ses vues sur cet objet.

Vers le même temps, la Convention nationale songeait à la nouvelle constitution à donner à la France; la société des Jacobins s'en préoccupait surtout singulièrement ; on semblait appréhender d'avance qu'elle ne renfermât les mêmes vices qui avaient déparé l'œuvre de la Constituante. Non, disait Robespierre à la séance du 1 5 février, le jour même où Condorcet avait présenté à la Convention le plan de l'acte constitutionnel, ces vices ne reparaîtront pas; ils ont été généralement sentis, et les principes éternels de la raison et de la justice ont fait assez de progrès pour qu'on ne retombe pas dans les mêmes erreurs. Le seul obstacle à craindre, c'était peut-être le reste de défiance dont quelques membres de la Convention, influencés par les libelles de la faction girondine, semblaient encore animés à l'égard de quelques-uns de leurs collègues ; mais Robespierre n'en croyait pas moins très-prochain le triomphe des vrais patriotes, auxquels il garantissait la victoire s'ils prenaient une attitude calme et déployaient la raison dans toute sa majesté. On arriverait par là à présenter au monde une constitution empreinte du caractère de la fierté républicaine et de la philanthropie. Seulement, il était indispensable de montrer un respect inviolable pour la loi, afin de ne pas fournir aux ennemis de la liberté l'occasion de décrier le gouvernement populaire et de le présenter comme un foyer d'anarchie, comme une source d'éternelles dissensions. On parviendrait ainsi, ajoutait- il, à déjouer les noirs desseins d'émissaires payés pour diviser les citoyens et troubler la capitale (2). Quelques jours après, il était nommé membre d'un comité organisé par la société pour étudier les bases d'une nouvelle constitution républicaine (3).

Aumomentmême où Robespierre donnaità ses concitoyens desi sages

(1) Voyez les oliservations de Robespierre sur un projet d'éducation publique dans les Lettres de M. liobegpierre à ses coinmettaiis, numéro 2 de la 2° série, p. 49 à 60.

(2) Journal des débats et de la correspondance de la société des Jacobins, numéro 356.

(3) Ibid., numéro 358. Avec lui avaient été nommés membres de ce comité : Jean- Bon Saint-André, Robert, Tluiriot, lientabole, Billnud-Yarenne, Antlioine, Saint-

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conseils et où il les exhortait à se prémunir contre les excès auxquels les ennemis de la liberté ne se feraient pas faute d'essayer de les porter,—car il savait bien que la Révolution ne pourrait avoir de plus dangereux adversaires que ceux qui, sous prétexte de la servir, tendraient à l'exagérer — se produisit dans Paris une agitation très-vive produite par la cherté des subsistances. Des pétitionnaires s'étaient présentés à la barre de la Convention dans la séance du 12 février, et, du ton le plus inconvenant, ils avaient sommé l'Assemblée de rendre au plus vite une loi sur les subsistances. Celte démarche hautaine et provocante, faite au moment où la Convention s'occupait sans relâche de résoudre le plus vite possible les questions intéressant le plus la grandeur et la prospérité du pays, où elle traçait un plan de l'armée « digne des héros et des législateurs de la République françoise, » où elle adoptait l'idée nouvelle de l'impôt progressif de façon à charger principalement les grosses fortunes du poids des dépenses publiques, où enfin elle abolissait les procédures relatives aux troubles populaires, cette démarche, disonsnous, parut à Robespierre avoir été provoquée par les ennemis de la Révolution, lesquels n'ignoraient pas que de tous les moyens propres à abuser la population, le plus favorable et le plus fécond était de répandre des inquiétudes au sujet des subsistances. 11 n'hésita donc pas à blâmer hautement une pareille manœuvre et à flétrir dans son journal ceux qui, sous le masque d'un patriotisme d'emprunt, cherchaient à porter le peuple à des excès.

