I.IVP.i: X. CUK.VTION nu comité de salut I'UBLIC fiTjO
dats républicains au lipu d'accuser l'impéritie ou la trahison de généraux étrangers dont quelques-uns, comme Miranda, étaient des créature s de Brissot. Dumouriez était donc, selon Robespierre, d'intelligence avec ce dernier, et l'un et l'autre devaient être décrétés d'accusation (1).
Brissot n'eut pas de peine à prouver qu'il était parfaitement étranger à la trahison du général; mais quand, au début de sa défense, il déclara hypocritement qu'il n'avait pas voulu se prononcer sur les crimes de Dumouriez avant d'avoir été provoqué à s'expliquer, il s'attira cette violente apostrophe de Poultier : « Il est convaincu; je demande qu'il lise le numéro du 2 avril de son journal : vous en verrez la preuve. » La Convention nationale passa à l'ordre du jour, parce qu'en définitive rien n'indiquait la moindre participation de Brissot dans les projets du vainqueur de Jemmapes ; mais il n'en est pas moins vrai que, jusqu'au dernier jour, les Girondins, comme cela ressort clairement des articles du Patriote français, comptèrent sur l'épée du général pour les aider à réduire leurs adversaires de la Montagne.
Tellement violentes étaient les passions que , dans la séance de nuit du lendemain, Vergniaud proposa à la Convention de déclarer complice de Dumouriez quiconque ferait perdre le temps de l'Assemblée, et si cette motion insensée ne fut pas adoptée , elle n'en fut pas moins couverte d'applaudissements 2).
Le comité de défense récemment réorganisé sous le nom de commission de Salut public, et composé de membres entre lesquels toute entente était devenue impossible, se trouvait, comme venait de le démontrer Robespierre, dans l'impuissance de diriger l'action gouvernementale et de sauver le pays. Tout le monde le sentait. Le mercredi soir 3 avril, Isnard etCambon avaient proposé au sein de ce comité une nouvelle organisation du pouvoir exécutif '3). Ce fut ce projet que le Girondin Isnard vint soumettre a la Convention dans la séance du 6 avril, et qui fut adopté, avec quelques modifications, par l'Assemblée. Un comité de Salut public, formé de neuf membres de la Convention, renouvelables de
(1) Voyez le Moniteur à\\ 6 avril 1792.
(2) Ibid. du 7 avril 1792.
(3) Registre des procés-verLaux ot arrêtés du comité de Salut piiLlic. Archives 433., A G. 70.
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mois en mois, était chargé de surveiller et d'accélérer l'action du conseil exécutif, dont il lui était permis de suspendre les arrêtés, à la condition d'en informer sans délai la Convention nationale. Investi du droit de prendre dans les circonstances urgentes des mesures de défense générale extérieure et intérieure, il devait adresser chaque semaine à l'Assemblée un rapport écrit de ses opérations et de la situation de la République, et tenir registre de ses délibérations. Ainsi fut créé le grand comité de Salut public, qui eut pour mission de sauver la France et dont le souvenir frappe encore de terreur aujourd'hui tous les partisans de la royauté.
Les premiers membres de ce comité furent Barère, Delmas, Bréard, Cambon, Danton, Guyton-Morveau, Treilhard, Delacroix et Robert Lindet, nommé à la place de Jean Debry non acceptant. Pour que Robespierre y entrât tout d'abord, l'influence girondine était encore trop grande sur la Convention ; il n'en deviendra membre qu'au mois de juillet suivant. Telle était alors Texaspération des Girondins contre lui, qu'un des leurs , le Marseillais Rebecqui , un de ses premiers accusateurs, envoya à la Convention nationale sa démission, fondée, — c'est à n'y pas croire ! — sur ce que Robespierre n avait pas porté sa tête sur l'échafaud pour avoir proposé un chef, un régulateur (1). La lettre par laquelle le député de Marseille annonçait sa résolution, lettre d'un véritable maniaque , ne produisit aucun effet , contre son attente sans doute , et l'Assemblée accepta purement et simplement la démission du compère de Barbaroux, de ce faux témoin suborné par la Gironde , comme disait Camille Desmoulins.
