‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 21 sur 188 · LIVRE VI. KNCOF.I- I.OIVET · texte numérisé non relu

LIVRE VI. KNCOF.I- I.OIVET

Immédiatement après reparut à la tribune l'auteur de Faublas. Pour la seconde fois il venait prendre Robespierre corps à corps, en usant toutefois encore des plus grands ménagements envers un homme dont la voix courageuse, avouait-il, s'était constamment opposée aux décrets liberticides rendus par l'Assemblée constituante. Si dans ses discours, dont il ne contestait pas l'éloquence, il cherchait en vain des raisons solides et des mesures efficaces; si, prétendant que Robespierre était dans l'erreur en montrant la cour comme intéressée à la guerre, il l'engageait, d'une façon un peu naïve, à reprendre courage et à voter avec les partisans de la guerre, il lui reconnaissait du moins le mérite d'avoir balancé à lui seul l'opinion de tout un peuple , et lui rendait pleine justice, quand il le montrait « toujours calme au milieu des tempêtes, invariablement fixé sur les éternels principes de la morale et de la philosophie , supérieur, très-supérieur aux séductions d'une cour corruptrice et inaccessible à toute autre ambition que celle d'une véritable gloire. » Puis, faisant établir par la postérité une sorte de parallèle entre lui, inconnu, et le tribun « aimé du peuple, et, ce qui valait mieux, digne d'en être aimé, » il se représentait allant vers Robespierre, lui montrant l'abîme, et, sur son refus d'ouvrir les yeux, persistant à conjurer seul le danger et sauvant son pays. C'était peut-être un peu puéril; néanmoins il y avait dans ce discours de grandes beautés, et nous ne nous étonnons pas qu'il ait obtenu beaucoup de succès même au milieu des Jacobins, où les partisans de la guerre avaient visiblement diminué. Louvet sans doute était sûr de toucher la corde sensible chez des auditeurs français quand il nous peignait courant sus à tous les aristocrates de l'Europe , convertissant les soldats de l'empereur, désarmant ses barons, ramenant ses évêques à une évangélique médiocrité, renvoyant ses moines à Rome et mariant ses religieuses; lorsqu'enfin il montrait notre Déclaration des droits assise sur le trône impérial même, à l'ombre du drapeau tricolore (1). Mais c'était là précisément le côté faible de son argumentation : prétendre imposer, les armes à la main, une constitution, l'ordre, la liberté même à un peuple, c'est le comble de l'imprudence, quelquefois de l'iniquité; et tout esprit animé d'un véritable sentiment philosophique partagera cette répulsion que manifestait Robespierre pour les missionnaires armés.

de Dusaulx, Robespierre et Brissot se jetèrent dans les bras l'un de l'antre {Histoire des Girondin.<, t. II, p. 67 de la l" édition).

(1) Ce discours, dont on trouve un extrait dans le numéro 130 du Journal des débats et de la corresiiotulance, etc., fut imprimé par ordre de la Société (iu-B" de 12 pages).

A la séance suivante, Brissot revint lui-même à la charge. 11 avait été comme accablé sous le poids du dernier discours de Maximilien, aussi sa réponse se ressentit-elle de l'amertume qui remplissait son cœur. Oubliant que, si quelques personnalités avaient été introduites dans le débat, elles venaient uniquement de son fait, et que tout récemment encore son adversaire l'avait, à diverses reprises, traité de député patriote, il se plaignit d'avoir été inculpé en quelque sorte. Cela était tout à fait inexact, mais l'ambitieux Brissot s'était senti piqué au vif, et il ne pouvait pardonner à Robespierre de l'avoir deviné. Il se vanta bien d'être comme lui innocens vitœ scelerisquejmrus, d'une vie intègre et pur de tout crime ; mais la comparaison était un tant soit peu prétentieuse ; Camille Desmoulins et André Chénier devaient se charger de remettre les choses à leur véritable place.

Après avoir donné sur ses relations avec La Fayette des explications qu'on ne lui demandait pas, Brissot déclara qu'il avait rompu ouvertement avec lui depuis le massacre du Cham p-de-Mars. Robespierre, on s'en souvient, avait dit, sans faire d'ailleurs aucune allusion personnelle, qu'il ne convoitait le ministère ni pour lui ni pour ses amis. — Moi non plus, répliqua Brissot, comme si ces mots se fussent, sans aucune espèce de doute, adressés à lui ; moi non plus je ne spécule sur le ministère ni pour moi ni pour mes amis. — Or, à quelques mois de là, il se chargera de se donner un démenti à lui-même, en allant prendre, pour ainsi dire, son ami Roland parla main afin de l'installer au ministère de l'intérieur. En finissant, et toujours comme si les premiers torts n'avaient pas été de son côté, il supplia Robespierre de terminer une lutte scandaleuse, selon lui, et qui ne donnait d'avantage qu'aux ennemis du bien public.

