‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 153 sur 188 · LIVRE \. LK TKIltUNAL lŒVOLlJTiONNAlKE · texte numérisé non relu

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tances plus difficiles, quand l'ennemi étoit aux portes de Paris, j'ai dit à ceux qui gouvernoient alors : Vos discussions sont misérables; je ne connois que l'ennemi, battons l'ennemi. Vous qui me fatiguez de vos contestations particulières, au lieu de vous occuper du salut de la République, je vous répudie tous comme traîtres à la patrie. Je vous mets tous sur la même ligne. Je leur disois : Eh! que m'importe ma réputation! Que la France soit libre, et que mon nom soit flétri! Que m'importe d'être appelé buveur de sang? Eh bien! buvons le sang des ennemis de l'humanité, s'il le faut; combattons, conquérons la liberté... » On sait aussi de quelle indéfinissable émotion fut saisie l'Assemblée à ces paroles d'une sauvage grandeur.

La Convention, résolue, conformément au vœu exprimé par Robespierre, à examiner de très-près la conduite des officiers auxquels étaient imputés nos derniers échecs, décréta que les généraux Stengel et Lanoue vivement inculpés par les représentants Carra, Lacroix, Thureau et Gaston, seraient traduits à sa barre (1). Mais là ne fut point le grand intérêt du jour. Dans cette séance à jamais fameuse, devait être forgée l'arme terrible de la Révolution : le tribunal révolutionnaire, dont le principe avait été décrété la veille. Il convient de nous arrêter un moment sur cette institution extraordinaire, non que Robespierre ait pris une part active à l'organisation de ce tribunal, mais parce que, grâce à la légèreté et à la mauvaise foi avec lesquelles a été trop souvent écrite l'histoire de notre Révolution, on a voulu plus d'une fois le rendre responsable de la création de ce formidable instrument de la Terreur.

On venait d'ordonner la comparution des généraux Stengel et Lanoue à la barre, et l'on allait se séparer, lorsque Cambacérès, le futur archichancelier de l'Empire, s'écria : ^c 11 s'agit de sauver la chose publique, il faut des moyens actifs et généraux. Je m'oppose à

(1) Mouiti'ur du 12 mars 1793. — Toujours cloininés par la crainte que le pouvoir ne passât entre les mains de leurs adversaires, les Girondins parvinrent, le lendemain Il mars, à faire écarter une proposition de Danton d'après laquelle la Convention aurait eu le droit de choisir les ministres dans son propre sein. L'Assemblée passa à l'ordi-e du jour, malgré l'avis de Robespierre, qui, sans partager l'opinion de Danton, demandait <ju'au moins la proposition de son impétueux collègue fût sérieusement discutée. (Monileur du 11 mars.)

ce que la séance soit levée avant que nous ayons décrété l'organisation du tribunal révolutionnaire et d'un ministère moins incohérent. » La crainte de voir l'autorité suprême passer entre les mains de la Convention, souleva les vives critiques de Buzot, ce qui lui attira de Marat cette réponse assez fondée : « Il ne s'est pas plaint quand tous les pouvoirs étoient entre les mains de Roland. » La discussion s'ouvrit aussitôt sur deux projets d'organisation du tribunal révolutionnaire présentés par Lesage (d'Eure-et-Loir) et par Robert Lindet. Elle fut extrêmement animée; Robespierre n'y prit aucune part. Comme la Convention se disposait à lever sa séance sans avoir rien décidé, Danton courut à la tribune, et de sa voix impérieuse : « Je somme tous les bons citoyens de ne pas quitter leur poste. » Puis il demanda, comme Cambacérès, l'organisation immédiate du tribunal révolutionnaire, et que le pouvoir exécutif fût pourvu des moyens d'action et d'énergie qui lui étaient nécessaires.

La discussion fut reprise dans la séance du soir, et continuée le lendemain 1 1 mars. Après avoir entendu le rapport de son comité de législation, l'Assemblée décréta, à une énorme majorité, l'organisation d'un tribunal criminel extraordinaire, après avoir introduit de légères modifications au projet primitif. Le premier article proposé par le comité était effroyablement vague ; il s'appliquait indirectement à tous les conspirateurs. Ce défaut de définition, si propre à prêter à l'arbitraire, effrayait Robespierre et l'amena à la tribune. « Il est important, » dit-il, « de bien définir ce que vous entendez par conspirateurs ; autrement les meilleurs citoyens risqueroient d'être victimes d'un tribunal institué pour les protéger contre les entreprises des contre-révolutionnaires. » Il fallait spécifier bien exactement, selon lui, ce qu'on entendait par conspirateurs, contre-révolutionnaires, de peur qu'à l'aide de ces expressions élastiques, un tribunal aristocrate ne vînt à poursuivre les amis mêmes de la liberté et de l'égalité. Il lui semblait également indispensable qu'on avertît de la sévérité des lois révolutionnaires tous les individus animés de mauvaises intentions contre la sûreté de la République, en inscrivant dans le décret même la peine qui les attendait. « Puisque, » dit-il, « vous avez déclaré révolutionnairement que quiconque provoqueroit le rétablissement de la royauté sera puni de mort, je veux que le décret le mentionne. » Devaient être aussi, à son avis, justiciables du nouveau tribunal les administrateurs coupables d'avoir, de leur autorité propre, et au mépris des lois, envoyé des forces armées contre la capitale, et les auteurs d'écrits tendant à provoquer le renversement des principes de la liberté et de l'égalité et la restauration de la monarchie.

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