‹ Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille les sources originales et des documents entièrement inéditsChapitre 101 sur 354 · LIVRE XII. — LES SYNDICS DE LA PAROISSE DE SAINT-JÜST · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — LES SYNDICS DE LA PAROISSE DE SAINT-JÜST

Le manifeste rédigé par Maximilien répondait trop bien aux sentiments exprimés par la majorité de la Convention pour n’étre pas adopté avec enthousiasme. L’Assemblée décréta que cette adresse et le discours dont elle était précédée seraient imprimés aux frais de la République, distribués au nombre de six exemplaires à chacun de ses membres et traduits dans toutes les langues (1). Telle était l’importance attachée alors îi ce manifeste et au dernier rap|jort de Robespierre sur la situation politique de la République, que dans le courant du mois suivant le comité de Salut public arrêtait que ces deux pièces seraient envoyées h tous les représentants du peuple en mission près les aimées et dans les différentes parties de la République pour être réimprimées par leurs ordres et répandues le plus possible en France et dans les pays étrangers (2).

Ce fut à la lin de cette séance du 15 frimaire que, sur le rapport de Barère, très-vivement appuyé par une rapide improvisation de Robespierre analy.sée plus haut, la Convention rendit son décret relatif à la liberté des cultes. Ce décret, le comité de Salut public en ordonna rimprcssioii à cinquante raille exemplaires, l’adressa à tous les dictricts et communes de la République (3); et malgré cela les démolisseurs d’autels, les persécuteurs de consciences n’en continuèrent pas moins leurs exploits. Nous aurons à revenir sur les ravages de l’hébertisrac. Ici l’on déclarait suspect tout ministre du culte qui n’avaitpas abdiqué son état; lit on forçait les citoyens à aller chanter des hymnes patriotiques dans le temple de la Raison. Les arrêtés du comité étaient sans force contre le mal. Que de fois le cri de désespoir des opprimés monta vers Robespierre! On invoquait la constitution, la Déclaration des droits. « Remplis de confiance en ton équité, citoyen représentant, » écrivaient à Maximilien les syndics de la paroisse de Saint-Just (Lot-et- Garonne), « nous te conjurons, les larmes aux yeux et au nom de la religion, de nous être favorable: nous ne demandons que Injustice. Nous ne tenons point aux exercices extérieurs... caT nous n’avons jamais été fanatisés...; mais si par ton canal nous pouvions con-

ilans l'etprit de Robespiorre, est évidemment à la pliilosopbie ce que le charlatanisme est b la médecine!

(1) Rapportfde Maiimilien Robespierre k la Convention nationale, fait au nom du comité de Salut public, le quintidi 15 frimaire, l’an second de la République une et indivisible. Imprimé par ordre de la Convention. (In-8 de 10 p., de l'imp. nationale.)

(S) Arrête en date du 4 nivése (24 décembre), signé : Carnot, Billaud-Varenne, Barére, Robert Lindet, Robespierre et Collot d'Ilerbois. (Registre des délibérations et arrêtés du comité de Salut public. Archiva, 435 a a 72.

(3) Arrêté en date du 8 nivàse (28 décembre), signé : Barère, Carnot, Billaud- Varenue, Itubrspierre, Robert Lindet, C.- A l’iirur. Aichiea, ubi tuyrà.

iiCi HISTOIRE DE ROBESPIERRE

server le culte public dans l’intérieur de nos églises et notre cloche comme le signal pour nous y rendre, nous te bénirions h jamais; ce bienfait seroit gravé dans nos cœurs, et tu nous porlerois à une reconnoissance éternelle (1). » Hélas! qu’est-elle devenue cette reconnaissance éternelle? Qui se souvient aujourd’hui, parmi les gens attachés h leur culte, des luttes soutenues par Maximilien pour défendre non pas la religion catholique en elle-même, dont il se souciait fort peu, mais la liberté des cultes et la liberté de conscience? Robespierre ne se lassa pas. Nous l’entendrons encore élever avec courage la voix en faveur des citoyens opprimés pour cause de religion, et le fameux décret relatif h la reconnaissance de l’Être suprême, décret par lequel se trouvera formellement reconnue et consacrée la liberté de tous les cultes, ne sera qu’une solennelle protestation contre l’intolérance et la tyrannie des dévots de l’athéisme.

On ne se rend pas généralement assez compte des difficultés avec lesquelles le comité de Salut public se trouvait aux prises, et de ses prodigieux efforts pour comprimer l’exagération révolutionnaire sans sortir des voies raisonnables de rigueur et d’inflexibilité, hors desquelles, quoi qu’on ait pu dire, il n’était pas de salut possible. Bien souvent il lui arriva d’écrire à certains députés en mission pour ralentir leur zélé. Ce fut ainsi que le 7 frimaire (27 novembre), se fondant sur ce qu’il appartenait Ji la Convention seule de décréter la peine de mort, et sur ce que, d’ailleurs, il était contraire aux droits de.s citoyens français de les empêcher de se réfugier dans toutes les parties de la République lorsque l’ennemi avait fait irruption dans quelques communes, il annulait un arrêté de Lacoste et de Peyssard, représentants du peuple en mission prés l’armée du Nord, arrêté en vertu duquel devaient être condamnés h mort ceux qui des communes envahies passaient dans les communes non envahies (2).

On a dit et répété trop souvent , sur la foi de Mémoires particuliers, que depuis le 31 mai lu Convention nationale avait abdiqué son omnipotence au profit du comité de Salut public, qu'elle était

(1) Lettre signée de P. Castes, Laroebe et Astiex, en date du 18 ventése an II. Cette lettre, non reproduite par les Thcrniidoriens, se trouve dans les Papieri inédUt..,, t. III. p. 123.

(2) Arrêté signé : Barère, Biilaud-Varenne, Carnot, C.-A. Prieur, Robert Lindet et Robespierre. (Registre des délibérations et arrêtés du comité de Silut public. AreAirex, 435 O a 7i.)

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