‹ Histoire de Robespierre; d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits (volume 4)Chapitre 95 sur 188 · LIVRE Vm. NOIUES CALOMNIES CONTRE MAXIMILIEN · texte numérisé non relu

LIVRE Vm. NOIUES CALOMNIES CONTRE MAXIMILIEN

pierre, en l'accolant perfidement à Marat; de faire tous ses efforts « pour amortir le zèle guerrier des citoyens et les empêcher de voler au secours de leurs frères d'armes (1)? » Ah! quand on descend à de pareilles manœuvres, quand on emploie de tels procédés, quand on se livre à de si déloyales attaques, on n'a pas le droit de se plaindre des représailles, et de s'étonner d'être frappé soi-même de l'arme empoisonnée dont on s'est si traîtreusement servi (2). Et ici sur quoi s'appuyait cette inconcevable calomnie? N'était-ce pas uniquement le fruit d'une imagination égarée par le délire de la haine? Oli! sans doute, Robespierre avait été trop bon prophète lorsque avec tant .de patriotisme et de bon sens il s'était opposé à la guerre offensive. Sans doute les premiers revers de nos armes, principale cause de l'état affreux de crise où l'on se trouvait, donnaient pleinement raison à sa prévoyance, à sa perspicacité ; mais depuis que, cédant à la pression des Girondins, le gouvernement avait déclaré la guerre, Robespierre n'avait-il pas contribué de tous ses efforts à stimuler l'ardeur de ses concitoyens pour les pousser à la frontière? Et la proclamation de la patrie en danger, n'en avait-il pas le premier émis l'idée dans son journal?

Mais de ce que Robespierre, comme plusieurs de ses collègues, avait dénoncé une conspiration en faveur du duc de Brunsv^ick et la persécution tramée contre la commune par des hommes qui semblaient s'attacher à calomnier les défenseurs de la liberté et à diviser les citoyens au moment où les patriotes auraient dû réunir tous leurs efforts contre les ennemis du dedans et du dehors, quelques-uns de ses adversaires ne manquèrent pas d'inférer alors, comme l'ont fait depuis certains écrivains, qu'il avait voulu compromettre la sûreté de ces hommes. Ils ont établi un rapprochement perfide entre l'accusation tombée de sa bouche et des événements que, suivant ses propres expressions, il avait connus plus tard que tout le monde et qu'il ne lui était pas plus donné de prévoir que les circonstances subites et

(1) Patriote fra7içois, numéro 1119 (du 2 septembre 1792.) Voici la phrase textuelle : a Malgré les efforts des Robespierre et des iMarat pour amortir le zèle guerrier des citoyens et les empêcher de voler au secoiii's de leurs frères d'armes, Paris ne se déshonorera pas par un lâche égoïsme... Quatre cent cinquante jeunes gens de la section des Quatre-Nations, enrôlés pour les compagnies franches, défilent dans l'Assemblée nationale et prêtent le serment. Notre ardeur est telle, disent-ils, qu'elle ne peut s'éteindre que dans le sang des ennemis, » La section des Quatre-Nations, c'était celle de l'Abbaye.

(2) 11 est plaisant, après cela, d'entendi'e M. IVIichelet se lamenter sur les calomnies de Robespierre. Il est vrai qu'avec l'impartialité qui lui est pi-opre, il enveloppe d'un silence prudent toutes les calomnies, tous les mensonges, toutes les diffamatiohs des Girondins. Voy. son Histoire de la Révolution, t. IV, p. 119.

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extraordinaires qui les avaient amenés (1). « J'ai déjà répondu à cette infamie, » dit-il lui-même à la Convention, « en rappelant que j'avais cessé d'aller à la commune avant ces événements... Quelle est donc cette affreuse doctrine que dénoncer un homme et le tuer, c'est la même chose. Dans quelle république vivons-nous, si le magistrat qui, dans une assemblée municipale, s'explique librement sur les auteurs d'une trame dangereuse, n'est plus regardé que comme un provocateur au meurtre? Le peuple, dans la journée même du 10 août, s'était fait une loi de respecter ks membres les plus décriés du Corps législatif; il a vu paisiblement Louis XVI et sa famille traverser Paris, de l'Assemblée au Temple, et tout Paris sait que personne n'avait prêché ce principe de conduite plus souvent ni avec plus de zèle que moi, soit avant, soit depuis la Révolution du 10 août. Citoyens, si jamais, à l'exemple des Lacédémoniens, nous élevons un temple à la peur, je suis d'avis qu'on choisisse les ministres de son culte parmi ceux-là mêmes qui nous entretiennent sans cesse de leur courage et de leurs dangers (2). » Mais poursuivons; car du sang de Septembre dont quelques écrivains ont voulu tacher sa mémoire, en violant effrontément toute vérité historique, nous tenons à le justifier pleinement, afin de ne pas laisser subsister l'ombre d'un doute.

