LIVRE XII. — RÉPONSE AU NAMFESTE DES ROIS COALISÉS
l’incrédulité. « Partout on ferme les églises, on brûle les confessionnaux et les saints, on fait des gargousses avec les livres des lutrins,» écrivait André Dumont (1). Par une coïncidence fûchcuse, les rois coalisés lançaient vers le même temps des manifestes où les républicains français étaient accusés d’être un ramassis de brigands révoltés contre toutes les lois divines et humaines. Ce n’était plus au nom de la royauté menacée et des princes du sang errant comme des ombres en Europe qu’on tentait cette fois de soulever la France contre la Révolution. Non, c’était Dieu lui-même dont on avait la prétention de soutenir la cause; sur le foyer à peine éteint de la guerre civile on espérait allumer une guerre religieuse où s’abîmerait la République.
Le comité de Salut public, sentant le danger, chargea Robespierre de rédiger un contrc-manife'ste en réponse aux circulaires des puissances en guerre avec la France. Le 15 frimaire (5 décembre 1793), Maximilien parut à la tribune de la Convention, et commença en ces termes : « Les rois coalisés nous font la guerre avec des armées, avec des intrigues et avec des libelles. Nous opposerons à leurs armées des armées plus braves; à leurs intrigues la vigilance et la terreur de la justice nationale; à leurs libelles, la vérité. » C’était à la Convention nationale, disait-il ensuite, à empêcher la République de se détruire de ses propres mains, ù intemnir entre le fanatisme qu’on voulait réveiller et le patriotisme qu’on cherchait ù égarer, et à rallier tous les citoyens aux principes de la liberté, de la raison et de la justice. Puis il donna lecture du projet d’adresse destiné à confondre les impostures de tous les tyrans ligués contre la Révolution.
Dans ce manifeste, que Camille Desmoulins émerveillé appela sublime, Robespierre faisait, avec juste raison, remonter aux rois de l’Europe la responsabilité des malheurs qui avaient fondu sur la France et des mesures de rigueur que la Révolution avait été obligée de prendre. « Ils nous accusent d’irréligion , ils publient que nous avons déclaré la guerre à l’humanité même. Quelle est édifiante la piété des tyrans ! et combien doivent être agréables au ciel les vertus qui brillent dans les cours et les bienfaits qu’ils répandent! De quel Dieu nous parlent-ils? S’ils invoquent le ciel, c’est pour usurper la terre; s’ils nous parlent de la Divinité, c’est pour se mettre ù sa place...» Qu’avait fait laRévolution? continuait-il. Elle avait réalisé les lois de la justice étemelle, ces lois appelées dédaigneusement
(1) Vi y, le Moniteur cl les antres journaux de l'époque les lettres de Tallien, Fouebé, Baudot, Dumont et autres.
iiiSTOinE DE noBESPiEnnE
jusqu’ici les rOves des gens de bien. Elle avait introduit dans le gouvernenienl des nations la morale reléguée dans les livres des )»hilosophes. Séparant avec soin la cause des peuples de celle des despotes couronnés, MaSimilien ajoutait : « Vos maîtres vous disent que la nation française a proscrit toutes les religions, qu’elle a .substitué le culte de quelques honinies à celui de la Divinité, ils nous peignent à vos yeux comme un peuple idolAtre ou insensé. Ils mentent. Le peuple français et ses représentants respectent la liberté de tous les cultes, et n’en pro.scrivent aucun ; ils abhorrent l’intolérance et la persécution, de quelques prétextes qu’elles se couvrent; ils condamnent les extravagances du philosophismc comme les crimes du fanatisme. » llappelanl ensuite avec orgueil toutes les conquêtes de la Révolution française, les prodigieux efforts tentés par la nation pour les défendre contre tant d’attaques perfides, il rendait un solennel lioiumage aux citoyens victimes de leur vertu républicaine et de leur amour pour la ])atrie : h Drouet, tombé entre les mains des Autrichiens, par une odieuse trahison ; h Pierre Bayle et îi Beauvais, martyrisés dans Toulon par les odieux satellites de la tyrannie; îi Gasparin, mort devant les murs de cette ville en enflammant par son exemple le cœur de nos soldats. Puis, après avoir comparé les faits et gestes de la France républicaine avec ceux des rois, princes, ministres, généraux et courtisans coalisés contre elle; après avoir demandé à cos derniers (juels importants services ils avaient rendus à l’humanité; après avoir évoqué le souvenir sanglant de nos prisonniers égorgés de .sang-froid, et flétri le machiavélisme de ce peuple anglais chez lequel le talent même des députés était un objet d'industrie comme la laine de ses moutons, Tacier de ses fabriques, et qui osait parler de morale et de liberté, il terminait en cès termes : « Français, oublions nos (|uerelles et marchons aux tyrans; domptons-les, vous par vos armes, et nous par nos lois. Que les traîtres tremblent, que le dernier des lèches émissaires de nos ennemis disparaisse, que le jiatriotismc triomidie, et que l’innocent se rassure. Français, combattez! Votre cause est sainte, vos courages sont invincibles ; vos représentants savent mourir; ils peuvent faire plus, ils savent vaincre (t). »
1 1) Yoy. cc manifeste dans h Moniteur du 17 frimaire (7 décembre). 1! a été re> produit dans ri/ùtotre parlemenUitre, t. XXX, p. 314 et suir., et dans les üLuvres éditées par Laponneraye, t. III. il est curieux de Toir comnieui M. Michelet apprécie ce üer manifeste, qui produisit en Europe uue «i profonde sensatiou. Il lui consacre trots ligues. C’était, diuil, une adressa k l'Europe o contre le philosophismc, » et daus laquelle, h son dire, Robespierre excusait la RéToluUon. « Hous ne sommes pas dex impieSt etc. (t. VI, p. 4i7). » £sl*ce U de Thistoire sérieuse! Le phitosophismât