‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 155 sur 188 · LIVRE X. — SON Ol'IMON SLl! l.KS TROUBLES PUBLICS · texte numérisé non relu

LIVRE X. — SON Ol'IMON SLl! l.KS TROUBLES PUBLICS

en décrétant des travaux qui contribuassent à la gloire et à la prospérité de l'État, en arrêtant le brigandage des sangsues publiques, en rétablissant le crédit des assignats et en punissant sévèrement les prévaricateurs et les fripons (1).

Bien mieux, on l'entendit aux Jacobins, dans la séance du 13 mars, blâmer très-sévèrement la tentative insurrectionnelle du 10, laquelle avait échoué devant le bon sens de la population parisienne. Désigné par la calomnie aux coups de la réaction, il se vanta d'avoir plusieursfois cependant arrêté les effets du patriotisme irrité contre la tyrannie. Partisan des insurrections nécessaires, il détestait les mesures partielles, les mesures avortées que désiraient les despotes, parce 'qu'ellesleur offraient l'occasion d'écraser la liberté. Ainsi, les scènes dont la Convention, la veille, avait été le théâtre, la pétition furieuse et intempestive par laquelle la section Poissonnière avait réclamé un décret d'accusation contre Dumouriez et demandé les têtes de Gensonné, de Vergniaud et de Guadet , pétition flétrie par Marat lui-même comme tendant à la dissolution de la Convention, paraissaient à Robespierre une manœuvre dirigée contre la liberté. En effet, qu'en était-il résulté?' c'est qu'on en avait profité pour faire le procès au patriotisme ardent. Des propos indiscrets avaient été érigés en crimes, et leurs auteurs marqués d'avance comme les premières victimes qui devaient tomber sous les coups du tribunal révolutionnaire. Rien de plus impolitique en conséquence que cette échauffourée du 10 mars, présentée par le libelliste Louvet comme l'œuvre de la Montagne et de la faction d'Orléans (2). Au reste la société des Jacobins était si bien dans les sentiments de Robespierre à cet égard, qu'elle s'était, d'un élan à peuprès unanime, élevée contre Varlet et Fournier, les principaux instigateurs de cette journée.

Eh bien! malgré cela, — et c'était ce dont s'indignait Robespierre, — on avait inculpé la société, en la rendant responsable de conversations inconsidérées tenues dans les cafés par des individus soudoyés ou égarés. Là se reconnaissait le système d'hommes toujours acharnés à persécuter les patriotes, à calomnier Paris, le système de ceux que Marat désignait sous le nom des hommes d'Etat, et qu'à plus juste titre il appelait, lui, les intrigants, et qui paraissaient plus soucieux de livrer au tribunal révolutionnaire les Jacobins et les députés de la

(1) Voyez dans le numéro 9 des Lettres de M. Robespierre à ses commettans (2'= série) l'ariicle intitulé : Sur les troubles de Paris, p. 427 à 439. Article rexn'oduit dans les- OEuvres... t. III, p. 280.

(2) A la Conrention nationale et à mes commettans, sur la conspiration du 10 mars et ht faction d'Orléans. Voyez à cet égard les Mémoires de Louvet, p. 76.

Montagne que les émigrés et les généraux traîtres à la patrie. Quant à ces membres de la Convention, dénonciateurs continuels des Jacobins, qu'ils déployassent le même zèle contre les émigrés, contre les banquiers coupables de Londres et de Paris, les patriotes leur pardonneraient; car, - disait Robespierre, « nous ne demandons pas la perte de tous les ennemis de la liberté, nous demandons qu'ils se convertissent et qu'ils vivent. »De grands murmures l'avertirent ici que toute la société ne partageait pas sa modération. « Déjà, » reprit-il, « ils sont connus pour de vils intrigans; avertissons la nation, rallions les citoyens, mais sans imprudence; montrons à la fois une sagesse profonde et une énergie invincible. » La Convention, avait-il dit, serait toujours le boulevard de la liberté; à cette heure elle se trouvait placée entre l'alternative de devenir l'esclave d'une faction ou de mourir pour la liberté ; mais non, s'écriait-il en terminant, « ma patrie ne sera pas esclave d'un Brissot, d'un Brunswick... Nous saurons mourir, nous mourrons tous. » Oui, tous, tous, répétèrent plusieurs voix au milieu des applaudissements (1). Mais tel n'était point l'avis de Marat. Se rappelant le vieux proverbe : Mieux vaut occire qu'être occis, il répondit : « Non, nous ne mourrons point ; nous donnerons la mort à nos ennemis ; nous les ^écraserons. » Il n'y avait pas d'ailleurs, selon lui, à s'alarmer du vain triomphe d'une faction scélérate (2). On ne doit pas s'étonner outre mesure des violences de Marat contre la Gironde, et que, plus que personne, il ait travaillé à sa perle, car jamais homme n'a été plus indignement outragé; et si ses adversaires avaient assurément le droit de combattre des exagérations de plume, dont ils étaient loin d'être exempts eux-mêmes, son patriotisme, qu'il était ridicule de révoquer en doute, leur commandait plus de modération et plus d'égards.

Vers ce temps-là eut lieu, paraît-il, une tentative de reconciliation entre les Girondins et les Montagnards. Danton, dont les emportements patriotiques tenaient plutôt, à mon avis et d'après l'étude attentive que j'ai faite de ce personnage fameux, à une question de tempérament qu'à des principes bien arrêtés et longuement médités, aurait, je crois,

(1) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Jacobins, numcro 373. — Le blâme public infligé par Robespievi'e à certaines sections à cause de leur conduite dans les journées des 10, 11 et 12 mars, n'empêche pas M. Miclielet [Histoire de la Révolution, t. \', p. 394) de prétendre « que Robespiei-re voulait qu'on arrêtât les Gii-ondins. » Et pourquoi cela ! parce que tel avait été l'avis de la section de Bon Conseil, « menée, » dit-il, « par LhuiUier, confident de Robespierre. » Voilà bien des confidents prêtés à Robespierre par M. ^lichelet. L"illui~tre historien hante les esprits. LuUier, qui vraisemblablement i-tait surtout attaché à Danton, puisqu'il fut poursuivi comme complice de ce dernier, s'est-il levé de sa tombe pour fournir ce renseignement à M. Michelet ?

(2) Journal des débats et de la correspondance... numéi'o 371.

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