Quand Brissot eut achevé, un commun ami, un vieillard, un lettré, le traducteur de Juvénal, Dusaulx, monta à la tribune, parla avec éloge de Robespierre et de Brissot, et exprima le désir de voir ces deux généreux citoyens terminer leur querelle par un embrassement. A peine avait-il dit, que les deux adversaires étaient dans les bras l'un de l'autre et se donnaient l'accolade, aux applaudissements de la société attendrie d'un tel spectacle (1). Ensuite, et afin sans doute qu'il n'y

(1) I.a plupai-t des journaux populau'es de l'époque rendirent compte de cette scène. Yovez le Journal îles débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Constitution numéro 131.

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eût aucune équivoque sur la signification de cette scène touchante, Robespierre prit la parole à son tour et s'exprima en ces termes : « Je viens de remplir un devoir de fraternité et de satisfaire mon cœur ; il me reste encore une dette plus sacrée à acquitter envers la patrie. Le sentiment profond qui m'attache à elle suppose nécessairement l'amour de mes concitoyens et de ceux avec lesquels j'ai des affections plus étroites ; mais toute affection individuelle doit céder à l'intérêt sacré de la liberté et de l'iiumanité ; je pourrai facilement le concilier ici avec les égards que j'ai promis à tous ceux qui ont bien servi la patrie et qui continueront à la bien servir. J'ai embrassé M. Brissot avec ce sentiment, et je continuerai de combattre son opinion dans tous les points qui me paraissent contraires à mes principes, en indiquant ceux où je suis d'accord avec lui. Que notre union repose sur la base sacrée du patriotisme et de la vertu ; combattons-nous comme des hommes libres, avec franchise, avec énergie même, s'il le faut, mais avec égards, avec amitié (1). »

Ainsi il n'y avait pas à s'y méprendre : cette sorte de réconciUation laissait entière l'opinion de chacun ; Robespierre avait tenu à le déclarer formellement, comme si un secret pressentiment l'eût averti qu'on chercherait à égarer le public sur la véritable signification de cette scène. En effet, malgré cette déclaration si franche et si nette, deux organes du parti de la Gironde, la feuille de Brissot lui-même et celle de Gorsas, donnèrent à entendre, en rendant compte de la séance des Jacobins, que Robespierre avait en quelque sorte abjuré ses principes et était disposé à se rallier à l'opinion de son adversaire (2). On a pu voir combien cela était contraire à la vérité. Or, si les deux feuilles girondines ne s'étaient pas concertées afin de présenter les faits sous de fausses couleurs, elles avaient été singulièrement inspirées l'une et l'autre pour se rencontrer dans un tel accord. Robespierre ne pouvait laisser passer sans protestation les versions inexactes données par elles. Tandis qu'un journal démocratique, les Révolutions de Paris, voulant prémunir le public contre une erreur qui dénaturait le caractère et les principes de Robespierre, prenait l'initiative, et répondait au Patriote

(1) Xous empruntons ces paroles a une lettre même de Robespierre. Cette allocution a été reproduite, avec quelques variantes, dans le numéro 131 du Journal des débats et de la correspondance, etc., et dans le numéro 132 des Révolutions de Paris; mais le sens est absolument le même.

(2) Voici comment s'exprime le Patriote français : <c I\I. Robespierre a protesté de son attachement pour ^I. Brissot, a invité l'Assemblée à s'occuper encore de l'importante question de la guerre, afin d'examiner les mesures nécessaires pour la faire avec avantage, et a fait espérer que M. Brissot et lui se concilieroieut sur ce point... t Numéro 894.