La trahison de Dumouriez avait porté au comble l'irritation des esprits. L'inquiétude était partout, le soupçon farouche dans tous les cœurs. Dumouriez avait été le collègue des Girondins au ministère; il tenait d'eux sa nomination de général en chef des armées de la République. A'ia suite du renvoi de Roland, de Clavière etdeServan, un éclat scandaleux avait eu lieu. A Brissot, imprimant qu'il était, lui Dumouriez, le plus vil des hommes, le général avait répondu que Brissot était le plus grand des fripons ; mais la paix s'était faite entre eux, et nous avons vu le journal de Brissot porter aux nues, jusqu'au dernier moment, le criminel général. Rien d'étonnant, en conséquence, à ce que les sections parisiennes, à bon droit irritées des éternelles et iniques déclamations des Girondins contre la capitale, les aient enveloppés dans l'anathème dont était désormais frappé Dumouriez. L'injustice appelle l'injustice. Le 8 avril, dans la séance du soir, parut à la Convention
(1) Voyez le Moniteur du 11 avril 1793.
l.lVr.F. X. — SKANCK DU 10 AVHIL A LA CONYEMIO.V 061
une députation de la section de Bon-Conseil. Parmi ceux que la voix publique désignait comme les complices de Dumouriez, elle nomma les Brissot, les Guadet, les Gensonné, les Vergniaud, lesLouvet, les Buzot, et réclama contre eux un décret d'accusation. Si les gens de la droite poussèrent les hauts cris et trépignèrent de fureur, cela se comprend de reste. Les pétitionnaires n'en obtinrent pas moins, sur la demande de Marat, les honneurs de la séance (1).
Le surlendemain, Pétion, plein de colère, venait dénoncer un projet d'adresse à la Convention nationale, émanant cette fois de la section de la Halle-aux-Blés et conçue dans le même esprit que la précédente pétition. La lecture de cette adresse souleva au sein de l'Assemblée un de ces orages comme on en avait déjà trop vu, hélas! Danton proposa une mention honorable de l'adresse lue par Pétion, et au milieu du tumulte, on l'entendit, de sa voix tonnante, crier aux Girondins : « Vous êtes des scélérats! » Pétion reprit, et mit tout sur le dos de Marat, se plaignant qu'aujourd'hui l'Ami du peuple obtînt sans cesse la parole et dénonçât les meilleurs citoyens. — Et Dumouriez? lui objecta-t-on. — Sans doute il a dénoncé Dumounez, » fut obligé d'avouer l'ancien maire; « mais il ne dénonçoitpas Égalité, mais il le défendoit, mais il alloitchez lui... » On voit comme la haine aveuglait l'un et l'autre parti. Si les Montagnards reprochaient aux Girondins d'être les complices de Dumouriez, ceux-ci, avec bien moins de raison, accusaient leurs adversaires de conspirer en faveur de d'Orléans. La conclusion de Pétion fat qu'il fallait renvoyer devant le tribunal révolutionnaire le président et les secrétaires de la section de la Halle-aux-Blés, s'ils avaient signé l'adresse dénoncée par lui.
Danton, avec beaucoup plus de calme, combattit cette motion. Quel exemple on donnait à la nation ! On voulait sévir contre le peuple, et on le dépassait en violence! Paris n'avait-il pas le droit d'ailleurs de porter à son tour la guerre contre ceux qui l'avaient tant calomnié, après les services qu'il avait rendus à la cause de la liberté? Telle fut à peu près l'argumentation de Danton. Il essaya cependant, par quelques paroles pleines de sens et de cœur, d'apaiser les colères. Mais toutes les digues étaient rompues. Boyer-Fonfrède reprit, contre la Montagne, la thèse absurde de eette prétendue conspiration en faveur de d'Orléans. Après lui parut Guadet, l'homme le plus propre à tout envenimer. 11 s'opposa
(1) Yoyez le Moniteur du 10 avril. — M. Michelet, dont presque toute l'histoire est bâtie sur des suppositions, suppose que la section de Bon-Conseil ne faisait rien sans consulter J/. Lhuillier; et que la pétition fut dressée irés-probablement par LhuiUier, ami de Robespierre et son candidat pour la mairie. (Histoire de la Révolution, t. Y, p. 4<i3.) Nous avons déjà démontré la fausseté de cette double assertion.