Robespierre venait de cesser de parler au sein du conseil général quand le procureur de la commune, Manuel, parut et rendit compte du douloureux spectacle dont il avait été témoin à l'Abbaye. Ni les efforts des commissaires de l'Assemblée nationale, ni les siens, ni ceux de ses collègues de la commune n'avaient pu arracher les prisonniers h la mort. En ce moment, le conseil général délibérait sur l'affaire de l'ambassadrice de Suède, madame de Staël, arrêtée dans la soirée par les sectionnaires de son quartier, a-u moment oii elle se disposait à partir. Elle était soupçonnée d'emmener \arbonne avec elle (3 . Disculpée par cette atroce commune, elle reçut l'autorisation de sortir librement de France, et fut confiée aux soins de Manuel.

Le conseil général chargea ensuite de nouveaux co.Timissaires de se transporter dans toutes les prisons « pour tâcher de calmer les esprits,

(1) YoTez sa réponse à Lonvet. Quatrième lettre de Robespierre à ses ccunmettans.

(2) IbiJ., p. 181.

(3) 11 nVst si petites choses an sujet desquelles on n'ait ét\' induit en erreur snr le compte de Robespierre. ^ladame de Staël en fait le président delà commune dans le récit des circonstances qni ont accompagné son départ, k J'arrivai donc entiu à cette commune présidée par Kobespierre, et je respirai, parce qne j'échappois à la populace. Quel protecteur cependant qne Robespierre!... » Consiilérations sur la Révolvlion française, t. II, p. 73 de la 2« édition.

LIVHK VIII. IL EST CHARGK DE PROTEf.ER LE. TEMPLE 41'.)

et pour écbirer les citoyens sur leurs véritables intérêts (1). » En même temps, il autorisa le commandant général a diriger autour du Temple et des prisons de nombreux détachements. On a vu déjà combien vaines furent les réquisitions de Santerre (2). Dans la matinée du 3, le premier soin du conseil général fut d'envoyer des commissaires au palais Bourbon à l'effet de protéger les Suisses qui s'y trouvaient, et de défendre leurs jours par tous les moyens possibles. Une députation de la section des Quinze-Vingts étant venue au mèm.e moment demander la mort des conspirateurs et l'arrestation des femmes et enfants d'émigrés avant le départ des citoyens pour l'armée, il s'empressa de passer à l'ordre du jour. Les historiens qui se sont efforcés, sans fournir du reste la moindre pièce sérieuse à l'appui de leur thèse, de rejeter sur le conseil général de la commune la responsabilité des événements de Septembre, se sont bion gardés de citer les délibérations d'où résulte la preuve irrécusable de ses efforts pour arrêter les massacres, efforts au moins égaux, sinon supérieurs à ceux tentés par l'Assemblée législative et par le pouvoir exécutif. Mais Robespierre, défendant avec raison le conseil général de la commune, a pu dire sans rencontrer de contradicteur : « Il est certain, aux yeux de tout homme impartial, que loin de provoquer les événements du :2 Septembre, il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour les empêcher (3). »

Dans cette matinée du 3 septembre, on apprit à la commune que l'asile de la famille royale était sérieusement menacé. Aussitôt le conseil général conQa à Deliroy, à Manuel et à Robespierre la mission de

(1) Ce sont les expressions mêmes du procès-verLal. Archives «le la Ville. Y. 22. Carton 0.7. 0.

(2) Voyez dans le 3/o)!i7i'«rdu 7 septembre 1792 la lettre de .Sa.ut8iTe an ministre Roland sar Tluntilité de ses eri'orts.

