‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 84 sur 188 · LIVRE VIII. PETION CHEZ MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. PETION CHEZ MAXIMILIEN

pression et de toute insulte, de la transférer à Rouen ou à Amiens. Le roi était même impatiemment attendu dans cette dernière ville, disait Sajadin. Robespierre monta à la tribune pour démontrer qu'il était bien difficile de réaliser ce projet de translation. Si la proposition en était faite, dit-il, si les Maurys de l'Assemblée législative venaient se plaindre de mauvais traitements, ce serait sans doute afin de détourner l'Assemblée de la grande question à l'ordre du jour. Pour lui, il engageait les patriotes à ne pas être dupes de cette manœuvre, à repousser toute discussion ayant pour objet de prétendues insultes faites à des députés, comme à l'Assemblée constituante on passait à l'ordre du jour sur les plaintes des Maurys, et à aborder enfin avec courage la question capitale de la déchéance du roi (1). Au reste, cette question venait de faire un grand pas par le vote de l'Assemblée législative qui, dans la journée, avait, à une forte majorité, innocenté La Fayette. L'heure approchait oili la nation allait prendre le parti de se sauver par elle-même; mais en même temps approchait le moment redoutable des vengeances populaires. Se fondant sur ce que des listes de proscription contre les patriotes circulaient à la cour et jusque dans les camps étrangers, Goupilleau (de Fontenay), aux Jacobins, revendiqua pour le peuple le droit de former, lui aussi, des listes de proscription contre ses ennemis ; et pour éviter toute confusion, pour bien fixer l'opinion publique sur le compte de chaque individu, il demanda et obtint l'impression et la publication de la liste des députés qui avaient voté pour ou contre La Fayette. La séance fut levée à onze heures du soir ; ce fut la dernière avant l'insurrection ; il n'y en eut point le jeudi 9 août, et quand les Jacobins se réunirent le 10, la royauté avait disparu. ,

Lorsque Robespierre s'écriait qu'il fallait que l'État fût sauvé par quelque moyen que ce fût, il envisageait, cela est bien évident, l'insurrection comme un moyen possible, inévitable même; mais il ne s'agissait plus alors à ses yeux d'un mouvement partiel, il comprenait par là le soulèvement du peuple tout entier. S'il n'eût pas sur les événements une influence particulière , il contribua certainement à les précipiter ; les Girondins, au contraire, louvoyèrent jusqu'au dernier moment, mirent tout en œuvre pour gagner du temps, et retinrent le plus possible la royauté sur le bord de l'abîme, espérant toujours être appelés à la diriger. Ce fut peut-être à leur instigation que, le 7 août, Pétion, depuis longtemps circonvenu par eux, se rendit inopinément chez Robespierre. C'était la première fois que celui-ci

(1) Journal des débats et de la rorrespondance, etc., numéro 246.

recevait cet honneur , bien qu'il fût étroitement lié depuis le commencement de la Révolution avec le maire de Paris, et que rien encore ne pût lui faire présager qu'il en serait bientôt si complètement abandonné. Très-surpris de cette visite, il l'attrib'.ra naturellement à quelque grand motif. Durant une heure, Pétion Tentretint des dangers de l'insurrection ; il fallait, selon le maire de Paris, kisser à l'Assemblée nationale le soin de discuter avec toute la lenteur possible la question de la déchéance, et différer, jusqu'à ce qu'elle se fût prononcée , la résistance à l'oppression. On voit comme tout cela est bien conforme à la conduite des Girondins menaçant du glaive de la loi les républicaint, et faisant annuler la délibération insurrectionnelle de la section Mauconseil. Les membres du directoire des fédérés se rendaient habituellement aux Jacobins, Pétion le savait; il pressa vivement son ami de prêcher au sein de la société le système dilatoire dont il était l'interprète (1). Cette visite et cette conversation expliquent parfaitement l'attitude de Pétion pendant les événements du 10 août. Autant il avait montré de bonne volonté pour la journée du 20 juin, autant il parut peu favorable à la grande insurrection du mois d'août, faisant voir par là combien il se trouvait sous l'influence de Brissùt. Telle était encore la confiance de Robespierre en Pétion, et tels étaient aussi les sentiments d'amitié que réveilla dans son cœur cette visite inattendue d'un vieil ami, qu'il se laissa jusqu'à un certain point persuader. Le lendemain 8 août, en montant à la tribune des Jacobins pour engager la société à aborder avec courage la question de la déchéance , il ne prononça aucune parole de nature à hâter l'insurrection, et lui-même très-probablement ne la croyait pas si prochaine. Mais il n'est donné à personne de conjurer les tempêtes; Robespierre eût en vain usé toute son éloquence pour retarder d'une minute la chute de la rovauté.

Dans la nuit du 9 au 10 août 1792, les sections de Paris, sur la proposition de celle des Quinze- Vingts , nommèrent chacune trois commissaires pour remplacer l'ancienne municipalité dont l'énergie et la

(1) Voyez pour tous ces détails la Béponse de Afaximilien Bobespierre à Jérôme Pélion, dans les Lettres de 3Iaximilien Robespkrre à ses coininellans (numéro 7). |2)i6ii.,p.311.

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