6G2 HISTOIRE DE ROBESPlElîRE
à ce qu'on traduisît dès à présent Égalité et ses complices au tribunal révolutionnaire, parce que ce tribunal refusait de poursuivre les fauteurs de la conspiration du 10 mars, laquelle, prétendait-il, tenait essenliellement à celle de d'Orléans. Pour quiconque a consciencieusement étudié l'histoire de ces temps orageux, il est évident que cette problématique conspiration du 10 mars n'exista jamais que dans\ la cervelle des Girondins, qui s'ingénièrent pour s'en faire une arme contre leurs adversaires. Nous avons d'ailleurs suffisamment prouvé avec quelle persistance Robespierre, personnellement, avait combattu toute tentative illégale contre la Convention, avec quel soin il avait recommandé le plus grand calme à la population. L'insinuation perfide de Guadet le tira de la réserve où il était resté jusque-là dans cette séance agitée. « Je demande la parole après Guadet pour dénoncer les vrais coupables! » s'écria-t-il. Guadet recommença de plus belle. ' Les-véritables complices de Dumouriez étaient, soutenait-il, les auteurs de la conspiration du 10 mars, les acolytes d'Égalité, c'est-à-dire, dans sa pensée, les Danton, les Marat. Quant à l'opinion publique qui les écrasait, ses amis et lui, c'était une opinion factice, semblable au coassement de quelques crapauds. Grossièreté inutile, qui lui attira de la part de Marat cette apostrophe non moins grossière : « Vil oiseau, tais-toi (!)'•»
Robespierre avait jusqu'alors laissé Danton et Marat dresser devant la Convention l'acte d'accusation contre la Gironde en masse, mais cette fois il était venu avec un discours tout préparé, comme il le laissa très-bien entendre dès ses premières paroles. Les provocations de Pétion et de Guadet l'amenèrent à la tribune. Bien insensé, pensait-il, serait celui qui présenterait comme corrompue la majorité de la Convention; mais de temps à autre elle se laissait égarer par certains hommes profondément corrompus. Cela ne se pouvait nier. Pour lui, les conspirations dont la République était environnée formaient comme une chaîne immense, qui circulait dans tous les cabinets de l'Europe et dont un des anneaux aboutissait dans l'enceinte même de l'Assemblée. Après avoir cherché avec douleur les causes des périls de la liberté, il voulait les dévoiler aujourd'hui. Les hommes qu'il avait à dénoncer étaient encore en possession de dominer, et peut-être ses efforts seraient-ils inutiles, mais du moins il aurait la conscience d'avoir rempli son devoir. Il ne faut pas perdre de vue qu'au moment où Robespierre enveloppa, dans le vaste réquisitoire
(1) Voyez le ,Vo(i(*e((r du 12 avril 1793, et le Journal des débats et des </tcre/s, numéro 205, 21. 167.
i.ivni-; \. — SKANCH Di: lo avkil a i.a co.nvf.nt[on ocs
<lont nous allons doaner l'analyse, les principaux membres de la Gironde , cette faction était encore toute-puissante et en majorité dans l'Assemblée, comme, quelques jours auparavant, Robespierre jeune n'avait pas manqué d'en faire la remarque aux Jacobins : « La Montagne est presque déserte ; les patriotes sont dans les départemens (1 ) . » Ce n'était donc pas un parti à moitié abattu qu'à son tour il venait attaquer en face; au contraire. « Parlez! parlez! » lui crièrent plusieurs voix. La Source et Vergniaud lui-même insistèrent pour qu'il fût entendu sur-le-champ. On était prêt à répondre à un discours artificieusement apprêté, disaient-ils, reproche outrecuidant et assurément bizarre dans la bouche de gens qui, si souvent et à brùle-pourpoint, avaient jeté à la tête de Robespierre des libelles préparés dans l'ombre et longuement médités. La Convention décida qu'il serait entendu séance tenante.