français (1), l'illustre tribun adressait, de son coté, au rédacteur du Courrier des quatre-vingt-trois départemens, une réclamation conçue d'ailleurs dans les termes les plus modérés, comme on peut en juger : « J'ai remarqué dans votre numéro d'aujourd'hui une erreur qui mérite d'être rectifiée. En rendant compte de la dernière séance des Amis de la Constitution, l'article dont je parle suppose que j'ai abjuré mes principes sur la question importante qui agite aujourd'hui tous les esprits, parce qu'on sent qu'elle tient au salut public et au maintien de la liberté. Je me croirois peu digne de l'estime des bons citoyens, si j'avois joué le rôle qu'on m'a prêté dans cet article. Ce qu'il y a de vrai dans ce récit, c'est qu'après un discours de M. Brissot, sur l'invitation politique de M. Dusaulx, nous nous sommes embrassés cordialement, aux applaudissemens de toute la société. Il est vrai aussi que j'ai fait cette démarche avec d'autant plus de plaisir que la discussion importante où nous avions embrassé des opinions diverses n'avoit laissé aucune aigreur dans mon àme; que je suis loin de regarder comme des querelles particulières les débats qui intéressent la destinée du peuple, et où je n'ai jamais porté d'autre passion que celle du bien public. » Puis, après avoir ajouté que son opinion sur l'importante question de la guerre ne pouvait être subordonnée aux mouvements de sa sensibilité et de son affection pour Brissot, il citait les propres paroles prononcées par lui à la tribune des Jacobins, paroles que nous avons rapportées plus haut (2).

Ce qu'il y avait de vrai, c'est que Brissot lui-même avait fait un grand pas vers l'opinion de son adversaire en reconnaissant, contrairement à ses premières allégations, que la cour ne voulait pas sérieusement la guerre (3). Robespierre n'avait pas dit autre chose. Mais la guerre, intentée même contre le gré delà cour, n'en mettait pas moins à sa disposition toutes les forces militaires du pays , commandées par des généraux peu sympathiques, sinon hostiles à la Révolution, et qui, à un moment donné, pourraient bien prêter main-forte au pouvoir exécutif pour la comprimer. C'était là précisément l'écueil contre lequel Robespierre, depuis le commencement de la lutte,

(1) Hécolutions de Paris, numéro 132, au supplément.

(2) Courrier des 83 départemens, numéro du 23 janvier 1792. Voici comment, de son côté, s'était exprimée cette feuille : « Dans la séance d'avant-liier soir, MM. Brissot ■»t Roberspierre, oubliant leurs petites querelles, se sont embrassés aux applaudissemens unanimes de toute la société. Après s'être donné mutuellement des témoignages d'estime et d'attacbement, M. Roberspierre a, (ait espérer qu'il se concilieroit aisément avec M. Brissot sur la question de la guerre... »

(3) Voyez dans le nmnéro 906 du Patriote français un extrait du discours de Brissot.

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essayait de prémunir ses concitoyens; et, jusqu'à la fin de ces longs débats, il restera fidèle à son opinion du premier jour.

Tandis que se poursuivaient aux Jacobins ces luttes ardentes entre les partisans de la guerre et ceux de la paix, beau spectacle du reste d'une nation discutant elle-même solennellement ses plus graves intérêts, et cherchant à s'éclairer par la parole de ses philosophes et de ses orateurs sur le meilleur parti à prendre, que faisaient la cour et l'Assemblée législative? Le pouvoir exécutif, qui avait refusé de sanctionner le décret rendu contre les émigrés, mettait à la tête de toutes ses chancelleries des agents plus que suspects d'être de connivence avec eux, comme s'il eût semblé prendre à tâche de justifier les appréhensions des patriotes. Qu'on parcoure la liste du personnel diplomatique de l'époque, et l'on verra qu'il était, comme le cadre des officiers, composé d'hommes appartenant presque tous à l'ancien régime, et notoirement hostiles à la Révolution. En même temps, au moment où, sur la foi du ministre de Lessart, qui était venu déclarer que les difficultés survenues avec les petits princes allemands seraient facilement aplanies et que mettre l'empereur en demeure ce serait se lancer dans une voie agressive, Brissot présentait la cour comme ne voulant plus la guerre, Narbonne demandait avec insistance au Corps législatif les moyens de . réunir le plus grand nombre d'hommes possible pour entrer en campagne, menaçant, si on les lui refusait, d'abandonner son portefeuille et d'aller chercher la mort comme soldat de la constitution (1). Ainsi se manifestait de plus en plus, aux yeux clairvoyants, le plan de la cour : demander la guerre afin de pouvoir disposer de forces immenses et en user à son gré. C'est ce qui n'avait pas échappé à la perspicacité de Robespierre.

