‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 81 sur 188 · LIVRE VIIl. HOMMAGE A LA VILLE DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

LIVRE VIIl. HOMMAGE A LA VILLE DE MARSEILLE

despotisme un dernier combat, il lui rendait ce public hommage : « Marseille, tu peux élever une tête orgueilleuse entre toutes les cités qui ont fait la gloire du monde. Rome à demi libre donna des fers aux nations; Sparte conquit et conserva la liberté pour elle et pour la petite contrée qui l'environnait ; Marseille, attachée aux destinées d'un grand État, luttant depuis plusieurs années contre toute la puissance des tyrans perfides qui l'oppriment, contre l'inertie d'une multitude innombrable d'esclaves malveillants, semble entraîner, presque en dépit d'elle-même, la France entière à la liberté (1). » La popularité dont Robespierre jouissait parmi les Marseillais était déjà d'ancienne date ; on n'a pas perdu le souvenir de certaine adresse aux Jacobins dans laquelle son nom était porté aux nues (2). Des liens plus intimes s'établirent encore entre eux ; et pourtant, qui le croirait? du milieu d'eux devait sortir un de ses plus acharnés calomniateurs.

Il y avait alors à Paris un jeune Marseillais, dont le courage et la beauté ont été suffisamment vantés, et qui longtemps a passé pour l'objet des préférences platoniques de madame Roland. Il s'appelait Barbaroux. Ce fut lui, s'il faut l'en croire, qui appela de Marseille six cents de ses concitoyens (3). C'était un partisan décidé de la déchéance et de l'insurrection; si donc il était l'ami de M. et de madame Roland, et s'il formait avec eux, comme il le dit, le projet de fonder, au pis aller, une république dans le Midi, il ne pouvait être alors l'homme de Brissot, puisque celui-ci appelait sur les républicains « le glaive de la loi. » A cette époque, tout nous porte à le croire, il était un des plus chauds et des plus sincères admirateurs de Robespierre. Un peu plus lard, il est vrai, cédant à la puissance de l'intrigue, entraîné peut-être par les beaux yeux de madame Roland, il passera dans le camp de la Gironde, comme tant d'autres que n'avaient pas manqué pas de circonvenir les Girondins.

(1) Défenseur de la Constitution, numéro 11, article intitulé : Sur l'arrivée des Marseillais à Paris. Outre cet article et le discours prononcé le 29 aux Jacobins, ce numéro contient un certain nombre de lettres et de rapports sur la situation extérieure.

(2) Voyez le premier volume de cette histoire. {^) Mémoires de Barbaroux, "p. 40.

Nous avons sous les yeux une lettre précieuse de Guiter, député des Pyrénées-Orientales, un des Girondins arrachés à l'échafaud par Robespierre. De la prison de la Force, il explique à son sauveur comment, après avoir été longtemps son admirateur enthousiaste, il en était venu à grossir le nombre de ses adversaires, de ses détracteurs : <i Ce sont les journaux corrompus qui, vers la fm de la session de l'Assemblée législative, t'ont présenté aux yeux de toute la France comme un ambitieux qui vouloit s'élever sur les débris de la liberté, qui ne vouloit pas de constitution. Plein de ces funestes préventions, j'arrivai à Paris. L'intrigue qui m'avoit déjà rempli de préventions m'attendoit aux portes de cette cité. Simple et confiant, j'en ai été la victime; autant je t'avois estimé, autant je t'ai haï; autant je t'avois cru un ami du peuple, autant je t'ai cru son ennemi... (1). » Il ne fallut rien moins que la noble conduite de Robespierre à l'égard des signataires de la protestation contre le 31 mai pour dessiller les yeux de Guiter et de bien d'autres de ses collègues.

Donc, nous le répétons, à l'heure présente, Barbaroux, sans aucun doute, était de cœur et d'âme avec Robespierre. Plus tard, proscrit et errant, il travestit, dans des Mémoires écrits d'une plume trempée dans le fiel, ses premiers rapports avec lui ; mais ces Mémoires, pleins de mensonges et de calomnies, ne sauraient avoir aucune valeur historique (2). Barbaroux y raconte que, peu de jours avant l'insurrection du 10 août, un abbé < couvert de guenilles, » et qu'il donne comme un ami de Robespierre, vint le prier de passer à la mairie oii l'attendaient Fréron et Panis (3). Ce suprême dédain pour les guenilles peut pa-

(1) Cette lettre fait partie de la collection Portiez (de l'Oise), laquelle renferme une foiile de lettres adressées à Robespierre, lettres inédites pour la plupart, et dont nous possédons des copies textuelles dues à l'obligeance de M. Dugast-Matiffeux^ de Nantes. Ces lettres proviennent de la saisie des papiers de Robespierre. Les Thermidoriens se sont bien gardés de les publier, parce qu'elles réduisaient à néant une partie de leurs calomnies, et mettaient à nu leurs mensonges, et que d'ailleurs ils espéraient rendre les hommes qui les avaient écrites complices de leurs odieuses machinations. La publicité que nous donnerons à ces lettres est une conquête historique. Amant passionné de la vérité, nous devons au conventionnel Portiez quelque reconnaissance de n'avoir point anéanti les précieux documents qu'il s'était appropriés.

(2) Un jour, sous la Constituante, Barbaroux, ayant lu dans le journal de Camille Desmoulins une lettre oii se trouvait l'éloge d'un de ses concitoyens avec lequel il était en rivalité, écrivit aussitôt de Marseille, où il occupait les fonctions de secrétaire général de l'armée, une réponse que Camille, pour de bonnes raisons sans doute, ne voulut pas insérer. « J'ai su depms, » écrit Barbaroux (p. 9 de ses Mérnoires), a que Camille Desmoulius trafiquait de ces insertions, et qu'il avait rejeté ma lettre parce que je n'y avais pas joint une somme de 200 livres. » Impossible de calomnier plus lestement les gens. "Voibà le ton général de ces Métnoires.

(3) Barbaroux ne dit nullement que ce fut de la part de Robespierre (p. 62), et M. Michelet s'est trompé en le disant t. III, p. 547}. M. Louis Blanc a commis, du

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