‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 71 sur 188 · LIVRE VIII. LA l'AHilE EN DANGER · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. LA l'AHilE EN DANGER

peuple afin d'oblenir des places, étaient assez vils pour conspirer contre la liberté avec une cour incorrigible ; il existait parce qu'un général, désertant son armée, osait tenir aux représentants du peuple un langage impérieux. Que la cause de ces périls fût extirpée au plus vite, qu'un décret d'accusation fût rendu contre le gênerai La Fayette, et bientôt la guerre serait terminée, le Brabant libre ; tous les petits princes d'Allemagne descendraient de leurs trônes ; et la liberté fermement établie sur les bords du Rhin et de l'Escaut formerait une barrière impénétrable d'hommes libres autour de nos frontières.

II n'y avait pas de temps à perdre, pensait Robespierre, car, si dans un mois l'état de choses n'était pas entièrement changé, il ne faudrait pas dire : ia nation est en danger, il faudrait dire : la nation est perdue. « J'ai toujours é'é l'apôtre de la constitution, » continuait-il, « le défenseur des lois ; mais la première des lois est celle sur laquelle repose la constitution : l'égalité, la liberté. Il faut donc la constitution, mais il la faut tout entière, religieusement observée pour le salut du peuple, sans quoi le mot constitution ne devient plus qu'un mot de ralliement pour les factieux qui voudraient s'en emparer pour combattre la liberté (1). »

Ainsi se trouvait prévu le grand bouleversement du mois suivant; car il était à croire que la cour persévérerait dans la voie des résistances, et Robespierre ne va pas tarder à reconnaître l'impossibilité de conserver une monarchie avec le maintien de laquelle l'établissement définitif des principes révolutionnaires devenait décidément impossible. Déjà, du reste, la déchéance du roi commençait à apparaître à beaucoup de citoyens comme une mesure indispensable au salut du pays; un journal populaire réclama même hautement l'expulsion de Louis XVI, ou du moins sa suspension pendant le cours de la guerre (2). Encore quelques jours, et la formidable question se trouvera nettement posée devant l'Assemblée nationale.

(1) Journal des débats et de la correspondance de la Société des Amis de la Constitution numéro 230. C'est par erreur que les auteurs de VHistoire parlementaire, trompés par une fausse indication du Journal des débats de la Société, assignent à ce discours la date du 10 juillet (t. XV, p. 364). Ce fut le mercredi 11 que Robespierre le prononça aux .Jacobins, le jour même oii l'Assemblée déclara la patrie en danger.

(2) Révolutions de Paris, article intitulé : La patrie en danger, numéro 157.

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A cette époque arrivaient en grand nombre les députés nommés par les départements pour assister au troisième anniversaire de la prise de la Bastille ; c'étaient les fédérés, clioisis parmi les citoyens les plus énergiques et dont le patriotisme se trouvait encore exalté par la proclamation de l'Assemblée. Robespierre avait rédigé a leur intention une adresse toute brûlante du feu dont son âme était embrasée. Il en donna lecture aux Jacobins dans la soirée du 11, immédiatement après avoir apprécié la portée du décret rerylu dans la journée. « Salut aux défenseurs de la liberté, » commençait-il par dire, « salut aux généreux Marseillais qui ont donné le signal de la sainte fédération qui les réunit, salut aux Français des quatre-vingt-trois départements, dignes émules de leur courage et de leur civisme, salut à la patrie puissante, invincible, qui rassemble autour d'elle l'élite de ses innombrables enfants armés pour sa défense. » Il avait bien compris le parti qu'on pouvait tirer d'une telle force en faveur de la Révolution, et tout de suite il songea à leB attacher par des liens étroits à cette cause sacrée. Vous n'êtes point venus assister à une vaine cérémonie, leur disait-il en substance ; vous n'êtes point venus pour répéter de froides et inutiles form.ules de serment. Accourus à la voix de la patrie en danger, vous voyez les tyrans du dehors rassembler contre nous des armées nouvelles, et ceux du dedans nous trahir. Puis, après avoir rappelé l'évacuation de la Belgique, l'incendie des faubourgs de Courtrai par une créature du général La Fayette, par ce Jarry, encore impuni, qui, au lieu de la liberté promise, avait laissé aux Brabançons le désespoir et la misère, il montrait les ennemis de la liberté d'accord avec les despotes étrangers, les fonctionnaires nommés depuis la Révolution surpassant en perfidie et en mépris pour les hommes ceux de l'ancien régime ; il montrait la plus belle révolution dégénérant chaque jour en un honteux système de machiavélisme et d'hypocrisie oii les lois étaient devenues, entre les mains du pouvoir exécutif, un moyen de protéger les puissants, d'opprimer les faibles et de trafiquer de tous les droits de l'humanité, où tous les vices calomniaient toutes les vertus, et où, sous prétexte d'ordre public, on changeait le règne de la liberté en une longue et cruelle proscription.

Tant d'attentats avaient enfin réveillé la nation, mais le despotisme

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