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lants, membres du directoire, l'avait rejeté dans le parti de la cour, si nous nous en rapportons à un journal populaire du temps (1). Toujours est-il que Roucher se chargea d'être ïinsulteur gagé de Robespierre. Et en quels termes ce défenseur désintérêts feuillants apostropha-t-il le grand citoyen qui, au lieu de vouloir la liberté et l'égalité pour une petite portion de la nation seulement, avait, aux yeux d'une partie delà bourgeoisie, l'immense tort de les revendiquer pour le peuple tout entier, et de proclam,er comme le corollaire obligé de l'une et de l'autre le dogme de la fraternité? ^
Vers cette époque, et pour des motifs que nous expliquerons tout à l'heure, Robespierre avait cru devoir donner sa démission de ses fonctions d'accusateur public près le tribunal criminel du département de Paris. 11 faut lire les réflexions que suggère cette détermination à l'un de ces hommes présentés par les mensonges de parti comme des types de modération, de douceur et de convenance : « Les faits que poursuit le tribunal criminel ne sont pas ordinairement les œuvres de la classe qui a quelque chose et qui travaille; et quand par instinct, ou par sympathie, ou par calcul, on est le zélateur de la classe qui n'a rien et ne fait rien, on ne peut, à moins de pousser la vertu jusqu'à l'héroïsme, on ne peut invoquer le glaive de la loi contre des clients ou des alliés{2]. » 0 travailleurs qui, courbés sous votre dur labeur, usez chaque jour pour les besoins de tous une portion de votre force et de votre vie ; paysans qui tirez de la terre la nourriture commune ; robustes mineurs qui descendez dans les entrailles du sol pour en extraire les matières indispensables à l'industrie ; ouvriers qui façonnez les m.étaux, travaillez le bois, tissez le lin, la laine, le coton, et fabriquez les étoffes dont nous sommes vêtus ; soldats qui donnez à la patrie les plus belles années de votre jeunesse; vous tous enfm dont les sueurs produisent les richesses des nations; vous, dont Robespierre a été l'infatigable soutien, pour qui il s'est dévoué jusqu'à la mort, vous l'entendez, au dire de cet écrivain modéré, vous êtes la classe « qui n'a rien ! » hélas ! c'est vrai trop souvent ! « et ne fait rien ! » Roucher, on le voit, n'eût pas déparé la rédaction des Actes des Apôtres ; il eût été le digne collaborateur de Royou, ce Père Duchesne du royalisme, et Mallet du Pan n'avait rien à lui envier. De ces injures banales et grossières, parties du camp des royalistes, Robespierre se préoccupait peu ; elles ne l'atteignaient pas, et il y répondait seulement par le mépris, car elles ne pouvaient avoir la valeur de calomnies répandues par des citoyens réputés patriotes.
(1) Révolutions de Paris, numéro 143, p. 54.
(2) Journal de Paris, miméro du 24 avril 1792, aii supplément. "}
m HISTOIRE DE ROBESPIERRE
Le Journal de Paris d'ailleurs s'était prononcé, lui aussi, en faveur des soldats de Chàteauvieux ; et si maintenant ses rédacteurs, obéissant à un ordre des Feuillants, les traitaient d'assassins et de brigands, c'était par une de ces contradictions dont l'esprit de parti donne trop souvent l'exemple. « Le sentiment et l'équité étoient pour eux, » avait-on pu lire dans ses colonnes, quelques semaines auparavant, et, selon ses rédacteurs, « le désir de briser leurs chaînes étoit dans tous les cœurs(l). » De toutes parts des souscriptions avaient été ouvertes à leur intention, et la cour elle-même, on s'en souvient, avait apporté son offrande. Dans la séance du 28 mars, Robespierre proposa à la société des Amis de la Constitution d'appliquer à des œuvres de bienfaisance une partie des fonds destinés à la fête projetée en l'honneur des Suisses de Chàteauvieux, de secourir par exemple des victimes du despotisme, des prisonniers pour dettes incarcérés par des aristocrates qui auraient usé de ce prétexte pour persécuter des amis de la liberté. Il demanda ensuite qu'on fit diparaître de l'Hôtel-de-Ville les bustes de Bailly et de La Fayette, de ce dernier surtout, qui portait sur son front l'empreinte des assassinats commis au' Champ-de-Mars et à Nancy. On ne pouvait oublier, en effet, que La Fayette avait réclamé une couronne civique pour honorer le triomphe sanglant de son cousin Bouille; c'est pourquoi, pensaient les patriotes, son image devait être un objet injurieux aux victimes du massacreur de Nancy. Déjà pareille motion avait été soulevée au sein même delà commune de Paris (2). Plusieurs citoyens s'y étaient montrés contraires ; Robespierre s'en étonna. Une voix ayant désigné Dusaulx comme un des opposants : « Celui qu'on vient de nommer, » reprit l'orateur, « est le plus excusable de tous par des circonstances particulières. » Le vieux Dusaulx était un ami de Bailly, sa résistance était puisée dans un sentiment trop honorable pour qu'on pût la trouver blâmable. L'habitude de dresser des statues aux hommes vivants semblait à Robespierre dangereuse et funeste. On s'était abstenu d'en élever aux amis de la liberté, pourquoi donc cette exception en faveur des partisans du despotisme? Ce sentiment ne lui était pas personnel; il le croyait, disait-il, au fond du cœur de tous les patriotes. « Oui, oui ! » s'écrièrent un grand nombre de voix. En engageant les officiers municipaux à bannir du lieu de leurs séances les bustes du ci-devant général de la garde nationale et de l'ancien maire de Paris, il avait soin d'établir une distinction bien précise entre ces deux personnages, le premier ayant accablé le peuple des plus san-
(1) Journal de Paris, ■numéro du 2 janvier 1792.
(2) C'était le iiomeau nom donné à l'Hôtel -de- Ville de Paris par un arrêté du corps municipal eu date du 7 mars 1792.