LIVRE VII. LI-:S GIRONDINS EXPULSES DU POUVOIR
ni des honneurs, ni des prérogatives, mais de simples charges ; il était donc de l'intérêt du peuple d'avoir toujours l'œil ouvert sur ses agents, comme le père de famille sur ses serviteurs. Cette doctrine, bonne, au dire des tyrans, à troubler la tranquillité publique, à bouleverser la société, était celle de la raison, de la justice et de la nature. L'esclavage n'est pas la tranquillité, disait-il en finissant, c'est la mort. Quant à la véritable tranquillité, c'est cet ordre, cette harmonie sociale qui ne peuvent exister sans la justice et sans la liberté (1).
On voit combien Robespierre était, par les principes, vraiment supérieur aux hommes de la Gironde, qui l'accablaient de tant de calomnies parce que, sur plusieurs points de doctrine, il s'était permis de n'être pas tout à fait d'accord avec les ministres de leur choix, et qu'il avait osé censurer quelques-uns des actes de ces ministres. Mais déjà, à l'heure oij paraissaient ces observations si judicieuses sur le respectdù aux lois et aux autorités constituées, le pouvoir était tombé des mains des Girondins ; dès la veille, 13 juin, ils avaient reçu brutalement notification de leur renvoi. Nous n'avons pas à entrer dans les détails de leur rivalité avec Dumouiiez qui provoqua leur disgrâce. Celte disgrâce, le ministre des affaires étrangères n'allait pas tarder lui-même à la partager, au moment où il se croyait plus puissant que jamais. Cela seul prouverait encore combien forte était la réaction à cette époque, et prête à tout oser. A peine dépouillés de l'autorité executive et du privilège de répandre sur leurs amis les faveurs ministérielles, les Girondins reprirent contre la cour le rôle d'agresseurs, et, par une tactique d'opposition formidable, s'acharnèrent de nouveau à l'escalade du pouvoir. Témoin de leur exaltation patriotique, Robespierre, oubliant leurs injures, les conviera encore à la concorde, leur offrira le baiser de paix, et un moment on pourra croire à une réconciliation sérieuse, mais, — espérance trop tôt déçue ! — ce sera seulement une halte dans la lutte ; bientôt la guerre recommencera plus terrible, et, suivant l'énergique expression d'un Girondin illustre, la Révolution finira par dévorer ses enfants.
(1) Voyez, dans le numéro 5 du Défenseur de la Constitution, ce remarquable article, que nous n'avons pu qu'imparfaitement analyser, sur le respect du aux lois et aux autorités constituées, de la page 220 à la page 230.