LIVRE VIII. ELECTION DES DEPUTES A LA CONVENTION NATIONALE
nomination par le collège électoral du Loiret ne suffit pas à guérir la blessure que son amour-propre avait reçue de son échec à Paris.
Comme on supposait à Robespierre une grande influence sur l'assemblée électorale, beaucoup de candidats sollicitèrent son appui. Le futur général de l'armée révolutionnaire, le poëte Ronsin, alors commissaire du pouvoir exécutif, lui écrivit pour réclamer son suffrage, en se recommandant de Danton (1), Mais l'auteur à.^ AretaphUe ne fut pas nommé , et peut-être en garda-t-il contre Robespierre un dépit violent. Un autre candidat évincé, Méhée fils, s'en prit de son échec'à Maximilien, très-criminel assurément de n'avoir pas appuyé sa candidature auprès des électeurs, et il fit afficher contre lui, sur tous les murs de Paris, un placard injurieux dans lequel il prit la qualification de secrétaire adjoint du conseil général, et oh, entre autres griefs, il reprochait à Robespierre de ne plus venir siéger à la commune (2).
Ainsi , tandis que les Girondins se disposaient à l'accuser, comme d'un crime , d'avoir en quelque sorte présidé aux délibérations du conseil général, Méhée le déno^içait comme ayant déserté le poste où l'avaient appelé ses concitoyens. Est-ce que son véritable poste en ce moment n'était pas à l'assemblée électorale? Tant que durèrent les opérations de ce corps, il cessa d'assister aux séances des Jacobins, et depuis le 2 septembre jusqu'à l'ouverture de la Convention, nous ne le voyons figurer qu'une seule fois au conseil général de la commune. Il y parut le 18 septembre, et se plaignit d'avoir été odieusement calomnié dans une affiche signée d'un membre de la commune, faisant allusion au placard de Méhée. Ce jour-là , il fut chargé de rédiger une adresse destinée cette fois aux quatre-vingt-trois départements, à qui le conseil général voulait aussi expliquer hautement sa conduite. On lui adjoignit Tallien pour ce travail, mais il refusa la collaboration du jeune secrétaire de la commune, preuve manifeste du peu de cas que dès lors il faisait de ce personnage. A la place de Tallien, le conseil général désigna Thomas, le même qui, le lendemain, fut nommé député à la Convention (3). Quelques jours après, Méhée fils était vivement inculpé au sein du con-
(1) "Voy. la lettre de Eonsin dans le 1. 1" des Papiers inédits, p. 215.
(2) Voy. les Annales patriotiques du 17 septembre 1792. Le journal de Can-a donne quelques extraits de ce libelle, en les faisaiit toutefois précéder de ces lignes : « Un personnage qu'on avoit surnommé l'Incorruptible, et qui jusqu'ici paroissoit étran"-er à toute vue d'ambition, semble vouloir s'ériger en cbef de parti ou plutôt de cabale. Cest du moins le reproche rfion lui fait dans un écrit adressé aux quarante-lmit sections, signé Méliée fils, secrétaire-greffier de la municipalité. »
(3) Procès-verbaux de la commune de Paris. Archives de la Ville. V. 22. Carton 0. 7. 0. Voy. aussi la CItronique de Paris du 21 septembre 1792.
seil général pour avoir calomnié Robespierre. Il se contenta d'alléguer pour sa défense la liberté des opinions. Et, attendu que les opinions étaient libres, la commune passa à l'ordre du jour. Elle improuva seulement la conduite du citoyen Méliée, parce qu'il avait pris dans son affiche la qualité de secrétaire adjoint de la commune, laquelle devait être exclusivement réservée aux actes émanés du conseil général, et non employée dans une œuvre où l'auteur énonçait son opinion injdividuelle (l).
Le lendemain du jour où. Robespierre parlait pour la dernière fois comme membre du conseil général de la commune, l'assemblée électorale terminait ses opérations en appelant à siéger à la Convention Louis-Philippe d'Orléans, tout récemment baptisé du nom d"Éga]ité. C'était le 19 septembre. Le corps électoral avait mis dix-huit jours à élire les vingt-quatre députés envoyés par le département de Paris à la nouvelle Constituante [i]. De ces vingt-quatre députés, hélas! les plus illustres ne verront pas la fin de la Convention, et périront tragiquement, entraînant dans leur chute les destinées de la République. Nous allons en effet entrer dans la région des tempêtes, assister à de terribles scènes, mais aussi à l'un des spectacles les plus grandioses qu'il ait été donné aux hommes de contempler.
(i) Archives de la Ville. Ubisnprù.
(2) Voici dans quel ordre furent élus les vingt-quatre députés de Paris : Le 5 septembre, Robespien-e : le 6, Danton et Collot-dTIerbois; le 7, Manuel et Bill aud- Vai-enne; le 8, Camille Desmoulins; le 9, ilarat et Lavicomterie ; le 10, Leg:endrQ et Ra&ron du Trouillet; le 12. Panis, Sergent et Robert; le 13, Dusaulx; le 14, Fréron ; le 15, Beauvais; le 16, Fabre d'Êglautine; le 17, Osseliu, Robespierre jeune et David ; le 18, Bouclier Saint-Sativcur ; le 19, I.aignelot, Thomas et Philippe Égalité. [Archives de la Ville. V. 69. Carton 0. 22. 0., et Archives de l'Empire, B. A. 15. Carton 34 bis.)