(3] Lettres de M. Robespierre à ses commettans, miméro4, p. 167. M. Michelet, qui se vante ■de marcher seul dans ces sombres régions de Septembre (t. IV, p. 127), — hélas ! bien souvent à côté de la vérité ! — imagine, nous ne savons sur quel commérage, que dans la nuit du 2 au 3 septembre lîobespierre se cacha, quitta la maison des Duplav et se réfugia chez son fervent disciple Saint-Just (p. 166). Ou se demande comment un historien sérieux a pu accepter si légèrement de pareilles anecdotes. Et pourquoi Robespierre se serait-il caché, en sortant à près de deux, heures du matin de la séance du conseil général ? Et puis il y a un malheur, c'est qu'à cette époque Saint-Just n'était pas à Paris. Xous avons démontré autre part, par pièce authentique, qu'au moment des événements de .Septembre, Saint-Just était tranquillement h Soissons, siégeant au sein de l'assemblée électorale du département de l'Aisne. (V. notre Histoire fie Saint-Just, éd. [Meline et Cans, t. I, p. 117'. 31. r\lichelet a-t-il emprunté cette eiTeur à M. do Lamartine, chez qui nous l'avons relevée jadis V C'est possible. Mais au moins l'illustre poète ne s'est fait l'écho d'aucune calomnie, et il est bien plus dans la vérité historique quand il représente Robespierre comme gémissant sur les massacres. [Histoire des Girondins, t. III, p. 332 et suivantes.)

se rendre au Temple, d'y asssurer la tranquillité publique (1). De son côté, sur une lettre écrite du Temple même, l'Assemblée nationale adjoignit aux commissaires de la commune six de ses membres, Lacroix, Bazire, Choudieu, Thuriot, Dusaulx et Chabot (2). Robespierre était-il présent à la délibération du conseil général quand il fut désigné, avec Manuel et Deltroy, pour aller préserver de toute atteinte la prison donnée à la famille royale? C'est au moins fort douteux, car toute la journée du 3, il la passa au sein de l'assemblée électorale, depuis dix heures du matin jusqu'à deux heures et demie de l'aprèsmidi, comme nous l'établirons dans un instant de la façon la plus nette et la plus précise (3). Si donc, comme cela est probable, il s'acquitta de la mission dont, présent ou non, l'avait chargé le conseil général, ce fut seulement à l'issue de la séance de l'assemblée électorale, vers trois heures. La duchesse d'Angoulême, dans son récit de la captivité de la famille royale au Temple, n'a pas oublié de mentionner la visite de Manuel dans cette journée du 3 septembre. Elle ne dit rien des autres commissaires de la commune ou de l'Assemblée. Quoi qu'il en soit, le Temple fut mis à l'abri des fureurs populaires; il suffit d'un simple ruban tricolore pour en défendre l'entrée. Ce jour-là et les jours suivants, comme on peut s'en convaincre par les procès-verbaux de ses séances, le conseil général de la commune s'efforça encore de

(1) Procès-verbaux du conseil général de la commune de Paris. Archives de la Ville. V. 22.

(2) Moniteur du 5 septembre 1792.

(3) On lit dans l'Histoire de la Terreur, par M. Mortimer Ternaus (t. III) : « Parmi les trois commissaires envoyés le 3 septembre au Temple par le conseil général de la commune était Piobespierre, preuce évidente qu'il siégeait à la commune pendant qu'on égorgeait dans les prisons, et qu'il prit part aux délibérations par lesquelles les massacres étaient nnj)/iCiîf7ne;!f approuvés. C'est cependant ce que nient (mjjii(/e/nment tous les écrivains qui veulent écarter de cette idole de la démagogif tout ce qui pourrait impliquer de sa part la moindre complicilé dans les journées de Septembre, v Quelle force de logique ! Si ce Vi ridique auteur avait pris la peine d'examiner un peu sérieuseinent les procès-verbaux de l'assemblée électorale, il aurait ^ti que Robespierre siégea sans désemparer dans cette assemblée depuis le 2 septembre jusqu'à la fin des opérations, c'est-à-dire jusqu'au 19, et il se serait convaincu que très-probablement Robespierre ne parut au conseil général que dans la soirée du 2 septembre. Comment n'a-t-il pas lu le pamphlet de Méliée de La Touche, dans lequel ce secrétaire adjoint de la comnmne fait précisément un crime à Robespierre de ne pas assister aux délibérations du conseil général? C'est pourtant un libelle d'une violence extrême contre Robespierre.

Ah ! les impudents, ce sont ceux qui, égarés par l'esprit de parti, violent effrontément les plus simples vérités historiques ; qui attribuent à Robespierre la rédaction d'une adi'esse à laquelle il fut tout à fait étranger"; qui enfin font approuver imidivitemcnt les massacres de Septembre par le conseil général de la commune, lequel, ainsi que nous l'avons démontré, fit pour arrêter ces massacres tout autant et plus que l'Assemblée nationale.

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