XXVIU
Du long réquisitoire que nous allons rapidement examiner, tout est vrai, tout... excepté les inductions qu'a tirées Robespierre de faits dont il était impossible de contester la réalité. Les historiens contrerévolutionnaires, les écrivains hostiles à ce grand citoyen, n'ont pas manqué de lui faire un crime de ce discours qu'ils ont présenté comme un monument d'astuce et de perfidie; mais ils se sont bien gardés de dire par quels mensonges odieux, par quelles calomnies répétées à satiété, par quelles manœuvres ténébreuses, les Brissot, les Guadet, les Vergniaud, les Louvet, avaient jeté l'irritation dans le cœur de ce collègue qui, à diverses reprises, au début de la Convention, les avait adjurés de dépouiller toute haine particulière; comment ils l'avaient en quelque sorte amené fatalement à confondre sa propre cause avec celle de la République, et à considérer comme des ennemis de la liberté ceux qui avec tant d'acharnement et de mauvaise foi conspiraient la perte de ses plus intrépides défenseurs.
Robespierre commença par déclarer qu'une faction puissante conspirait avec les tyrans de l'Europe pour donner un roi à la France avec une constitution aristocratique. C'était bien là le système qui convenait à Pitt, à tous les ambitieux, à ces bourgeois aristocrates ayant hor-
(1) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Jacobins, numéro 389.
reur de l'égalité et auxquels on avait fait peur même pour leurs propriétés, aux anciens nobles enfin, heureux de retrouver dans une nouvelle cour les distinctions dont la Révolution les avait dépouillés. « La République, » disait Robespierre, « ne convient qu'au peuple, aux hommes de toutes les conditions qui ont une àme pure et élevée, aux philosophes amis de l'humanité, aux sans-culottes, qui se sont en France parés avec fierté de ce titre dont La Fayette et l'ancienne cour vouloient les flétrir, comme les républicains de Hollande s'emparèrent de celui de gueux, que le duc d'Albe leur avoit donné. »
L'orateur traça ensuite un sombre tableau de la conduite des Girondins depuis leur apparition sur la scène de la Révolution. 11 les montra terribles contre les émigrés et les prêtres, défendant les droits du peuple et les sociétés patriotiques jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus à s'emparer du pouvoir, objet de leurs ardentes convoitises; puis, devenus en tout point semblables à ces gens connus sous le nom de Feuillants et de modéré?, cachant leur ambition sous le masque de la modération et de l'amour de Tordre, traitant d'anarchistes et d'agitateurs tous les patriotes coupables de ne pas s'être enrôlé^ sous leurs drapeaux et de n'avoir pas cru que les destinées de la Révolution fussent conciliables avec les prétentions des gens de cour, même sous un ministère girondin. Leur éloignement du pouvoir les avait seul pour un temps rejetés dans le parti populaire; mais que d'efforts pour ressaisir ce pouvoir perdu! La journée du 20 juin n'avait pas eu d'autre mobile que leur ambition. Ils trouvaient bon de se servir du peuple comrpe d'un marchepied pour monter aux honneurs, sauf à l'écraser sous prétexte de maintenir l'ordre quand on n'avait plus besoin de lui. N'ayant pas réussi par l'émeute, ils étaient entrés en négociations avec la coQr, par l'entremise du peintre Boze, pour obtenir le rappel de leurs ministres d'élection. Aussi que de luttes, que de menaces contre ceux qu'ils appelaient alors les républicains en les menaçant du glaive de la loi! Avec quelle persistance ils s'étaient opposés à la journée du 10 août, jusqu'à promettre au roi, dans la matinée de ce jour, de faire respecter les autorités constituées ! Tout cela fut rappelé par l'orateur avec une verve désespérante. Continuant l'examen de la conduite de ses adversaires, Robespierre les représenta cherchant, une fois la monarchie détruite, à s'attribuer tout l'honneur de son renversement, recueillant seuls les fruits de la victoire populaire, calomniant, dès le lendemain du 10 août, le'conseil général de la commune, aux efforts duquel était du le triomphe de la nouvelle révolution, et s'empressant de rappeler au ministère leurs créatures, Servan, Clavière et Roland. Maîtres une seconde fois du pouvoir, et maîtres absolus, ils
LIVIU-: \. KKUriSliOll'.K CO.NTIU-: LA ClllONDK GG^
font remettre entre les mains de Roland des sommes énormes pour façonner à leur gré l'opinion publique, pour payer tous les écrivains disposés à se vendre, à chanter leurs louanges et à calomnier indignement toutes les personnes opposées à leurs vues. Avec quelle perlidie et quel machiavélisme ils excitaient contre Paris la défiance et la jalousie des autres parties de l'Empire, et travestissaient en brigands et en assassins les citoyens dont ils redoutaient l'énergie! L'ennemi marche sur la capitale; Longwy et Verdun tombent sous ses coups; que font-ils? Ils songent à fuir avec l'Assemblée législative, sans s'inquiéter de la capitale livrée aux vengeances de Brunswick; et sans la résistance de Danton, sans le sublime élan du peuple de Paris, nul doute qu'ils n'eussent accompli leur dessein.
