LIVRE VII. I.I.S lŒVOLLïIONS UK PAHIS
senti les rudes atteintes. Dans deux numéros consécutifs parurent contre Robespierre des attaques, tempérées, il est vrai, par les restrictions les plus élogieuses, mais attaques d'autant plus traîtresses qu'on pouvait supposer le trait parti d'une main impartiale et désintéressée. Quel était donc ce mystère d'évolution de la part d'une feuille habituée depuis trois ans à considérer Robespierre comme l'ancre de salut de la Révolution, comme le type incarné du patriotisme et du dévouement à la cause populaire? Comment donc en un plomb vil l'or pur s'était-il changé aux yeux de ce journal, dans les pages duquel ce grand nom de Robespierre avait été si souvent cité avec admiration? 11 est essentiel de donner quelques explications au sujet de cette attitude des Révolutions de Paris, relevée à la charge de Robespierre par des écrivains qui ont ignoré ou n'ont pas voulu en révéler le secret.
Dans un premier article, plein de ménagements pour Brissot dont le tort, suivant le journaliste, était de s'être montré trop mystérieux et d'avoir témoigné beaucoup trop d'enthousiasme pour Gondorcet, on reprochait à Robespierre l'agitation des esprits, c'est-à-dire qu'on le rendait précisément responsable des torts des Girondins ; ces torts, du reste, on se gardait bien de les attribuera son cœur. Le second article, beaucoup plus malveillant , était une paraphrase des critiques haineuses de Brissot, adoucies toutefois par quelques éloges, car il fallait encore éviter de heurter de front, dans l'intérêt même du journal, les sympathies de lecteurs accoutumés à un autre langage, et qui, à bon droit, eussent pu s'étonner d'une conversion si brusque. Aussi énumérait-on complaisamment tous les services rendus par Robespierre à la Révolution, au peuple, à la liberté ; puis se croyant quitte, — j'allais dire envers sa conscience ! — l'auteur de l'article rééditait à nouveaux frais toutes les articulations calomnieuses de la Chronique de Paris et du Patriote françois. On faisait un crime à Robespierre d'avoir parlé des petites provocations de ses ennemis, au lieu de dénoncer la conspiration dont il prétendait tenir le fil. Était-ce bien un rédacteur des Révolutions de Paris ou un collaborateur de Brissot et de Gondorcet qui parlait ainsi ? Et quelles étaient donc ces petites provocations? On les connaît déjà; mais le nouvel allié de la Gironde prend sur lui-même de nous en donner un échantillon assez caractéristique : (c On avoit été jusqu'à dire que Robespierre s'étoit rendu à une conférence tenue chez madame de Lamballe, en présence de Marie-Antoinette, et que c'étoit à l'issue de ce conciliabule qu'il s'étoit démis de sa place d'accusateur public, afin de la laisser occuper par l'ancien ministre de la justice. » L'auteur de cet article se récriait bien : répondre à une imputation aussi odieuse lui eût paru une injure
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à Robespierre ; mais ie trait n'en était pas moins lancé, et Ton n'ignorait point qu'il se rencontrerait de bonnes âmes pour le ramasser.
En lisant ces insinuations perfides, Camille Desmoulins, qui venait de rentrer dans l'arène du journalisme en fondant la Tribune des Patriotes, ne put s'empêcher d'exhaler son indignation et de s'écrier douloureusement, dans l'avertissement placé à la suite du premier numéro de son journal : « Ce qui est le comble de la perversité, le seul homme que la calomnie avoit respecté jusqu'ici, celui dont les monarchiens, les 89 et les Feuillans n'avoient osé contester la probité et le patriotisme, des Jacobins n'ont pas honte de le diffamer; c'est Prudhomme qui insinue dans son journal que l'incorruptible Robespierre, l'Aristide de la Révolution, « a des conférences cliez la Lamballe « avec Médieis-Antoinette, dit-il, et que c'est à l'issue d'une de ces « conférences qu'il a donné sa démission d'accusateur public, pour a faire passer cette place à l'ex- ministre Duport. » Il y a tant de scélératesse dans cette calomnie, il y a tant de perfidie à la faire circuler par Prudhomme, que ceux qui connoissent Robespierre, en voyant une pareille atrocité, prennent tout le genre humain en horreur et sont tentés de fuir dans les forêts avec Timon le Misanthrope. » On eût même pu croire à quelque basse jalousie de métier de la part de l'éditeur des Révolutions de Paris ; car, dans ce même article, on reprochait encore à Robespierre <c de passer du tribunal de l'accusateur public au cabinet d'étude d'un folliculaire à la semaine; » allusion au prospectus du Défenseur de la Constitution, récemment publié. Pareil reproche, et en pareils termes, émanant d'un journaliste, était au moins singulier. Quel respect pour ce droit sacré dévolu à chaque citoyen parla Révolution française d'exprimer librement sa pensée! Et comme l'auteur tenait particulièrement à flatter les Girondins, il terminait, — plagiaire d'un mot de Guadet, — en menaçant Robespierre de l'ostracisme s'il dédaignait les conseils d'hommes n'ayant jamais consulté, avant d'écrire, prétendait-il, le chapitre des considérations (1).
Or, au nombre des rédacteurs du journal les Révolutions de Paris, se trouvait un écrivain du nom de Robert, mari de mademoiselle de Kéralio. Ce Robert, membre du club des Cordeliers, voyant les Girondins au pouvoir, se sentit pris d'une ambition démesurée, et, recommandé par Brissot, il demanda à Dumouriez la place d'ambassadeur à Constantinople. Dans une Confession publiée vers cette époque par
(1) Voyez les imméros 146 et 147 des BérohUions de Pari-!. Le premier article est intitulé : Scandalp donné par la société des Jacobins ; le second : .1 Maiimilicn Robesjiiei're.