Il est un art exécrable, familier à tous les adversaires de la liberté, c'est d'en exagérer les principes pour les décréditer ensuite. Cette dernière ressource de l'aristocratie au désespoir, elle était bien connue de Pitt, disait Robespierre, de ce ministre odieux, secondé par tous les intrigants, par tous les fripons de l'Europe et de la France. « Ce génie malfaisant, digne d'être vanté par tous les ennemis de la vertu, qui bannit de l'Angleterre tous les patriotes françois, tandis quQ nous ouvrons généreusement notre sein à tous les espions et à tous les assassins qu'il entretient au milieu de nous, n'a pu sauver le tyran par son or ni par ses intrigues; il lui reste la détresse publique pour obtenir les troubles qu'il a tant de fois tenté d'exciter. » Sans doute, poursuivait Robespierre, la majorité des pétitionnaires qui avaient comparu à la barre étaient bien intentionnés, mais parmi eux s'étaient glissés des hommes intéressés à diriger vers un but sinistre les démarches les plus légitimes en elles-

Just, auxquels avaient été adjoints Dubois-Crancé , CoUot-d'Hei-bois , Aiiacharsis ■Cloots et Couthon.

mêmes; et l'emportement avec lequel ils cherchaient à irriter les esprits était étranger 'au véritable patriotisme. Ne les avait-on pas entendus, à cette occasion, menacer d'une révocation les députés de Paris, accusés de vouloir faire mourir le peuple de faim? C'était à la raison publique, au peuple lui-même à confondre cette nouvelle manœuvre. Passagères et rares, les erreurs du peuple étaient toujours le crime des circonstances fatales ou d'individus pervers. Mais il devait compter sur la Convention nationale comme elle comptait sur lui, déjouer les complots de l'intrigue et de l'aristocratie par sa sagesse, par son éloignement pour les excès, et se garder de compromettre la République par des désordres funestes. Quant a ses représentants, ne lui avaient-ils pas donné déjà toute la mesure de leur dévouement? « Ce n'est pas du pain seulement que nous devons au peuple français (les despotes en donnent à leurs sujets), » disait Robespierre en terminant; « c'est la liberté cimentée par des lois humaines, c'est la dignité des citoyens, c'est la jouissance des droits sacrés de l'humanité et l'exercice de toutes les vertus sociales que la République développe (1). » Eh bien, ces conseils, marqués au coin de la modération et de la véritable sagesse, Robespierre-ne cessa de les faire entendre aux jours les plus sombres de la Terreur.

En même temps, il rédigeait, au nom de ses collègues de la représentation de Paris, une adresse aux électeurs de ce département, dans laquelle se trouvaient reproduites en substance les observations dont nous venons de tracer une analyse sommaire, et oii il adjurait de nouveau la population de cette grande ville de ne point compromettre la cause de la liberté par une précipitation insensée. A ces personnages, dont le civisme bruyant semblait dépasser celui des premiers lutteurs de la Révolution, on n'avait qu'à demander autant de preuves de patriotisme désintéressé qu'ils exigeaient eux-mêmes autrefois de preuves de noblesse ; car il n'était pas impossible que ceux qui avaient toujours cherché à avilir le peuple voulussent le pousser aujourd'hui aux extrêmes pour perdre la Révolution par ses propres excès. Détruire Paris, son influence morale, tel était le but de tous les ennemis de la liberté et de l'égalité; c'était au peuple à déjouer leurs coupables manœuvres, en persévérant dans un calme imposant, sans rien perdre de son énergie républicaine. Modéré parce qu'il était fier, doux parce qu'il était fort, patient parce qu'il était invincible, il trouverait sa récompense dans le triomphe des principes de l'éternelle jus-

(I) Voyez cet article, intitulé : Obserralions siir une pétition relative aux subsistances, présentée k la Convention le 12 février, l'an II de la République. Lettres d' il. Hiihesiiit'ire à .«(■.< rommeltuns, numéro 6 de la 2' série, p. 283 ;\ 294.

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