La Convention arrive, la République est proclamée; vont-ils fraterniser sincèrement avec ses véritables fondateurs, s'unir avec eux dans un même cri d'enthousiasme et de victoire? Point. Dans la crainte qu'on ne vienne leur demander une part du pouvoir dont ils sont restés détenteurs, ils s'attachent, dès le premier jour, à jeter la division et le trouble dans l'Assemblée par les plus odieux mensonges et par les plus indécentes calomnies. A la piste des nouveaux députés trompés d'avance par des papiers imposteurs, ils pratiquent sur eux un système d'embauchage honteux et parviennent ainsi à se former une majorité au sein de la Convention. Pour donner le change sur la dictature qu'ils exerçaient eux-m.êmes, ils inventent et répètent à l'envi cette ridicule fable de dictature dont ils imputent le projet à un citoyen « sans pouvoir comme sans ambition ». Puis, comme pour déshonorer à plaisir la Révolution française aux yeux du monde entier, ils chargent de toutes les iniquités imaginables les patriotes dont ils redoutent l'opposition. De là ces éternelles déclamations contre les journées de Septembre, contre la justice révolutionnaire qui avait immolé les Montmorin et les de Lessart, et dont la responsabilité, si responsabilité il y a, devrait peser plutôt sur les Girondins que sur leurs adversaires, comme nous l'avons surabondamment démontré (1).
(1) A''eut-on savoir de quelle façon étrange M. Michelet travestit les trois ligues où Robespierre, daus son discours, fait allusion aux massacres de Septembre, dont les Girondins, avec leur mauvaise foi habituelle, s'étaient efforcés de rejeter tout l'odieux sur leurs rivaux, qu'on ouvre son Histoire de la Révolution (t. Y, p. 465) et on y lira : « Il accuse (Robespierre) spécialement la Gironde... de n'avoir pas voulu lea massacres: de Septembre, les pitlarjes de février. » Est-ce que c'est là de la probité historique? On ne sait vraiment qu'en penser, dirons-nous avec M. IMichelet lui-même, qui prétend que les plus aveugles partisans de Robespierre n'ont pas eu le cœur de rapporter le discours de Robespierre. — M. Louis Blanc en a donné une très-longue analyse dans son Histoire de la BévohUion, t. YIll, p. 253 et suiv. — 'SI. Michelet sait fort bien qu'il est impossible de donner tout entier un morceau d'une telle longueur. Nous nous
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Dans leur rage insensée contre Paris, ces mêmes hommes, pour écraser le patriotisme de la capitale, appellent illégalement une masse de fédérés, qui d'abord poursuivent de leurs cris de fureur les véritables amis de la liberté. Mais bientôt, ô toute-puissance de la vérité et de la vertu! ces généreux citoyens, revenus de leurs erreurs au contact des habitants de la capitale, cimentent dans une fête civique, sur la place du Carrousel, leur alliance avec le peuple de Paris, et jurent avec lui une haine éternelle aux tyrans. Les longs délais apportés au jugement de Louis XVI, l'appel au peuple qui, au dire de l'orateur, équivalait à un appel à la guerre civile, la précipitation avec laquelle les Girondins avaient rompu la paix et soulevé l'Europe contre nous, quand à la tête de nos armées se trouvaient des généraux notoirement hostiles à la Révolution, quand nos soldats étaient sans armes et nos places fortes sans moyens de défense, quand la France regorgeait encore d'ennemis intérieurs, étaient autant de griefs relevés par Robespierre à la charge de ses adversaires.
