I.lVIii: Ml. LA CONFESSION DK FUANÇOIS UOBEUT
François Robert, en réponse à un article de la Chronique de Paris qui l'avait accusé de devoir une somme de deux cent mille livres, il raconta lui-même les sollicitations auxquelles il s'était livré, ses espérances et ses mécomptes. Il faut lire, dans les Mémoires de madame Roland, les curieux portraits de Robert et de sa femme, « aux trousses de Dumouriez et à celles deBrissot (1). » On comprend maintenant quel intérêt avait ce rédacteur du journal de Prudhomme à écrire des choses agréables au député girondin; et, comme Camille Desmoulins en fait ingénieusement la remarque, on croit voir le patriote Robert présentant à Brissot le numéro l/iô des Révolutions de Paris, en lui disant : « Tenez, voilà tout ce que j'ai pu dire en conscience contre Robespierre. » Mais l'article parut certainement beaucoup trop modéré, et c'est pourquoi sans doute le cordelier Robert ne fut pourvu d'aucune sorte de canonicat. L'auteur du second morceau contre Robespierre était, assure Desmoulins, un journaliste nommé Maréchal, intrigant qui avait vendu sa plume à tous les partis, et présenterhent la mettait au service des Girondins, dispensateurs des places et des faveurs. Combien il s'était montré plus habile ! « C'est celui-là qui attrapera l'ambassade, » disait encore Camille (2). On ne pouvait, en effet, s'empêcher de remarquer que tous ceux qui avaient pris parti contre Robespierre avaient été pourvus des premiers emplois dans le ministère, et, parmi les favoris de la Gironde, on citait Real, Chépy fils, Coisguyon, Mendouze, Noël, Lanthenas, Polverel et Santhonax, qui, lui aussi, avait collaboré à la rédaction des Révolutions de Paris ; ce dont il n'avait pas manqué de se faire un titre aux yeux des patriotes quand, pour une apostrophe indécente adressée à l'évéque de Paris présidant les Jacobins, il avait failli être chassé de la société (3). Un jeune homme, membre de la société des Amis de la Constitution, s'étant plaint un jour de ne pouvoir obtenir une place : « Que ne faites-vous un bon discours contre Robespierre? lui dit-on, et avant huit jours vous serez placé ! [k] ^ Eh bien ! tout le secret des attaques de la presse girondine est là. Et combien n'est-on pas épouvanté de la puissance de l'intrigue, de la sinistre influence de l'intérêt privé, quand on voit un journal comme les Révolutions de Paris se donner de tels démentis et briller ainsi ce qu'il avait adoré (5)! IMais attendons quelques jours,
(1) Mémoires de madame Rohind (t. II de rédition Barrière et Bei-ville, p. 173).
(2) Voyez la Tribune des Patriotes, numéro 2. — Il s'agit ici, si nous ne nous trompons, de Sylvain Maréclial, bien connu depuis.
(3) Voyez à cet égard le numéro du 2 mai dix Courrier des quatre-vinfjt-trois départemens.
(4) Xote de Fréron, dans le numéro 2 de la Tribune des Patriotes.
(5) M. Michelet, comme on le pense bien, n'a pas manqué de s'anner couti'e Kobes-
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et nous verrons ces mêmes Révolutions de Paris dresser à leur tour, contre Condorcet, Brissot, Vergniaud et Guadet, un terrible acte d'accusation dans un article intitulé : Conjuration contre la liberté, et leur reprocher déjouer dans l'Assemblée législative le même rôle qu'avaient joué au sein de l'Assemblée constituante les Lameth et les Barnave, qui, disaient-elles, feignirent de mépriser également et Maury, et Cazalès, et Robespierre, et Pétion [V. Que signifie donc cette nouvelle évolution à quinze jours d'intervalle? Est-ce un retour à la conscience? Certaines promesses n'auraient-elles pas été remplies? ou bien la rémunération n'aurait-elle pas paru proportionnée à la complaisance? Ah ! qui vous sondera jamais, sombres abîm.es du cœur humain !
Comme cela était facile à prévoir, la malencontreuse polémique des Révolutions de Paris contre Robespierre attira à cette feuille une foule de protestations énergiques. Un certain nombre de membres de la société des Jacobins avaient vivement réclamé contre le premier article, ainsi que nous l'apprend le journal lui-même (2^; des récriminations naturellement plus violentes se produisirent au second. Du' propre aveu de Prudhomme, l'esprit de prévention auquel sa feuille devint dès lors en butte était excusable dans les circonstances actuelles. Combien, en effet, il était justifié, cet esprit de prévention!
Parmi les plaintes adressées au propriétaire des Révolutions de Paris, il en est une que nous croyons devoir mettre tout entière sous les yeux de nos lecteurs, d'abord parce qu'elle résume assez bien les griefs des patriotes contre ce journal, ensuite parce qu'elle est d'une femme, et l'on sait déjà de reste quelle influence mystérieuse Robespierre exerçait sur les femmes. Elles le considéraient comme l'homme du destin appelé à guider la Révolution française au travers des écueils qu'elle avait à traverser, et à la conduire victorieuse dans le port. « 0 Robespierre, » lui écrivait, dans les derniers jours de mars, cette
pierre des articles du journal de Prudhonime, mais il s'est tien gardé de nous révéler les sentiments vils auxquels avaient obéi les rédacteurs des Hévolutions de Paris en adressant à RolDCspierre « leur respectueuse mais sévère critique » {Hist. de la Révolut., t. 111, p. 407).
(1) Uécolutions de Paris, numéro 1-19, p. 295.
(2) Ibid., numéro 147, p. 212.