‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 160 sur 188 · I.IVP.I-: X. — TitAiiisox iti: dumouriez ost · texte numérisé non relu

I.IVP.I-: X. — TitAiiisox iti: dumouriez ost

J'ai pris mon parti, que toas les citoyens m'imitent. » Et au milieu des transports soulevés par ses paroles enflammées, il ajouta : « Que tout Paris s'arme, que les sections et le peuple veillent, que la Convention se déclare peuple... Le génie de la liberté triomphera ! » Le lendemain on lisait à la tribune de la Convention la circulaire insurrectionnelle de Dumouriez; et l'Assemblée, après avoir, à la voix de Thuriot, mis le général hors la loi, promettait 300,000 livres à ceux qui s'en saisiraient et l'amèneraient à Paris mort ou vif. On sait comment Dumouriez, abandonné de ses soldats indignés, passa à l'ennemi, flétrissant par une indigne trahison sa carrière si brillamment commencée.

Dans son numéro du 2 avril, la feuille de Brissot, s'emparant d'une phrase de Robespierre, mal rendue peut-être par le Journal des débats de la Société des Jacobins, dont le rédacteur, tout dévoué à la Gironde, avait été chassé un jour pour avoir faussement rendu compte des séances, avait eu l'effronterie d'accuser l'énergique tribun de prêcher la guerre civile (1). Il était impossible d'aller plus loin dans la calomnie que le Patriote français a l'égard de Robespierre. Depuis un an, c'est-à-dire depuis le jour oi^i un discours de Brissot et un discours de Guadet avaient été solennellement déclarés calomnieux par la société des Amis de la Constitution, c'était une guerre sans trêve et sans relâche, odieuse, déloyale au suprême degré (2;. Non, je ne sache pas de cœur, si cuirassé qu'il fut, qu'une si persistante mauvaise foi et de si sanglantes calomnies n'eussent fini par jeter hors de lui-même. Et pour comble de démence, voilà les Girondins qui imaginent à présent d'accuser la Montagne d'être complice de Dumouriez! Mais pouvait-on oublier que mis en relation avec eux par leur ami Gensonné^ le général avait été élevé par eux au ministère ? N'était-ce pas en leur compagnie qu'au mois de janvier précédent on l'avait toujours rencontré? N'étaitce pas sur eux que, dans ses lettres toutes récentes, il fondait son espoir pour arracher la France à ce qu'il appelait l'anarchie, par une touchante imitation de leur langage? Enfin, n'était-ce pas le jour même où éclatait la trahison de Dumouriez que paraissait dans le journal de Brissot ce malheureux article si élogieux à l'égard, de ce général?

Le 3 avril, à la séance du soir, comme on proposait à la Convention des mesures insignifiantes, Robespierre demanda tout à coup la parole pour une motion d'ordre, et, de sa place, il se plaignit de l'insuffisance des moyens adoptés jusqu'ici pour parer aux dangers publics. Le co-

(1) Patriote françois, numéro 1329.

(2) Voyez, poiu- ces derniers temps, les numéros 1244, 1257, 1306, 1307, 1329, 1338, 1340, 1341, etc., du Patriote françois.

mité de défense générale, divisé comme il l'était, lui paraissait incapable de sauver le pays. Ce comité, dit-il, avait le tort de compter dans son sein certains hommes professant des principes réprouvés par la liberté. Ici de vifs murmures interrompirent l'orateur. — À la tribune! à la tribune! crièrent plusieurs voix. — Mais, répliqua un membre, il est impossible aux amis de la liberté d'aller à la tribune, on les injurie. Jean Debry, qui présidait, ayant pris l'engagement de maintenir la liberté des opinions, Robespierre monta à la tribune. Convaincu que les mesures nécessaires au salut de la Révolution ne seraient jamais adoptées par un pareil comité, il ne se regardait plus, dès à présent, comme en faisant partie et tenait à le déclarer hautement. Il ne voulait pas délibérer avec des gens disposés à accepter un système où la république se trouverait combinée avec une sorte de constitution monarchique, avec des gens qui d'ailleurs avaient tenu le langage de Dumouriez, et qui, à l'exemple de ce général, avaient calomnié sans cesse Paris et les patriotes les plus purs de la Convention. A l'appui de ses paroles, Robespierre invoqua le propre témoignage du général, lequel, dans une de ses lettres lues à la tribune, applaudissait au choix des députés composant le comité de défense générale, à l'exception de six membres, parmi lesquels l'orateur s'honorait de figurer. Enfin il s'étonnait que ceux qui depuis six mois s'acharnaient contre les plus ardents défenseurs de la liberté fussent restés muets jusqu'ici sur les crimes de Dumouriez. « Il n'y a que nous, » s'écria-t-il, « tant calomniés, qui ayons élevé la voix sur les perfidies de ce traître. « — Aces mots Brissot se leva et demanda la parole. — Alors revinrent à la mémoire de Robespierre toutes les infamies incessamment répandues sur son nom par la feuille du célèbre Girondin. Ce matin encore n'avait-on pas odieusement travesti ses pensées? « Puisque Brissot, » dit-il, « demande la parole pour me foudroyer, je' vais faire sur Brissot l'application de ce que je viens de dire. » Il n'avait pas de faits certains à alléguer contre lui, mais il le montra intimement lié depuis longtemps avec Dumouriez, ayant, dans toutes les circonstances, pris ardemment sa défense, et de concert avec lui, poussé à la guerre contre l'Autriche avant de songer à abattre la cour et à remplacer les généraux aristocrates comme le voulaient tous les vrais patriotes. Il reproduisit le reproche déjà lancé du haut de la tribune contre Roland et les Girondins par Danton d'avoir, après le 10 août, aux jours des grands périls, comploté d'abandonner Paris avec le roi et sa famille, et désespéré lâchement du salut de la France; il scruta d'un œil sévère la conduite de ce Dumouriez qui, après avoir débuté par des succès brillants, marchait maintenant de revers en revers et s'en prenait à l'indiscipline des sol-

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