Un historien de nos jours trouve exorbitant qu'il ait reproché aux Girondins d'avoir voulu la guerre, c'est-à-dire d'avoir pensé que la France a devait étendre au monde le bienfait de la Révolution (1). » Voilà, il faut l'avouer, une singulière façon pour un peuple d'être le bienfaiteur d'un autre peuple, que de porter dans son sein le fléau de la guerre, le ravage dans ses champs et dans ses villes, la désolation dans ses familles. Pour nous, plus ménager du sang des hommes, nous sommes pleinement de l'avis de Robespierre, qui réprouvait les missionnaires armés, et qui, avec son grand sens politique, ne voulait pas qu'on mît du côté de l'Europe un semblant de raison et de droit pour envahir notre territoire. Il fallait attendre. Les missionnaires armés! toute nation qui les supporte est une nation dégénérée et indigne d'estime.
Une fois sur ce chapitre de la guerre, Robespierre incrimina minu-
sommes attaché, pour notre jiart, à mettre en relief les accusations les plus graves adressées par lîobespierre contre les Gii'ondins.
Blaintenant tout homme consciencieux s'étonnera que M. Michelet n'ait pas placé sous les yeux de ses lecteurs les iiacroyahks calomnies dont, depuis une année, et surtout depuis l'ouvertm-e de la Convention, les Girondins n'avaient cessé d'accabler Robespierre. Kt n'oublions pas qu'en fait de calomnies et de -récriminations, l'initiative est venue d'eux, d'eux seuls. Si M. Michelet avait donné cette preuve d'impartialité, qu'hélas ! il ne faut pas lui demander, plus d'un de ses lecteurs eût été loin de trouver si haineux et si absurde ce qu'il appelle la diatribe de Robespierre, et tout en regrettant de si déploi'ables luttes, se serait écrié, en songeant aux Girondins :
Pittimini legem quam ipsi fecistis.
(1) ilichelet. Histoire de la Bèrohttion, t. V, p. 4<i5.
i.ivuK \. — uÉouisrroiRF. contiik la f.iuoNDK col
tieupement toutes les relations des Girondins avec Dumouriez, porté par eux au pouvoir, et par eux placé à la tète de nos armées. Suivaht alors pas à pas le général depuis sa promotion au commandement des troupes de la République, il le montra toujours en rapport avec Bris- . sot et ses amis, acceptant de leurs mains un général étranger, Miranda, à qui incombait la responsabilité de l'échec de Maëstrich, et en toutes circonstances soutenu et défendu par eux. Et Ton est bien obligé d'avouer que jusqu'à l'heure même oii fut dévoilée au sein de la Convention la trahison de Dumouriez, les Girondins le comblèrent d'éloges dans leurs journaux, parce qu'ils comptaient sur lui pour avoir raison de leurs adversaires. Robespierre leur reprocha aussi comme un crime l'élévation au ministère de la guerre du général Beurnonville, qui en Vendée avait mis à la tête des troupes républicaines des officiers perfides et attachés à l'ancien régime comme Marcé et d'Hermigny. La conduite des membres de la Gironde au sein du comité de défense générale relativement à Dumouriez, les éloges publics que ce général leur avait adressés, étaient à ses yeux un indice bien fort de leur complicité. En terminant, il demanda le renvoi devant le tribunal révolutionnaire de la famille d'Orléans, de Sillery, de la femme de ce dernier et du général Valence, passé à l'ennemi avec Dumouriez et le fils d'i\galité, et que ce tribunal fût également chargé d'instruire le procès de tous les autres complices de Dumouriez. « Je n'ose pas dire que vous devez frapper du même décret des membres aussi patriotes que MM- Vergniaud, Guadet, Brissot et Gensonné ; je n'ose pas dire qu'un homme qui correspondoit^jour par jour avec Dumouriez doit être pour le moins soupçonné de complicité;, car à coup sûr cet homme est un modèle de patriotisme, et ce seroit un sacrilège que de demander le décret d'accusation contre M. Gensonné. Aussi bien je suis convaincu de l'impuissance de mes efforts à cet égard, et je m'en rapporte pour tout ce qui concerne ces illustres membres à la sagesse de la Convention. » Puis, renouvelant la proposition qu'il avait déjà faite à l'égard de Marie -Antoinette, il engagea l'Assemblée à s'occuper sans relâche des moyens tant de fois annoncés de sauver la patrie et de soulager la misère du peuple (1). Robespierre descendit de la tribune au milieu des applaudissements d'une grande partie de l'Assemblée (2).
