I.Ivr.E VI. L AUTEL T. DE FAUBLAS ■Il
lution. « Le seul parti qui vous convienne, c'est la liberté, la justice, la paix, la vertu, l'égalité; le seul drapeau sous lequel vous deviez vous rallier, c'est celui de la constitution ; vos ennemis sont les oppresseurs, les intrigants et les traîtres (1). »
Toute la politique de Robespierre se trouve résumée dans ces observations. Jusqu'au dernier jour de la monarchie, il essayera de la rattacher à la Révolution. Oui, pensait-il, que Louis XVI se convertît à elle, non pas judaïquement comme le lui conseillaient les Lameth et les Barnave, mais franchement, résolument, et les principes de la liberté, de l'égalité, pouvaient se consolider sans être compromis dans les hasards d'une insurrection et les déchirements de l'anarchie. Et en effet, il faut le reconnaître, il n'y avait point d'autre voie de salut pour Louis XVI. Mais, en adoptant le parti contraire, il ne devait pas tarder à tomber dans l'abîme que lui montrait du doigt Robespierre; et celui-ci ne songera à confier a la République l'application des principes de 1789 que lorsqu'il verra le triomphe de la constitution rendu impossible p.ir l'alliance du trône avec tous les partis hostiles k la Révolution.
Cependant les débats sur la guerre continuaient toujours aux Jacobins, sans lasser l'opinion publique. A la séance du 9 janvier intervint dans la discussion un liomme de lettres, connu par des productions licencieuses, et plus fait assurément pour les œuvres légères et futiles que pour les hautes conceptions de la politique. C'était Louvet, l'auteur de ce cynique roman de Fauhlas qu'on trouvait dans le boudoir de la plupart des grandes dames de l'époque. Démontrer, selon sa conviction, la nécessité d'une guerre offensive, en's'appuyant sur toutes les raisons tirées des circonstances, c'était naturel, mais cela risquait fort de passer inaperçu ; tant d'orateurs avaient déjà usé de tous ces arguments. Louvet résolut de s'attaquer résolument à Robespierre. Prendre à partie ce colosse de la Révolution tenta le littérateur d'alcôve, à la
(1) Observations sur la nécessité de la réunion des liommes de bonne foi contre les intriyans,j)ropostes à tous les François, par JÉRÔME Pétion, maire de Paris, et Maximi- LIEX Robespierre, accusateur public du département de Paris (in-S" de Ifi pages). Cette pièce, extrêmement rare aujourd'hui, est du mois de décembre 1791. Elle ne l^arut que dans les premières semaines de l'année 1792. Sillery, enthousiasmé, demanda à en donner lecture aiix Jacobins, dans la séance du 14 mars; mais on objecta que cette pièce était imprimée, et la société, sur cette obser\-ation, passa à l'ordre du jour. (Voyez le Journal des débats de la Société, numéro 160.)
•73 IIISrOIUE DE ROr.ESI'IERRE
reclierche d'une réputation plus sérieuse. Peut-être lui sen:ibla-t-il que son nom allait grandir tout à coup à la faveur de ce grand nom, et qu'en se mesurant avec un tel adversaire, il allait attirer sur lui les regards du monde. Une fois engagé dans cette voie, il n'en sortira plus. Désormais son but unique, son idée fixe sera de dépopulariser, d'abattre Robespierre, et il ne cessera point de s'acharner contre lui, comme jadis Anitus contre Socrate. Mais nous n'en sommes encore qu'à la période des précautions oratoires et des ménagements. Toutefois, dans cette séance du 9, il s'acquitta de sa tâche à la satisfaction de Brissot, qui ]ui décerna les éloges les plus flatteurs ;1). Aussi le verrons- nous revenir bientôt à la charge.
Le surlendemain, 11 janvier, Robespierre remonta à la tribune pour communiquer à la société, selon l'engagement qu'il avait pris à la séance du 2, la suite de ses idées, non pas tant sur la question de la guerre que sur les moyens les plus propres à assurer le salut de la constitution dans la crise présente. Précisément on avait entendu dans la journée même, au sein de l'Assemblée législative, le rapport du ministre de la guerre, récemment revenu de son voyage d'inspection. Narbonne avait présenté nos frontières et nos principales places comme se trouvant dans le meilleur état de défense ; et sa peinture brillante de la situation de notre armée était certainement de nature à rassurer la nation, a l'endormir dans une sécurité trompeuse (2). Or ce rapport était un tissu d'erreurs et, disons le mot, de mensonges; un peu plus tard Dumouriez se chargea d'en démontrer la fausseté. Quel était donc le but du ministre? Évidemment de donner courage aux partisans de la guerre, de cette guerre restreinte qui souriait à la cour, et d'où pouvait naître une crise sur laquelle elle comptait pour vaincre la Révolution (3).
Robespierre ne se trompait donc pas lorsqu'en débutant il parlait d'une nouvelle jonglerie ministérielle. Tout indiquait, selon lui, même aux yeux les moins clairvoyants, le dessein de la cour de fomenter une guerre simulée afin de ressaisir au milieu du désordre une autorité fatale à la liberté naissante. \'était-il pas puéril, en effet, de la supposer capable de combattre sérieusement les émigrés, quand elle les avait dérobés avec tant de sollicitude au décret rendu contre eux par
(1) Voyez le Patriote françois, numéro 884.
(2) Voyez le rapport de Xarbouue dans le Mouiteur, numéros des 14 et 16 janvier 1792. On le trouvera aussi, in e.rtenso, dans V Histoire parlementuire de la Révo- Uition (t. Xni, p. 17 à 38).
(3) Voyez à cet égard les curieuses révélations du royaliste Mallet du Pan (Mémoires et Correspondances, t. I).