LIVRE XIII. — l’exécution DES UÉBERTISTES
damnés. Deux jours après, Guffroy écrivait en cinq mots l’oraison funèbre des hébertistes ; « Haro donc! drclin et crack... (1)» Un ami de Rqugyff, Camille Desmoulins, le tendre Camille, comme disent ses apologistes maladroits, Camille, qui pouvait à bon droit revendiquer une si bonne part de coopération dans la défaite d’Hébert, célébra sa victoire de la fa^on la plus indécente, s’il faut en croire le libraire Prudhomme. Ayant dans la journée rencontré sur le pont Neuf l’ancien éditeur des Hevolutions de Paris en sortant de la mairie où il était allé s’assurer que l’exécution aurait lieu le jour même, il lui parla d’un bon tour dont il avait eu l’idée pour animer le peuple contre les condamnés (2). Ce bon tour, c’était de faire porter devant les charrettes les fourneaux du Père Duchesne. Quelle excellente plaisanterie! Il y avait certes dans cette gaminerie quelque chose de révoltant; et malheureusement, le caractère léger de Camille n’est peut-être pas de nature à démentir ici l’allégation du très-peu véridique Prudhomme.
L’exécution eut lieu vers cinq heures sur la place de la Révolution, où la foule se pressait impatiente et joyeuse. Le bourreau lui-même était aux anges, c’étaitle royaliste Samson. Par un raflinement inouï de bassesse et de cruauté, il suspendit trois fois sur la tête d’Hébert le couperet sanglant avant de le laisser tombe», et cela aux applaudissements d’une multitude dont la joie s’épanchait en railleries et en quolibets de toute nature. Quelle ne dut pas être l’anxiété de Robespierre à la nouvelle de cette explosion d’allégresse! Mais que dis-je? cette anxiété, ne l'avait-il pas exprimée aux Jacobins dans la séance du 1" germinal, lorsque dans son réquisitoire contre la faction opposée il celle d'Hébert il avait parlé de ces patriotes lyonnais, de ces amis de Chalier et de Gaillard, qui en présence de l’attitude insultante etvictorieuse des coiitre-révolutionnairessemblaient prêts à invoquer le remède de Caton (3)? L’enthousiasme immodéré de tous les ennemis de la Révolution rendit certainement les patriotes plus inflexibles envers les indulgents. Ce ne fut pas un des moindres malheurs du supplice des hébertistes que d’avoir, par une dure logique, amené celui des dantonistes.«Le parti qui nous envoie. , à la mort y marchera ù son tour, et ce ne sera pas long, » s’était écrié Ronsin (4). Les dantonislcs allaient payer cher leur joie cruelle. En effet, en croyant fêter leur triomphe, ils saluaient d’avance leurs propres funérailles.
(I ) nougj/ff, ou le Frank en nedeile, numéro 90, du 6 germinal (26 mart lT9t).
;2) Prud'homme. Vo;. son llUtoire gènirale el imparliale des crimee et erreurs.
, (3) Monileurda 5 germinal (23 mars 1194).
(4) Noie de Laboursau (ubi suprà). ' ’