(1) Ce discours remplit presque entièreuieut le dernier numéi-o des Lettres de M. Kohespieire à ses cominettans (numéro 10 de la 2"-' série^ . Il se trouve avec quelques variantes dans le Moniteur des 12 et 13 avril 1792 et dans le Jownal des débats et des décrets, numéro 206. Il a été reproduit, d'après le texte donné par Robespierre, dans VHisloire parlementaire, t. XXV, p. 337, et daus les CCui' ces publiées par Lapouueraye, t. III, p. 303.
(2) Monitnir du 13 avril 1793,
Comme nous l'avons dit, et comme on a pu s'en rendre compte, tous les faits allégués par Robespierre dans ce long acte d'accusation étaient bien réellement vrais ; ce qui ne l'était pas, c'étaient la plupart des inductions qu'il en avait tirées. iMais comment s'étonner qu'il se soit trompé à ce point lui-même, après les longues vexations dont il avait été l'objet de la part de ceux dont, à son tour, il incriminait la conduite. Ah! certes, ce n'était point la faute des Girondins si un décret d'accusation n'était pas venu l'arracher de son banc de législateur; ce n'était pas leur faute si le poignard de quelque fanatique n'était pas allé frapper traîtreusement ce prétendu aspirant à la dictature. Ces fabricateurs de calomnies criaient bien haut maintenant à la calomnie. Eux qui, depuis six mois, avaient, avec un acharnement sans exemple , dénoncé , dénoncé sans preuves et sans l'ombre d'un prétexte, ce Robespierre, leur amé dans la carrière de la Révolution, ils ne pouvaient concevoir qu'on les dénonçât aussi et qu'on appelât sur leurs actes l'attention sévère de la Convention. Ver^ gniaud utilisa cette éloquence facile et sonore dans l'art de laquelle il était passé maître. On connaît sa réponse et la fam^euse broderie sur ce thème banal : Aons sommes des modérés! Or, Vergniaud s'était donné là le facile avantage de répondre à un argument que Robespierre n'avait pas eu à invoquer contre la Gironde. Les Girondins n'étaient pas des modérés dans l'acception vraie du mot, Maximilien le savait mienjc que personne. N'étaient-ce pas eux qui avaient rempli de leurs fureurs tant de séances de la Convention ? Et l'amertume dont à cette heure débordait le cœur de leur adversaire , n'étaient-ce pas eux qui l'y avaient versée goutte à goutte? Robespierre leur avait reproché de se couvrir du masque de la modération , ce qui était bien différent, et il avait comparé leur conduite à celle de ces personnages connus sous le nom de Feuillants et de modérés. Comparaison parfaitement juste.
Au reste Vergniaud, tout en se plaignant d'avoir été calomnié, ne se priva pas d'user contre son accusateur de l'arme détestable forgée par son propre parti, et il ressassa toutes les vieilles calomnies dont, à diverses reprises, la Convention avait fait bonne justice, et sur laquelle lui-même avait piassé condamnation. Avec une grande habileté d'avocat, Vergniaud répondit, tantôt aa nom de son parti, tantôt en son nom propre. Ainsi, quand les faits allégués contre la faction tout entière étaient incontestables , il commençait par dire : On nous accuse, et terminait en s'écriant que jamais il n'avait commis tel acte. Je veux citer un exemple frappant de cette tactique. Robespierre avait, à bon droit, reproché aux Girondins d'avoir employé l'argent de l'État