Revenus de leur première erreur, les Girondins réclamaient à présent, non plus la guerre restreinte contre les émigrés et leurs petits protecteurs, mais une guerre à outrance contre les grandes puissances de l'Europe, contre l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse. Vergniaud, Mailhe, Brissot, Guadet, Gensonné, Hérault-Séchelles, qu'alors on pouvait compter parmi les membres de la Gironde, étaient d'accord sur ce point. Le 25 janvier, sur la proposition du dernier, l'Assemblée

(1) .I/oniieur (lu 24 janvier 1792.

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législative décida que le roi serait invité à demander à l'en^pereur d'Autriche s'il entendait vivre en paix et bonne intelligence avec la nation française, s'il consentait à renoncer à tout traité dirigé contre sa souveraineté et son indépendance (allusion à la convention de Pilnitz), et à lui signifier en outre que, faute par lui d'avoir, avant le !*'■ mars prochain, donné entière satisfaction, son silence ou toute réponse évasive et dilatoire de sa part serait considéré comme une déclaration de guerre (1).

Cette guerre formidable contre des despotes convaincus de s'être concertés pour étouffer la Révolution française, cette entreprise devant laquelle le gouvernement de Louis XVI hésitait éperdu, Robespierre y eût volontiers souscrit, mais à la condition que l'épée delà France ne fût pas confiée à une cour et à des généraux disposés h tourner cette épée contre la Révolution elle-même, et qu'auparavant les ennemis du dedans fussent réprimés, réduits à l'impossibilité de prêter main-forte aux ennemis du dehors.

Tel Robespierre s'était montré aux Jacobins, à la séance du 28 novembre 1791, quand, pour la première fois, il avait ouvert la bouche sur cette importante question de la guerre, tel il fut encore le 25 janvier, le soir même du jour où l'Assemblée législative avait rendu son décret comminatoire à l'égard de l'empereur d'Autriche, En donnant à Brissot l'accolade fraternelle, il avait promis de lui répondre encore une fois, et comme jamais il ne prenait un engagement en vain, il venait remplir sa promesse. Tenant essentiellement à ne point passionner le débat, il s'abstint avec soin de tout ce qui pouvait blesser ses adversaires, sans cependant abandonner aucun des arguments précédemment invoqués par lui. Dans ce dernier discours, dont les développements trop longs ne nous permettent pas de donner une analyse complète, il s'attacha surtout à démontrer le danger du système d'hostilités proposé, et, pour le cas où la guerre deviendrait inévitable, à préciser les précautions indispensables afin qu'elle ne devînt pas fatale à la liberté.

11 fallait d'abord, selon lui, se défier de toutes ces nouvelles hasardées qui agitaient trop facilement les esprits. D'après les unes, l'Allemagne semblait prête à s'insurger contre le despotisme, et les émigrés, dans un état affreux de détresse, étaient sur le point de se disperser; d'après les autres, au contraire, rien n'indiquait au delà du Rhin une insurrection prochaine, et les émigrés, rassemblés en corps d'armée, se disposaient à nous envahir. Dans toutes les intrigues our-

(1) Monilrur ilu 2o janvier 1792.

i.iviu-: vi. — 1)i:rmi:i5 discolks sua la cuiauiE «î

dies contre la Révolution, l'orateur apercevait la main de la cour; elle seule, en accordant aux émigrés un appui constant, en s'opposant à des décrets protecteurs de la constitution, et en facilitant par cela même^rexportation de notre numéraire, avait amené le peuple au point de souhaiter la rupture de la paix comme un remède suprême. En vain la dépeignait-on comme ne voulant plus la guerre, parce qu'après avoir mis tant d'empressement à la provoquer, elle parlait aujourd'hui des dispositions pacifiques manifestées par les princes allemands, ne pourrait-ce être là une tactique de sa part pour amener tous les patriotes à se ranger à l'avis des partisans de l'action? La cour, suivant lui, ressemblait à une courtisane qui, après avoir excité par ses agaceries les sentiments qu'elle voulait inspirer, les enflammait par une résistance simulée. Sans doute, après avoir inutilement représenté que les puissances étrangères avaient fait cesser tout prétexte de guerre, elle la déclarerait sur les réquisitions réitérées de l'Assemblée nationale, mais afin de fournir ainsi à ces puissances l'unique prétexte qu'elles attendissent pour donner une apparence légitime à leurs attaques contre notre Révolution.

