‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 8 sur 188 · I.IVIii: VI. — LA OLESTION DE LA CL KliltK · texte numérisé non relu

I.IVIii: VI. — LA OLESTION DE LA CL KliltK

malheureusement la paix devait être rompue par le fait des puissances étrangères, c'était bien; mais alors, pensait-il, il fallait allumer la guerre des peuples contre leurs oppresseurs couronnés, et non pas entreprendre une petite guerre restreinte qui permît au pouvoir exécutif de s'entourer d'un appareil formidable, et de tourner, à un moment donné, contre la Révolution les armes destinées à frapper l'ennemi.

Le 28 novembre, disions-nous donc, eurent lieu aux Jacobins les premiers débats sérieux sur la guerre, à l'occasion d'un projet de décret que Dubois-Crancé proposait de soumettre à l'Assemblée législative, et par lequel on aurait insisté auprès du roi pour qu'il eût à prendre immédiatement les mesures les plus propres à dissiper les rassemblements d'émigrés. Le lendemain devait précisément s'ouvrir à l'Assemblée la discussion du rapport présenté par Koch peu de jours auparavant. Quelques orateurs ayant été entendus, Robespierre quitta le fauteuil et monta à son tour à la tribune. Selon lui, l'Assemblée nationale n'avait nullement besoin de s'adresser humblement au roi; c'était à elle-même à tracer au pouvoir exécutif sa ligne de conduite, et à décréter les mesures capables d'assurer le salut public. D'après le projet du comité, les électeurs de Mayence, de Trêves, de Cologne, et l'évêque de Spire, semblaient être les grands ennemis qui menaçassent le peuple français ; à son avis, il n'y avait rien à craindre de ces petites puissances ; mais il en était une dont on ne parlait pas, c'était l'Autriche, la plus formidable, la seule peut-être à redouter. Léopold tolérait aussi à Tournay des rassemblements d'émigrés ; craignait-on de citer son nom? « Or, » poursuivait Robespierre, « il faut dire à Léopold: Vous violez le droit des gens en souffrant les rassemblements de quelques rebelles que nous sommes loin de craindre , mais qui sont insultants pour la nation. Nous vous sommons de les dissiper dans tel délai, ou nous vous déclarons la guerre au nom de la nation française et au nom de toutes les nations ennemies des tyrans. »

Ainsi donc, dès les premiers jours, Robespierre posait nettement la question : s'il devenait nécessaire de troubler la paix de l'Europe, encore fallait-il frapper l'ennemi véritable ; or cet ennemi, l'empereur d'Autriche, le frère de la reine, on verra de quels ménagements la cour et les ministres usaient à son égard. « Si le gouvernement français, » continuait Robespierre, a défère à une pareille réquisition, faite avec dignité par les représentants de la nation, les ennemis intérieurs et extérieurs ne sont plus à craindre. Il faut se pénétrer de ce principe,, que la liberté ne peut se conserver que par le courage et le mépris des tyrans. L'Assemblée nationale et le pouvoir exécutif doivent agir avec

les ennemis extérieurs comme un peuple libre avec des despotes ; il faut imiter ce Romain qui, chargé au nom du Sénat de demander la décision d'un ennemi de la République, ne lui laissa aucun délai. Il faut tracer autour de Léopold le cercle que Popilius traça autour de Mithridate. Voilà le décret qui convient à la nation française et à ses représentants (1). » Eh bien! ce langage sera toujours celui que nous entendrons tenir à Robespierre dans ses grandes luttes avec les Girondins sur la question de la guerre ; seulement, ayant eu le temps de se recueillir, d'examiner plus froidement les choses, il essayera de calmer l'enthousiasme belliqueux de ses concitoyens, les engagera à se tenir sur la défensive, sachant trop bien de quels périls était sans cesse menacée, dans un pays engoué de la profession des armes, cette liberté dont le triomphe était le but de sa vie.

En ce temps-là les Jacobins s'occupaient également de l'instruction publique, question capitale, qu'au miheu de ses immenses travaux avait négligé de résoudre l'Assemblée constituante. Robespierre se trouva compris dans la liste des membres du club auxquels fut confié le soin de préparer le meilleur système pour instruire les enfants, et de faire à la génération qui grandissait le catéchisme de la constitution (2).

Du respect que Robespierre portait à la liberté et à la légalité nous trouvons des preuves à chaque pas. Ainsi, à cette époque, se poursuivaient les opérations pour les élections municipales. Manuel ayant été nommé procureur de la commune, un ardent ami de Danton, d'Aubigny, dont nous aurons à parler plus tard, vint le k décembre proposer aux Jacobins de recommander Danton pour substitut. Robespierre prit alors la parole, et engagea ses collègues à s'abstenir de délibérer en commun sur les candidats aux diverses places, de façon à ne pas encourir le reproche d'avoir imposé au public ceux à qui leur patriotisme pourrait mériter les suffrages de leurs concitoyens. 11 craignait en un mot que la pression d'une société en corps sur les électeurs ne pariit une atteinte à la liberté et à la sincérité du vote. Dans cette circonstance, il eut pour contradicteur Real, dont l'opinion semble avoir eu plus de faveur (3).

(1) Journal des débal/t de la Société des Amis de la Constilulion, numéro 102.

(2) Ibid., numéro 103.