Le pouvoir exécutif, disait-on encore, voulait ajourner la guerre au printemps, et à cette époque, ajoutait-on, elle serait fatale; entreprise tout de suite, au contraire, elle deviendrait le garant de notre liberté, la source même de nos prospérités. Illusion ! car s'il appartenait à l'Assemblée nationale d'adresser au roi des messages et des invitations, c'était au monarque à préparer et à diriger l'action. « Vous convenez avec moi, » disait Robespierre, « qu'il est impossible de briser les entraves dont notre constitution vous environne, et que nous devons respecter religieusement les droits de la royauté. » Au roi seul appartenait l'initiative , sans la cour on ne pouvait rien décréter sur la guerre ou sur la paix (1). Et même, en supposant sanctionné le décret de l'Assemblée, le pouvoir exécutif n'en demeurait pas moins maître de choisir son moment; mille moyens légitimes lui permettaient d'attendre, sans affectation, l'heure choisie par la cour pour l'accomplissement de ses desseins. Si donc il ne dépendait pas de la nation de saisir elle-même l'instant favorable au succès et de diriger les hostilités, l'opinion des partisans de la guerre lui semblait à bon droit funeste. Ah! si cette

(1) Et c'est en quoi M. ]\Iiclielet, qui présente la cour comme ayant une peur effroyable de la guerre, a commis une erreur au moins étrange lorsque, animé de la passion Lelliq^leuse des Girondins, il semble reprocher à Robespierre le délai apporté à la déclaration de guei-re (t. III, p. 373). Est-ce que, sous peine de sortir des limites delà constitution, l'Assemblée pouvait priver le roi de son droit d'initiative et lui imposer le choix du moment? Mais tel a été l'aveuglement de M. r^Iichelet, que ces considérations élémentaires lui ont tout à fait échappé.

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guerre tant vantée était vraiment celle d'un peuple contre la tyrannie! Mais non, c'était celle du despotisme contre le peuple. C'était pourquoi, dès le début, il avait repoussé un tel système. La seule guerre à entreprendre aujourd'hui, poursuivait-il, c'était celle de la raison et de la constitution contre les ennemis intérieurs. Un caractère sévère et digne à l'égard des agents du .pouvoir exécutif, une inflexible austérité de principes, des lois propres à réveiller l'esprit public, à soulager, à élever le peuple, h réprimer les ennemis de la liberté et de la constitution, tels étaient les remèdes que l'Assemblée législative devait opposer aux maux présents, remèdes autrement puissants que le suprême moyen de la guerre, laquelle, dans les conditions actuelles, était à ses yeux pire que le mal.

Etait-il si difficile de pénétrer les véritables sentiments de la cour, si conformes à ceux des ennemis du dedans et du dehors? De quels généraux avait-on fait choix! répétait-il. On avait pensé, il est vrai, qu'une trahison même serait favorable à la cause de la liberté. Mais, même en trahissant, il fallait bien y compter, la cour conserverait les apparences de la légalité, car le génie de la tyrannie avait inventé bien des espèces de trahison. 11 fallait s'attendre à voir les ennemis, émigrés ou autres, traités avec infiniment de ménagements, et tous les patriotes impitoyablement persécutés. Quant à lui, en considérant les généraux choisis par la cour, il redoutait une victoire à l'égal d'une défaite, sachant quelle influence un général victorieux exerce sur son armée et au milieu des partis divers qui divisent une nation. Certes les soldats étaient patriotes pour la plupart, et c'était une injustice inutile d'avoir présenté son opinion comme une insulte à ces soldats français dont il avait été le défenseur au sein de l'Assemblée constituante. X'avait-il pas élevé constamment la voix en leur faveur quand, par des vexations de tous genres et des cartouches infamantes, on les punissait du crime de patriotisme? N'avait-il pas été dénoncé comme un factieux, comme un perturbateur de la discipline, par tous les courtisans militaires appartenant à l'Assemblée constituante, par ces colonels, ces officiers dont, comme Mirabeau, il avait demandé le licenciement? Mais sa sympathie pour les soldats ne l'empêchait pas de reconnaître que les armées permanentes étaient l'institution la plus redoutable à la liberté. «Le législateur, » disait-il, <c sait que les corps armés ne sont pas plus à l'abri de l'erreur et de toutes les faiblesses humaines que les corps pacifiques et politiques ; et, pour citer le plus imposant de tous les exemples , si l'Assemblée constituante, dont la majorité voulait la liberté de bonne foi, a été assez faible, assez peu éclairée pour ébranler son propre ouvrage; si,

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