(3) Jbid., numéro 105. Il n'est pas sans intérêt de noter en passant ce que sont devenus les adversaires plus ou moins acharnés de Robespierre qui ne sont pas tombés avec lui sur le champ de bataille de la Révolution, les modérés ou les exagérés

■qui raccusaient d'être un tyran. Kegnault (de Saint-Jean-d'Angély), pour n'en citer qu'un parmi ses contradicteurs habituels de l'Assemblée constituante, fut comblé de bienfaits et d'honneurs par Napoléon, dont il se montra le serviteur aveugle et dévoué-

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Le lendemain, il montait de nouveau à la tribune afin de combattre la motion d'un membre qui demandait que les sections s'assemblassent dans les cas d'urgence, et que la société adressât à ce sujet une pétition au Corps législatif. La permanence des anciens districts, on s'en souvient, avait été supprimée par un décret de l'Assemblée constituante malgré les efforts de Robespierre , qui s'était aussi opposé en vain à l'interdiction des pétitions collectives ; mais une fois la loi votée, il s'inclinait, la jugeant inviolable et sacrée tant qu'on n'en avait pas obtenu légalement la réforme. C'est pourquoi il s'éleva contre la proposition soumise aux Jacobins, voulant préserver la société du reproche, trop légèrement dirigé contre elle, d'attaquer sans cesse l'ordre établi. 11 n'avait aucun doute toutefois sur la pureté des desseins des Amis de la Constitution, et ne se dissimulait nullement les avantages que les citoyens pourraient retirer de la faculté de se réunir librement. 11 commença par le déclarer ; « mais, » ajoutait-il, — et ses paroles, il faut les retenir, — « je n'en suis pas moins convaincu que celte société doit s'interdire toute pétition sur beaucoup d'objets de circonstance, et j'en trouverais mille preuves si j'avais besoin de prouver la vérité de mon assertion et de cette circonspection sage que je n'ai jamais cessé DE PRÊCHER DEVANT VOUS, et quc jc ne cesserai de soutenir jusqu'à ce que la vérité soit établie. » Une telle démarche donnerait nécessairement prise aux ennemis de la société': elle lui semblait donc inutile et dangereuse. C'était aux membres des sections de Paris à présenter eux-mêmes individuellement cette pétition, revêtue ainsi d'un caractère plus imposant. Robespierre ne manquait pas de confiance dans l'Assemblée nouvelle, on l'a vu par une des lettres dont nous avons cité des extraits ; il espérait qu'elle se déciderait à réformer un décret malheureux selon lui, et qu'elle procurerait au pays le bienfait inestimable de la liberté, « l'objet de nos vœux. » disait-il en finissant (1). Docile cette fois à ses sages conseils, la société repoussa la motion proposée.

<."omte de l'Empire, ce ne fut pas sa faute, paraît-il, si les JSoiirbons, eu reutraut, ne tirent pas appel à son dévouement.

Chef de la police impériale, Real, comblé de richesses, accepta également de Napoléon le titre de comte.

[1) Journal des débats de la Société des Amis de la Coistitution, numéro 106.

30 HISTOIRE DE RODESPIERRE

Une pétition, signée de la plupart des membres du directoire du département de Paris, au sein duquel quelques Constituants, comme Desmeuniers, Beauraetz et Talleyrand-Périgord, avaient trouvé un refuge à la clôture de l'Assemblée nationale , pétition qui invitait le roi à refuser la sanction au dernier décret du Corps législatif sur les troubles religieux, fournit à Robespierre une nouvelle occasion de témoigner de son respect pour la liberté et la légalité. Le 6 décembre, Dubois-Crancé dénonçait vivement cette pièce aux Jacobins comme contre-révolutionnaire, et l'on ne proposait rien moins que de demander la mise en accusation des signataires. Robespierre, tout en blâmant énergiquement la faute commise par le directoire du département, démontra qu'il n'y avait aucun moyen légal de s'opposer à cette démarche, puisque les membres du directoire, en lui donnant la forme d'une pétition, avaient agi comme simples particuliers, et usé d'un droit commun à tous les citoyens (I .Le mépris et l'indignation publique pouvaient donc seuls, suivant lui, faire justice de cette pétition dont il signala d'ailleurs l'irrévérence à l'égard de l'Assemblée législative, et que Camille Desmoulins considérait comme le premier feuillet d'un vaste registre de contre-révolution, envoyé à la souscription et à la signature des aristocrates des quatre-vingt-trois départements.

Cet objet occupa durant deux jours encore l'attention de la société. Quelques membres auraient voulu que l'on combattît la pétition du directoire par une contre-pétition émanée du club même ; mais Robespierre fit de nouveau observer, au nom de la prudence, qu'il valait mieux que les pétitions émanassent des membres des sections de Paris, agissant comme citoyens, que d'une société quelconque. « Il faut, » dit-il à la séance du 8, « que les ennemis apprennent que le public n'est point l'écho de cette société, mais au contraire qu'elle est l'écho du public; qu'ils apprennent qu'elle n'est autre chose qu'une section du public, qui n'a de l'énergie que parce que la capitale est pénétrée des principes de la Révolution, et qu'elle est prête à la défendre et à sacrifier pour elle les biens les plus précieux. » Puis, signalant l'hypocrisie avec laquelle était conçue cette pétition du directoire du département de Paris, oi!i l'on avait cherché à pallier la liaine des

(1) Joitnuil (les débals de 1 1 Sociélé des Amis de la Coitslitution, mniK-ro 107.

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